GALERIE BASQUR DE PERSONNAGES DE RENOM
Saint Grat, évêque d*Oloron, vp siècle
Fidete f homines, quantum episcopox vestros diligi re deheatis : lumina vestra sunt , ornli vestri et tucernœ vestrœ.
Voyez, A hommes, combien vous devez aimer vos évoques; ils sont vos lumières , vos yeux , vos flambeaux.
(S. Biu NO, serm. 3, De Confess.)
Une ancienne et très respectable tradition fait naître saint Grat vers la deuxième partie du y® siècle à Lichos, village annexe de la paroisse de Charritte-inférieure, à la limite du Béarn et de la Soûle. Il vit le jour dans la maison Gamichela, dont il y a un siècle et demi on voyait encore le« ruines. Elevé dans la piété chrétienne, malgré les malheurs de ce temps d'invasions barbares, il fut dans son adolescence le
(1) Voir d'autres personnages au 3" fasc. t. I, paisim.
modèle de la jeunesse. Par sa constance et par sa fidélité à la foi de ses pères, il mérita la grâce inestimable de la vocation sacerdotale, et, grâce à la générosité d'une famille chrétienne qui vint suppléer à Tinsufiisance de ses parents , il reçut l'onction sacerdotale (1).
Les temps étaient diflBlciles. Le cruel Euric, roi des Wisigotlis, que « le seul nom de catholique mettait dans une telle colère qu'on l'aurait cru chef de sa secte », tenait dans la consternation les deux Aquitaines et la Novempopulanie. Bien que les auteurs qui nous parlent de l'affreuse persécution et des odieuses violences de ce roi dans ces provinces ne fassent pas mention de Benearnum et d'Oloron, nous ne doutons pas que ces deux villes, placées sur la voie romaine de Bordeaux à Saragosse, n'en aient été cruellement éprouvées. A l'avènement d'Alaric II, fils d'Euric, par les suffrages du clergé et du pape, saint Grat fut promu au siège épiscopal d'Oloron; et comme sous ce prince l'Eglise jouit d'une liberté relative, notre saint fut, disent les archives de l'église d'Oloron, « un astre brillant de l'Eglise de France, un prodige « de sainteté, profond en humilité, attaché au soin des âmes, « austère en sa vie, plein de charité, homme de miséricorde « et père des pauvres » .
En 506, il assista à Agde, sur les bords de la Méditerranée, au concile national qui se tint dans cette ville sous la présidence de saint Césaire d'Arles. A son retour, il n'épargna
(1) Une légende dit qu'un Jour sa mère Tayant envoyé chez une voisine demander une mesure de farine de maïs pour faire des galettes pour le repas du soir, celle-ci la lui donna en disant: « Emporte-la; quand tu seras évêque tu me la paieras », et que notre saint, devenu évoque d*01oron, alla remercier l'ancienne bienfaitrice de sa famille. La même légende nous apprend qu'un riche propriétaire, charmé des rares qualités d'esprit et du cœur du jeune fils de Gamichela, se chargea de son éducation.
rien pour exécater les sages prescriptions de ce concile et relever les rnlties de son diocèse. Pendant que son collègue de Benearnum, saint Galactoire, tombait h Mimizan (Landes) sous le fer des Wisigoths, lui, selon la parole de saint Jean Chrysostôme, par son amour pour le prochain, méritait une palme non moins glorieuse que celle du martyre. Il ne ménageait pas plus pour cela les Wisigoths, car il sut se montrer, disent les mémoires de Téglise d'Oloron, a puissant et « généreux ennemi des Goths ». Comme évêque, il veilla à conserver parmi ses ouailles le dépôt de la foi, et, en sa qualité de défenseur de la cilé, ainsi que la législation de Tépoque lui en donnait le droit, il ne cessa de protéger son peuple contre les vexations du fisc, contre les exigences privées et le despotisme du public, en un mot, contre les ennemis soit du dedans, soit du dehors. Mais ce fut surtout quand Clovis, désireux d'étendre l'unité politique et religieuse jusqu'aux Pyrénées, vint de sa main terrasser Alaric dans les champs de Vouillé, dans le Poitou, et que la cité gallo-romaine devint une ville gallo-franke, que notre saint y fit refleurir la foi et les mœurs catholiques.
Plein de jours et de mérites, il mourut au milieu de son troupeau, dont la postérité à travers treize siècles le reconnaît pour patron et le vénère comme un puissant protecteur. Patron secondaire d'Oloron, saint Grat est patron principal d'Etsaut.
Avant la Révolution, toutes les paroisses du diocèse envoyaient leurs magistrats ou députés, bannière en tête, à la procession solennelle qui se faisait à Oloron le jour de sa fête, le 11 octobre. Ceux de Lichos y occupaient la première place, en qualité de compatriotes du saint.
Durant les troubles religieux du Béarn, les reliques de saint Grat furent transportées à Jaca (Espagne), et gardées avec vénération par les chanoines de cette ville, qui les ren-
dirent lors du voyage de Louis XIII au Béarn, à Texception d'un ossement, lequel, enchâssé dans une boîte d'argent, continua à être honoré sur Tautel d'une des chapelles latérales de la cathédrale. Ces reliques, retrouvées et reconnues en 1710 par M«' de Révol, évêque d'Oloron, furent déposées dans une armoire derrière le maître-autel de la cathédrale : elles furent soustraites avec soin à la profanation des révolutionnaires de 93. A la restauration du culte, on replaça sur Tautel de Sainte-Marie le buste renfermant le crâne du saint évêque, lequel fut toujours séparé des autres reliques et exposé à la vénération des fidèles dans un reliquaire à part.
Au mois d'octobre 1844, M^^ Lacroix, évêque de Bayonne, reconnut par lui-même la relique renfermée dans le buste et dressa le procès-verbal de la vérification. Quant aux autres reliques. Sa Grandeur se contenta de sceller de son sceau la vieille armoire, et de la confier à la garde du curé de la paroisse. Le 2 juin 1870, sur une copie authentique du procès-verbal dressé en 1710 par M»"" de Révol, trouvée par M. l'abbé Darré, vicaire-général d'Auch , M. l'abbé Menjoulet, vicaire-général de Bayonne, en présence de MM. les curés de Sainte-Marie et de Sainte-Croix d'Oloron, de M. l'abbé Salefranque, chanoine de Bayonne, de MM. Charles Crouseilles et Emile Casamajor, docteurs en médecine, vérifia et constata l'identité des ossements de l'armoire scellée par M^' Lacroix en 1844.
Puissent nos générations du Pays Basque et du Béarn venir en foule s'inspirer près de ces saintes et précieuses reliques, et, profitant de l'exemple de notre saint pontife, mériter que le Seigneur possède leurs ossements dans l'éternité! Cusiodit Dominm omnia ossa eorum, unum ex his non coniuretur. Ps. 33. (BoUand., Acta Sanct,, t. 56; Menjoulet, Arch. de Véglise d^Oloron.)
Sainte Ricthude, wasconne
épouse de saint Adalbaud, de Douai (614-688;
0 Dieu , qui avez enrichi la bienhoureusc Rictrude d'un tel trésor de grâces, qu'on K se sanctifiant elle a sanctifié son époux et SOS enfants ; faites qu'au souvenir d'une si j;rando vertu, nous marchions d'un pas droit dans le sentier de la justice.
V Propre d*Auch , 4753.)
Si saiat Ainand, l'apôtre des Basques, par sa haute sagesse, son admirable dévoûment, par ses éminentes vertus, peut être proposé comme un des modèles des plus parfaits de l'homme apostolique, sainte Rictrude, cette «précieuse rose» que l'homme de Dieu cueillit au pied de nos Pyrénées, n'est pas un modèle moins parfait de la femme chrétienne dans toutes les conditions.
Fille d'Ernald (Arnaud) et de Luchia (Lucie), elle naquit, vers l'an 614, d'une des premières familles de cette Wasconie ou Pays Basque proprement dit que nous avons distingué de la Gascogne. Elevée dans la religion chrétienne, dès les premières années de son enfance, elle correspondit aux soins vigilants de ses pieux parents. « Douce et modeste dans sa conduite, dit un de ses historiens, portant empreinte sur son front l'innocence de son âme, remplie de charité et de prévenance pour tous, la jeune Rictrude croissait en âge et en grâce devant le Seigneur, et, à peine à l'aurore de sa vie, elle brillait déjà comme un astre éclatant de justice et de sagesse. »
Ses belles qualités, aussi bien que les grâces et les charmes de son âge, rendaient recommandable notre jeune Wasconne, quand saint Amand, exilé de la cour du roi Da-
gobert, se réfugia dans la deuxième Aquitaine, près de sa nièce Gisèle. Celle-ci, fille unique d'Amand duc des Wascons, était mariée à Caribert, frère de Dagobert et roi de la deuxième Aquitaine. Le zélé apôtre, instruit à la cour de sa nièce et aussi à celle de sa sœur Amantia, femme du duc des Wascons. de Tétat déplorable de nos pays par suite des invasions barbares, voulut pénétrer jusqu'au pied de nos montagnes (vers 635). La famille-de notre jeune vierge étant probablement une de celles dont le chef avait droit d'entrée dans les états du pays, et sans nul doute la Trovidence dirigeant les pas du saint missionnaire, il ne fut pas difficile à celui-ci de trouver ce «jeune et bel astre qui prit encore un « nouvel éclat par la splendeur de l'astre nouveau qui se « présentait à elle».
Vers l'an 636, le roi Dagobert, profitant de la mort de Caribert. voulut s'emparer de son royaume au préjudice de Boggis et Bertrand, enfants de son frère ; mais ceux-ci, placés par leur mère Gisèle sous la protection de leur grand-père Amand, trouvèrent en lui et en ses fiers Wascons de puissants et redoutables défenseurs. D'autant plus acharnés contre l'envahisseur qu'ayant peut-être accepté la suzeraineté du roi Caribert, ils se croyaient menacés dans leur indépendance, nos fiers montagnards pénétrèrent jusque dans « l'ancien royaume de Caribert » et le parcoururent dans tous les sens. Le roi de France, de son côté, pour «Têter leurs dévastations et les repousser hors du pays, envoya plusieurs armées, et en dernier lieu celle qui, sous la conduite du référendaire Chadoind, pénétra jusqu'à la vallée de la Soûle. Parmi les nombreux ducs et comtes français commandant ce corps d'armée, était un seigneur nommé Adalbaud, duc de Douai (Flandre), frère d'Erchinoald ou Archambaud, maire du palais et petit-fils de sainte Gertrude.
Le seigneur franck, ayant eu occasion de voir la jeune Rictrude. s'empressa de la demander en mariage à ses parents. Ceux-ci y acquiescèrent volontiers ; mais cette alliance, si honorable qu'elle parût, déplut h quelques parents de la fiancée et à plusieurs Wascons toujours ennemis du nom français. Le mariage eut lieu néanmoins, et Rictrude suivit son époux au pays d'Ostrevent, où Adalbaud et sa famille avaient d'immenses possessions. Elle eut le bonheur d'y voir venir se reposer de ses courses apostoliques saint Amand, rappelé de son exil. Plus d'une fois, elle s'inspira des sages conseils du zélé missionnaire pour avancer dans les voies de la perfection et pour élever chrétiennement sa jeune famille.
La bénédiction du Seigneur ayant comblé les désirs des deux époux, déjà quatre enfants croissaient sous leurs yeux. C'étaient Maurant, l'aîné, tenu sur les fonts baptismaux par le saint apôtre Riquier; Eusébie, l'aînée des filles, tenue par Nanthilde , épouse de Dagobert; Clotsende, baptisée par saint Amand, et AdaLsende Se rappelant le compte qu'un jour ils auraient à rendre de ce précieux dépôt, les deux époux s'appliquèrent à confirmer par leurs exemples les conseils qui sortaient de leur bouche, et à pratiquer en présence de leurs enfants les devoirs de k religion. Vigilants à assurer à leurs enfants cette éducation domestique que rien ne remplace, ils s'empressèrent « de choisir des hommes sincèrement religieux pour donner à leur jeune famille les leçons qui forment à la science et surtout à la vertu. » Aussi la bonne odeur des vertus chrétiennes pratiquées dans cette religieuse famille ne tarda-t-elle pas à se répandre dans tout le pays.
Dieu l'avait jugée mûre pour la faire participer aux sacrifices et aux mérites de sa croix. Adalbaud, que le roi continuait à honorer de sa haute confiance, fut envoyé par celui-ci en Wasconie pour y remplir quelque mission importante.
[/'est là que la jalousie et la veugeaiice de quelqui cona attenilaient le vaillant leude. Assailli à l'improviste, il fut assassiné, vers l'an 640, pendanl qu'il chassait, non loin de Benearnum, dans un lieu où plus tard ou édifia, nous dit un auteur (1), une chapelle eaas le vocable de Kotre-Oame de Pitié (Pietat).
Dès lors, Rictrude prit avec un? pieuse résîgTiatioii le voile de la veuve, en attendant qu'après avoir accompli ses devoirs de mère, elle pût revêtir celui de la relifjieuse. Saint Amiind, sous la direction de qui elle s'était remise, fut son soutien en même temps que son g'uide. Le jeune Maurant, admis k ta cour du roi de France grâce h ses brillantes qualités et aussi b. la bienveillance de Clovis II, était parvenu à la charge de secrétaire d'Etat, pendant que la mère, prenant ses filles comme sous ses ailes, les dirigeait vefs la vie religieuse. 4 Elle était l'aigle généreuse qui les guidait en Tair, faisant qu'elles regardassent le beau soleil de justice sans éblouissemeiit des yeux (2). » Cependant le roi Clovis II, qui avait pu apprécier ses rares qualités dans ses apparitions k la cour, voulut la marier en secondes noces à un des nobles leudes de sa cour. On comprend tout ce qu'il y avait d'embarrassant et de délicat dans une telle proposition faite par le roi des Francks; il ne fallut rien moins que le tact et l'influence de saint Amand pour faire agréer au monarque la préférence que la pieuse veuve donnait résolument au Roi des cieux.
Quelques jours après, Rictrude prenait le voile avec ses deux tilles Clotsende et Adalsende dans l'abbaye de Marchiennes. Ce monastère avait été bâti au pays d'Ostrevent par les soins de saint Amand, grâce aux hbèralités de la
(Il Cftf'Oii. du Béarn, par le vicomle 1, S) Let Sainii de la pronmce de Lille, c
r. d'Asfdd; Paris, 1847.
,, par Martin l'Hermite, p. 96.
famille d'Adalbaud, à deux lieues de celui que le même saint avait fondé à Elmon sur l'emplacement du tombeau érigé par Rictrude en souvenir de son époux. Eusébie ou Ysoie, Taînée des filles, s'était déjà retirée près de sa vénérable aïeule sainte Gertrude, abbesse de Hamay ou Hamaye. Le frère ne tarda pas à suivre les sœurs : Maurant, dépouillant volontairement ses insignes de guerrier, se retira de son côté dans le monastère de Bruël (Merville), bâti par ses soins sur ses propres terres.
Nommée abbesse du monastère, sainte Rictrude remplit les devoirs de sa charge avec une douceur mêlée de fermeté. Quelque temps avant sa mort, elle se démit de ses fonctions, afin de pouvoir finir ses jours dans l'humilité et l'obéissance. Elle mourut à l'âge de 76 ans, vers Tan 688. On l'inhuma dans l'église de sa communauté, où son corps, enfermé dans une belle châsse en vermeil, se voyait encore avant la Révolution. A cette époque de sanguinaire mémoire, les deux superbes châsses qui renfermaient les reliques de notre sainte et celles de sa fille Eusébie furent envoyées à l'hôtel des monnaies de Paris. M. Desrotours, employé de cet établissement, déposa plus tard ces précieuses reliques avec celles de plusieurs autres saints à l'archevêché de Paris, où elles restèrent jusqu'au pillage de ce palais, le 29 juillet 1830, sous M«^ de Quelen. On ne trouve plus des reliques de sainte Rictrude qu'un petit fragment conservé dans l'église de Notre-Dame à Paris La vie de notre sainte, écrite par Hucbal, moine de Saint-Amand (Elmon), publiée par Dom Mabillon et par Papebroeck dans le recueil de Bollandus , a été tirée de mémoires sûrs, au dire môme de l'école janséniste. Son culte est très répandu au nord de la France : dans les diocèses de Cambrai et d'Arras plusieurs églises sont placées sous son invocation ; il n'y a pas de martyrologe qui n'en fasse mention. Sa fête est fixée au 17 mai ; celle de saint Maurant,
Bbbé de Merville, au 5 mai; celle de la bienheureuse Clot-
Bende, abbesse de Marchiennes après sainte Rictrnde, au 30 juin; celle de sainte Eusébîe, au 16 mars; et enfin celle de sainte Adalsende, au 24 décembre.
Le lecteur se sera demandé sans doute comment notre mainte et sa pieuse famille ne sont pas plus connues au pays basque. 4 cette question, que l'on peut faire sur le bienheureux Jean Mayorga, de 8aint-Jean-pied-de-port, et sur plusieurs autres illustrations de nos pays, nous opposerons : l" cet isolement que sa langue, ses mœurs, ses relation^', voire même son indifférence pour tout ce qui n'est au pays, ont fait au peuple basque; 2 l'absence presque totale de documents historiques; 3° enfin l'inadvertance des évêques de Rayonne, de l)ax et d'Olorou. qui jusqu'à la Révolution se partagèrent le Pays Basque, et qui, le plus souvent étrangers par leur origine, se contentèrent des protecteurs tels que saint Grat, saint Léon, etc., reconnus par le peuple. Toutefois, dans le? nouveaux bréviaires de la province d'Auch, et surtout celui édité en 1753 par or Ire de M^f d'Arcbe, évêque de Bayonne, on trouve les ofdces de saint Aiuand et de sainte Rictrude. Cet hommage si tardif de nos églises a cessé depuis la reprise de la liturgie romaine. Espérons qu'un jour nos pontifes obtiendront de la cour romaiue l'introduction de ces ofBces et de ceux des autres saints du pays dans le bréviaire diocésain. Saint Arnaud est patron de l'église de Bascons (canto,n de Grenade), au diocèse d'Aire. (Zes HoUaiiuUstes; Vies des Pèrâs, Martyrs, etc., 1835; Vies des Savatt de Camèrfù, etc., par M. l'abbé Destombes; Chron. d'Olorm; etc.)*
idS
Etienne (ub Mauléon), évêque d*Oloron
Tene disciplinam , ne dimitioê illam :
cusiodi iUam, qma eU vit* tua.
Attache-toi à la règle, ne te relâche point, conserve-la , car elle est ta vie.
l Pntv. , IV, 43.)
Etienne eut pour père Guichard (1) vicomte de Mauléon; il descendait de Tantique famille vicomtale d'Aznar, de cette race mérovingienne qui, au ix^ siècle, s'implanta dans la Soûle. Nommé évêque d'Oloron presque à l'issue de ce fameux concile de Toulouse (1056), présidé par Tillustre Austinde, métropolitain d'Auch, où fut déposé Raymond dit le Vieux, évoque de Gascogne, il se montra à la hauteur des graves difficultés de cette malheureuse époque.
Les biens ecclésiastiques, les revenus des pauvres, usurpés et absorbés par les seigneurs laïques, n'étaient pas encore rentrés entre les mains de leurs légitimes possesseurs; le relâchement des mœurs chrétiennes et sacerdotales affligeait encore l'Eglise de Notre-Seîgneur. Etienne, à l'exemple de son illustre métropolitain devenu un des oracles du Midi des Gaules, ne s'inspira que de son zèle apostolique et des besoins de son diocèse pour en relever les vastes ruines.
Issu d'une des plus illustres familles de la Gascogne et même de la France, il rehaussait l'éclat de sa haute naissance par l'autorité de son éloquence et de ses vertus apostoliques.
(1) La 80U8-préfecture actueUe (ancien hôtel Montréal) s'appelait Guichamonia ou maison Guieharno.
f avait des conciles ou assemblées^ ayant pour objet le rétablissement de la discipline ecclésiastique, le retour des biens des pauvres à leurs légitimes possesseurs, en un mot, le bien de l'Kglise et le salut des âmes, on trouvait le nouvel évoque d'Oloroii. C'est ainsi qu'en 106(1, avec Âustinde, son métropolitain, et ses co-provinciaus Jean évoque de Lescar et Heraclius évêque de Tarbes, il se rendit eu Aragon au concile de Jaca, qui avait pour objet la substitution de la liturgie romaine à la liturgie gothique ou des Mozaraies. En 1061 et 1063, il assista k la dédicace de l'abbaye de Moissac, à celle de la collégiale de Nogaro, fondée par Austinde, métropolitain d'Âucb, et ses frères Raymond, Oddon-Otgarius, Giraldus etiîertrannus, a pour leurs pécliés rt ceux de leurs ancêtres «. Le saint prélat assista encore K plusieurs autres fondations pieuses, dont les cliartes d'érection fout mention de son nom.
Chargé de faire l'oraison funèbre de son illustre métropolilain, décédé en 1068, il prit pour texte : Cecidil corona capitls ncslri ; T>œ noèis quia peccanimus, et, déroulant avec une éloquence rare, sous les yeux d'un immense auditoirej dans l'église métropolitaine, les grandes vertus qui avaient fait d' Austinde l'honneur de l'Eglise universelle et la couronne de la province, il justifia le choix de ses co-sulfragants et le titre de fameux prédicateur que lui donne une charte de Saint-Sever, Dans la même année il alla au concile de Toulouse, où le légat du Souverain-Pontife enjoignit aux évêques de relever les ruines de leurs églises, de rebiltir les édifices détruits par le passage des Normands. Le diocèse et surtout la ville d'Olo- POQ se trouvaient dans ce cas. Etienne eiU voulu réunir et relever les débris de sa ville épiscopale; mais, soit qu'il y vît trop de difficultés, soit qu'il prévît déjà l'importance que prendrait un jour le quartier appelé dès lors Sainte-ilaried'Olopon, il s'y établit, et une modeste chapelle, qui avait
donné le nom au nouveau quartier, devint son église cathédrale.
Dès lors, un des premiers soins d'Etienne fut de donner h son diocèse ses anciennes limites. On sait que durant près d'un siècle, après une vacance absolue de cent ans, les divers diocèses de la partie occidentale de la Gascogne avaient été administrés par un seul évoque, appelé évoque de la Gascogne.
Raymond-le-Vieux, le dernier de ces évoques, ayant été, après le concile de Toulouse, remplacé sur le siège de Dax par Macaire, avant qu'il le fût sur celui d'Oloron par Etienne, la Soûle s'était rangée sous la houlette de l'évoque de Dax. Etienne revendiqua les anciens droits de son église, et recourut à cet eflFet au concours de son parent Raymond- Guillaume Salamance, vicomte de Mauléon. Celui-ci était l'obligé de l'évoque d'Oloron, depuis surtout qu'il en avait été protégé dans sa fuite à la terre de Lavedan, en Bigorre, quand les Béarnais, l'accusant de la mort de leur vicomte Centulle III, le poursuivirent de leur vengeance. Il gagna à la cause de son parent évêque Bergunh-Loup de Johanetta, un des plus puissants seigneurs de la Haute-Ville de Mauléon. Il paraît que, pour vaincre toute la résistance de la part du peuple souletin, Etienne avait promis à Bergunh-Loup l'archidiaconé de Soûle pour son fils Héraclius, et au vicomte l'évêché d'Oloron pour son fils Arnaud-Raymond.
Le peuple, travaillé par ces deux personnages, auxquels durent s'adjoindre les états du pays, déserta la houlette de l'évêque de Dax avec l'approbation, sinon formelle, du moins tacite, de Grégoire, successeur de Macaire, et se rangea sous celle d'Etienne. Héraclius, fils de Bergunh-Loup, tut bien nommé archidiacre ou vicaire-général de la Soûle ; mais à la mort d'Etienne, arrivée en 1070, son héritage spirituel fut recueilli non point par le fils du vicomte de Mauléon, mais
pûYik'ii fiVtiiè Sôuletiû, par rillustre Âmat^ qui sat oontinaer avec le plus grand succès la mission de son prédécesseur dttrts la restauration do l'église d'Oloron. La famille vicomtale de Mauléon fournit cependant quelque temps après un autre prélat à l'Eglise, Fôrtanier, évoque de Dax, et au royaume dô Navarre plusieurs bravés capitaines, jusqu'à ce que le dertiier de ses rejetons allât former une nouvelle branche de la famille-au-delà des Pyrénées (1).
(Gallia Chnst., Diœc. Olor, et Insirum. ecclesia «««<?.— Labbe, Cwicile, t. IX. — Chronol. des év. d'Olor. — Chron, d'Oloron.)
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Garcias, évêque de Bayonne (1119-1121)
£t lingua eucharis in ho no homitie abundat.
Les bonncâ paroles abondent dans la bouche d'un homme de bien.
(Bcclis., VI, 2)
Originaire de la petite ville de Maya, dans la vallée de Baztan, En Garcias devint chanoine de Bayonne. Bernard d'Astarac, évêque de ce dernier siège, le nomma archidiacre de la vallée de Baztan et administrateur des biens considérables que le diocèse y possédait, par suite de la donation d'En Garcias en 1095. Il s'acquitta des devoirs de cette double charge avec autant de prudence que de sagacité d'esprit.
A la mort de Bernard (1119), les suffrages unanimes de ses collègues l'appelèrent, malgré son grand âge, sur le siège épiscopal de Bayonne. Malheureusement il ne tarda pas à suivre son prédécesseur dans le tombeau ; toutefois, avant sa mort, il enrichit l'église de Sainte-Marie de Bayonne de tous les biens qu'il possédait lui-même dans la vallée de Baztan.
Il eut pour successeur (vers 1121) Raymond de Martres, moine de Saint-Sever, appelé ajuste titre le fondateur de la patrie bayonnaise. (Grall. Christ.; J. Balasque et autres.)
Amat ou Amatus, évêque d'Oloron
mort archcvè^pic de Hordcaux (1070-1 101)
Et dédit illi cor.im prœcepta^ et leyem vitœ et disciplina.
Et devant son |)cu[)lc, il lui a donne ses pri^ceplos et la loi de vie et de science.
{Ecclis., XLV, 6)
A la mort d'Etienne, le pape Alexandre II, écartant le fils du vicomte de Mauléon, nomma au sièg'e d'Oloron Amat ou Aimé, en basque McCitia, D'après Henri de Sponde, il appartenait à la famille de Maytie, de Mauléon, que nous verrons encore plus tard fournir d'illustres prélats à l'église d'Oloron.
Jeune encore, il entra, d'après Etienne Baluze, chez les moines du Mont-Cassin, en Italie, et y composa deux ouvrages perdus aujourd'hui, savoir : un poëme sur les Apôtres et une histoire des Normands. Quelque temps après, il devint abbé de Saint-Pons, d'où il sortit évêque d'Oloron (1070).
Trois années ne s'étaient pas écoulées depuis sa promotion à ce siège, que le célèbre moine Hildebrand (Grégoire VII) montait sur le trône de saint Pierre. L'illustre défenseur des droits de l'Eglise de Notre-Seigneur, qui avait connu dans le cloître notre évêque et apprécié ses hautes qualités, voulut l'associer dans les fonctions si difficiles de cette mission divine de réformateur universel, qui devait l'amener lui-même sur la terre de l'exil; il le nomma son légat successivement en Gascogne, en Guienne, en Bretagne et en Espagne. Dès l'année 1074, une lettre de S. Grégoire VII, adressée à Isambert , évoque de Poitiers , nous montre révoque d'Oloron chargé de présider dans cette ville, en
qualité de légat da Samt- Siège, Uû concile réuni h VeBét d'examiner et de statuer sur le mariage de Guillaume comte du Poitou et de Gascogne avec la fllle d' Audebert comte de Périgord, sa parente au degré prohibé par les canons. En cette même qualité, il présida en 1077 le concile de Bésalu (Catalogne) , qui avait pour objet de revendiquer les droits du Saint-Siège sur les seigneurs espagnols tributaires de réglise de Rome et autres usurpateurs des biens ecclésiastiques. Dans les années 1080, 1081 et 1082, il présida ceux de Bordeaux, de Saintes, d'Issoudun et de Meaux, réunis pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique et des mœurs chrétiennes. Le zélé prélat assista encore à plusieurs autres assemblées réimies dans le même but, favorisa et approuva plusieurs fondations pieuses sur les deux versants des Pyrénéen.
' Dans Tannée 1077, en un concile, il eut la triste mission de devoir excommunier Wifre, archevêque de Narbonne, devenu range des ténèbres. Celle que lui confia Grégoire VII en 1079 n'était pas moins délicate. L'œil vigilant de ce pontife, suscité de Dieu pour réprimer tous les abus, si nombreux à cette époque, avait découvert que CentuUe IV, vicomte de Béarn, avait épousé la princesse Gisla, sa proche parente. Par un bref de Tannée 1079 , il chargea Amat et Bernard abbé de Marseille d'examiner la validité de cette union. Ce dernier n'ayant pu se rendre sur les lieux, le saint évoque eut h prononcer seul sur la nullité du mariage ; et, ayant obtenu la soumission des intéressés, en compagnie de Guillaume de Montaut, archevêque d'Auch, il accompagna la princesse d'abord à Cluny, puis au monastère de Marcîmiac (diocèse de Laon), où elle prit le voile.
Cependant Bertrand, évoque de Dax, s'étant plaint à Guillaume, archevêque d'Auch, de ce qu'il appelait Tusutpation d'Etienne sur la Soûle et le quartier d'AgHrenx, Amat
répondit en accusant Tévêché de Dax de posséder injustement neuf paroisses situées aux affluents du gave d'Oloron. Un premier projet d'accommodement, proposé par l'archevêque, n'ayant pas abouti, le diflférend fut porté en 1081 au concile de Poitiers, dont, avec les cardinaux-légats Hugues de Die et Richard de Marseille, Amat était l'un des présidents. Soit déférence pour sa qualité de légat, soit impossibilité de s'entendre, l'affaire fut portée à Rome, où l'évêque de Dax envoya Arn. Raymond, son archidiacre, l'un des plus puissants seigneurs de la Gascogne, et l'évêque d'Oloron son archidiacre de Soûle Héraclius, pour soutenir leurs droits respectifs. Grégoire VII, adjugeant quatre des neuf paroisses de près de Sauveterre à l'évêché de Dax et les cinq autres h celui d'Oloron , laissa la décision relative à la vallée de la Soûle et au quartier d'Agarenx, en faveur desquels Amat opposait la possession des temps anciens faâ antiquo tempore) à l'arbitrage de Hugues de Die et de Richard de Marseille.
Ceux-ci assignèrent les parties successivement à Lescar et au monastère de La Réole, en Sauvestre. L'évêque de Dax ne voulut pas se rendre au premier rendez-vous, sur la terre du Béarn, craignant, nous dit la charte de Dax, le ressentiment des Béarnais, dont le vicomte venait d'éprouver un échec au pays de Mixe, dépendance de la vicomte et du diocèse de Dax. Amat, de son côté, se refusa, nous dit la même charte, à aller au second rendez-vous parce que l'entourage de son collègue s'y était présenté avec un appareil plus militaire qu'ecclésiastique. Dès lors l'affaire tomba peu à peu dans l'oubli, et la Soûle avec le quartier de Sauveterre, formant chacun un archidiaconé, resta annexée au diocèse d'Oloron.
Héraclius, qui, dans toutes ces affaires, avait fait preuve d'un esprit aussi lucide que prudent, fut nommé archidiacre de la cathédrale d'Oloron. C'est sur lui qu'Amat se plaisait à
la M l'iiîïlîse de Bayonne imttrrps incultes, de la .■i.-îi'iiHinent et la volonté :!; m neiipl*^ de Lnbounl et nossèiieraitdenx montures uuue : — que celui qui n'en laistiprait la monture ou le u'aurait que qiintre breufs ■ - que celui qui n'iiurait que ,i,ici tèt«3 de bétail, luissorait uu son veau ; — enfin que tfavail n'aurait pas dis tûtes de ii^urebis, laisserait cinq .sols. En Il au défunt une mesae célébrée l du défunt, k la volonté <les pâli fut encore arrêté que les dîmes
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FORTANERItTS OU FORTANER (DE MaULÉON ) 6yCu[uc de Bayonnc (1150-1170.
P'ix muta fortior.
I/union fait la force.
Fortaner, originaire de la ville de Mauléon, monta sur le siég'e épiscopal de Bayonne vers Tan 1150. L'une des principales préoccupations du nouveau prélat paraît avoir été de rendre à son église toute l'indépendance possible, en augmentant son domaine temporel. Raymond-le-Jeune, encouragé par les secours et les conseils du pape Nicolas II, s'était efforcé, h son retour du concile de Latran (1059), de relever les ruines de son église, que les injures du temps et le passage des Normands avaient amoncelées durant deux siècles; mais ni lui ni ses successeurs n'avaient réussi h lui créer des ressources fixes. Ce devait être la mission et la gloire du pontificat de Fortaner. Homme d'affaires, il profita de toutes les circonstances pour faire sortir son église et son chapitre de cet état précaire et dépendant auquel les réduisait une vie de misérables aumônes. Dès sa première année il fit diverses acquisitions autour de sa ville épiscopale. Persuadé que rien n'est fort ni fécond comme l'union j il fit entrer dans ses vues le vicomte du Labourd, dont il connaissait la piété, et qui sous son prédécesseur avait fait donation de la baronnie de Saint-Jean-de-Luz, avec tous ses droits seigneuriaux, ceux de justice, de patronage de la cure, ainsi que de la dîme d'Ossès, apport de sa femme Atéressa, de la famille vicomtale de Baïgorry (1).
(1) Marié deux fois, Bertrand eut trois fils : Pierre et Arnaud, successivement vicomtes ; Guilhem évoque de Dax ; et une fille qui épousa le seigneur de Sault (Labourd).
Bertrand, donnant Texemple, concéda h l'église de Bayonne la dtme novale, c'esft-à-dire de toutes les terres incultes, de la vicomte. Le même vicomte, avec Fassentiment et la volonté des seigneurs du pays et de tout le peuple de Labourd et d*Arberoue,arrêta:quequîconquepossèderait deux montures en laisserait, à sa mort, uneàTévêque; — que celui qui n'en aurait qu'une et quatre bœufs, laisserait la monture ou le meilleur bœuf; — que celui qui n'aurait que quatre bœufs de travail, laisserait le meilleur; — que celui qui n'aurait que deux bœufs de labour et dix autres têtes de bétail, laisserait h son choix une vache pleine ou son veau ; — enfin que celui qui avec deux bœ.ufs de travail n'aurait pas dix têtes de bétail, mais des porcs et des brebis, laisserait cinq sols. En retour du legs, l'évêque devait au défunt une messe célébrée à la cathédrale ou à l'église du défunt, à la volonté des parents et amis de ce dernier. Il fut encore arrêté que les dîmes des juments, des vaches, des porcs et des brebis seraient exactement payées, et que s'il y avait plainte de fraude par l'évoque ou son délégué, le paroissien dîmé jurerait avec deux notables de sa paroisse avoir agi loyalement (1).
Son élection au siège de Bayonne avait précédé à peine de deux ans la dissolution du mariage de Louis-le-Jeune avec Eléonore de Poitiers. Cette princesse, immédiatement remariée à Henri duc de Normandie, plus tard roi d'Angleterre, devait faire passer les pays de Labourd et de la Soûle sous le joug britannique, joug qui ne devait pas peser moins de trois siècles. Fortaner ne parut pas partager l'entliousiasme qui accueillit la politique plus ou moins libérale de l'Angleterre ; subissant le courant des idées nouvelles relativement à raflfranchissement des communes, il ne cessa de poursuivre la grandeur et l'indépendance de son église.
(1) GalUa christ., Instr. ad. ceci. Baïon., t. I.
En 1168, il assista à la fondation de Tabbaye de Saint- Bernard, à un quart de lieue de Rayonne, sur le bord de la rivière rAdour. Ce monastère, fondé, d'après le chanoine Veillet, d'aboid pour les religieux bénédictins sous le nom de Saint-Etienne-de-Rive, prit le nom de Saint-Bernard vers 1245, et fat occupé par des religieuses cisterciennes.
Dans la même année, accompa^é de plusieurs chanoines de son église, il fit la visite pastorale de son diocèse, dont les limites du côté des Pyrénées s'étendaient jusqu'à la Croix-de- Charles, où s'élève aujourd'hui la chapelle de Saint-Sauveur.
Arrivé à Ossès, pour dégager les abords de l'église Saint- Julien de cette paroisse, il acheta en sous morlans, monnaie en usage au pays basque : à Borcebiscans, son moulin et le terrain attenant, pour 8 sols; — à Brasco Saro, la terre qu'il possédait près dudit moulin, pour 3 sols« — à Lop Sans, toute la terre longeant la route de Saint-Jean, pour 9 sols; — à Apalo, sa terre dans le marais qui touche à l'église Saint- Julien,, pour 3soLset2deniers(l). ABaigorry.Sanche-Remire, de la famille vicomtale de Baîgorry, lui fit don de tous ses droits héréditaires sur les biens ecclésiastiques de la vallée d'Ossès; gracieuseté à laquelle le prélat répondit en conférant au donateur un canonicat dans sa cathédrale.
Avant de rentrer dans sa ville épiscopale, le prélat alla visiter son pays natal, où il fut reçu au château par la vicomtesse Navarre et le vicomte Auger Miramont, compagnon d'armes de Graston et du comte de Poitiers contre les
'1 L église actuelle d'Ossès — où, à ses colonnes annelêes et verticaleir.ent cannelées de lare triomphal et des angles du chœur, nous avons cru reconnaître des débris de l'ancienne église remontant jusqu'au xii* ou xr siècle — a été bAtie en 1668. I^ niisseau I^ca, qui d'Ir'ssarry va à Ossès, pour, en passant au sud de leprliso de cette paroisse , se jeter dans la Nive, couvrait encore à cette épo<|ue de ses eaux la plaine «^pii h' sépare du bourg et de l'église d'Ossès, ot formait un marais.
- ÎS8 —
Maures dans la bataille de Sarng'osse La vicomtesse Navarre, qui dans Téglise Saint-Julien d'Ossès si<:^na avec les chanoines de Bayonne et quelques soigrueurs bas-navarrais et laboupdins la donation de S.inche Reraire, devait être de la maison vicomtale de Baïg-orry , et c*est ainsi qu'imitant l'exemple d'un de ses parents, d'accord avec son mari, elle céda à perpétuité à Sainte-Marie de Bayonne, pour la rédemption de leurs âmes, la moitié de la dîme d'Ossès dans la visite que leur fit Fortaner.
Cette donation, complétant celle du vicomte Bertrand et d'Atéressa, celle de Sanche Remire, rendit la cathédrale de Bayonne maîtresse de tous les droits et revenus de la vallée d'Ossès. L'habile prélat réunit encore à son égalise le temporel ecclésiastique de Biarritz, les quarts décimaux du Bnztan, et la dîme de Bassussarry; cette dernière donation lui fut faite, en 1170, par le vicomte Pierre Bertrand, fils de Bertrand.
Dans la révolte de Richard duc de Poitiers et de sa mère Eléonore contre leur père et mari, Fortaner se prononça pour le fils, à qui il présenta, h Poitiers, l'hommag-e de son clergé; il en obtint un diplôme confirmatif de tous les droits de sa cathédrale, moins ceux de vig-iierie (justice), que 1p. vicomte, pour mettre fin à une contestation existant entre l'évôché et la bourgeoisie de Bayonne, garda pour lui-même à rinstar du juge de Lafontaine dans le procès de l'hnître disputée parles deux pèlerins.
Ce fut le dernier acte de notre zélé prélat, qui mourut vers l'an 1170.
Il eut pour successeur un Basque labourdin Pierre Bertrand d'Ezpeleta. {Livre d'or; GalL christ. ; Jules Bal., t. V^; Monlezun, Hist, de Gasc, t. II.)
Pierre - Bertrand d'Ezpeleta
évoque de Bayonne (1170-1178). — La maison noble d'Ezpeleta.
fesside sapieniiam^ quia auro meVtor est : et acqvire prudentinm, quia pretinsior est argenio.
Possédez la sagf'ssc, parce qu'elle est meilleure que l'or; et acquérez la prudence, parce qu'elle est plus précieuse que l'argent. [Prov. 16. 16.)
Pi erre -Bertrand d'Ezpeleta sortait de cette antique famille de ce nom, au Labourd, dont nous voyons les membres figpurer à côté des premiers comtes et vicomtes des deux versants des Pyrénées. Il succéda sur le siég^e épiscopal de Baycnne à Fortaner de Mauléon vers Tan 1170. En effet, cette année, avec Jean d'Ezpeleta, seigneur d'Ezpeleta, son neveu croit-on; avec les vicomtes de Bayonne, d'Orthe, de Baïgorry, de Tartas, Jean dç Sajint-Pée, Mph. d'Urtubie, Chicon de Belsunce, Garcia d'A.rmeudaritz, Jean de Garro, etc., il souscrivit à la charte d^s privilèges accordés à la ville de Bayonne par Richard Co^ur-de-Lion, alors comte de Poitou. Ce fut lui encore qui, à la tête de ces mêmes personnages et autres seigneurs du pays de Labourd, reçut le même prince à sa seconde vl«^ite à Bayonne en 1174. Il prêta hommage au prince, et, en termes non peu flatteurs pour lui et ses compagnons, il en obtint, entr'autres faveurs, Ja confirmation de tous les droits concédés par lui et ses prédécesseurs à l'église Sainte-Marie de Bayonne.
On ne sait rien de son administration ; mai.s il est à croire qu'il continua les traditions de son illustre prédécesseur. On ignore même l'année de sa mort. Tout ce qu'on sait, c'est
qu'au concile de Latran^ réuni pour Textinction du schisme, réglise de Bayonne était représentée par Adhémar de Saint" Martin (1179).
Le premier seigneur d'Ezpeleta connu est don Aznar, cater (chevalier), Tun des douze ricombres ou barons de la Navarre en 1059. Vers la fin de ce siècle, dofîa Todade Huarte, dame d'Ezpeleta, fit donation à l'abbaye de Saint-Sauveur-de-Leyre, du monastère de Huarte avec son cimetière, ses maisons et terres, ainsi que des rentes des moulins situés à Ezpeleta. — Une enquête de 1311, faite sous Edouard III d'Angleterre, établit que les seigneurs d'Ezpeleta , de J^ault, de Lahet, de Pagandure avaient élevé des chflteaux sans requérir l'assistance du bailli du Labourd pour y allumer le premier feu, mais que le seigneur d'Ezpeleta possédait en propre les terres de la paroisse d'Ezpeleta; le seigneur de Pagandure, celles de Macaye; et celui de Sault, une terre vague peu importante dans la paroisse de Hasparren ; et que par conséquent le roi d'Angleterre, comme duc de Guienne, n'y pouvait réclamer que les droits de haute seig*neurie. Henri V, roi d'Angleterre, ordonna le 24 août 1413 aux sénéchaux de Guienne et des Lannes, au châtelain de Mauléon et au bailli de Labourd, de faire démolir le chûteau de pierre élevé par le seigneur d'Ezpeleta sur le territoire de Bayonne; mais Auger de Garro, seigneur d'Ezpeleta, par-devant le comte de Dorcester, lieutenant-général de Guienne, fit reconnaître, l'arnée suivante, que lui, ses ascendants et descendants, avaient la justice au lieu d'Ezpeleta et que les baillis du Labourd ne pouvaient entrer dans leurs terres pour y prendre les décrétés, même les étrangers, sans la permission des dits seigneurs. Les seigneurs d'Ezpeleta, ainsi que ceux de Garro, leurs alliés, suivirent la fortune des rois d'Angleterre jusqu'au xIV^siècle.
Les rois de -Navarre, voulant s'attacher Iqs seigneurie
d'Bzpeleta ainsi que ceux de Giirro , accordèrent îi cliacune
de ces deux puisaan es nmisoni une maison-Siilha (palaolo) k Ossèd, en Basse - Navarre , leur procurant ainsi le droit d'entrée aux états de ce royaume. Louis XI, roî de France, érigea de son côté, au mois de mai 1462, la terre d'Ezpeleta en baronnie avec droit de justice haute, moyenne et biese, eu faveur de Jean d'Expeleta, vicomte de Valderro, tué en 1471 par les Beaumoiitaia avec le maréchal don Pedro do Navarre, son beau-frère. La princesse Léonore de Navarre, en récompense de sa bravoure pour défendre contre la faction beaumontaise le cli titeau-fort édifié par Jean II h. l'une des portes de Pampeiuoe, l'avait nommé merino (gouverneur) Si vie, et lui avait fuit donation, pour lui et ses successeurs, de la partie qui restait dudit château démoli par ordre du roi, avec faculté d'y ajouter des édifices qui n« pussent lui donner l'apparence d'une forteresse. Les jupes du baron d'Ezpeleta s'appelèrent alcaldes jusqu'en 1566; mais par suite d'un arrêt du purlement de Bordeaux du 25 juin 1566, lis s'appelèrent, comme dans les autres baronniea du royaume, juges ordiniiirea ou jugea prévôtés. Leur tribunal devait souvent chômer, du moins nu xvn» siècle, s'il faut en croire une plainte de Barbe d'Eupeleta, baronne d'Ezpeleta, de Gostoro, d'Amot:t et de Nouilham, qui se plaint de ce que l'abbé elles jurais exerçaïi^ntla police ordinaire eux-mêmes, sans le ministère de ses officiers, et de ce que les habitants de sa baronnie contmuaimt \\ faire moudre leurs grains dans un moulin qu'ils avaient édifié, bien que les moulins de la baronnin eussent été rebAtis par elle.
Dès le xvi" siècle, les seigneurs d'Iïzpeleta habitèrent ordinairement leurs maisons-salha (palacios) de Pampelune et la vicomte de Valdero. Dans leur patrie adoptive ils figurèrent parmi les ricos hombres , sabîfts du la iierra, lenoreg coa honores del rei/ (hommes puissants et sages de la terre, sans
lesquels, d'après le for, les rois de Navarre ne pouvaient faire ou conclure ni paix ni guerre , etc.) ; les mesnaderoê (gentilshommes à la solde, commensaux du roi et ses fami* liers). Ils fournirent de braves capitaines, de sages mérinos ou gouverneurs, des chevaliers de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, etc. Nous ne parlerons pas de Tunion de Tun d'eux avec Anne fille de Léonel de Navarre, fils naturel de Charles de Navarre, qui apporta du sang royal de Navarre dans cette famille, ni de tant d'autres illustres alliances tant en deçà qu'au delà des Pyrénées (1).
Si à côté de saint Louis et Thibaut II roi de Navarre, avec les seigtieurs de Bardos, d'Armendaritz, de Garro, d'Uhart, de Belsunce, de Villanova et d'Irumberry, de Cibas (Soûle), d'Andurain, de vicomte de Mauléon, etc., on voit En (2) Sans d'Ezpeîeta et Garcie Arn. d'Ezpeleta, son frère, figurer avec honneur dans la croisade, on les voit combattre aussi & côté des rois d'Angleterre, dont ils étaient les vassaux. Ils prêtèrent le concours de leurs armes aux rois de France. Cependant l'un d'eux fut déclaré rebelle.
C'était Bertrand d'Ezpeleta, deuxième du nom, frère de 1« baronne Barbe. Comme il portait les armes contre la France dans l'armée du roi d'Espagne, un arrêt du parlement de Bordeaux, du mois de juin 1637, ordonna la confiscation de la baronnie d'Ezpeleta, et les habitants d'Espelette rasèrent par suite cette année-là. même le château ; dommage qu'ils furent condamnés, par décision du môme parlement, à réparer en donnant 25,000 livres à la dite baronne, sœur de Bertrand d'Ezpeleta. Le.château d'Espelette, comme quelques autres des trois parties cis-pyrénéennes du Pays Basque,
(1) Voyez rjnt(^ressant travail de M. de Jaurgain Hist. et généal, de la maison d'Ezpeleta, l'e livraison; Talcncc (Gironde), 1877.
(2) La particule h'n N' ou Na pour les femmes, indique la noblesse en Navarre et Béarn (Marca).
tenait lieu de tour de défense, et k l'époque di en 1537, il devait conserver encore ce caractère; en effet, dans les délibérations du conseil de Rayonne (1586-1590), on lit ; «Il sera écrit au l'oi sur la nécessité de mettre garnison dans les chftteaux de Guiche et d'Fipeielle (1). »
La baronne Barbe d'Ezpeleta, jalouse de ses droits, qu'elle avait fnit reconnaître par-devant le pariement de Bordeaux, lit faire par la dite cour « inhibitions et défense Ji tout£ per" sonne, môme aux abbé et jurats et marguilliers de l'église d'Espelette, de précéder en l'offrande les dames mère, fllle, enfants, ni les juges et procureur d'ofilce du seigneur et baron d'Eapeleta... enjoignit au curé de la dite paroisse, lorsqu'il ferait le prône et prières publiques, d'observer et garder 1b forme prescrite par le règlement du diocèse et d'exliorter les dits habitants k prier pour ledit sieur et sa famille. » Par son testament fait le 27 août 1689, veille de sa mort, arrivée an château de Noailhan (dans le Bordelais), entre autres legs pies faits aux Carmes de Uordeaiix :
Elle légua au curé d'Espelette et k ses successeurs la somme de 3,000 livres, une fois payée, h prendre sur ce qujî la communauté et habitants d'Espelette lui doivent; « laquelle somme, dit la baronne, je veux estre employée en fonds, pour estre le revenu d'îcelui et intérêts de hidite somme, fi raison du denier vingt, converty à faire dire une messe haute avec dix prestres assisiant chaque mois de l'année, lesquels dix prestres seront tenus aussi de dire chascun la leur en particulier, h pareil jour du mois que je viendray à mourir, le tout pour le soulagement de mon àme, de mes ancestres et successeurs; voulant que les prestres qui célèbrent ladite messe avec lesdita prestres (curés d'Espelett-i) , viennent tons ensemble, après
la inease, faire les prières ordinaires de Téglise starmcnn tofnbeati. »
Louis Xiy, par droit d'aubaine, avait fait donation de là baronnie au dac de Grammont ; mais dona Enriques de Lacàrre-Navacre, petite-fille de Bertrand d'Bzpeleta, s'étiMift piiésentée comme héritière testamentaire de k baveiHrie d'Ezpeleibi et demandant deis lettres de natiiraUsalio]!, il y eatume transaction entre Antoine*-CH»aries duc de Orammont, souverain de Bidae:lie, et Pedro Enriquez de Lacarre-Navatte et fioepeleta, comta d' Ablîtoâ, frôre de dona Juliana Enriqwea. Par cette traosaetioa, passée le 13 avril 16d0, cette deftilèrë abandonna au due la moitié de tous les biens qui pouvaiietit lui échoir de la succession de fiarbe dBspelieta ^ aâuf la baronnie d'Espelette, qu'elle entendait garder. Après avoir reçu ses lettres de naturalisation, elle prit possession de la baronnie le 10 juin 1690. Le 5 juillet 1694 on la voit passer un acte au château d'Espelette, qu'elle dut venir habiter, et le signer du nom de dona Juliana Enriquez de Alava y Lacarra y Ezpeleta. Morte célibataire, elle laissa, nous apprend la tradition, son château d'Ezpeleta : Aux curés d'Espelette, & la condition qu'ils enterreraient sans frais de funérailles, et dans le tombeau de leurs ancêtres, tous les membres de la famille d'Ezpeleta, et qu'enfin ils acquitteraient un certain nombre de messes pour le repos de leurs âmes.
Vendu durant la grande Révolution, le château d'Espelette a été acheté par la commune, qui, en ayant affecté une partie à la mairie et à une salle d'école pour les garçons, conserve l'autre avec l'enclos au curé moyennant certaines charges. Nous tenons de M. l'abbé Costes, dernier curédoyen décédé d'Espelette, qu'en échange de la jouissance d'un enclos attenant au presbytère, il avait à acquitter encore un certain nombre de messes pour le repos de l'âme d'une baronne d'Bzpeleta donatrice du presbytère.
Un membre de l'une des branches collatérales de la famille d'Ezpeleta, don Diego d'Ezpeleta et Pasquier seigneur de Beire et de Saint-Martin-de-Unx, se maria avec Anade Jasso, Âsspilcueta et Xavier, soeur de saint François-Xavier. Déjà un autre, Martin-Martinez seigneur d'Estenaga, avait épousé en 1264 dona Maria de Loyola, dont descend saint Ignace de Loyola. Enfin la fannille d'Ezpeleta a encore divers représQptapts, dont l'un, Sylvère-Dominique-Josepli baron d'Ezpoleta, chevalier, commandant de la contre -guerrilla de Tamai^lipas au Mexique (1865 à 1867), s'est marié, au mois d'pctobre 1874, à M"^ Blanche Clauzel, petite-nièce du maréctial oomté Clauzel. (Livre d'or de Bay. ; GalUa christ; Moret ; YUDgUfis, Diccion.; deJvLMVgain^ HisL et généai. de la maison ^Sw^kUi; doc. part.)
Bernard II de Lacarre, évêque de Bayonne
HaJerejam non potest Deum patrem qvi Ecclesiam non hahet mutrem.
Celui-là ne peut avoir Dieu pour |)ère qui ne tient l'Eglise pour môre.
(S CVPRIEN.)
Issu de la noble famille de Lacarre en Basse-Navarre, Bernard, jeune encore, entra chez les moines de Sordes. On le voit figurer pour la première fois, au château de Mauléon, à côté des chanoines de la cathédrale et autres personnages du pays, que la visite de Fortaner, évoque de Bayonne, y avait réunis. Il est permis de croire qu'il avait eu Thonneur de recevoir ce prélat dans sa famille, à son passage de Saint- Jean-pied-de-port à Mauléon. Ce qu'il y a de certain, c'est que le jeune Bernard, qui un jour devait être l'une des gloires de l'Eglise de Bayonne, décida par ses conseils Semeno Gardas vicomte de Baïgorry h restituer à l'abbaye de Sordes la terre de Bolunce, dont il l'avait injustement dépossédée.
Bernard était abbé de ce monastère depuis 1176, quand, vers l'an 1186, il fut nommé évêque de Bayonne. Sa nomination coïncida avec la troisième visite que fit à Bayonne Richard duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, qui, toute sa vie, lui donnera des preuves non équivoques de confiance et d'amitié.
Par ordre du pape Urbain III, il venait & peine de régler un différend entre l'abbé de Leyre et l'évêque de Pampelune, quand il se vit attaqué lui-môme par son chapitre au sujet de la répartition des revenus communs du chapitre et
de la niense épiscopale. L'affiiii'e terminée, du moins pour le moment, par une transaction fuite h Dax le mois d'octobre 1186, il eut k s'occuper d'un autre différend du même chapitre avec les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem établis au Cap-du-Pont (Saint-Esprit) dès le commencement du xw siècle.
Un riche bourgeois de la ville ayant laissé aux Hospitaliers, qui déjà faisaient ombraffe au chapitre, un terrain au quartier Saint-Léon à condition d'y bâtir un oratoire, le chapitre s'opposa k l'érection de la chapelle, de crainte qu'elle ne portât préjudice aux offrandes que les pèlerins et "voyageurs étaient dans l'habitude de faire à l'hôpital de Saiut- Nicolas, sis au même quartier et propriété de la cathédrale. L'habile prélat, d'accord avec Donat, miniatre des frères de l'hôpitai de SaintJean dans laprovince de Gascogne, amena le donateur à léguer purement et simplement le dit terrain avec droit, dans la chapelle de l'hOpital de Saint-Esprit, k toutes les faveurs qu'il réclamait pour lui et ses descendants dans l'oratoire de Saint-Léon auquel il renonçait.
Heureusement pour Bernard, une mission plus importante devait l'arracher à ces dissentiments domestiques : Richard duc d'Aquitaine, devenu roi d'Angleterre, lui confia, dans sa croisade avec PhiUppe-Auguste roi de France, la charge de connétable. Noua ne nous arrêterons pas k décrire les services eigrnalés que l'habile et prudent prélat rendit h Bon maître, soit k Lisbonne, quand, a leur passage, les croisés se jetèrent imprudemment sur les Maures; soit en Sicile, lors des démêlés de Richard avec Tancrède, roi de ce royaume ; eoit enfin sur le théâtre de l'expédition. Témoin de l'union de son roi k Limisso, eous le beau ciel de Paphos, avec Bérengère, fille de Sanche-le-Sage roi de Navarre, il l'assista de ses conseils et de ses lumières durant cette expédition lointmne ; et après avoir vu Saint- Jean-d' Acre tomber aux
mains des croisés, il rentra daas son diocèse pour reprendre son bâton pastoral.
Mettant à profit Tamitié de son souverain, et aussi un talent que nul n'osait lui contester, il régula avec une activité énergique les affaires pendantes de son église, entre autres celle des Hospitaliers et celle de son chapitre, en provoquant du pape Célestin III une déclaration solennelle des limites du diocèse (1), des droits de la cathédrale, et enfin de la situation respective de la mitre et du chapitre au sujet des biens et revenus communs. Puis, il entreprit de grands travaux de construction dans sa cathédrale. Voulant créer à cet effet des ressources, il réussit à se faire restituer certaines dîmes possédées par quelques seigneurs. De ce nombre était Guilhem-Ramon de Sault, le dernier des vicomtes du Labourd. Retiré à Ustaritz pendant que plusieurs seigneurs de nos pays, à côté des Croisés, se battaient avec bravoure en Palestine, il avait fait défricher plusieurs terres àUrt, àGuétari, àSerres, àBassuren, etc.; mais le jour de la moisson il se refusa à admettre les droits du clavier de la cathédrale. Bernard, grâce à la haute influence de Guilhem- Bertrand, évêque de Dax et oncle du vicomte, lui fit reconnaître, en présence de plusieurs seigneurs du Labourd et
(1) Les limites du diocèse déterminées par la bulle de Célestin IIÏ (1194) sont à peu près les mômes que celles indiquées dans la célèbre charte d'Arsius, sauf l'adjonction de l'église de Maïa de Baztan, qui, au nom de Tévêque et du chapitre de Bayonnc, était desservie par un chanoine avec titre d'archidiacre. — D'après ce document ou ce dénombrement pontifical, les biens et revenus appartenant îV l'église de Bayonne sont : le lieu môme où cette église est située, avec ses appartenances ou dépendances; celles de Maya, de Saint- Vincent d'Ustaritz, d'Urcuit, de Pagassou, d'Orsaïz, de Bonloc; les oratoires et hôpitaux d'Apatc, d'Jrissuri, avec leurs dépendances; les vallées de Labourd, d'Arberoue, d'Orsaïz, de Cizc, de Baïgorry, de Baztan^ do Lérin, de Lessaca, d'Otarsou jusqu'à Saint-Sébastien.
d'Arberoue, que c'était ïh un droit qui depuis l'époque de Bertrand son grand-père appni'tenait îi l'église Sainte-Marie de Bayonne.
Il en fut de même du seigneur de Bardos. Plus riche sans doute en quartiers de noblesse qu'en écus et probité, ce seigneur, loin de vouloir solder ie« dîmes novateê des landes mises en culture de Bardos, de Saudau pX de Farauriz, 8e livrait à des actes vexatoires. L'infatig-able prélat l'entreprit, et, par un jugement porté par six arbitres, il le tit désister de ses prétentions, moyennant 2,000 sols, devant sa cour et plusieurs seigneurs du pays. Enfin, après un pontificat des plus féconds et des plus glorieux pour l'église de Rayonne, durant lequel il avait contraint la malveiUanue elle-même à reconnaître sou talent et ses mérites, Bernard II de I.acarre mourut vers l'an 1201.
La maison de Lacarrd a été aussi honorée du sang royal de Navarre. Jean-Heuri, frère et héritier de Thibaut II roi de Navarre, dédaignant la main de Constance, fille et héritière de Gaston vicomte de Béarn, que le monarque navarraia sollicitait pour lui dans les pourparlers ouverts h. Orthez (1265), obtenait de l'héritière de la noble maison de Lacarre deux enfants, Martin-Henri et Jeanne-Henri (Enrique), C'est ce qui a fait dire à. Oyhenart que les Lacarre tirent leur origine de Jean-Henri et leur nom de l'épouse de Jean-Henri, de la race des Lacarre, dont le nom fut célèbre parmi les seigneur» basques (oujus celeire iiomm inter noUlet Vascitatioi fuit) .
Martin-Henri fut, sous Charles-le-Mauvaia, porte-étendard, et laissa un fils du môme nom que lui, qui devint premier maréchal de Navarre et le chef d'une nouvelle branche. Jeanue-Henri ou Enrique, mariée au seigneur d'Assiajn, donna le jour h Jean-Henri de Lacarre,
Jean-Henri, obéissant enfin à la voix de son frère, qu'à sa mort, arrivée le 4 décembre 1270, il remplaça sur le trône
de Navarre, laissa « la gente damoiselle » de Lacarre et finit par épouser Blanche , fille du comte d'Artois et nièce de saint Louis. Il mourut à Pampelune en 1274 en laissant une fille unique, Jeanne, sous la tutelle de sa mère.
La maison de Lacarre s*est alliée depuis aux principales familles du Pays Basque tant espagnol que français. La famille est aujourd'hui éteinte, et son château, acheté au baron de Lacarre par le maréchal Harispe, appartient au petit-neveu de celui-ci, à M. Albert Dutey-Harispe, qui Ta notablement agrandi et restauré avec le dernier goût. (Oyhenart, Not. utr. Vase; Livre (Tor, p. 25 etpassim; J. Balasque; Gall. christ; Monlezun, t. 2, p. 250; manusc. part.) — Oyhenart et quelques autres donnent à Bertrand II de Lacarre pour successeur Pierre- Bertrand de Sault, de la famille vicomtale du Labourd.
FORTANIER (DE MaULÉON), ÈVÊQUE DE DaX
Meiior est p .tiens vira forti : et qui dominatur anima smo^ exputjnatore vrhiiim.
L'homme patient vaut mieux qu<^ lo courageux : et celui (lui est niaUro do son esprit vaut mieux qu" celui qui fcce les villes. vPror., <C, 3-2.)
Guilhem-Bertrand de Sault, évêque de Dax, que à bon droit nous pouvons faire figurer dans notre galerie de personnages basques, était fils de Bertrnnd vicomte de Labourd. Il était abbé de la Cagnote quand, en 1167 ou 1168, il fut nommé évêque de Dax. Il ratifia une transaction passée entre Bernard de Mugron, un de ses prédécesseurs, et le chapitre de la cathédrale; il en signa une autre avec l'abbé de La Réole, et reçut la dîme de Casteltarbe de trois seigneurs béarnais, nommés Baylens, Forcade et Cando. En 1193 il assista à la confirmation par son neveu Guilhem- Ramon, vicomte de Labourd, des privilèges déjà accordés par son père à Téglise de Bayonne, confirmation à laquelle il avait amené son neveu sur la prière de Bernard II de Lacarre. Six ans plus tard il assista au concile de Latran. - ymer le nomme parmi les témoins présentés par Jean roi {^'Angleterre dans le traité qu'il conclut en 1202 avec le roi de France.
Mort, d'après le nécrologe de Dax, en 1203, il eut pour successeur Jean de Caunar ou de Cauna, qui, à peine sacré, accompagna Richard dans la Palestine, où il mourut. C'est à ce dernier que succéda Fortanier.
Né d'une des branches de la famille vicomtale de Mauléon,
il devint archidiacre de Dax, et à ce titre, à côté de son évoque et d'autres personnages, il figure pour la première fois dans un arbitrage, au sujet d'un moulin sis dans le diocèse de Dax, entre le chapitre de Bayonne et une famille opulente de ct'tte ville. Monté s.r le siège de Dax en 1204, il accepta la délicate mission de concilier les droits du chapitre de Bayonne avec ceux des Hospitaliers de Saint-Jean au Saint- Esprit, qui pour le spirituel relevaient de Dax.
Cet hôpital étant dès son établissement en grande vogue, chaque famille marquante de Bayonne tenait à y être inhumée. Comme cette préférence enlevait à l'église paroissiale une source abondante de revenus de casuel et de messes d'annuaires, la vieille animosité du chapitre, plutôt assoupie qu'éteinte par lu transaction de 1187, se réveilla. Fnrtanier, sur la prière de Bernard II de l acarre, parvint, non sans les plus grandes difficultés, à établir une base d'accommodement que les parties intéressées finirent par agréer.
Tout Bayonnais, sur sa déclaration faite au lit de mort et en présence do témoin de vouloir être inhumé à l'église de Saint-Jean de l'iiôpital, pouvait y être enterré à la condition de faire préalabk-nient un legs à la cathédrale, à la satisfaction du chapitre. Au cas où celui-ci n'en serait pas content, le tiers de toutes les donations et legs faits au dit hôpital par le défunt ou les siens devait revenir à la cathédrale.^— Tout étranger tombant malade h Bayonne, k moins qu'il ne se transportât « de son \ ietl » h l'hôpital et demandât k y être enterré, devait laisser le quart du legs à la cathédr. le. — Les Hospitaliers devaient écarter avec soin de leurs offices tout excommunié ou tout interdit par l'autorité épiscopale de Bayonne; et dans le cas d'un interdit g«Hiéral fermant la cathédrale, les Hospitaliers devaient fermer leiir chapelle au public et célébrer leurs offices devant leurs frères seulemf^nt. Les fiançailles, les noces, les relevailles
étaient interdites dans Téglise des Hospitaliers, qui encore se chargeaient d'éloigner le public de leurs processions.
En retour, le frère quêteur de Thôpital de Saint-Jean, à l'exclusion de tout autre quêteur, devait être admis à quêter à la cathédrale le lundi de Pâques.
Dévoué aux intérêts d'Alphonse roi de Castille, beau-frère de Kichard Cœur-de-Lion , Fortanier poussa, dit-on, ses ouailles à reconnaître l'autorité de ce prince, qui du chef de sa femme était duc de Gascogne. C'eKst ce qui explique peut-être le titre de cher ami (dilecio amico meo) que lui donne le prince espagnol dans une charte du mois de novembre 1204. Par cette charte, signée à Saint-Sébastien par Gaston vicomte de Béarn, Bernard évêque de Bayonne et autres personnages, Alphonse accorda h Fortanier et à tous ses successeurs quinze métairies (villanos), avec tous leurs droits et dépendances, que par voie d'héritage il possédait à Angon et à Sa (?).
Il mourut vers l'an 1215, après avoir assisté aux troubles qu'occasionna la succession d'Henri II et de ses enfants. {GaU Christ,, Diœc, aquens.; Monlezun; J. Balasque; Rymer, 1. 1. Actes d'Anykterre.)
Sans de HaÏtze, évêque de Bayonne
(1259rl279)
Le B. Bernard de Morlaas, prêtre dominicain
(xiir siècle)
Sapiens in verlis seipsum amabilem facit. Le sage se rend aimable par ses paroles.
{EccH., «0, U.)
Sans ou Sancius, né de la famille seigneuriale de Saint- Jeaia-<(e-Luz, après avoir été trois ans chanoine et sacristain delà cathédrale de Bayonne, fut élu par le chapitre pour occuper le siège épiscopal de cette ville (1259). C'était l'époque où Henri III roi d'Angleterre était inquiété par son fils Edouard, duc de Guienne, per le baronnage, ainsi que par les ftictions aristocratiques et bourgeoises. Bayonne n'était pas h l'abri de ces dissensions intestines. Sa bourgeoisie croyait avoir à reprocher au duc de Guienne la confiscation de certains droits et prérogatives au profit de la couronne. Le prudent prélat, que son esprit d'impartialité et de conciliation avait fait préférera deux autres chanoines destinés aussi à la mitre, l'un de Dax, l'autre de Bayonne, n'épargna rien, dès le début de son épiscopat, pour mettre fin aux luttes intestines de son peuple et y ramener la paix et le calme. Aussi fùt-il heureux quand, le 14 novembre 1261, avec Navarre de Mieussens, évêque de Dax, il reçut le serment de fidélité et d'obéissance prêté sur le livre de l'Évangile par le maire et plusieurs bourgeois au seigneur Edouard, à ses sénéchaux et baillis.
Il contribua à l'accommodement ménagé par Lucas 4e
Thamy, sénéchal de Gascogne, entre les deux factions arS tocratiquea et populaires divisées au sujet des droits de la commune et du mode de leur application. Ce fut encore le même prélat qui, assisté de plusieurs chanoines, reçut, le 5 des calendes de 1273, le serment de fidélité au traité de paix que les chefs de la faction s'engagèrent h respecter jusqu'à ce qu'Edouard, devenu roi d'Angleterre, eût réglé définitivement les statuts de la ville de Bayonne. C'est k cette époque qu'il faut faire remonter la codification des coutumes du pays de Labourd, conservées jusqu'alors par la tradition (1).
Quelque temps après. Sans de Haitce eut à intervenir dans une affaire qui intéressait les Bayonnais et les Labourdins. Les premiers, par l'organe de leurs prudhommes, en vertu d'un titre émané de Guilhem de Poiriers, duc de Guienne, confirmé par Richard Cœur-de-Lion, prétendaient à la libre jouissance des eaux, bois, laudes, terres vagues, etc., du pays de Labourd, concurremment avec les indigènes. Les Labourdins, en vertu de leurs anciens droits de conquête et des prérogatives k eux accordées, revendiquaient la même jouissance, kl'exclusion des Bayonnais, L'évoque, également agréable aux deux parties rivales, fut chargé de présenter une requête au roi, qui fut heureux sans doute de trouver une maxime féodale pour tout prendre et retirer des privilèges accordés par ses prédécesseurs au pays de Labourd, sans parier des anciens droits de ses habitants.
Sous l'administration d'un prélat à qui sa prudence, seu talent avaient valu la confiance du roi et celle de son peuple, l'église de Bayonne ne pouvait que prospérer. N'étant que sacristain de la cathédrale, eu 1257, il avait acheté et donné k l'église de cette ville la terre de Harrcoilague (?).
(1) Elles furent révisiies plu) pays par Charles Vil.
I, apiY'S la conquête du
Cet esprit de libéralité, qui ne dut que croître sous la mitre, trouva des imitateurs. Plusieurs seigneurs lui engagèrent les dîmes de leurs paroisses ou seigneuries. Parmi eux figure un Bayonnais, Guillaume Pouillon, qui avec sa femme et ses enfants ratifia et confirma la donation faite k Sainte- Marie de Bayonne par son père, Guilhem de Lavielle, de la dîme de la pêche de la baleine prélevée à titre héréditaire au port de Biarritz. (Le droit de la famille remontait au règne de Jean-Sans-Terre [6 septembre 1199].)
Sous son Tpontificat, les carmélites s'établirent à Bayonne en 1264. Enfin, après avoir été témoin des prémices des démêlés que la communauté des Frères-Prêcheurs établis à Bayonne sous Raymond de Donzag, son prédécesseur, devait susciter h la cathédrale, il mourut vers le milieu de l'année 1279. Il laissa sa ville épiscopale en proie aux factions et sa houlette de pasteur à un Bayonnais, Dominique de Manx, l'un des plus insignes bienfaiteurs de l'église de Bayonne, décédé à Ossès au mois d'avril 1303 (1). — (Livre d'or; "RymeT, Fœderay etc.; Gali. christ.; Monlezun; J. Balasque, etc).
Noie sur le B. Bernard, prêtre des Frères Prêcheurs, xiii® siècle.
Dès le temps de Gaston Phébus, il y avait à Morlàas un couvent de Dominicains. C'est dans cette ville que naquit le B. Bernard. Le B. Gilles ou Egidius, visiteur de l'ordre en Gascogne, étant venu en Béarn, il l'emmena avec lui au couvent des Dominicains de Santarem, en Portugal, où on lui
(1) Voir à l'article £a/anne ou Larrea, 3" fascicule : l'Jean de Lalanne^ évêque de Dax, de la famille Larrca (Lalanne) d'Ispoure, mort en 1302; 2* Léon de Lalanne, de la même famille, évôciue de Dax aussi en 1684, transféré à Bayonne en 1688.
confia le6 fon^ttotis âe ptèfte sacristain. Après là messe, il faisait le cdirftéchisme >hiix servatits de messe du monastère. Comme ceux-ci se iréiinissaîent pour prendre leur déjeuner ùbSêh» une espèce de chapelle où il y avait une statue de la Vierge tenant Tenfant Jésus, il arrivait que Jésus, qui mime àse trouver^au milieu des en&nts, quittait quelquefois les bras de sa tnëre et partageait leur repas.
Le petit Jésus n'apportant rien pour sa part, les servants de messe s'en plaignirent à leur maître. Celui-ci leur conseilla de lui dire : tt Voilà, Seigneur, que vous mangez toujours avec nous et vous ne fournissez rien ; en rétour, invitez-nous ainsi que notre maître à dîner dans la mmson de votre Père. »
l.-enfant Jésus se présenta de nouveau et répondit que rinvitation aurait lieu, et qa'ils se tinssent prêts pour le jour de TAscension. Cette fête était proche. Ce jour-là Bernard dit la messe de grand matin, assisté par ses doux acolytes ordinaires. Le saint sacrifice terminé, tous les trois cessèrent de vivre. On les réunit dans le même tombeau. Après quelque temps on leva de terre leurs corps, et on les plaça dans la chapelle dite des Rois, où un tableau raconta longtemps la merveille aux générations pieuses. (Acta Sanct,^ 8 mai; brotftiure publiée en 1871 par M. le doyen deMorlaàs.)
PlEHRE ET GUILHEM-ViDAU DE S«-JeAN, ÉVÊQUES DE BAYONNE
(1318-1354 et 1359-1370)
Pierre d'Estiron, évêque d'Oloron
Nicolas N..., Garcias de Heuguy