L. I , eleg
Vigenere se sert de ce passage, pour nous apprendre que les pointes des tuniques n’étaient point cousues, et que les côtés restaient ouverts , à-peu-près comme à nos chemises d’hommes, ou comme à ces tuniques des hiles de Sparte , dont parle Plutarque dans le Parallèle de Lycurgue et de Numa ; et qu’Ibicus appelle p hœnome rides. Plutarque ne laisse pas cependant d’y établir une différence en faveur de la pudeur romaine ; mais je ne sais pourquoi il prend de là occasion d’exalter la sagesse des institutions de Numa , qui retenaient le sexe dans les bornes d’une plus grande modestie. Les nudités des hiles de Sparte étaient-elles autre chose que le crime du législateur; ou bien est-ce que les ordonnances des rois , en déterminant les principales modes , établissaient aussi les vertus !
Quoi qu’il en soit , cette tunique se portait sur la peau : c’est celle dont parle Athénée , et qu’il nomme xtTWV(0V sx£(7JCP/0v.
C’était aussi avec cette tunique que les femmes mettaient une ceinture ; soit qu’elles s’en servissent pour la relever , soit qu’en se serrant davantage , elles trouvassent moyen de contenir le nombre et la symétrie de ses plis.
Nec brevis in rugas cingula pressa suas.
De Arte amancli , 1. III.
Il y avait de la grâce et de la noblesse à relever en marchant, à la hauteur de la main le lé de la tunique qui tombait au côté droit; tout le bas de la jambe droite alors se trouvait découvert ; c’est au moins ce que nous voyons dans les monumens que llubénius nous a conservés.
Quelques-unes se servaient peu de leur ceinture , et laissaient traîner leurs tuniques ; mais c’était un air de négligence trop marqué. De là ces expressions si ordinaires; alte cincti ou discincti , pour peindre le caractère d’un homme courageux ou efféminé. Mécène ayant témoigné peu d’inquiétude sur les derniers devoirs à rendre à son corps , dans la persuasion que la nature elle-même prend soin de notre sépulture, Sénèque affecta de relever ce sentiment: cc Crois, » dit-il, « que celui qui a parlé de la sorte , portait sa ceinture bien haut, alte ci ne-
tum dixisse putes. C’était là,» poursuivit-il, ci les marques d’un courage mâle et élevé que Mécène ne prit que trop soin de relâcher. Jicibebat enirri ingenium grande et virile , nisi aliud ipse discinxisset (1). » ((Gardez-vous, » dit Sylla en parlant de César, «gardez-vous d’un homme dont la ceinture est trop lâche (2). »
Xerxès irrité de la révolte des Babyloniens, ne leur pardonna qu’après leur avoir défendu de porter les armes, et ordonné au contraire d’exercer une profession moins honnête , lenociana exercèrent , et pour amollir encore plus leur courage , il leur imposa la nécessité de porter, à l’exemple des femmes , des tuniques tramantes et a longs phs, y.oi.utfopsiv y.olrcurovç yt.0u'j<xç.
Le nombre des tuniques s’augmenta insensiblement chez les Romains. Auguste en portait jusqu’à quatre en hiver, sans compter une espèce de camisole sur la peau, et un pourpoint. Il avait d’ailleurs le reste du corps extrêmement garni, et par-dessus tout cela, il mettait une robe fourrée , quelquefois encore un manteau , et peut-être même quelque habit de dignité. Croirait-on que ce fut là ce même homme , qui , pendant l’été , couchait les portes de sa cliam-
(1) Sen ccœ, epist. 92.
(2) S ue ton c , J. Cœsaris viid } cap. 44.
bre ouvertes, le plus souvent au milieu cl’im péristyle , au bruit d’une fontaine dont il respirait la fraîcheur , tandis qu’un officier de sa maison , un éventail à la main, agitait l’air autour de son lit? (1) Le caractère des héros se distingue toujours par quelque singularité. Les femmes suivirent en cela l’exemple des hommes; leurs tuniques se multiplièrent , la mode vint d’en porter jusqu’à trois ; le goût établit bientôt une différence entr’elles. La première était une simple chemise : la seconde, une espèce de rochet et la troisième enfin , c’est-àdire celle qui se mettait par-dessus , ayant reçu insensiblement plus de plis et d’ampleur, forma , à l’aide des ornemens dont elle se trouva susceptible , un habillement de femme appelé stole qui fit tomber la toge , ou du moins n’en laissa l’usage qu’aux hommes et aux courtisanes. Ad talos stola demissa. ( Hor. 1. I. s. 2.)
Cet habillement ressemblait à nos manteaux de femmes lorsqu’ils sont abattus, ce Si votre maîtresse, » dit un poète, cc s’habille de quelque longue et ample simarre, écriez-vous de toute votre force , qu’elle va mettre le feu partout , mais en même temps , priez-la d’une voix ti-
(1) Suet. Aug. vila. C. 82.
mule 5 qu’elle ne s’expose point aux rigueurs de l’hiver (1). » La queue de cette robe était traînante, et le bas garni d’un tissu très-large d’or ou de pourpre , lata fascia. Le corps de la robe était rayé de différentes couleurs. Segmenta zonis quibusclam et quasi prœcisamentis ornata ( Isidore. ) (2).
Sénèque, en parlant d’Epicure , et après avoir dit que tout ce qu’enseignait ce philosophe ne respirait que la justice et la piété ; que la volupté même n’était autre chose que la vertu ; que trompés par le nom et les apparences , la plupart des hommes prenaient le change , ajoute en faveur de cette doctrine si pieuse et si dé-
(1) Ge passage est d’Ovide; voici le texte :
Adstiterit tunicata : moves incendia, clama :
Sed timidâ, caveai frigora, voce roga. ( Arte amondi. L. II.)
( Note de l’éditeur. )
(2) Boettiriger, s’appuyant, je pense avec raison, de l’autorite de Ferrari ( de re vesliatiâ. III. 22. p. 249. ), dit que les dames romaines, les matrones, partaient toujours des vêtemens blancs , ornes d’or et de pourpre , et jamais des vêtemens de couleur, à moins qu’elles 11e voulussent s’avilir au-dessous de leur condition. Les habits de couleur 11’étaient la parure que des femmes comprises sons le nom de libertinœ ou de celles qui ne se conformaient pas aux idées reçues. V oyez Sabine, ch. 6 , et la note 18 du même chapitre ; voyez aussi sur le mot segmenta , la note 29.
( Noie de V éditeur. )
criée : hoc taie est quale vir furtis stolam inxlutus (1).
Caligula avait l’habitude de dire de Livie , femme d’Auguste , que c’était Ulysse en manteau de femme , Ulyssem stolatum. Mais je ne sais si par cette comparaison , en nous donnant une haute opinion de la prudence de Livie , il a prétendu nous donner quelque idée de sa beauté.
Horace , déclamant contre les folles amours de son siècle , et contre les gens extrêmes dans leur goût , leur reproche entre autres choses, de ne s’attacher qu’à ces femmes dont le bas de la robe est distingué par de semblables ornemens.
. Siint qui nolunt tetigisse nisi illas
Quarum subsuta talos tegit iustita veste.