DEUXIÈME PARTIE
Dans le détail de tous les ajustemens des dames romaines, soit établis par l’usage, soit introduits par la mode , soit consacrés par la religion , j’ai cru devoir ne pas perdre de vue les vêtemens ordinaires de nos dames, dans la pensée que je pourrais, de cette manière, juger des uns par les autres avec plus d’exactitude. Les idées que m’a fournies cette comparaison n’ont pas peu contribué à faire naître dans mon esprit quelques conjectures d’autant plus fondées, que la vanité , l’âme en partie du luxe dans la toilette, est un sentiment dont on reconnaît partout les traces et les progrès, et que les ornemens et la commodité , également recherchés dans tous les temps et dans tous les pays , donnent le mouvement et la circulation à toutes les modes.
Dans la première partie j’ai conduit, pour ainsi dire, les dames romaines de leur lit dans les bains ; ensuite je les ai ramenées à leur toilette ; j’ai déterminé la forme et les ornemens de cette dernière, j’ai occupé les dames à la composition de leur visage , à l’appareil de leur coiffure, a 1 étude des regards et des mines ; je
(es ai montrées réparant les traits et suppléant aux imperfections naturelles; enfin, j’ai révéle tous les mystères Je la toilette.
11 me reste Jonc à parler Jes tuniques, ou chemises Jes James romaines ; à en indiquer la forme, l’ampleur, le fonJ, les ornemens, le nombre et la couleur. Il me reste aussi à parler Je leurs Jifférentes robes , Je celles qu’elles avaient en commun avec les hommes , ou qui leur étaient particulières; Ju goût et Je la richesse Je leurs habits , Je leurs pierreries , et même Je leur chaussure.
La toge fut certainement le premier habit qu’ont porté les Romains Je l’un et Je l’autre sexe. Que l’usage leur en soit venu Jes LyJiens ; que ceux-ci l’aient emprunté Jes Grecs; qu’au rapport J’ArtémiJore, un roi J’ArcaJie en ait laissé la mode aux habitans delà mer d’Ionie; ou que , pour parler avec plus Je vraisemblance, Rome ne soit redevable Je cet ajustement qu’au besoin , à la commodité , au commerce Je ses voisins, au goût et au caprice même, toutes ces recherches ne jettent aucun jour sur la discussion Jes faits que j’entreprends d’établir. Je supposerai Jonc l’usage Je la toge. Mais avant Je traiter en détail la toilette Jes James romaines , je pense qu’il convient d’exposer ici
(rabord ce que nous recueillons de plus certain touchant leurs tuniques ou chemises.
Il n’est pas inutile de remarquer que les auteurs nous fournissent bien peu de citations capables de nous éclairer sur la plupart des choses dont nous recherchons l’usage , mais que dans les discours des déclamateurs contre la mollesse des hommes de leur temps , nous pouvons trouver une infinité de traits et de passages qui , sans avoir particulièrement rapport aux dames, nous instruisent sur plusieurs particularités qui les regardent.
Il est juste d’observer, en second lieu, que les faits qui composent notre dissertation sont de telle nature , que , pour établir la plupart de nos systèmes, soit qu’il nous faille fonder quelque conjecture , éclaircir quelque fait historique , ou rapprocher des circonstances dont l’ensemble constitue une idée complète , nous sommes obligés, ou plutôt forcés, en quelque sorte , de saisir les expressions et les autorités qui se présentent, et de tirer également parti des écrits des Saints-Pères, et de ceux des, poètes profanes. Ces derniers même ont laissé de plus grands détails; de sorte que ce n’est quelquefois qu’à la faveur d’images dangereuses , que nous donnons de la solidité à nos re-
( ngr )
cherches , et que le plus souvent la vérité , toujours utile et précieuse, jaillit de ces mêmes images dont nous sommes les premiers à détourner nos regards.
La tunique était commune aux deux sexes : la forme cependant en était différente. Les femmes la portaient ordinairement plus longue que les hommes ; et lorsqu’elles ne lui donnaient pas toute la longueur ordinaire , c’était sortir de la modestie du sexe, et prendre un air trop cavalier : Infra millier um, supra centurionum .
J u vénal , en parlant d’une femme incommode par ses prétentions au bel-esprit,et qui , dès le commencement du repas, se jette sur les louanges de Virgile ; pèse dans la même balance le mérite de ce poète et celui d’Homère ; trouve des excuses pour Didon , lors même qu’elle se poignarde ; décide la question de l’honnête et du souverain bien ; Juvenal , dis -je , ajoute que , puisqu’elle affecte ainsi de paraître savante , il serait juste qu’elle retroussât sa tunique jusqu’à mi-jambe, c’est-à-dire qu’elle adoptai alors l’habillement d’un homme :
INaoi , cjuæ docta nimis cupit, et facunda vicleri Crure tenus mcdio t uni cas su ce ingéré débet.
Sat. VI) 445.
Non-seulement les tuniques des dames étaient distinguées par leur longueur, elles l’étaient encore par des manches que les femmes seules avaient la permission de porter. C’était dans les hommes une marque d’affectation et de mollesse, dont les temps de la république n’avaient pas montré de modèle. César 11e chercha pas , de ce côté , à se mettre à l’abri des reproches ; mais ses mœurs étaient aussi efféminées que son courage était élevé ; et l’exemple d’un homme que Curion le père , dans une de ses harangues, avait appelé le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris, ne doit pas tirer à conséquence.
La tunique prenait quelquefois si juste au cou, et descendait si bas , que l’on ne voyait de la plupart des femmes que le visage. Horace en excepte Catia :
Matronæ præter faciem nii cernere possis Cætera; ni Catia est tlimissa veste tegenlis.