‹ Recherches historiques sur le luxe chez les AthéniensChapitre 16 sur 21 · L. I y SClt · texte numérisé non relu

L. I y SClt

Ovide parle dans le même esprit, et rejette les parures que la pudeur a consacrées , et dont le respect de la naissance et du rang n’a point encore abandonné l’usage à toutes sortes de personnes et de conditions.

Este procul villas tenues , insigne puiloris ,

Quæque tegis inedios instita longa pedes.

( De Ar te atnandi, J. I.)

(1) Sén. De vitâ beâta. C. XIII.

Les Perses, pins efféminés que ies Romains, n’en défendaient pas l’usage aux hommes , tandis que chez ces derniers , il n’y avait que ceux que le crime et le désordre avaient déshonorés qui osassent porter ce vêtement. La stole était aux hommes ce que la toge était aux femmes dans les derniers temps. « Tous avez pris, » dit Cicéron à Marc- Antoine , « la robe virile , mais bientôt vous en avez fait une robe traînante : » Sumpsisti virilem togam qucim statim slolam reddidisti.

Le devant du manteau était fermé au moins jusqu’à la ceinture; la partie supérieure se laissait ordinairement ouverte, et permettait de voir la seconde tunique , qui , sans doute reçut une infinité de façons. C’était apparemment sur cette seconde tunique qu’étaient fixés les clous, qui lui donnèrent le nom d elaticlave. « Auguste, y> dit Suétone , « crut important pour le bien de l’Etat , d’admettre de bonne heure les enfans des sénateurs dans l’administration des affaires , et à cet effet il ordonna qu’ils prendraient avant le temps le laticlave : » Liberis senatorum quo

celerius reipublicæ assuescerent , p rot inus .

latum clavum induere.C? était l’ordre de l’empire et celui du prince ; il en revêtait les principaux magistrats , les gouverneurs des provinces ,

ceux à qui on accordait les honneurs du triom* plie , et même les pontifes.

Sacrificam lato vestem distinguere clavo.

La forme en était une espèce de tête de clou assez large, distinguée par sa couleur de celle du fond. C’était un ornement postiche, clavi qui vestibus insuuntur , cousu de l’un et l’autre côté de la tunique et placé sur l’estomac. c( Que vous a servi, » dit Horace à Tullus, cc de reprendre la robe de sénateur que l’on vous avait fait quitter, et d’être ensuite créé tribun? La malignité qui vous respectait dans 1°> vie privée , s’est accrue lorsqu’on vous a remis en place ; car sitôt qu’un homme d’une naissance obscure a revêtu les marques des dignités civiles ou militaires ; sitôt qu’il étale lelaticlave, il entend autour de lui le frémissement des envieux. Quel est cet homme-là ? dit-on. Quel est son père ? Quelle est sa famille ? »

Nam ut quisque insanus nigris medium impediit crus Pellibus, et latum demisit pectore clavum,

Audit continuo : quis homo hic est? quo pâtre natus ?

Hor. , 1. I , sat. 6 ? v. 24.

Les dames ne furent point privées de cette décoration dont la dignité faisait tout le prix.

Cette marque d’honneur fut même conférée aux étrangères. Flavius Vospiscus nous rapporte qu’Aurélien fit épouser à Bonosus , l’un de ses plus célèbres capitaines , Hunila , belle et vertueuse princesse. Elle était prisonnière et d’une des plus illustres familles des Goths. Les frais de la noce furent au compte du trésor public. Le prince lui-même ordonna les habits, et parmi des tuniques de toute espèce , il commanda une tunique à clous d’or , tunicam aura clavatam .

Il paraît , que l’on me permette cette digression , que dans ce mariage Aurélien songea plutôt à assortir les habits que les caractères. C’était ce même Bonosus , non moins distingué par son intempérance à table, que par ses vertus militaires, et qui fut proposé par le conseil pour enivrer les ministres de toutes les cours barbares. C’était lui dont Aurélien disait ordinairement que les Dieux l’avaient envoyé sur la terre , non pour vivre , mais pour boire : non ut vivat , sed ut bibat . Les fumées du vin avaient coutume de lui inspirer des idées plus libres et plus nettes. Sa prudence était pour ainsi dire au fond du tonneau , adhuc in vino prudentior. Peut-être même que ce fut par là qu’il s’éleva à l’empire. Quoi qu’il en soit, après

un combat long et opiniâtre il finit par être battu et pris par les soldats de Probus qui le fit pendre , et ce genre de mort donna lieu à cette espèce de bon mot : amphoram pendere non hominem.

Au commencement d’une société naissante , chacun se tient dans les règles de la nature. Si l’art n’en répare pas les imperfections , il n’ôte pas non plus à la beauté cette simplicité qui en fait le plus grand charme. La nature abandonnée à elle-même rend plus supportables des défauts que l’art ne corrige qu’imparfaitement. L’art se trahit tôt ou tard, ou du moins il n’a la gloire de tromper nos sens , qu’autant que nous avons intérêt à nous prêter à ses illusions, et qu’une longue habitude nous a fait une nécessité de ses secours.

C’est en vain qu’Ovide nous dit qu’une cuisse sèche ne doit pas se dépouiller des enveloppes qui l’arrondissent et lui prêtent ce qui lui manque ; que, pour égaler les épaules , lorsque l’une se trouve plus haute que l’autre , il suffit d’en garnir une légèrement, et que meme il n’est besoin , pour cet effet , que d’un ruban étroit qui s’attache sur l’estomac (1).

(1) Quamque pôles, vilium corporis abde lui

Le temps seul amena l’usage de ces ceintures , ou de ces bandes assez larges dont les jeunes filles avaient coutume de se presser le sein, qui, jusque-là, n’avait été soutenu, pour ainsi dire , que par les mains de la nature. Un jeune homme, dans Térence, qui a perdu de vue la beauté qui a frappé son cœur, et que le hasard lui avait fait rencontrer dans la rue , ne peut exprimer à son valet, à défaut d’autres éclaircissemens , que l’agitation où il est, et toutes les perfections de sa maîtresse, cc Cette fille , » s’écrie-t-il , « ne ressemble point aux nôtres, à qui leurs mères s’efforcent de baisser la taille , et qu’elles obligent de se serrer le sein pour paraître plus menues. »

Haud similis virgo est virginum nostrarum quas maires student ,

Demissis humeris esse , vincto pectore ut graciles sient.

Ennuclius, act. II, se. 4-

<c Voulez-vous,» dit Ovide, «vous détacher d’une femme qui abuse de votre faiblesse ? re-

Arida ncc vinclis crura résolve suis.

Conveniunt tenues scapulis analectrides al lis :

fuflalum circa t'ascia pectus eat.

Ovin, j de Arte amandi , 1. III.

cherchez avec soin ses imperfections. Si elle n a pas de voix, c’est alors qu’il faut la presser de chanter ; n’oubliez rien pour l’engager à danser, si vous la connaissez incapable de former un pas. Parle-t-elle mal , jetez-la dans quelque récit embarrassant ; si elle n’a aucune grâce dans la démarche, qu’elle se promène devant vous; ou enfin, si elle a trop de gorge, que nulle bandelette ne soutienne son sein, et qu’aucun ornement n’en dérobe le volume. »

. Orane papillæ

Pectus habent tumidæ; fascia nulla tegat.

Remedium amor. , 1. I.

L’art donna bientôt à ces bandelettes une forme particulière , et ce ne fut peut-être qu’aux dépens de cette seconde tunique ou rocliet dont j’ai parlé, « Qu’ai-je fait? malheureuse! » s’écriait une jeune étourdie , « j’ai perdu , en chemin, cette lettre que j’avais mise dans mon sein. » Me miser a ni j quod inter vins epistulci excidit mihi 9 inter tunicani et s tropilium colla cala. (Türpilius, in Frag.)

11 est probable aussi que cet ajustemeut, encore équivoque , donna la première idée des corsets, qui ne resta pas long-temps sans se perfectionner, De la, cette égide qui ne conserva

du bouclier que le nom, %epi cîs toiç arepvoiç cayiiïxç. Celui de Pallas, si nous en croyons Servius, n’était autre que son corset. « Regarde , ô mon fils î » dit Vénus à Enée , «regarde Pallas qui préside à l’attaque de la citadelle; considère l’éclat qui l’environne, et cette horrible Gorgone.»

Jam summas arces Tritonia respice Pallas Incedit nimbo effulgens et Gorgone sæva.

Æn.f 1. II, v. 6i5.

Quelques éditions portent limbo effulgens au lieu de nimbo ; et à suivre l’esprit des commentateurs, la tête de Méduse n’eût été qu’une pièce attachée au corset de la déesse : orna vientum pectorale , habens in medio Gorgoni& caput.

Le corset était le plus brillant ajustement des dames romaines. C’est à cette occasion qu’Ovide , dans le Remède d’amour , conseillait de les surprendre à leur toilette. «Gardezvous d’attendre , » disait - il , « pour les voir, qu’elles soient habillées. Leur parure nous en impose ; tous leurs défauts s’évanouissent sous l’éclat de l’or et des pierreries. Les femmes se trouvent toujours la moindre partie d’ellesmêmes; l’objet de vos complaisances s’est perdu parmi tant d’ajustemens. Vous cherchez ce que

vous aimez, sans parvenir à le démêler, tant il est vrai que l’amour fascine les yeux sous cette superbe égide. »

Decipit hac oculos Ægicle dives amor.

Remed. amor. ,11.

\ Par dessus tous les vêtemens dont nous venons de parler, les dames romaines mettaient une mante ( pctlla ) , dont la queue , extraordinairement traînante , se détachait de tout le reste du corps depuis les épaules , où elle était fixée avec une agralfe le plus souvent garnie de pierreries, et se soutenait, à une longue distance, par son propre poids : sa partie supérieure portait ordinairement sur l’épaule et le bras gauche , afin de donner plus de liberté au bras droit, que les femmes laissaient découvert comme les hommes 5 et, par ce moyen, la mante formait un grand nombre de plis qui ajoutaient de la noblesse à cet habillement. Quelques-uns ont prétendu que la forme en était extrêmement carrée , quadrum pallium , le fond était de pourpre et les ornemens d’or : Isidore s’est plu a l’enrichir de pierreries, aj/ixis in ordinem gemmis distincta. La mode de cette mante s’introduisit sur la scène , et les comédiennes balayaient le théâtre avec leur longue queue , . Longo synuate verrit liumum.

Des auteurs ont soutenu que le syrma fut un vêtement particulier de femmes ; mais il est plus vraisemblable que l’on ne doit entendre , par ce mot, que le fond de l’étoffe, ou, du moins, que les fils d’or ou d’argent qui entraient dans la composition du tissu de la mante : c’est uqe opinion que Saumaise appuie de son autorité dans ses notes sur Yopiscus.

C’est de cette superfluité d’étoffe dont Ovide se joue dans l’étrange métamorphose d’Ocyroé* et dont il forme la queue de cette déplorable cavalle ,

. . . Longæ pars maxima pallæ

Cauda fit.

C’est aussi ce même vêtement que Yirgile avait en vue , lorsqu’Enée , voulant faire un présent à Di don , ordonne à Achate d’aller chercher ce qu’on avait pu sauver de l’embrasement de Troie , et surtout cette robe brodée qu’Hélène avait reçue de Léda sa mère, qu’elle avait emportée de Mycènes , et dont elle s’était parée le jour de ses fatales noces , si injurieuses à son honneur, et vengées par tant de malheurs.

Munera præterea lliacis erepta ruinis Ferre jubet, pallam sigais aurocjue rigentem.

Æn 1. I, v. 65 1.

La laine , le lin et la soie , ou le mélange de l’une avec l’autre ont constitué la matière et le fond de toutes les étoffes : les couleurs en ont fait le prix et la différence. Ainsi , d’un côté, la dépouille des animaux, les simples productions de la terre, l’ouvrage même des vers ; et de l’autre , les coquillages de la mer, la graine des arbres, le suc des plantes, ont servi à la composition de tous les vêtemens. C’est un beau coup d’oeil , si j’ose ainsi parler, que la contemplation de tout ce que l’art et le luxe ont fait passer d’un peuple à un autre , de tout ce qu’ils ont successivement déployé de richesses et de beautés , à l’aide de ces matières si simples , dont le hasard a presque toujours décélé les propriétés , et présenté l’usage.

Les Phrygiens (1) ont trouvé l’art de broder à l’aiguille (2); leur ouvrage était relevé en

(1) Salmasius.

(2) Aussi, les Romains se servaient- ils du mot phrygw pour désigner un brodeur. Dans les Ménechmes de Plaute , act.'IIjSc. 2, Erotéc répond à Menechme qui lui demande ce qu’elle veut :

. impera quid vis modo.

— Pallam illam quam dudum dederas ad Vhygionem ut déféras,

Ut reconcinnelur, atque ut opéra addantur quæ volo.

( Note de V Editeur. )

bosse : eminebctt et asperior etc rigidior recldeba -

tur. LesBabyloniens, au contraire , ne formaient qu’un tissu qui n’ëtait chargé que de la différence des couleurs : tegmen unité pictum de coloribus variis y pour le faire ils ne laissaient pas cependant d’employer l’aiguille.

Non ego prætulerim Babylonica picia superbe Texta Semiramia quæ variantur acu.

Mart. I. VIII. ép. 28.

Les uns et les autres rendaient également les figures. Il s’éleva à Alexandrie de nouveaux ouvriers qui, avec la navette seulement et des fils de couleur différente , portèrent encore plus loin la perfection de l’ouvrage : plurimis ver o liciis texere , quæ polymita appellcint Alexandrin instituit .

L’usage de la laine toute pure , non-seulement a été le plus ancien, mais encore a longtemps subsisté seul. «Que faites-vous, fils de Pélée , en déguisant votre sexe ? les ouvrages de laine ne sont pas dignes de vous occuper. » Pline , en nous disant que, de son temps, le luxe se jouait de la nature même , et qu’il a vu des toisons de béliers vivans teintes en pourpre et en écarlate , ne connaissait encore que la laine pour tissu de toutes sortes d’étoffes. Elles

11e différaient entre elles que par l’apprêt et la diversité des couleurs. De là ce fréquent usage des bains, que la propreté rendait si nécessaires. Ce ne fut que sous les empereurs que l’on commença à porter des tuniques de lin. ^ opiscus , dans la Vie (T Aurèlien, veut que la mode en soit venue d’Egypte : quidîineaspetitas ex Ægypto locjuar! Alexandre Sévère en rechercha particulièrement l’usage ; boni linteaminis appetitor fuit. Mais il se plaignait que le luxe en avait altéré la bonté, depuis que la mode s’était introduite de mêler dans le tissu des raies ou bandes d’or et de pourpre. <x Si le lin est doux sur la peau , » disait ce bon empereur, « pourquoi ces ornemens étrangers, qui ne servent qu’à donner à la tunique plus de rudesse ? » Si lineœ iclcirco sunt ut nihïl asperum hcibeant , quid opus est purpura P

Sous la république , l’usage de la soie fut ignoré chez les Romains ; mais Dion nous apprend que Jules César, lors de quelques spectacles qu’il donna au peuple , couvrit tout le théâtre de voiles de soie, comme si, en quelque sorte , par cette magnificence barbare , il eût voulu insulter au luxe des dames romaines.

Tibère fit rendre un décret du sénat, nonseulement contre la vaisselle d’or, mais aussi

contre les habits de soie. Decretum ne vestis serica viros fœclaret.

Caligula portait une espèce de casaque de soie couleur de pourpre , ffqpcxqv cà Qvpyyj si revenu *

souvent même il s’était montre en public enhabit de triomphe et en robe de soie. Ainsi, l’on ne doit pas s’étonner si , sous le règne de INéron, les femmes avaient déjà commencé à en porter; mais il y a lieu de croire que toutes les étoffes étaient mélangées , et que , jusqu’à Héliogabale, le luxe ne fournit pas d’exemples d’une robe toute entière de soie : Primus Romanorum holosericâ veste usus fertur. Au rapport de Yopiscus, il ne s’en trouvait aucune dans la garderobe d’Aurélien. Vestem holosericam neque ipse in vestiario habuit. Mais je ne sais s’il faut louer la modération , ou blâmer l’avarice de cet empereur , lorsqu’il refusa à l’impératrice , sa femme , le manteau de soie qu’elle lui demandait pour toute grâce. « Je n’ai garde , » dit-il , <c d’acheter des fils au poids de l’or : » Absit. ut auro fila pensentur y la livre de soie valait une livre d’or. Peut-être aussi voulait-il lui ôter le goût d’une étoffe transparente et peu modeste. Que n’avait pas allégué Sénèque contre les tissus clairs de son temps! cc Voyez-vous , )> dit-il, ce les habits de soie , si toutefois on peut les ap-

peler des habits? qu’y découvrez -vous, qui puisse défendre le corps ou la pudeur ? Celle qui peut s’en vêtir, oserait-elle jurer qu’elle n’est pas nue ? On fait venir à grands frais de semblables étoffes d’un pays avec lequel on n’a jamais commercé, et, tout cela, pour avoir le droit de montrer en public ce que les femmes, dans le particulier, n’osent montrer à leurs amans qu’avec quelque réserve. » Ut matronœ ne adulte ris quidem plus suis in cubiculo quam in publico ostendant. (De Benefîciis. 1. VII. c. 9.) C’était particulièrement sur les tuniques, ou vêtemens de dessous , que devaient tomber tous les traits de cette déclamation. 11 ne lui manquait plus qu’à en déterminer la couleur, selon ce même esprit de galanterie et de volupté qui corrompait les mœurs de son siècle , et dans lequel il semble qu’Ovide a parlé, lorsqu’à propos du choix des couleurs, il ne recommandait que la convenance. <c Choisissez toujours,» disait- il, cc les couleurs qui vous iront le mieux. La même couleur ne convient pas à toutes les femmes. Le noir sied bien aux blanches; la tunique noire était avantageuse à Briséis, Le blanc fait fort bien aux brunes; vous aimiez le blanc , fille de Céphée , et vous en étiez vêtue , lorsque vos pieds foulaient l’ile de

Seriphe (l). » Nous ne marions pas volontiers ces deux couleurs. La fantaisie réglait-elle le goût des Romains , ou détermine -t- elle le nôtre ?

Le meme poète parle de beaucoup d’autres teintures que celle de pourpre : il fait mention d’un bleu semblable à la couleur du ciel, lorsqu’il n’est point couvert de nuages, et d’une autre couleur, telle que celle du bélier qui porta Plirixus et sa sœur Hellé, et les déroba aux persécutions d’Ino. 11 y a, selon lui, un beau vert de mer, dont il croit que les Nymphes sont habillées; il parle de la couleur qui teint les habits de l’Aurore , de celle qui imite les myrtes de Paphos, et d’une infinité d’autres, enfin, dont il compare le nombre aux fleurs du printemps (2).

Au milieu de cette variété que déterminèrent dans les habillemens , la mode , le goût particulier, souvent même les convenances du rang

(1) . Elige certos ;

Nam non conveniens omnibus omnis erit.

Pulla decent niveas: Briseida pulla decebanî.

Cum rapta est pulla tum quoque veste fuit.

Alba decent fuscas : Albis, Cepbei , placebas ;

Sic tibi vestitæ pressa Seriphos erat.

( De Arte amancli. L. III. )

(2) De Arte amandi , 1. III.

et de la condition , les dames romaines conservèrent long-temps une chaussure uniforme.

Cet article , auquel nous avons cru ne devoir parvenir qu’avec ordre , est susceptible de beaucoup de remarques.

Le soulier romain, quant à la hauteur, ne se terminait point comme le nôtre. S’élevant jusqu’à mi-jambe, en prenant juste toutes les parties, il était ouvert , sur le devant , depuis le coudepied, et se laçait avec une espèce de ruban. Pour être bien chaussé , il fallait que le dessus du soulier fût extrêmement serré , tension calceum. cc Un soin particulier des gens du siècle , » dit saint Jérôme , « est d’avoir un soulier propre et bien tendu , » si pes in taxa pelle non folleat. Qui ne sait que Paul-Emile , ayant répudié sa femme , dont tout le monde considérait la vertu, et, par cette action, s’étant exposé aux reproches de ses amis , se contenta de leur répondre , en montrant son pied : ce Tous voyez ce soulier; il semble bien fait, il me chausse juste , cependant vous ne savez pas où il me blesse. »

Si cette réponse n’établissait pas une preuve sensible de l’irrégularité de la conduite de sa femme , c’est au moins un indice certain que le soulier couvrait entièrement le pied. La

forme , à la grandeur près, en était égaie pour les femmes comme pour les hommes, cc Que voire pied , » dit Ovide à une femme qu’il aime , « ne nage point dans un soulier trop large. »

Nec vagus in laxâ pes tibi pelle natet.

La pointe du soulier était recourbée. C’est de cette mode que Cicéron , dans son traité de la nature des Dieux , a pris l’idée de la chaussure de Junon : Calceolis répandis .

Les souliers étaient le plus ordinairement de cuir apprêté. Martial se moquait d’un homme qui portait une calotte de maroquin assez profonde. «Celui-là,» disait-il, «vous a plaisamment raillé , qui a parlé de votre calotte comme de la chaussure de votre tête. »

Hædina tibi pelle contegenti Nudæ tempora verticemque calvæ,

Festive tibi, Phæbe, dixit ille,

Qui dixit caput esse calciatum.

Page 1