‹ Recherches historiques sur le général Belliard de Fontenay-le-comte (Vendée): prises en FranceChapitre 7 sur 32 · ET DEPUIS, JUSQU'A SA MORT · texte numérisé non relu

ET DEPUIS, JUSQU'A SA MORT

Il nous arrive d'abord, avec les trois étoiles de général de division ; c'est le digne couronnement de ses œuvres en Orient.

Et ici, nous nous trouvons en présence non plus de l'Egypte, mais de l'Europe presqu' entière, depuis la France jusqu'aux limites de l'Espagne et du Portugal, et depuis ces limites jusqu'en Russie; voilà le théâtre où le général Belliard va figurer ; il faudrait une toile impossible , pour couvrir un pareil terrain. Donc, nous ne pouvons esquisser qu'à grands traits, qu'à vastes lignes.

A la fin de 1802 , le général Belliard reçut le commanr dement de la Belgique, où trente ans après, il devait paraître , comme diplomate consommé et ambassadeur ; il occupa ce poste jusqu'en 1804.

En 1805, il est chef d'état-major général du corps dfi cavalerie de Murât. Ses agraffes de campagne pour cette année et les suivantes, portent : Austerlitz, 2 décembre 1805; Iéna, 14 octobre 1806, Prentzlow, 28 octobre même année, où il fit mettre bas les armes à 16,001 hommes d'infanterie et à six régiments de cavalerie, avec

45 drapeaux et 63 pièces do canons attelées ; Tannée 1807 y ajoute Eylau, Friedland, Tilsitt; en 1808 (1), le général Belliard passe à l'armée d'Espagne ; mais, par suite de l'entrée de nos troupes et sous la date du 8 mai de cette année, Madrid se met en pleine insurrection, et comme une traînée de poudre qui vient de prendre feu, sa révolte s'étend à presque tout le pays. Le corps de Murât l'étreint comme un aigle étreint ses petits dans ses serres. Un jour et une nuit suffisent pour forcer cette capitale à demander grâce.

Le roi Joseph y fait son entrée sous la protection des bayonnettes du général Bessières; il est bientôt forcé d'en sortir et de se réfugier au camp français.

Madrid est comme un volcan qui, après avoir lancé ses flammes, les couve un instant pour mieux les vomir après.

Il fallait l'œil du maître et son bras pour une action décivise ; l'empereur arrive. Madrid , vigoureusement assiégée le 3 décembre 1808, se rend le 4. Belliard en est nommé gouverneur. Nos soldats se répandent dans le pays comme un torrent dévastateur ; ce général reste avec une garnison restreinte, mais il a son ascendant moral, sa douceur et sa fermeté, puis encore son tact, qui deviennent les rails sur lesquels il asseoit les bases de son gouvernement.

Une insurrection y ayant éclaté, au moment de la

(i) C'est cette année que Belliard fut nommé comte de l'Empire avec dotation ; son titre était comte de Plock.

bataille de Talavera, il se rendit seul, au milieu d'une population fanatisée, et par l'ascendant de sa présence, sa prudence et sa fermeté, sut, au péril de sa vie, la sauver des horreurs de la guerre. Aussi son nom est-il encore béni dans cette capitale de l'Espagne, où sa main répandit tant de bienfaits, en même temps que par une justice toujours noble, toujours éclairée, il savait aussi adoucir les fléaux de l'invasion et faire respecter nos armes.

Tout le monde sait les difficultés énormes qui ont surgi de cette campagne. Les lignes précédentes disent la manière élevée dont le général Bolliard s'en est tiré r en ce qui le concerne. Ces difficultés devinrent telles, en 1809, que les troupes qui avaient été dirigées sur l'Espagne furent bientôt tout à fait insuffisantes ; il fallut y envoyer des renforts considérables, presqu'une seconde armée ; et, comme c'était d'urgence, force fut de réquisitionner sur tout le parcours, hommes, chevaux, voitures, charrettes, pour arriver plus vite et ne pas fatiguer les hommes. Alors, eut lieu un fait qui fait honneur aux habitants de Fontenay ; heureux de l'avoir recueilli de la bouche de témoins oculaires , je suis plusheureux encore de le transcrire.

\ ,200 hommes des 15 e , 70 e et 86 e d'infanterie de ligne étaient de passage dans notre ville ; à leur arrivée , on les conduit sur le marché des Porches, aujourd'hu" place Belliard, où se trouve sa maison dont nous avons parlé ; il n'y avait qu'un moment d'arrêt ; on n'avait xm le temps de prendre le café (je m'oublie, on n'en prena5

pas alors), ni de faire la soupe ; mais, par une délicate -attention, dictée par l'urgence, M. Laval aîné, alors maire de la localité, avait fait prier, à son de caisse, les habitants de préparer des soupes, de les tenir prêtes pour l'heure de l'arrivée, et de les apporter toute chaudes à nos soldats. Inutile de demander si nos ménagères se sont exécutées. Je connais trop bien les dames d'aujourd'hui pour douter un instant do l'empressement que leurs bonnes mamans ont pris à remplir les gamelles de nos troupiers. J'ai même trop bonne opinion de mes compatriotes pour penser qu'il n'y eût que de la soupe. Le pain, la viande, le vin, le petit verre n'y auront pas manqué. Nos soldats ne sont-ils pas les enfants de la famille, les enfants du pays, les enfants de la patrie, trois fois conséquemment les enfants de la France. La famille, c'est le sang; le pays, c'est le sol; la patrie, c'est la gloire et l'honneur, c'est le passé, le présent et l'avenir de la nation, c'est son âme, c'est son cœur ; quoi de plus français que ces mots !

Je me rappelle que, quand le 17 e bataillon de chasseurs à pied fit étape à Fontenay, allant du camp de Lannemezan (Hautes -Pyrénées) à Rennes, sa fanfare ayant joué sous les fenêtres du Cercle de l'Union, on leur donna force vin de Champagne pour arroser leur dîner du soir ; j'étais présent à l'arrivée de ce bataillon, le 30 avril 1866, à la réception dont je parle, et le lendemain 1 er mai , à son départ.

Nos chers partants pour l'Espagne furent satisfaits à moins; ils se contentèrent du vin de la contrée, qui,

du reste, est fort bon et dont le meilleur pourrait, parfois, jouer le Champagne ; ils avalèrent leur soupe et ses accessoires, avec le meilleur appétit du monde, rompirent les faisceaux, au premier roulement de tambour, et se portèrent lestement sur la grand'route de Niort où les attendait une formidable ligne de ces lents transports, qu'on appelle charrettes, chars à bancs, fourgons, etc. Hélas ! où étaient les chemins de fer et leur vertigineuse vitesse !

Le général Belliard s'était entouré, à Madrid, de son état-major ordinaire, le colonel Robert et le commandant Yinet, ainsi que du personnel habitué de sa maison.

Puis il s'était adjoint, comme commissaire des guerres, en 181 i, M. Millouin, l'oncle de celui que tout le monde a connu dans ces derniers temps, à Fontenay, où il est mort, cette année même 1887, dans un âge très avancé.

Les commissaires des guerres avaient pour attributions l'administration, les revues et les polices des armées ; c'était à peu près l'intendance de nos jours : comme il n'y avait pas à cette époque de sections d'écrivains d'état-major, ni de commis d'administration, 1 général avait fait venir en Espagne quelques jeunes gen^ de Fontenay, de ses parents ou de ses connaissances, pour tenir les livres et travailler dans les bureaux. C'étai — • simplement des employés civils autorisés, en dehors d*- la vie de soldat.

Le général Belliard resta gouverneur de Madri jusqu'en 1812, époque à laquelle il fut rappelé pou prendre part à des choses, des événements, des bataille-

des dangers , des victoires , des défaites presque sans pareilles dans l'histoire et qui allaient encore le grandir. La Russie était en vue jusqu'à Moscou, et l'Espagne n'était plus rien.

En lisant les nobles pages de ses expéditions militaires et surtout sa campagne d'Egypte, on peut dire sans crainte qu'il fut un général hors ligne ; les appréciateurs de son action gouvernementale au Caire (2 fois), à Thèbes, à Madrid, à Bruxelles, ajoutent un degré de plus à ses qualités administratives.

Je suis bien aise d'avoir recueilli et de pouvoir exposer

ce jugement sur notre illustre compatriote , qui n'était

pas suffisamment connu jusqu'à nos jours. La condition

essentielle et indispensable pour bien juger, c'est l'étude

approfondie des hommes célèbres; le temps est un

grand maître, qui fait la lumière et augmente le jour

du tableau, c'est alors qu'on aperçoit le développement

de ces forces vives, qu'ils avaient reçues du ciel, pour

devenir ce qu'ils ont été : de grands hommes, au service

de Dieu et de leurs semblables.

A ces qualités supérieures, Belliard joignait des connaissances qui tiennent à l'histoire naturelle et un J>eu à tout. Chez lui, le proverbe : « Qui trop embrasse, Xnal étreint », n'avait pas d'application. Il avait étudié la nature sous tous les climats les plus opposés ; il n'en était que plus apte à connaître les divers systèmes d'acclimatation.

C'est dans ce milieu qu'il voulut agir, en important d'Espagne, dans les servitudes de son château de

Claveaux, commune de Saint- Valérien (Vendée), un nombreux troupeau de moutons-mérinos. Avant son départ de Madrid, il le mit en route pour France, sous la conduite de bergers espagnols, qui nous arrivèrent à Fontenay , un peu déguenillés et couverts eux-mêmes de peaux de brebis, comme des Jean-Baptiste dans le désert. Où étaient donc, encore une fois, les chemins de fer et les wagons-écuries de nos temps ! De Madrid à Fontenay, c'est loin et à pied encore. Il est vrai que le temps est le meilleur berger du monde, lui ! Il amène tout, avec ses jours, ses heures et ses minutes. C'est plus long, mais on arrive quand même.

Nos pastours ne firent que traverser la ville et s'acheminèrent vers Claveaux r qui put recevoir, dans ses écuries , la plus grande partie de ces mérinos ^ le reste fut conduit à la ferme de Pahu, propriété de lta famille , tout près de Fontenay. L'essai no réussit pas pour que les choses marchent au mieux, il faut toujourl'œil du maître et d'un maître qui s'y connaît, et nou avons dit que Moscou était en vue ; c'est plus qu'il n'e - : fallait pour absorber les yeux du général, déjà trfe fatigués par le soleil de l'Egypte.

Les pauvres Espagnols, après avoir rempli lek— mission, en furent quittes pour regagner leur frontières ce qu'ils firent, sans coup férir. On dit même qu'3 eurent peur, sur tout le parcours du territoire français Ah! chers Espagnols, no tremblez pas, de grâoe la France est toujours le pays de l'hospitalité ; du reste, nous n'étions plus ennomis, si jamais nous l'avions été.

Puis, n'avons-nous pas à Fontenay l'hôtel de Fontarabie, l'habitué de vos compatriotes, qui viennent tous les ans, c'est de tradition , acheter nos mules , pour remonter vos équipages de guerre ou de commerce.

Maintenant, nous sommes en partance pour France, et en 1812 ; voici le bilan du voyage :

Le général BelHard fit le trajet de Madrid à Fontenayle-Comte, dans trois voitures d'équipage, pour lui et pour sa suite, composée de ses aides de camp, colonel Robert, commandant Vinet, son fidèle Aumann, fils de sa nourrice; Jacques, son infatigable cocher, qui le conduisait partout, etc. Il vint, comme de droit, descendre dans sa famille, qu'il n'avait pas vue depuis de longues années. Il y a dans ces absences, dans ces retours, dans cette vie de campagne et d'administration, dans cette vie de haut commandement et de haute obéissance, dans ce contact avec des hommes de pays et de nationalités diverses, quelque chose d'indéfinissable; on y puise des leçons faites pour, grandir l'esprit et le cœur. Oh ! combien on devient homme, quand on sait monter dignement de pareils échelons !

Le général Belliard eût le plaisir de retrouver à Fontenay le dépôt du 1 cr hussards, ancien Bercheny, son régiment d'enfance, avons-nous dit, et plus tard de Jemmapes. Il occupait depuis 1808 cette ville qu'il laissa, en 1814, pour aller à Lyon. Me serait-il permis d'ajouter, que quelque temps auparavant, avait été évacué sur ce dépôt un de mes parents, venant de la portion principale du corps, armée d'Espagne, dans les

rangs duquel il avait été blessé, au champ d'honneur. Il fut aussi lui heureux d'y revoir une partie de sa famille. Gomme témoignage de satisfaction de ses chefs, on lui laissa son sabre, en souvenir de sa campagne. Un autre de mes parents , maréchal-des-logis au même, y avait été tué à l'ennemi.

Le séjour du général Belliard dans son pays natal, ne fut pas de longue durée. La même année de son retour d'Espagne, il est appelé à la guerre contre la Russie, en qualité de chef d'état-major de la cavalerie, se distingue à Smolensk, entre à Moscou, en sort l'un des derniers ; se couvre de gloire à Mojaïsk, où il a deux chevaux tués sous lui et où il est dangereusement blessé. Nommé colonel-général des cuirassiers, en 1812, à la suite de cette affaire, il couvre la retraite de notre armée avec ces hommes d'élite; réorganise, autant que possible, notre cavalerie, à sa rentrée en Prusse, et arrive, dans ces conditions, à Dresde et à Leipsick, où il eût le bras cassé et deux autres chevaux tués sous lui. Puis, quand, à la suite de cette épouvantable retraite, seâ chevaux furent tous morts ou mangés, il fut porté à dos ou à bras, pendant plusieurs jours de marche, alternativement par son aide de camp, le colonel Robert et son intendant Pierre Aumann, par ses fidèles serviteurs Jacques Matras , Louis Roussière et Louis Chalicq , son palefrenier allemand, qui lui avait rendu de grands services pendant la campagne et qui fut tué, en Saxe, à ses côtés. Les autres ont survécu.

Le général Belliard parvint, dans cet état de dénûment

jusqu'à Mayence, où il remplaça, comme major-général de l'armée, le prince Berthier, qui se rendit à Paris, avec Napoléon. Il fit, en cette qualité, la campagne de France, jusqu'à la bataille de Craône, à la suite de laquelle il fut pourvu du commandement en chef de toute la cavalerie et de la garde impériale. Il combattit à la Haute-Epine, à Château-Thierry, à Fromenteau, à Craône, à Laôn, à Reims, devant Paris, et mérita, par ses éminents services, que l'empereur lui conférât le grand cordon de la Légion d'honneur.

Le général Belliard était présent aux adieux de Fontainebleau ; dans le beau tableau qu'Horace Vernet a consacré à cet épisode de notre histoire , il est facile de le reconnaître à son sabre à la Mameluck, que Mourad-Bey lui avait donné en Egypte.

A son retour de l'île d'Elbe, Napoléon lui donna ordre de se rendre auprès du roi de Naples, Joachim Murât, en qualité de ministre extraordinaire, moins pour y remplir une mission diplomatique, que pour diriger les opérations militaires des troupes napolitaines. Il partit de Toulon le 27 avril 1815 sur la frégate la Dryade, et eut mille difficultés à vaincre, pour arriver, à cause de la croisière des vaisseaux anglais dans ces parages. L'expédition ne réussit pas du tout, malgré ses excellents conseils ; l'affaire était déjà perdue ; Murât battant en retraite, et vaincu à San-Germano, fut obligé de se réfugier en France.

Le général Belliard lui-même, se préparait à mettre

à la voile, sur la goélette F Etoile, quand l'amiral Pelew lui fit signifier qu'il ne partirait qu'après avoir été visité, parce qu'on voulait savoir si Murât était à son bord. Le général donna sa parole d'honneur qu'il n'y était pas; il ajouta qu'il se ferait couler, plutôt que de se laisser visiter ; que jamais il ne souffrirait une injure à son pavillon. Après bien des délais, l'amiral le laissa partir. La goélette qui portait le général voguait à pleines voiles, lorsqu'un brick anglais, à la hauteur de Gaëte, lui envoie trois boulets qui la forcent à mettre en panne, car elle n'était point armée. Un officier se présente pour la visiter, BelHard déclare qu'il no le souffrira pas; l'officier insiste et s'approche; le général saisit un pistolet et le menace de lui faire sauter la cervelle s'il ose mettre le pied à son bord; celui-ci le regarde, hésite et retourne à son vaisseau. L'Etoile continue sa route pour Toulon, où elle prend pied, le 20 mai 1815, après avoir éprouvé, près de l'île d'Elbe, une tempête qui la mit plusieurs fois en danger de se briser sur les rochers, dont ces côtes sont hérissées.

De retour à Paris, l'empereur nomma Belliard gouverneur des 3 e et 4 e divisions militaires, avec le commandement du 14 e corps d'armée, qui se réunissait à Metz. Après la funeste bataille de Waterloo, il conserva toutes les places qui étaient sous ses ordres, fit lever le siège de Longwy, assura la tranquillité du pays. Remis en 1819, pair de France, dignité à laquelle il avait été élevé en 1814, il porta, dans ces hautes fonctions, jusqu'en 1830, la plume et la parole pour nos libertés, aussi

noblement, aussi dignement qu'il avait porté l'épéo pour la patrie.

Après les journées de juillet 1830, Belliard fut chargé d'aller notifier au cabinet de Vienne l'avènement du roi Louis-Philippe; il sut justifier cette confiance en faisant respecter dans sa personne le gouvernement français, et lever toutes les difficultés que l'époque avait fait naître.

En 1832, ambassadeur et ministre plénipotentiaire en Belgique, où il avait été trente ans auparavant gouverneur de Bruxelles, il eut, par son action diplomatique et militaire, une très grande part à l'indépendance de ce pays. Toutes les instructions qu'il avait reçues à Paris, au sujet de sa mission, portaient la paix, le désir de la paix dans tous leurs plis ; c'était le vœu du gouvernement du roi, une paix honorable, qui excluait tout conflit entre les puissances; c'est vers ce but que convergèrent tous ses efforts, qui furent couronnés de succès. Cependant, une armée française dut paraître en Belgique; sa présence morale fit plus que ses baïonnettes ; et quand elle eut paru, ce qui suffisait, le général Chassé, profitant de son retour dans la patrie, eut l'imprudence, occupant encore la citadelle , de jeter quelques bombes sur Anvers. Belliard part en poste, arrive dans cette ville, se présente seul à lui, et arrête le feu par sa voix puissante. C'est que les meilleurs guerriers, ceux qui font le mieux la guerre, je l'ai dit ailleurs, désirent et font la paix, parce qu'ils estiment leur qualité d'homme et de chrétien supérieure à leur qualité de soldat. Ainsi du héros dont

nous décrivons le profil; des hommes comme lui ne versent le sang qu'à regret : Virum et militem, comme disaient les anciens; ils avaient eu la sagacité de comprendre que l'homme complet prime le soldat.

C'est à Bruxelles même, en pleines fonctions, que le samedi 28 janvier 1832, à trois heures du soir, en sortant du palais du roi, le général Belliard tomba dans le parc, frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante, à l'âge de 63 ans ; sa mort fut un deuil général pour la Belgique.

Léopold I er avait été mis à la tête de ce nouveau royaume le 21 juillet 1831 ; le 9 août de l'année suivante, il fut marié à Louise-Marie-Thérèze-Charlotte d'Orléans, fille de Louis-Philippe I er , roi des Français.

Une chose manqua à Belliard, comme couronnement de ses efforts et de ses succès diplomatiques à Bruxelles t c'était d ? y recevoir la nouvelle reine. Elle y fit son entrée solennelle , en grande pompe , ayant pour escorte d'honneur le 9 e cuirassiers, qui deux ans auparavant tenait garnison à Fontenay-le-Comte, à l'effectif de trois escadrons, portion principale à Niort, et qui avait été désigné pour l'accompagner au complet. Je dirai plus tard quelques particularités de la présence de ce corps d'élite en notre ville. Toutes ces circonstances sont autant de nœuds qui rattachent davantage le général à ses compatriotes.

De pareils hommes n'ont pas besoin de panégyrique; leurs faits parlent assez haut et chacune des actions de Belliard était un éloge vivant pour lui ; aussi bien, ne le disons pas trop haut, nous avons vu combien il était

modeste, pendant sa vie, nous pourrions troubler le sommeil du juste, après sa mort; rappelons-nous qu'on lui donnait ce nom, en Egypte. Cependant, pour notre édification, et ne l'oublions pas, partout où il y a un bon exemple à recueillir, il faut le saisir avec empressement, pour devenir meilleur. Rien donc de plus à propos, comme conséquence des principes que j'émets, que do reproduire les lignes suivantes de son aide do camp, commandant Vinet : « Bon, intègre, juste, affable, généreux, le général Belliard était accessible à toutes les prières, à toutes les misères. Terrible dans l'action, auprès le combat, il mettait tous ses soins à adoucir les maux inséparables de la guerre. Il aimait ses soldats, comme il en était aimé. Toujours disposé quand même à une bonne action; on le voit à Madrid, malgré les ordres les plus précis, les plus positifs, suspendre l'exécution du marquis de Saint-Simon, et faire arriver sa fille jusqu'à l'empereur qui lui accorde la grâce de son père. Mille autres actes d'humanité pourraient être ajoutés à celui-ci.

» Le jour où Ton confiait à la tombe les restes mortels de cet homme de bien, de ce Français vraiment digne de ce nom, après le beau discours de M. Lehon, ambassadeur de la Belgique, une voix s'élève de la foule et s'écrie : Moi, je lui dois la vie; voilà mon oraison funèbre. Celle-là aussi était éloquente. »

Pour lui témoigner une gratitude qui doit défier les âges, les Belges lui ont élevé à Bruxelles mémo une statue équestre, en tenue de général, avec cette légende :

AU GÉNÉRAL BELLIARD

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