‹ Recherches historiques sur le général Belliard de Fontenay-le-comte (Vendée): prises en FranceChapitre 8 sur 32 · LA BELGIQUE RECONNAISSANTE · texte numérisé non relu

LA BELGIQUE RECONNAISSANTE

La ville d'Anvers a donné son nom à Tune de ses places.

Heureux qui, comme lui, sait à la fois mériter la reconnaissance de l'étranger et l'admiration de son pays. Il n'est pas une seule maison dans Bruxelles, encore aujourd'hui, qui n'ait son portrait et qui ne le regarde comme le sauveur et le père de leur patrie.

L'amitié lui a érigé un tombeau, au cimetière du Père-Lachaise , à Paris. Nous lui envions ses restes, qui font un grand vide dans le nôtre , où reposent ses aides de camp, ses parents et ses amis.

Sa famille, qui le chérissait, s'empressa de faire célébrer, peu de temps après sa mort, dans l'église de Notre-Dame, un service des plus solennels pour le salut de son âme.

La ville de Fontenay, qui l'avait vu naître et qui avait suivi avec bonheur le cours de ses campagnes, ne voulut pas le voir mourir sans lui témoigner sa plus vive sympathie. Ce sentiment de nos compatriotes demandait quelque chose do plus ; les grands cœurs ne sont pas satisfaits , quand ils ne sont pas à hauteur de leur objet. En conséquence, le 1 er novembre 1836, fut fixé pour inaugurer le buste du général Belliard sur la fontaine , située devant la maison même où il est né, sur la place h laquelle le Conseil municipal venait de

donner son nom. On se rappelle que les armoiries de Fontenay sont une fontaine, qui est appelée la source des grands hommes :

Fonteniacum, felicium ingeniorum forts et scaturigo

C'était un de plus à ajouter à la longue série de ses prédécesseurs. Merci à notre cité :

toi la source des grands hommes, Fontenay, perle à la belle eau ; Belliard, au temps où nous sommes, Est de ta part un vrai cadeau.

Ce buste, œuvre de Suc, sculpteur nantais, représente le général, tête nue, portant à droite son épaulette visible à l'œil, la gauche est recouverte des plis d'un manteau qui retombe sur sa poitrine. Il est en marbre blanc et d'une ressemblance parfaite. Il a coûté 3,000 fr.

Au jour susdit, les autorités civiles, militaires et judiciaires vinrent, avec les troupes, prendre position sur la place Belliard. Je vois encore le beau carré formé par notre compagnie de sapeurs-pompiers, toujours alertes, toujours dévoués, par la garde nationale, où se trouvaient aussi quelques vieux de la vieille, et par les deux escadrons du 3 e régiment de hussards en garnison à Fontenay même.

La chronique dit, et sa voix me l'a répété , ces jours derniers , qu'un piquet se détacha du groupe , se rendit à l'Eglise de Notre-Dame pour faire escorte d'honneur

au digne M. Augustin Dorion, archiprêtre-curé de cette église, qui, accompagné de tout le clergé de la ville, vint bénir le monument.

A son arrivée, la musique se fit entendre ; puis, après les discours et les cérémonies d'usage, eut lieu le défilé qui fut remarquable. Ces vieux de la vieille, auxquels nous réservons plus tard une mention, semblaient avoir retrouvé leur vigueur du temps passé, et les jeunes hussards tout l'entrain de leurs pères d'Eylau et de Friedland. Le 3 e hussards arrivait depuis peu de Hagueneau et avait pris sa part de la campagne de Belgique comme corps d'observation. Rien ne pouvait mieux être en harmonie . Le clergé fut reconduit avec les mêmes honneurs.

C'est que, quand on n'élève pas un monument jusqu'à Dieu, le monument, quelqu'il soit, n'est pas à hauteur. Lorsque celui dont notre compatriote avait partagé la gloire en Egypte, le général Desaix, mourut au champ d'honneur de Marengo , en décidant la victoire, Bonaparte le pleura et dit :

« A tant d'héroïsme, à tant de vertus, je veux décerner des honneurs , tels que nul mortel n'en reçut jamais de pareils. Je donnerai à Desaix les Alpes pour piédestal et les religieux du grand Saint-Bernard pour gardiens. » En effet, le corps du général fut transporté à cet hospice; un tombeau somptueux, en marbre de Carrare, fut sculpté à Paris et envoyé au Saint-Bernard. Le jour des funérailles, le général Berthier, prince

de Neuchâtel, qui représentait l'empereur, parla en. ces termes : « Vénérables religieux du grand Saint-Bernard, au nom de l'empereur, je vous confie les cendres et l'épée du guerrier, mort à Marengo. »

A Desaix, qui avait fait partie de l'armée d'Italie, qui avait franchi les Alpes, Bonaparte donnait le Saint-Bernard pour tombeau , avec des religieux pour gardes d'honneur; à ses soldats, morts à l'armée d'Egypte, il avait donné pour catafalque les Pyramides; par ses ordres, leurs noms y avaient été inscrits, comme celui de Belliard l'était aux Cataractes, et, faute de prêtres, Dieu lui-même s'était chargé de veiller sur eux.

Dans de pareilles conditions, tout était en sa place; les hommes et les choses se complétaient par ce Dieu qui, infini dans ses miséricordes, sait provoquer le repentir et donner le pardon. Puis, ces héros qui avaient arrosé de leur sang ces contrées lointaines, n'étaient-ils pas, à leur façon, des martyrs pour la patrie, et ne pourrait -on pas dire que les religieux de l'ancienne Thébaïde veillaient sur leurs cendres , comme ceux du Saint-Bernard sur Desaix ?

Quant à Belliard, reposant au Père-Lachaise, c'était les anges de la France qui veillaient et priaient pour lui.

Enfin, pour dernier couronnement, l'un et l'autre Desaix et Belliard ont leurs noms inscrits sur l'arc de triomphe de l'Étoile, à Paris.

Qu'il mo suffise de dire, en terminant, que le 14 avril 1887 j'ai visité la maison du général Belliard dans tous ses détails; elle est grande, vaste même, telle qu'au jour de sa construction ; on n'y a fait aucune réparation notable ; elle a le cachet des plus confortables édifices du temps où elle a été construite. On y voit la chambre où il est né, celle qu'il habitait, son cabinet d'étude, plusieurs autres chambres remarquables et beaucoup de servitudes. J'ai remarqué dans les caves l'orifice d'un souterrain, qui, passant sous la place, va rejoindre le château. Ces souterrains sont nombreux et ont leur issue sur plusieurs points des extrémités de la ville; c'étaient des précautions prises pour son évacuation par les assiégés, en cas de défaite.

Le piédestal sur lequel repose le buste et qui sert de revêtement à la fontaine, est d'un fort mauvais effet et cache la partie principale de la maison. Le faire disparaître, c'est, à la fois, en dégager la façade et régulariser la position, en le faisant ériger, dans de meilleures conditions, au centre de la place. Dans cette occurrence, Fontenay voudra-t-il se laisser dépasser par Bruxelles, me disait un malin ces jours-ci ? Et sa photographie sera-t-elle dans toutes les maisons, comme en Belgique?. . . Et pourtant, le général Belliard est de chez nous, il nous appartient plus qu'à l'étranger. Toutes questions à résoudre, dans un temps plus ou moins long... En attendant, pour n'être pas incomplet, il nous faut retracer les inscriptions en lettres d'or qui décorent les plaques en marbre blanc du monument.

Celle de face contient ce qui suit :

Augustin-Daniel BELLIARD, Comte, Lieutenant-général, né i Fontenay-le-Comte,

le 25 mai 1769 ;

Capitaine aux volontaires de la Vendée,

le 18 septembre 1791 ;

Officier d'état-major de Dnmonriez i Jemmapes ;

Adjudant-général i Herwinde ; général de brigade i Arcole ;

Gouverneur du Caire ; général de division en Egypte ;

Commandant la 26 e division i Bruxelles, en 1801 ;

Chef d'état-major de la cavalerie de Murât, en 1805 ;

Grand-Officier de la Légion d'honneur i Austerlitz ;

Commandeur de la couronne de fer, en 1808 ;

Gouverneur de Madrid en 1808 ;

Colonel-Général des cuirassiers à Smargoni, en 1812;

Aide-Major de l'armée i Dresde et i Leipsick ;

Commandant-général de tonte la cavalerie

Et Grand-Aigle en 1814 ;

Après l'abdication de Napoléon, Chevalier de Saint-Louis,

Pair de France, major-général. —

A son retour, ministre plénipotentiaire i Naples ;

Commandant les 3 e et 4 e divisions à Mets ;

Détenu en 1815;

Réintégré Pair de France, le 5 mars 1819 ;

Ambassadeur à Vienne , en août 1830 ;

Ministre plénipotentiaire à Bruxelles ; T décédé le 26 janvier 1832 , à 62 ans.

Sur une des autres plaques, on lit :

Le Général BELLIARD Se distingua à Jemmapes, Nerwinde,

Arcole, Civitta-Vecchia ;

Alexandrie, Chébreiss, les Pyramides,

Kosseir , Héliopolis , Bénonlt , le Caire ;

Ulm, Austerlitz, Eylan ;

Friedland, Iéna, Frentzlaw;

Madrid, 2 mai 1808 ;

Smolensk, la Hoskowa, Hojaîs,

Dresde et Leipsick ;

Craône, Fontainebleau;

Louvain, Anvers, Bruxelles.

Mais ce qui donne à la place Belliard une physionomie toute particulière de famille, c'est l'entourage de la maison du général Belliard. Ainsi, vis-à-vis, sous les Porches, se trouvait celle de la famille de son aide de camp, le colonel Robert, à l'est ; celles du commandant Vinet, son autre aide de camp (aujourd'hui ancienne demeure Hervineau) et du chef de bataillon Carbonnier, au midi ; celle de là sœur du contre-amiral Libaudière et du major Merson, au nord. Et, pour compléter cette belle escorte, voici que nous apercevons, au triangle qui couronne la maison du tonnelier Brochet, le visage de Jehan Morison , architecte de Fontenay, le même qui a donné le plan du château de Terre-Neuve, bâti par Nicolas Rapin. (Ce dernier, né dans cette ville à la fin

de 1539 et y décédé en 1608). Cette maison est signalée comme une des plus curieuses de la Renaissance. L'architecte semble y considérer si tout est correct et en ligne droite, dans la réunion de ces groupes improvisés. Eh ! oui ! cher architecte, tout est en harmonie ! Et tout l'ensemble est comme un bijou, enfermé dans un écrin, orné de pierres précieuses et émaillé des meilleurs souvenirs.

Et maintenant, notre tâche à l'égard du général Belliard est terminée ; nous allons la continuer au sujet de ses aides de camp ; les disciples sont dignes de leur maître ; inséparables de lui sur les champs de bataille, ils doivent l'être dans ces pages ; les hommes complets sont si rares, que quand on les rencontre, il faut, pour ainsi dire, les disséquer par des études sérieuses, afin de les imiter de plus près.

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