UN A-PROPOS
SUR LA DÉ50MI5ATI05 DE 2VOTRE CASE15E d'dTFAXTEBIE (1)
Le Général Bonnamy et F amiral de Grimoûard, tous deux de Fontenay-le-Comte. — Le groupement des grands hommes de cette ville. — Les mémoires du cœur.
Comvenientia cuique.
La convenance en font.
Horace, art poétique.
Nous regrettons de ne pouvoir donner ici place à tous les régiments d'infanterie qui ont été de passage à Fontenay-le-Comte, depuis le même laps de temps. Un pareil labeur prendrait des développements au-dessus des forces que nous laisse encore notre âge avancé. Du
(i) Je suis heureux de me trouver dans cette idée, d'accord avec une de mes bonnes et vieilles connaissances, M. Adolphe Caillé, ancien chef de bureau au ministère de la guerre, très compétent dans cette affaire, et membre de la Société littéraire, artistique et archéologique de la Vendée.
Après tant d'années où l'on s'est rencontré dans ses bureaux, à Paris, alors que j'allais recueillir des notes, au susdit ministère, avec l'autorisation de qui de droit, on se redonne avec le plus grand plaisir une poignée de main, à l'entrée de la caserne d'infanterie de chez soi.
(Voir 6* année, l r# livraison de cette publication, Fontenay-le-Comte, Couraud, imprimeur 4887).
reste, nos nombreux manuscrits sont là, toujours au service de l'armée, dont les officiers peuvent venir y puiser tout à Taise ; ce qui a déjà eu lieu, relativement au 137 e , en garnison dans nos murs, par suite de Tordre ministériel transmis, vers le commencement de cette année 1887, à tous les chefs de corps, pour recueillir les documents militaires qu ils pourraient avoir sous la main , et relativement aussi à plusieurs autres qui sont venus de leur résidence, y prendre des notes ou qui me les ont demandées par écrit. Ces manuscrits sont remplis de choses inédites et prises par moi-même sur le fait.
Cependant, dans Tintérêt de l'exactitude et de la vérité, qu'il nous soit permis de nous demander comment il se fait qu'on a donné à notre caserne d'infanterie le nom de Du Chaffaut. Malgré les grandes qualités de cet amiral, son nom est étranger à Fontenay .
On aurait pu l'appeler avec plus d'à-propos Bonnamy de Belle-Fontaine. Ce général est né dans nos murs, et son illustration est assez grande pour couvrir, aussi lui , des reflets de sa gloire, tous les régiments de cette arme qui sont passés chez nous et les détachements qui y sont restés en garnison.
Puis, son titre de Belle -Fontaine est en parfaite harmonie avec les armes de Fontenay et sa fontaine, source de ses grands hommes. On ne saurait trop multiplier les bonnes sources pour l'alimentation de l'humanité. Du reste, le général Bonnamy portait aussi bien la plume que Tépée.
Comme homme de lettres et historien , voici ses états de service : « Coup d'œil rapide sur les opérations de la campagne de Naples, jusqu'à l'entrée des troupes dans cette ville, et des Mémoires sur la Révolution de Naples. »
Les voilà comme soldat :
BONNAMY
(Charles-Auguste-Jean-Baptiste-Louis-Joseph),
Général français, né à Fontenay-le-Comte , en 1764, mort en 1830, à la Flocellière (Vendée) ; s'enrôla en 1791, fit la guerre en Champagne et en Belgique, sous Dumouriez ; dans la Vendée, sous Marceau. Chef d'étatmajor de Kléber, il se distingua au siège de Mayence, en 1795, suivit Championnet à Rome et à Naples, en 1798, et fut impliqué dans sa disgrâce.
Il reparut glorieusement à Marengo.
Mais son plus beau titre de gloire est, sans contredit, à la grande armée, la prise de la redoute de Borodino, construite par les Russes et forte comme il en fût jamais.
Ici, nous avons une fois de plus la chronique contemporaine, qui est la vérité traie et nous tenons ce fait de celui qui en a été le héros, après le général Bonnamy, M. le baron de Rascas, qui, chef de bataillon seulement, commandait ce jour-là le 30 e de ligne (le major et le colonel ayant été tués ou blessés).
C'est ce commandant qui, devenu colonel du 13 e de ligne, avait épousé, en 1819, M lle Antoinette de Chabot du Parc-Soubise, commune de Mouchamps (Vendée).
C'est dans les bonnes soirées du château qu'il nous a fait cette touchante déclaration :
Lorsque le général Bonnamy eût commandé : Brigade, au pas de course, en avant, marche ! et au moment où le 30 e de ligne se mettait en mouvement, une batterie, masquée sur la gauche, prit le régiment d'écharpe et renversa tous les tambours qui étaient en arrière. Mais rien n'arrête l'élan du 30 e , qui, bien que foudroyé sur toute la ligne, escalade seul la position et s'empare de la redoute au cri de Vive l'Empereur! Le commandant de Rascas a son schako emporté par un boulet ; l'Empereur accourt au galop de son cheval et dit : Hein ! s'il avait été plus haut de taille ! Cet officier supérieur avait, en effet, une taille au-dessous de la moyenne.
Malgré des efforts inouis de bravoure, il fut impossible au 30 e de se maintenir dans la redoute qu'il fut obligé d'évacuer ; semblable à ces intrépides capitaines de vaisseaux, qui laissent les derniers le navire, après avoir mis en sûreté leur personnel, le général Bonnamy, resté avec quelques compagnies, tomba percé de plusieurs coups de bayonnette, fut fait prisonnier de guerre et demeura pendant 22 mois au pouvoir de l'ennemi.
Il ne revint en France qu'en 1814, et la Restauration ne l'employa pas.
(Dictionnaire général de biographie et d'histoire, par Désobry et Bachelet, 1857) (1).
(1) M. de Rascas, devenu plus tard colonel du 15 ê de ligne, conduisit ce régiment en Espagne, pour l'expédition de 1823, et le ramena de
Que de points de ressemblance, en toutes choses, entre les généraux Belliard et Bonnamy ! Comme ils auraient été bien, l'un auprès de l'autre, sur le fronton de nos casernes !
J'ai parlé précédemment du contre-amiral Alquier, nommé récemment à ce grade et en activité de service, mais ce contre-amiral est parent du général Bonnamy, par son aïeule ; en voici la preuve :
En 1788, a eu lieu le mariage de M. Charles-Louis Daudeteau, conseiller du roi en la sénéchaussée de Fontenay, avec M lle Thérèze-Louise-Charlotte Bonnamy de Belle - Fontaine , fille majeure de M. Chyles - Auguste-Jean-Louis Bonnamy de Belle-Fontaine, maître
Cadix, à Nantes, par Fontenay-le -Comte, en 1828, sans laisser un seul homme en arrière. Le chemin de fer alourdit le godillot, la marche lui donne du nerf et la légèreté de la biche. Je dis de la biche ; le régiment, en effet, en ramenait une de Cadix, bien franche, bien élevée. Cette pauvre bête fit tout le trajet, à la suite de la musique, en tête de colonne et en toute liberté. Arrivée à l'étape, elle suivait à l'écurie les chevaux des officiers et y restait jusqu'au son de la diane, le lendemain. Quand elle entendait le rappel, elle courait à sa place... et en route ! Le 15* de ligne la regardait comme l'enfant chérie de la maison et la traitait comme telle. Elle aimait tout le régiment, la charmante bête, et tout le régiment l'aimait. Je puis ajouter que je l'ai vue de mes propres yeux. Soit dit en passant, pour la variété du récit , car la variété dans le récit est l'attrait du lecteur.
Le 1° et le 2 - bataillons de ce même 15* de ligne, forts de 90 officiers et de 1,600 sous-officiers et soldats, traversèrent de nouveau Fontenay, le 29 et le 30 mars 1830, à destination de l'armée d'Afrique, pour la campagne d'Alger ; le 3* bataillon et le dépôt, à l'effectif de 26 officiers et 500 sous-officiers et soldats suivirent, le 19 avril, allant à Montélimart (Drôme).
particulier des eaux et forêts, et de défunte dame Marie-Anne Alquier, demeurant audit Fontenay.
Le sang militaire et marin est aussi de tradition dans ces familles, et nous devons enregistrer avec honneur, pour n'être pas incomplet, que pendant nos désastres de 1871, M. Daudeteau fils avait formé, à Fontenay même, un détachement de volontaires, avec l'uniforme et l'équipement de chasseurs à pied et qu'il les a conduits à l'ennemi, lui capitaine, M. Joffrion, lieutenant, et M. son père sans grade ; M. Ménardeau, clairon, et une soixantaine d'hommes.
Dans ces familles-là, comme dans bien d'autres, les jeunes sont à l'unisson des vieux, et tout cela augmente encore la gloire de Fontenay-le-Comte.
Aussi bien, nous arrive ici, dans sa place juste et légitime, une autre illustration, que je dois d'autant moins omettre que son reflet brille encore aujourd'hui parmi nous, dans la haute magistrature, où siège l'un de ses descendants les plus distingués. C'est le mariage de M. Jean -François -Marie Parenteau du Beugnon, conseiller du roi, au siège royal et sénéchaussée de
Fontenay, rapporteur du point d'honneur au baillage de la Châtaigneraie, célébré le 25 novembre 1789, avec D Ue Marie-Adélaïde Bonnamy de Belle-Fontaine, native de Fontenay même, fille de M. Charles-Auguste-Jean- Louis Bonnamy de Belle-Fontaine, conseiller du roi, maître particulier des eaux et forêts, et de dame Marie- Anne Alquier.
(Extrait des actes de l'état civil).
Et voilà que, pendant que je faisais do nouvelles recherches pour m'édifier sur les faits, et que je voguais à pleines voiles dans le Panthéon maritime de la Légion d'honneur, ma plume et ma nacelle s'arrêtent devant la mairie do Fontenay ; je retrouvais un nom écrit sur sa façade, dont du reste j'avais connaissance depuis plusieurs années; je retrouvais, en même temps, la légende qui suit et que je copie textuellement, comme ravivant d'excellents souvenirs :
« De Grimouard, Nicolas-Henri-René (comte), l'un des plus glorieux marins du xvm e siècle, naquit le 25 janvier 1743, à Fontenay-le-Comte (Vendée), dans la maison qui sert aujourd'hui d'Hôtel de ville et sur la porte de laquelle a été conservé ce nom de Grimouard, l'une des illustrations de la cité. »
A 15 ans, garde-marine à Rochefort 1757
Enseigne de vaisseau 1770
Lieutenant aux canonniers matelots 1771
Chef de brigade de marine 1779
Chevalier de Saint-Louis 1779
Contre-amiral 1792
Vice -amiral 1793
Nommé commandant en chef do la flotte de Brest, par Monge, le célèbre mathématicien et
l'un des fondateurs de l'Ecole polytechnique. . 1793 Retiré etc., etc.
A servi sur l'Inflexible, le Formidable, le Thésée, k Superbe, le Solitaire, l'Hippopotame, la Terpsichore,
la Belle-Poule y la Charmante; a commandé la Minerve, 1778 ; l'Actif y le Magnifique, le Scipion, le Borée.
Le comte de Grimoiiard, au château des Places, près Faymoreau, et ses deux fils Jacques et Henri sont ses représentants, en Vendée.
(Tiré des Fastes de la Légion d'honneur, imprimeursréunis, 2, rue Mignon, 1887, à Paris, 1886-87).
L'un ou l'autre de ces noms, mieux encore, les deux réunis, donnés à la caserne d'infanterie, eussent considérablement grandi son côté moral et décuplé ses forces vives, en raison directe de l'opportunité.
Et, maintenant que la plume échappe de mes doigts fatigués, et que mes forces vives semblent diminuer, voilà ce que je lègue à ceux qui entreront dans la lice, après moi , la biographie de ces deux grands- hommes, nos compatriotes, le général Bonnamy de Belle-Fontaine et le vice-amiral de Grimoiiard ; les plumes bien taillées ne manquent ni à Fontenay ni à l'armée, et Augustin Thierry, dans la l re lettre sur YHistoire de France, a proclamé une grande vérité, en disant ces mots remarquables : « La vraie histoire nationale est encore ensevelie dans la poussière des chroniques contemporaines. »
Je n'ai pas prétendu présenter à mes lecteurs, dans cet ouvrage, d'autre chose que des Chroniques contemporaines, mais sincères et pleines d'exactitude, comme le disait dans la préface, mon savant ami, M. Désiré Lacroix, rédacteur au Moniteur de l'Armée.
A mes successeurs à présent d'en tirer la vraie histoire
nationale. Avec une pareille base, l'histoire sera toujours ce qu'elle doit être : le récit véritable et authentique des faits passés.
J'ai parlé seulement du général Bonnamy et de l'amiral de Grimoiïard, mais l'arène est beaucoup plus vaste. La biographie des hommes illustres de Fontenay n'a pas été faite, du moins en grand. Cette collection, qui serait si belle, si intéressante, n'existe pas, et comme ceux de nos concitoyens qui ont mérité ce nom sont partagés généralement entre la robe et l'épée (1), ne serait-il pas fort à-propos de consigner dans de longues pages et de forts volumes, la vaste science des
Jean Besly,
Barnabe et Pierre Brisson,
Mathurin-Jacques Brisson,
Pierre Brissot,
Julien Collardeau,
Jean Imbert,
Jehan Rabateau,
Nicolas Rapin,
André de Rivaudoau,
André Tiraqueau,
François Viète, etc., etc., à côté de Du Guesclin, le grand connétable, qui, après
(1) Il y en avait, cependant, qui savaient aussi bien porter l'une que l'autre ; ainsi, Nicolas Rapin était aussi bon guerrier que bon écrivain; c'est lui qui, maire de la ville, défendit vaillamment le château attaqué, en 1570, par François Lanouë Bras-de-Fer. Avant de faire bâtir le château de Terre-Neuve, il habitait, tout près de Jean Morison, son
avoir enlevé la ville aux Anglais, le 10 octobre 1332, fut seigneur de Fontenay du 13 mai 1373 au 1 er décembre 1377 ; — à côté du maréchal de Catinat, né en 1637, parent d'André Tiraqueaû, par sa mère, et possédant, du chef de celle-ci, partie de la seigneurie de Chaix, quelques métairies aux alentours de Fontenay et entre autres, la Pommeraie, près le cimetière de Saint-Jean ; — à côté de La Rochefoucaud, gouverneur de la province, père de François, l'auteur des Maximes, qui occupait Thôtel qui servait d'habitation à ces hauts fonctionnaires, possédé aujourd'hui par M. Boumier, négociant; — A côté enfin des généraux Belliard, Bonnamy de Belle-Fontaine, vice-amiral de Grimoiiard, contre-amiral Libaudière, contre-amiral Alquier, général Savin-Larclause, général Brunetière, lieutenant-colonel Chataigner, etc., sans préjudice de ceux de nos compatriotes qui nous arriveront plus tard, avec les trois étoiles, en triangle, sur leur trèfle à six feuilles.
Pline l'Ancien a dit, dans une de ces belles pages, qui découlaient si naturellement sous ses doigts :
Res ardua, vetustis novitatem dare ! 11 est difficile de rajeunir le passé !
C'est vrai au fond, mais nos savants des siècles passés
architecte, la place du Marché-aux-Porches, aujourd'hui place Belliard. Son nom est un heureux ajouté aux noms que j'ai cités, en son lien, comme entourage et voisinage de cette dite place Belliard.
Dans ces temps reculés, l'un des Brisson avait commandé 200 lances, etc.
M athurin -Jacques Brisson est le physicien célèbre, continuateur de Réaumur.
n'ont pas vieilli , la science ne vieillit pas ; leurs écrits sont toujours vivants sous nos yeux, dans la science moderne, dont ils ont été la source forts et scaturigo. La jurisprudence ne meurt pas pour nos jurisconsultes, comme l'épée ne rouille pas dans les mains de nos soldats.
Mais, avant de quitter la plume, je demande la permission, celle-ci à son tour, bien naturelle et bien légitime, d'en envoyer le dernier trait, partant du cœur, à ceux de mes parents et de mon nom, qui ont si vaillamment défendu la ville de Bitche, pendant la guerre de 1870-71, et qui y sont restés à demeure, comme pour affirmer à jamais leur triomphe.
Car Bitche est demeurée imprenable, pendant toute la funeste invasion.
Et le colonel Tréboute qui, ces dernières années, commandait, avec une haute distinction, le 6 e hussards, à Pontivy et à Bordeaux , natif de Bitche même, et dont la maison était contiguë à celle de mes parents, a dit à l'un d'eux, dans une visite qu'il lui faisait sur place : « Si nous redevenons jamais Français, je vous ferai décorer; parce que c'est vous qui êtes la principale cause que Bitche ne se soit pas rendue. » (1)
Je ne pourrais déposer ma plume dans de meilleurs souvenirs et de plus beaux faits.
(1) Voir le Siège de Bitche, page 56, par Dalsèine, 4 ê édition , Paris, Dentu, libraire, 1878; ouvrage adopté parle Ministre de l'instruction publique pour les bibliothèques scolaires.
Cependant et pour tout dire, il manquerait quelque chose au bonheur de ma dernière heure, si je n'en réservais un fort pennon , pour le placer sur la tombe de celui auquel je dois, après quarante ans de services rendus à l'armée, la plus haute distinction de ce monde, la croix d'honneur, au digne général comte Carrelet, décédé si chrétiennement le 18 octobre 1886, et auquel j'adressais, en rapprochant sa mort du massacre de Sidi- Brahim et des malheurs du 2 e hussards , son régiment, prisonnier de guerre en 1871, à Gross-Glogau (Silésie), les adieux suivants :
A la suite de 32 vers dépeignant les misères des vivants et les souffrances de ceux qui avaient succombé, j'ajoutais :
Et vous , Permettez, général, à mon âme attérée, A leur deuil de quinze ans, d'unir le deuil d'hier : Le vôtre... ô souvenirs abîmant ma pensée !
Mais combien j'en demeure fier !
Et ici, s'il m'était permis de prendre en main la plume d'une haute autorité militaire, je répéterais relativement à l'ancien colonel des Chamborant, ce que le colonel Donop vient de dire aux obsèques du lieutenant d'Aramon , du 4 e chasseurs à cheval , mort dans ses rangs : « Cher général Carrelet, vous, qui depuis hier, êtes admis dans la gloire et la lumière éternelles, Dieu vous a absous, Dieu vous a sauvé. Le 2 e hussards a là-haut un ami de plus, qui pense à lui, l'aime et le défend. Ah !
cher général, aimez-le, car aussi longtemps que le 2 e hussards poursuivra sa belle carrière, il gardera votre souvenir, et jamais, jamais, il ne fera rougir votre mémoire bien-aimée. »
Le jour même où j'écrivais ces nobles lignes, descendant du sommet do la hiérarchie do l'armée, c'était le 3 octobre 1887, je déjeûnais avec un capitaine du 1 er hussards, y récemment nommé et naguère sortant d'Afrique. Cordial et fraternel déjeûner qui me rappelait cette hospitalité de huit jours que m'avait donnée, à Melun, alors que le régiment se trouvait dans la division indépendante de cavalerie stationnée sur le 5 e corps, dont j'étais l'aumônier, le digne colonel d'Agoult et son corps d'officiers ; le tout conservé à sa page et n° dans mes archives, et mieux encore à sa page et n° dans mon cœur.
Ce capitaine, dis-je, me parlait d'une visite faite par lui, sur le champ de bataille de Sidi-Brahim et de quelques petits lambeaux d'uniforme brun-marron , qui s'y trouvaient encore, jonchés sur le sol, à 42 ans d'intervalle.
Le vent du désert qui souffle si violemment n'avait pu les emporter au loin , ni les ardeurs de la canicule en altérer la couleur, ils étaient toujours là, comme témoins vivants de l'héroïsme de ceux auxquels ils avaient servi d'uniforme, ces sublimes lambeaux !
Rien d'étonnant, m'écriai-je, mon capitaine, le bleuciel des Bercheny, le brun -marron des Chamborant,
le gris-argentin des Estherhazy, etc., etc., les vieux uniformes de nos hussards, sont des lambeaux d'immortalité, sans préjudice, bien entendu, des autres tenues de nos soldats.
Et encore une fois, voilà comme l'uniforme et les souvenirs font grandir le cœur et augmentent le feu sacré du métier.