‹ Recherches historiques sur le pays BasqueChapitre 5 sur 16 · ET GUILHEM - ARN AUD DE LABORDE · texte numérisé non relu

ET GUILHEM - ARN AUD DE LABORDE

évêques à Saint- Jean-pied-de-port (1383-1417)

yoli quarere fieri judex, ni si valecut virtute irrumpere iniqiiitates.

Ne cherchez pas à être juge si vous êtes impuissant à rompre les efforts de l'iniquité. {Eccii.f 7, 6.)

lo Pierre de Saini-Jean ou SainIrJohan, religieux de l'ordre des Prêcheurs, monta sur le siège de Bayonne en 1318 ou 1319, quinze ou seize ans après le décès de Dominique de Manx, dont il fut le successeur médiat.

S'il faut en juger par les transactions qu'il passa avec les carmélites de Bayonne, par les lettres élogieuses d'Edouard roi d'Angleterre, qui lui confia à diverses reprises la délicate mission d'accommoder les Labourdins, ses sujets, avec les Castillans et les Biscayens, notre prélat ne manqua ni de talent ni de tact pour les affaires les plus épineuses.

Au mois de décembre 1329, il assista avec son métropolitain et ses co -provinciaux au concile de Marciac (Gers). Sous son pontificat la peste noire fit dans nos pays , comme dans le reste de l'Europe, les plus afiFreux ravages. Le zélé prélat en fait mention dans une lettre adressée à un de ses frères, dans tous les cas un de ses parents, Pierre-Arnaud de Saint-Jean^ chanoine de l'hôpital de Roncevaux. Celui-ci fut

nomnaé en 1348 à la cure de Hasparren par le chapitre de lioncevaux, qui, par une sentence arbitrale du 11 septembre 1355 (1), avait été investi du droit de présentation aux cures de Saint-Michel, de Baïg-orry et d' Hasparren. Pierre de Saint- Jean, par une lettre du 25 mars 1348, ratifia la nomination de son frère h la cure de cette dernière paroisse, « laquelle, dit la lettre , selon la coutume , eût dû être administrée par un clerc séculier.» Pour motif d'innovation, le prélat donne dans la même lettre « la cause de la pestilence générale, qui rendait fort rares les séculiers propres au régime des âmes. »> Dans son chapitre de Bayonne, réduit à trois ou quatre membres, se trouvaient un autre de ses frères, Bernard de Saint-Jean, et un de ses neveux Guilhem Vid&u. Celui-ci monta sur le siège de son oncle ?ij>rès la mort de Guillaume Dupin.

2** Guilhem-Vidau de tSaint-Jean fut élu évêque de Bayonne vers 1359. Tout ce qu'on sait de son pontificat, c'est qu'en 1368 il se fit représenter par son vicaire-général au concile provincial réuni vers la Pentecôte, et qu'il mourut deux années après. Que les de Saint-Jean, comme nous l'apprend un manuscrit de Saint Jean-de-Luz, soient d'Hasparren, de la maison noble de de :^aint-Jean (Jaureguia), ou, comme l'affirme Jules Balasque (2), de la maison de Paschoau de Saint Jean, au Bourgueuf de iiayonne, ils sont basques: car comment Pierre-Arnaud aurait-il pu ê're mis h la tête d'une paroisse au cœur même du Pays Basque? d'une paroisse qui aujourd'hui encore ne peut être administrée que par un sujet basque? Dans la nominati'ii de Pierre-Arnaud à la cure d'Hasparren et la présence de deux de Saint-Jean dans un

(1) Arch. dép-rt., E-520.

(2) Etudes hiit., t. 3. p. 333. — Voir la maison noble de Saint-Jean au 3« fasc.^ chap. 3.

chapitre réduit à deux ou trois membres , faut-il voir exclusivement « la cause de la pestilence g^énérale», ou aussi une de ces raisons qui faisaient dire à un pape sur son litde mort : aSimeinonfuerini dominail, imnmculatus ero»f 0*est ce qu'il ne nous appartient pas de sonder.

30 Pierre cPEsiiron, ou Esquiron^ ou encore de Stiron, évoque d'Oloron. Un manuscrit que nous avons vu fait naître ce prélat à Mauléon ; c'est pourquoi nous lui donnons place dans notre galerie, bien que nous ne puissions pas assurer son origine basque.

Docteur en droit canon, chanoine de Lescar, il monta sur le siège d'Oloron en 1348. Il accompagna Gaston comte de

Foix, surnommé Phœbus, dans le voyage qu'il fit dans les pays de Béarn, Marsan et Gavardan, avec sa mère Eléonore de Comminges, tant pour gagner TafiFection de ses sujets que pour recevoir leurs hommages. Il assista en 1368 au concile national de Lavaur (Tarn). Après un épiscopat de vingt-deux ans, absorbé en partie par les diverses missions que lui confia son prince, il mourut le 4 décembre 1370.

4° Nicolas N,.., évêque pour la partie navarraise du diocèse de Bayonne k la résidence de Saint-Jean-pied-de-port. Nommé veç^ 1383, il était remplacé en 1385 par Garcias de Heuguy, dont on trouve le nom à cette date dans un registre du Vatican.

5^ Garcias de Ileuguy ou Enguy, évêque à la même résidence. Religieux augustin et confesseur des rois Charles II et Charles III de Navarre, il était homme d'esprit et un très fin diplomate. Nommé évêque de Saiut-Jean-pied-de-port en 1385, il assista au sacre de Charles III vefs 1390 ; il est auteur d'une histoire abrégée (manuscrite) des rois de Navarre. On ne connaît pas bien l'année de sa mort.

6** OuilhemrAmaud de Laiorde, évêque à la même résidence. Ancien franciscain, il fut élu par Pierre de Luna (Benoît XIII) pour succéder à Garcias. Charles III de Navarre Tenvoya au concile de Constance, qui statua que les deux concurrents de Bayonne administreraient simultanément le diocèse, qu*au décès de Tun d'eux le survivant deviendrait Tunique évoque du diocèse, et que le chapitre de Saint-Jean-pîed-deport, composé de quatre membres, se réunirait à celui de Bayonne. Peis du Vernet, évêque de ce siège, étant mort en 1416, Guilhem-Arnaild de Laborde, reconnu évêque de tout le diocèse, fut installé à Bayonne le 29 octobre 1417, malgré Pierre de Manioc, qu'on avait voulu donner pour successeur à Peis du Vernet. Il garda ce siège jusqu'en 1444. où il fut remplacé par Gasserand ou Garcias de la Sègue. (Voyez l'origine basque de ce dernier prélat et son pontificat d'abord à Dax, puis à Bayonne, t. I", 3« fascicule, p. 330, nom Ichwri, )

Jean de Jasso

Père de S. François et premier président duConsei royall de Navarre.

Le docteur Navarri et son neveu P. Juan de Axpilcueta.

OcuU tui recta videant.

Que vos yeux regardent droit.

\PROV., t,»'.

Jew da «Fa3sp naquit vers le milieu du xv« siècle dans 1^ maison Salle ou Sala de la paroisse « Saint-Saturnin de Jassou », aujourd'hui Jaxou, à une lieue environ de Saint- Jeaiji-piedi-de-port. Elle appartenait, comme du reste aujourd^hujl, à la paJ^tie bas-navarraise du diocèse de Bayonne. Cette maison noble est mentionnée dans la liste des maisons rémissioQuées de 1536, mais non dans celle de Martin de Bii^cay, où elle est remplacée par celle de Lascorria, qui ne figure pas dans la liste de 1536. Faut-il voir la même maison sous deux noms différents? (on en trouve des exemples : ainsi la maison de Macaye s'appelle au pays Eichehcmdia)^ ou ces deux noms désigneraient-ils deux maisons distinctes? et celle de Jasso, lasso, ayant été incendiée lors des guerres de religion, aurait-elle fait place sur la liste des maisons rémis^ sionnées à celle de Lascorria, et sur la terre de Jasso h cette chiipelle que Ton voit encore au bas de cette dernière maison?

Nous ne voûtons rien décider ni dans un sens ni dans l'autre^ Quoi qu'il en soit, cette chapelle placée sur Tancienne route d' Apat-Hospital, qui ne devait guère dévier de la voie ropiaine de Lapurdunum à SaintJean-pied-de-port, marque et rappelle, sinon la maison, du moins la terre du père de l'illustre apôtre des Indes. Malgré un mauvais appendice, ses ouvertures récentes, on la reconnaît h sa porte et h ses petjkt^fi ouverturoi^^ aujourd'hui murées. Les anciens du pays

assurent y avoir entendu la messe. Elle vient d'être récemment distraite des dépendances des deux maisons nobles de Lascorria et de Ganaverro, réunies sous la même main de temps immémorial. En arrière de ladite chapelle est la fontaine de « Saint-Saturnin de Jassou » ; et en avant, vers Test, la tour de défense de la noble maison Aguerrea de Bustince. remontant au xiir siècle et reconstruite au xvir siècle.

Jean eut pour père Arnaud de Jasso et pour mère Guillerma, fille unique de Jean d'Atondo, seigneur d'Idocin (Haute- Navarre). Celui-ci avait obtenu de Jean II, roi de Navarre, d'Aragon et de Sicile, de porter au premier quartier de son blason les armes de Navarre, pour avoir, en dépit et en secret de la faction beaumontaise maîtresse de Pampelune, ouvert les portes de cette ville à la princesse Eléonore, préposée par son père au gouvernement du royaume de Navarre. De plus, il avait été auditiur des comptes et finances de ce royaume, charge qu'il céda à son gendre Arnaud de Jasso. . Celui-ci, de son mariage avec Guillerma, eut deux fils, Jean et Pierre; et quatre filles, Jeanne, Marie, Catherine et Marguerite.

Marie épousa Martin de Huarte, conseiller du roi à la chancellerie de Navarre ; Marguerite, Jean de Olloqui (Haute- Navarre). Catherine épousa successivement Jean d'E^pignal (Pampelune) et Nicolas de Eguia (Estella). Kestée veuve et sans enfants de son premier mari, elle eut du second, entre autres enfants, Esteban et Diego, qui méritent une mention spéciale. Le premier s'engagea dans les ordres; le deuxième, devenu veuf et sans enfants après peu de temps de mariage, se joignit à son frère ; et tous les deux allèrent trouver saint Ignace à Rome, demandant à être admis à côté de leur cousin germain François de Xavier. Reçus parmi les disciples de la compagnie naissante de Jésus, ils acquirent une réputation. Diego devint le confesseur du saint fondateur et mérita de

sa bouche cet éloge : « Diego sera placé au ciel si haut au-dessus de nous qu'à peine pourrons-nous le voir. »

Que le lecteur ne s'étonne pas de ces alliances ultra-pyrénéennes. Les relations entre les deux versants des Pyrénées, très fréquentes et nécessaires jusqu'à l'usurpation de 1512, où une partie du royaiume de Navarre scindé tdla se placer à côté de la monarchie espagnole, continuèrent tant que la partie cis-pyrénéenne , rangée aussi depuis Henri IV, à côté de celle française , conserva son autonomie ^ c'est-àdire jusqu'à 89. Dans mon enfance, nous disait naguère un vénérable nonagénaire bas-navarrais, on entendait parler de Pampelune plus souvent qu'aujourd'hui de Bayonne. Mais, de nos jours encore, qui parmi nous ne connaît les fêtes de San Firmin ; les foires de Pampelune, d'Estella, de Jaca? qui n'a rencontré dans nos foires et marchés des Hauts- Navarrais? qui n'a vu de ces caravanes de muletiers chargées d'outrés , de ces fiers montagnards qui défrichent nos vastes landes, de cas jeunes Navarraises qui chaque hiver viennent filer le lin de nos bonnes maisons sous le manteau de la cheminée? Non. jamais il n'y eut ni, nous l'espérons, il n'y aura des Pyrénées pour les Basques. Dans notre patriotisme, dussions-nous passer pour un rêveur, nous faisons des vœux pour qu'un jour une sage politique remplaçant les années ruineu?;es des grandes nationalités par une ceinture de petites puissances neutres, l'antique royaume de Navarre recouvre ses institutions, son autonomie, sa foi et sa liberté.

Mais revenons à notre sujet.

Jean de Jasso, deuxième fils d'Arnaud et de Guillerma, doué des plus heureuses qualités d'esprit et de cœur, alla faire son éducation à Pampelune, capitale du royaume. Il s'y livra avec ardeur à l'étude, surtout à celle des lois du pays. S'il faut en juger par le titre que lui donnèrent ses contemporains et par les hautes charges qu'il occupa, il eut

— sole plus ^and Buccès. Honoré de la confiance de son souverain, il devint le premier alcalde de la cour major de Navarre, le premier itrésidont du conseil du royaunie. Dans les états on lui donne le titre de a célèbre docteur c : el egregia doctor don Juan élu Jasso. On a de lui, dit Yanguas, une thronique des principaux événements de la Navarre. Cet écrit, qui n'a pas jeté peu de lumière sur l'histoire du royaume, a été mis souvent à contribution par les historiens du pays-

Homme d'état, de fiuances, et même habile diplomate, Jean de Jasso prit une part active aux affaires de son temps. Jean d'Albret et Catherine de Navarre, ayant voulu se faire couronner et prêter le serment de fidélité dans la cathédrale - de Pampelune, fixèrent le 10 janvier 1494 pour l'auguste cérémonie. L'évêque de cette ville étant mort h Rome, de Labarrère, évêque de Bayonnc, fut chargé de donner l'onctioQ sainte. Il était assisté de Bertrand de Borie, évêque de Dax; de Jean d'Eguia, prieur de Roncevaux: de Salvador Calve, abbé de Leyre ; et entouré de Jean de Luxe, Jean d'Kspelette, vicomte de Valderro , Jean de Garro, vicomte de Zolina, Giles de Domezain ; des seigneurs de Belsunce, d'Ârmendaritz, de Lacarre, de Haramburu, d'Ursuya, etc., etc. Au milieu de cette brillante assistance, dont nous avons donné il peine quelques personnages, ce fut Jean de Jasso qui, en l'absence du chancelier du royaume, en remplit les fonctions. Pour lors il était marié h Marie fille unique et héritière de Martin seigneur d'Azpilcueta et de Jeanne de Xavier, dont il eut trois fils, Miguel, Jean et François ; et trois filles, Madeleine, Anne et Violenta, Miguel, l'aîné des fils, devint le seigneur de Xavier ; Jean fut seigneur d'Azpilcueta ; François, qui était le plus jeune, devait illustrer h tout jamais le nom de Xavier. Parmi les filles, la première devint abbesse des Clarisaea de Gandie (royaume de Valence), et la seconde se maria au seigneur de Veyre.

François vit le jour le 7 avril 1506, dans la maison noble de Xavier (1), sur les bords de T Aragon, non loin des limites qui séparent le royaume de ce nom de celui de Navarre. Séduit par les brillantes qualités d*esprit et de cœur du jeune enfant, son père se charg'ea de sa première éducation, tâche qu'il ne tarda pas à partager avec un parent maternel du jeune François, Martin de Azpilcueta, connu sous le nom de docteur Navarre. Après ses humanités, notre jeune Navarrais fut envoyé faire sa philosophie à Taris, où il réussit si bien que, passé maître-ès-arts, on le jugea à Tâge de 25 ans digne d'enseigner les sciences au collège de Beauvais, Tun des principaux de l'Université ; c'était en 1531.

Avant d'aller occuper la chaire de philosophie de ce collège, le jeune maître tint à présenter ses titres de noblesse. Parmi ses titres il fît fîgurer celui de Jasso, nom qu'il aima à prendre jusqu'au jour où, travaillé par la grâce et les paroles de son illustre compatriote, saint Ignace de Loyola, basque comme lui, il fit vœu avec ce dernier et ses premiers disciples, dans l'église de Montmartre, de voler à la conquête des âmes. Ceci se passait en 1534, époque où le jeune Navarraîs reprit son nom de Xavier.

Nous sommes amené à rappeler ici un usage ordinairement suivi au Pays Basque tant qu'il vécut de ses fors et de ses institutions : nous voulons parler de l'usage d'après lequel la maison, au lieu de recevoir le nom de son propriétaire, imposait au contraire à celui-ci le sien. Quand le maître

(1) Voir l'origine royale des d'Aznarès-Xavier dans la note de l'article Laiear, 3* fasc. p. 368 — Jean de Garro et Xavier, vicomte de Zolina, obtint le 16 août 1625, de Philippe II roi d'Espagne, l'érection en comté de la terre de Xavier, en récompense de ses mérites et du souvenir « du glorieux François Xavier, qui y était né » — La maison d'Azpilcueta est dans la vallée de Baztan, non loin de la frontière actuelle, du côté de Baïgorry.

était de dehors ou adventice, comme disaient les fors, il gardait le nom patronymiqu*3 & la condition d'y joindre celui de sa maison; mais ses enfants ne portaient que ce dernier nom. Nous disons que cette règle était ordinairement suivie, car nous faisons la part de Tignorance ou inadvertance de quelques tabellions et de celle des gens persuadés qu'en fait de galon et de titres on ne saurait jamais trop en prendre. Aujourd'hui encore, après un siècle, on ne désigne parmi nous un propriétaire et ses enfants que par le nom de la maison : Lorda ou le seigneur de Lorda, pour dire le maître de la maison appelée Lorda; Pierre de Lorda, pour dire Pierre fils de la maison Lorda. Jadis cela avait lieu non-seulement dans le langage usuel, mais encore dans les actes et écrits publics.

Jean de Jasso, devenu le seigneur de Xavier, joignit donc ce dernier nom k celui de Jasso; mais ses enfants Miguel, Anne, etc., prirent celui de Xavier. François s'appela de Xavier comme Ignace, son maître, s'appela Ignace de Loyola, au lieu de Ignace RecaUe du nom de son père. Les Basques disent encore et diront toujours : mn Franses Xavierecoa (saint François de Xavier), san Ignacio Loyolacoa (saint Ignace de Loyola); c'est-à-dire saint François de la maison appelée Xavier, etc.

Le jeune François aimait, avons-nous dit. à prendre le nom de Jasso jusqu'au jour où il s'enrôla sous le drapeau de saint Ignace. En sus des raisons indiquées à l'article Lascor (1), le jeune maître ès-arts et la famille de Xavier en avaient, ce nous semble, de toutes particulières dans leur affection pour la maison de Jasso et dans les circouvstances politiques. Les AnnaUB de la Navarre nous disent, en effet, que Jean de Jasso prenait le plus souvent possible avec sa

(1) Voyez C3 nom au 3** fasc.

famîlle, maïs le plus ordinairement avec le jeune François, le chemin de la Basse-Navarre et de sa maison natale. Quant aux raisons politiques, la suite de notre récit les fera voir.

Après les fêtes du couronnement, Jean d'Albret et Catherine se retirèrent en Béam, qui, avec les comtés de Bigorre et de Foix, faisait partie de leurs états. Leur tranquillité ne devait pas durer. Ferdinand-le-Catholique ne tarda pas à laisser transpirer ses visées sur la Navarre : Jean et Catherine mandèrent à leur cour le président de leur conseil navarrais pour lui confier, avec deux autres conseillers, Ladron de Mauléon et Jean de Jauréguizar, la délicate mission de sonder les sentiments de Tambitieux monarque. Celui-ci faisait déjà partie de cette Sainte Ligne dont tant d'ambitions devaient profiter. Il dissimula sa pensée; mais Jean de Jasso, à travers des paroles en apparence rassurantes, sut lire les projets réels. De retour auprès de son maître, il l'engagea à convoquer, les états à Tudela, et à passer luimôme les Pyrénées. Suivant le sage conseil de leur premier président, Jean et Catherine, avec une foule de gentilshommes bas-navarrais, franchirent les monts; ils se présentèrent à l'assemblée des états , qui se prêta à tous les moyens de défense.

Malheureusement on en était encore aux délibérations quand le duc d'Albe, à la tête de l'armée de Ferdinand, après avoir simulé une descente sur Bayonne, fit irruption dans la Navarre et prit Pampelune. Jean et Catherine, suivis du maréchal Pierre de Navarre, du connétable de Peralta et de quelques gentilshommes, eurent à peine le temps de passer les Pyrénées. Jean de Jasso et plusieurs membres de sa famille faisaient partie du cortège royal. Fidèles à leur souverain jusqu'à sa mort en 1516, ils servirent la même cause sous son fils Henri II.

Cependant Ferdinand et son successeur Charles-Quint, à

rencontre de la décision du célèbre théolo^en Navarre et même de leurs promesses de restitution, tenaient en séquestre la Haute-Navarre. Henri II, souverain légitime, voulut tenter un suprême effort. A cet effet, il envoya une armée par-delà les monts en 1521. Dans ses rangs, avec plusieurs Basques cis-pyrénéens, étaient; Miguel, l'aîné des enfants de Jean de Jasso; Jean d'Âzpilcueta, le fils puhié; Jean de Olloqui; Martin de Goiii, beau-père de Miguel de Xavier; le capitaine Valentln de Jasso, fils de Pierre de Jasso; etc. En quelques jours l'année était devant Pampelune, qui, parmi ses plus ardents défenseurs, comptait Ignace de Loyola (1). Maltresse de cette capitale, l'armée de Henri U alla au-devant d'un échec dans la journée de Noaiu. La famille de Xavier ne déserta point le drapeau du souverain légitime malgré cette défaite suivie de plusieurs autres. A la première nouvelle des préparatifs faits par Charles-Quint pour enlever Ji Henri H la ville de Fontarabîe, son dernier boulevard, elle courut dans cette place avec d'autres gentilshommes basques, et si elle n'attacha pas son nom k la victoire, elle mérita les honneurs de la capitulation. En effet, forcée de se rendre, la garnison sortit de la ville en déployant la bannière de son roi (1524),

Charles -Quint était trop homme politique pour ne pas vouloir s'attacher des hommes de cette valeur. " Par acte du 29 avril 1524, il accorda pardon et amnistie complète h Miguel de Xavier, h Jean d'Azpilcueta son frère, au capitaine Valentin de Jasso, leur cousin germain, h Martin de GoSi... et autres personnages navarrais ses sujets... à la condition de prêter serment de fidélité... ». Les enfants de Jean de Jasso, profitant de l'amnistie impériale, finirent par «aller habiter

(1) C'est par suite do blessures reçues dai

transporté dans sa i

□ lie Lojola, où l'a

;e sipge qu'Ignace tt endait, la grâce do s

leurs maisons » ; mais le père préféra rester fidèle au roi légitime et habiter en deçà des monts, probablement dans la maison de Jasso. Jusqu'à sa mort, arrivée vers 1530, il dut être le conseiller d'Henri II et l'âme des réformes que nécessita la nouvelle organisation du « royaume de Navarre. »

Cet exposé suffit pour faire saisir les motifs particuliers qu'avaient le jeune François et sa famille pour prendre le nom de Jasso. Reçu maître ès-arts, au moment d'aller occuper sa chaire de philosophie , François n'avait-il pas intérêt à produire parmi ses titres de noblesse sa filiation d'une ancienne maison cis-pyrénéenne? Ses frères n'en avaient-ils pas quand, luttant contre l'usurpateur, maître de leurs domaines mis sous le séquestre, ils suivaient le roi légitime? Les Annales de la Navarre nous apprennent que François laissa le nom de Jasso, pour prendre son vrai nom, le jour où il devint le compagnon d'Ignace. Il n'oublia pas, pour cela, une maison pleine des souvenirs de son enfance et probablement gardienne des cendres de son père ; il dut la visiter souvent, et même — encore que nous n'ignorions pas le sacrifice que s'imposa notre apôtre vis-à-vis sa mère au moment de son départ pour les Indes — il nous sera difficile de croire que, dans ce mémorable voyage de trois mois fait à cheval de Rome à Lisbonne, à travers la France, la Navarre et l'Espagne, il ne visita pas le tombeau de son père, placé sur son passage vers la Haute-Navarre.

Quoi qu'il en soit de cette supposition, il est certain que rillustre apôtre des Indes tire son origine paternelle de la maison de Jasso; qu'il la visita souvent, et qu'il l'habita même. Certains écrivains et orateurs font de saint François- Xavier les uns un Français, les autres un Espagnol; la vérité est qu'il n'est ni l'un ni l'autre. La Navarre était alors un royaume indépendant; le père et le fils sont donc et doivent être dits basco-navarrais.

Le célèbre annaliste navarrais nous dit qu*en souvenir de Torigine du saint apôtre, «les évoques de Bayonne et de Dax et autres hauts personnages ont fait des lieues pour vénérer les murs » de la maison de Jasso. Espérons qu'un jour la piété de ses compatriotes, d'accord avec l'autorité diocésaine, relèvera les ruines de la modeste chapelle de Lascorria, que nous appellerons de Jasso en attendant qu'on l'appelle de saint François-Xavier. Les nombreux novices de la compagnie de Jésus qui, de nos jouis encore, viennent visiter le lieu d'origine de saint François-Xavier, y trouveraient un but de pèlerinage moins indigne de leur piété et de la nôtre; ce serait en même temps venger chrétiennement les derniers malheurs de la maison de Jasso, qu'il nous reste h exposer.

Jeanne d'Albret hérita des états de Henri IL Reine aussi fanatique que cruelle, elle voulut inoculer le protestantisme dans son royaume et ses dépendances (1567). Elle envoya dans tous les sens ses dignes émissaires, qui jusqu'aux pieds de nos montagnes promenèrent le fer et le feu. La maison de Jasso fut saccagée « avec une fureur spéciale. » Elle disparut, selon nous, sous les coups répétés de ces nouveaux barbares, et ce qui restait de la famille de Jasso dut, h l'exemple de beaucoup d'autres, émigrer en Haute-Navarre. Se releva-t-elle de ses ruines quand une fille d'Anne de Xavier et de Jérôme de Garro, vicomte de Zolina, mariée à un fils de la maison Sala de Sahescun, rapporta h Jasso un nouveau rejeton de la famille de Xavier (l)î Le P. Aieson,

(1) En 1550, Anne de Xavier, fille aînée de Miguel, nièce do saint François de Xavier, épousa Jérôme de Garro : d'où six enfants, dont quatre garçons, Léon, Miguel, Charles, Léonor; et deux filles, Madeleine et ceUe mariée au fils de la maison Sala de Suhescun. Les descendants de la petite nièce de Tapôtre dos Indes s'allièrent en deçà des Pyrénées avec les familles d'Olce, d'Esquiulc, de Belsunce, de Lalanne, de

un des auteurs des Annales de^la Navarre^ l'affirme (1); mais ces murs relevés et « visités par les évoques de Bayonne, de Dax et autres personnag-es », sont- ils ceux de la maison Lascorria ou ceux de la chapelle située à quelques mètres audessous? Lascorrin, où dut s'installer lu petite nièce de saint François-Xavier, subsiste encore. Sur la porte principale on lit sei armoiries (2). Sans parler de la partie occidentale à quatre eaux et récente, on voit que la seconde partie, à deux eaux à l'instar des anciennes maisons basques, a été retouchée : à ces cheminées à colonnes cylindriques, à ces corniches, écussons et autres décorations, on reconnaît les traces d'une grandeur passée, car aujourd'hui elle est habitée par un fermier.

La chapelle nous a paru remonter à la môme date que celle des réparations de Lascorria ; c'est le môme appareil, les mêmes consoles de pierre. \Si elle n'indique pas remplacement môme de la maison Jasso, très certainement — c'est la constante tradition de nos pays — elle indique la terre de Jasso, par conséquent le lieu d'origine de saint François Xavier, peut-être môme le tombeau du premier président du conseil de Navarre. Puisse-t-elle encore une fois être rendue à sa première destination, devenir le pendant de cette chapelle si fréquemment visitée du château de Xavier, et un nouveau foyer de dévotion de nos Bas-Navarrais pour leur illustre compatriote, la gloire de l'Eglise universelle !

Lcicerasso^ d'Urdos, de Sorhapuru, etc. Nous avons signalé au troisième fascicule (article Laacor) Louis de Lascor, alcaldo d'Arbcroue.

(1) Professeur au collège de Pampelune, il est auteur des deux derniers tonnes; les trois premiers sont l'œuvre du P. Moret, originaire do cette même ville.

(2) Parti au l»*, trois cœurs 2 et 1 ; au 2« un arbre, un ours aux pieds. Ces dernières sont les armoiries de Ja^so : martelées en 89, on les reconnaît ciicjrc.

(Anales de Namfra : t. IV, p. 634 ; t. V, p. 12M, 149, 367, 420 etpassim. ; — Tanguas, Diccion. de Ant. [art. Azpilcueta^ Jasso, Javier, Qoni, Jieyes] ; — Raymond, Arch. dép.; — Belsunce, HisL des Basques; — CArm. d'Oloron; — Regist. de T église Saint- Saturnin de Jassou, ann. 1666 et suiv. ; — docum. part.).

Note sur le docteur Navarre et son neveu JP. Juan de Azpilcueia,

Martin de Azpilcueta, connu sous le nom de docteur Navarre, naquit à Verosain, près de Pampelune, le 13 décembre 1492. Aussi célèbre par ses éminentes vertus que par sa profonde science, il professa successivement la théologie et le droit canon dans les universités de Toulouse, de Salamanque et de Coïmbre (Portugal).

Il fut le confesseur de Jeanne d'Autriche et des princes de Bohême. Il dirigea, à titre de conseiller ou de confesseur, plusieurs hauts personnages de son temps. Consulté par Charles-Quint et Philippe H sur Toccupation ou usurpation de 1512, rintègre docteur répondit chaque fois qu'ils étaient tenus en conscience de rendre cette partie du royaume de Navarre à son roi légitime (1).

Il fonda plusieurs hôpitaux pour les pauvres, qu'il aimait à visiter elmême à soigner. «Il était, dit Moreri, délicat^ mangeait peu, et avait une si grande charité pour les pauvres qu'il n'en rencontrait jamais aucun sans lui donner l'aumône.

(1) On a prétendu que Charles-Quint avait obtenu du pape Jules II une bulle en faveur de son usurpation. Le rapprochement des dates des événements et de la prétendue bulle démontre l'impossibilité absolue de ce document pontifical. Au reste, s'il avait existé, Charles-Quint et son fils n'auraient-ils pas abrité leur conscience derrière celle du pape? Nous traiterons cette question dans notre Aperçu sur VUistoire des Basques.

On remarque à ce sujet qu'il avait une mule tellement habituée & cela qu'elle s'arrêtait ordinairement dès qu'elle voyait venir quelque pauvre. » (DicU hist, Azpilcueta).

Plein d'amour pour son pays basque, il s'y était retiré dans le but de se préparer à la mort dans le silence et la prière ; mais un de ses amis, l'archevêque de Tolède, accusé d'hérésie, ayant été retenu à Rome, il n'hésita pas d'entreprendre à l'âge de 80 ans environ un voyage vers la ville éternelle dans le but d'être utile h son ami. — Visité par Grégoire XIII, il y mourut en laissant de nombreux ouvrages très estimés par les plus grands théologiens et jurisconsultes. 'Ses ouvrages ont été imprimés à Lyon (1583), 8 vol. in-folio; à Venise (1602), 6 vol. in-4'^; à Cologne (1646), 5 vol. in-folio.

— Jean de Azpilcueta était auprès de son oncle en Portugal quand il entra dans la compagnie de Jésus en 1544. «Il était, dit un chroniqueur de la môme compagnie, d'une origine illustre, naturel du royaume de Navarre, de la maison et tronc des Azpilcueta, apparenté avec les très nobles familles des Xavier et des Loyola; il semble donc que la conversion de l'un et de l'autre monde (oriental et occidental) était vinclée dans la famille des Azpilcueta. »

Don Juan Illroi de Portugal, ayant nommé Thomé de Souza gouverneur général du Brésil à Bahia, don Juan de Azpilcueta fut du nombre des Jésuites qui accompagnèrent le gouverneur le 1®*" février 1549. Il apprit si bien le langage des naturels du pays, qu'il composa des prières, d'îs cantiques et même un catéchisme pour les néophytes. Son influence sur les sauvages fut immense, parce qu'il connaissait leur langue, et qu'il prêchait en chantant, gesticulant, comme les augures ou prêtres des Indiens.

En 1551 il fut envoyé à Porto-Seguro avec la double mis-

sion de prêcher TEvangile et de fonder des villages dans cette capitainerie. Bien plus, le goxxy erneur de Porto-Seguro ayant envoyé en 1553 une expédition h Tintérieur du pays, don Juan de Azpilcueta fit partie de cette expédition. Il pénétra jusqu'au fleuve San-Francisco. Après un an et demi de fatigues inouïes, au milieu de terrains marécageux, de montagnes escarpées, n'ayant ordinairement pour tout aliment que de l'eau et de la farine, il revint à Porto-Seguro en 1555. Cette même année il rentra à Bahia, d'où bientôt après son arrivée il alla recevoir la récompense de ses trtivaux apostoliques.

Bertrand de Lahet, évêque de Bayonne

Fir amabilis ad socieiatem, mayis amicus er'it quam frater.

L'hommo dont la société est agréable acra plus aimé quo le frère. {Prov., 18» •>4.)

La famille de notre évoque était une des plus anoiennes du Labourd. Plusieurs de ses membres, alliés aux premières maisons du pays, avaient rempli les plus hautes fonctions. Bertrand fut d'abord curé de Saint-Jean-de-Luz. Devenu chanoine et vicaire-général de Bayonne, il occupait ces dignités quand, parles suffrages unanimes de ses collègues, il fut appelé le 8 juillet 1504 au siège épiscopal de cette ville, vacant par la mort de Jean de Labarrère. Le nouveau droit (concordat de 1517) ayant dévolu la nomination des évoques aux rois de France, ce fut la dernière élection faite par le chapitre. Les chanoines de Bayonne eurent soin de relater le fait dans l'acte de nomination qu'ils envoyèrent à la confirmation du métropolitain.

On ne connaît rien de Tépiscopat de Bertrand; mais s'il est permis de tirer des conjectures de la considération dont de tout temps il avait joui au sein du clergé diocésain ; de la haute position de sa famille, établie à Bayonne et alliée aux maisons de Laduch, de Castelnau de Sans, les plus anciennes du Labourd, il ne put être que fécond et glorieux pour l'église de Sainte-Marie. Du reste, le prélat trouvait des exemples de piété et de libéralité dans les traditions de sa famille. La cathédrale de Bayonne doit à cette famille la partie supérieure du clocher, commencée en 1501, ainsi que la chapelle de la Magdeleine, avec plusieurs fondations.

Cette ville fat en proie en 1519 à une affreuse peste ; notre pieux prélat, déjà atteint des premiers symptômes du terrible fléau, se retira à Bassussarry dans la maison de campagne des évoques de Bayonne, appelée Mongay; mais la précaution de changement d'air fut inutile : Bertrand y rendît son âme le 5 août de la même année. Enterré d'abord dans ce village, il fut transporté quatre mois après à la cathédrale. Son corps fut placé entre les deux piliers du chœur à droite, en face de la chapelle de Sainte-Anne. Les coutumes du pays de Labourd furent révisées sous le pontificat de ce prélat en 1514. (Gall. christ; manuscrit de Saint -Jean-de-Luz; Monlezun, t. 5, p. 206; Henry Poydenot, 2« fasc.)

Jean Huarte, de Saint-Jean-pied-de-port

Medicui tit chrUttanui,

11 faut quo lo médecin soit chrétien.

(HOPFMAN.)

Juan ou Jean Huarte naquit à Saint-Jean-pied-de-port vers 1520 et devint un médecin célèbre. Il exerça cette profession à Madrid, et acquit une grande réputation au xvii» siècle par un ouvrage intitulé Examen des esprits propres ^ aux sciences. Imprimé d'abord en espagnol, à Pampelune, en 1575, cet ouvrage fut réimprimé et traduit en français par G. Chappius Lyon (1580), par d'Mibray (1645), et par d'Alquié en 1672.

Précédant de près de trois siècles le célèbre Gall et son disciple Spurzheim, il y indique les signes auxquels on reconnaît les dispositions naturelles. Malheureusement on y trouve les idées les plus bizarres sur les moyens de procréer à volonté les sexes et de faire naître de grands talents. Ses erreurs, reproduites par d'autres auteurs, furent réfutées par J. Guibelet (Paris, 1631) et condamnées par le Saint-Siège. Jean Huarte mourut vers 1590. {Essai sur la Minéral, des Monis-Pyrfnies ; Dict. de Bouil.).

Jean II de Mauléon, évêque de Comminges

et SCS contemporains compatriotes

Jean de Miqueu, Bernard de Ruthie, etc.

Omni tempore diliyit qui amicus eit, et (rater in angustiis comprohatur.

Le vrai ami aime en tout temps, ot le fière se connaît dans l'adversité.

(Prov., 17. 17).

Dans Tannée où Bertrand de Lahet succombait à Bassussarry, victime de la peste, Jean de Mauléon, issu de la famille vicomtale de cette ville, montait sur le siège épiscopal de Comminges. Dans ce diocèse était Tabbaye de Bonnefont, dont la fondation remontait jusqu'à Tannée 1136. Etait abbé de ce célèbre monastère Arnaud-Guillaume de Mauléon eu 1476. Avait-il contribué à la nomination de notre prélat? Celui-ci à son tour avait-il attiré plus tard deux illustres Basquaises dans le même diocèse? On peut le croire. Quoi qu'il en soit, Jean de Mauléon, jeune encore, prit Thabit des Cordeliers de Valcabraire et devint en 1503 abbé de Bonnefont. Il occupait cette dignité quand, par le choix du chapitre de Saint-Bertrand de Comminges, il fut appelé au siège de cette ville en 1519. François P% roi de France, ayant nommé au même siège Louis Douville, il en résulta des difficultés qui firent attendre les bulles pontificales. Enfin le pape Adrien VI les accorda au mois de juillet 1523.

Le goût de Jean de Mauléon pour la vie du cloître le portait à se retirer souvent dans son ancien monastère, dont toute sa vie il tint à garder le titre d'abbé. Et néanmoins Tamour de la retraite et du recueillement ne l'empêcha pas de vaquer avec la plus grande activité au bien et à Tadmi-

nistration de son diocèse. Entre autres œuvres de son long épiscopat, il faut citer la construction de révêché de Saint. Gaudens, les grandes réparations du cloître de son abbaye et le bel orgue dont il dota sa cathédrale. Mort en 1551, il fut, selon son désir, inhumé à Valcabraire, au pied de l'autel témoin de ses premiers vœux de religieux.

Au monastère de Lune-Dieu ou Fabas, de Tordre des Gisterciens, nous trouvons à la môme époque Jeanne II et Anne de Mauléon. La première fut abbesse de ce célèbre couvent de 1539 à 1558, et la seconde allait lui succéder dans sa charge si, cédant de ses droits (illajus suum adentej, elle n'avait pas fait élire à sa place Catherine de Lamagnie de Terride, dite quelquefois Catherine de Comminges. Encore une fois, nous ignorons si ces deux religieuses furent des conquêtes de notre pieux prélat; dans tous les cas, voici deux de ses compatriotes et contemporains.

Jean de Mîqueu et Bernard de Ruihie.

Le premier, jeune encore, embrassa la vie monastique des Observantins et devint chapelain, grand-pénitencier à Saint- Pierre de Rome sous Alexandre VI, ce pape si favorable à la maison d'Alblrët, maîtresse du Béarn et de la Navarre. On croit que Jean de Miqueu, en compagnie de l'évêque de Comminges et de Bernard de Ruthie , suivit en Italie les leçons du célèbre docteur Sundée.

Le second naquit à Aussurucq (Soûle), vers la fin du xv® siècle, d'une famille noble dont le château sert aujourd'hui de presbytère paroissial. Il accompagna en Italie le troisième fils de Gaston et d'Eléonore , plus tard cardinal Pierre-le- Jeune. Il devint abbé de Ponlevoy, puis grand-aumônier de France de 1552 à 1556. Il avait succédé dans cette importante

charge à Pierre de CUatel, évoque d'Orléans, et il y fut remplacé par Louis de Bréjsé, évoque de Meaux.

Plusieurs membre» d^ cette famille qui, croyons-nous, lui doive^t le manoir d'Aussurucq, ont pris une part honorable aux guerres du temps, et nous voyons Martin de Ruthie assister à côté du père de saint François-Xavier au couronnement de Jean d'Albret et de sa femme Catherine à Pampelune, le 10 janvier 1494. Pierre de Ruthie, évoque de Rieux, et autres personnages que nous avons cités plus haut, étaient de la même famille. Une demoiselle de cette maison épousa noble Guilhem de Dombidau, gouverneur du château d'Oloron (1621), un des ancêtres de Frédéric-Pie Dombidau, baron de Crouseilhes, ancien ministre et sénateur, mort le 19 février 1861.

Au temps de Jean de Miqueu vivait encore Pedro Irumberry, qui, vers le milieu du xvi« siècle, devint aumônier d'Henri II, roi de France.

(L'abbé Dutemps; Monlezun, t. 5; Oall. christ.; arch. dép. ; manusc. part.).

' Bertrand d'Echaus , archevêque de Tours

pvemior aumônier du roi Louis X 1 i I , com mandeur de ses ordres ( 556-1C4 : )

Ce n'est point sans raison qu'un auteur du jour a appelé notre iUMStre jfrélat le dis^raci^ de r histoire. Aussi, au risqua même de dépasser les limites de notre devise : Omne niiie carpo, nous n'hésitons pas à grouper ici tous le3 documents et renseignements possibles.

Amelot de la Houssaye dit qu' Antonin d'Echaus (1), père de révoque, € était le vingt-unième ou vingt-deuxième vicomte d'Echaus..., que ces vingt-deux vicomtes n'avaient jamais épousé de roturières, et que, par suite d'une alliance entrq la maison d'Echaus et celle d'Albret, il y avait parenté entre révêque de Bayonne et Henri IV». Antonin de Chauz — car c'est ainsi qu'il signait, contrairement à l'évoque, qui signait d'Echaus - eut plusieurs enfants. Nous connaissons : l'' Jean vicomte d'Echaux; 2^ Martin d'Echaus, seigneur de Masparraute depuis l'acquisition de la maison de ce nom, faite d'un de ses beaux-frères; 3' N... femme de ce dernier; 4« N. la fe^lme de Fleur-de-lys, seigneur de Lannevieille, dont une fille épousa Jean d'Esquille, vice-chancelier de Navarre, président à mortier au parlement de Navarre à Pau, enterré dans la chapelle de l'église de Somberraute; B"» François d'^chaux, homme de chambre de }ll%^ de Dacqx à Bourdeaux » (2) ; 6<> Bertrand évêque de Bayon-

(1) Mém. hUt. polit., etc., 1734, t. 3, p. 60. Vie du cardinal d'Ossat, 1 vol. des lettres.

(2) Lettre écrite de Saint-Pierre-d'Oloron en 1584 par Bertrand à son frère François, dont une copie a été trouvée à la Bibliothèque nationale par M. Tamizey de Larroque.

ne (1), qui naquît en 1556 ou 7 dans la maison noble d'Echauzea de Baïgorry, paroisse la plus rapprochée, à cette époque, de la frontière des deux Navarres.

Ântonin fut un de ces gentilshommes bas-navarrais qui, fidèles à la foi de leurs pères, s'opposèrent les armes à la main à Tintronisation du protestantisme dans nos pays. Après avoir juré, Tépëe à la main, devant les états, d'exterminer quiconque oserait soutenir la religion prétendue réformée, il se mit à la tête du parti catholique commandé par le bravo seigneur de Luxe; et c'est h ce trait d'énergie de notre gentilhomme que le célèbre auteur basque Axular (2) fait allu-

(1) Sans parler de Jeanne et d'Elisabeth d'Echaus, prieure des Ursulines de Saint-Esprit, de Jeanne d'Echaus, abbesse du couvent de Sainte-Claire à Rayonne, les Archixtz des Basses -Pyrénées par llaymond font mention de divers membres de cette famille. — Garcias d'Echaus, seigneur d'Etcheberry d'iruleguy, hidalgo, frère bâtard du vicomte de de Baïgorry, était chambellan du roi de Navarre en 1415.

(2) Don Pedro de Axular, né à Urdach (Haute-Navarr), fit imprimer son bel ouvrage Guerocoguero en 1642. Pour cette époque il avait été remplacé par son neveu à la cure de Sarc. Tous les deux furent inhumés dans l'église de cette paroisse, l'un en 1644 et l'autre en 1654. Le célèbre linguiste le prince Louis- Lucien Bonaparte a fait placer une plaque de marbre, dédiée à Pedro Axular, sur cette double tombe, qu'aujourd'hui encore on voit dans l'église de Sare du côté de l'Evangile.

A la date du 6 octobre 1626, à côté du nom de P. de Guillentena, curé d'itsassou, nous trouvons celui de P. de Axular, cure de Sare, dans un manuel de dévotion. Chargés par M^' Jean-Claude de Rueil, évoque de Bayonne, d'examiner ce remarquable livre composé en beaux vers basques par Jean Etcheverry, docteur en théologie, ils donnèrent leur avis favorable en termes des plus flatteurs pour l'auteur. Celui-ci était frère d'un célèbre médecin, qui aussi en beaux vers basques avait donné les règles de l'hygiène. La première partie du Manuel de Dévotion (137 pages grand in-12) renferme l'abrégé de la doctrine ou le catéchisme; ©Ue est dédiée à M»' Jean-Claude évêque de Bayonne. La seconde (212 pages) donne les prières du chrétien ; elle est dédiée à Jean -Michel de

sioD dans la préface de son ouvrage Gueroco-guero, dédié à

Oiharart^ vicaire- général, officiai, chanoine théologal de la cathédrale de Bayonne.

Voici du reste le titre basque : !• Manval devotionexcoa edo experen, oren oro esevetan errabilltçeeo libururtchoa. Kscaraxco versuetan eguina, eta guteia bipartetan berecia; 2"* Gviristinoac erran behar litvxqven othoiicex.

L'auteur, dans sa lettre de dédicace à M^' de Ruel, nous apprend que

ce prélat était un fort linguiste, sacliant les langues latine, grecque,

hébraïque et basque , même le basque espagnol (à cette époque les quatre

vallées de Baztan, de Lerin, etc., faisaient encore partie de l'église de

Bayonne).

longoicoac nahi luen, laun Frelata, Escara Cinaquien, nola Hébreu, Greca, Latin, Erdara Presentatcen darotçudan obraren aditceco.

On liçela, bailitçatçu halaber laudatceco.

Ce livre, qu'aujourd'hui encore on pourrait lire avec fruit dans nos familles chrétiennes, eut un grand succès, s'il faut en juger par les félicitations adressées à l'auteur. Voici celles de son ami P. Gvillentena» curé d'Itsassou.

Damvric etcecuisala Anaia medicuac Harc heyuia hertsiz guero egui tutçu versuac Ecen guehiago cure preça lira artea Eguin ohi çuen bano liçi cela bera.

Harenac guidatcen çuen gorphuiça indarrera, Bainan çureac arima hedoiaren ganera.

Oraiii ère cantatçen tu cure coplac çeruan, Bai eta mereci onez nie behere munduan, Eçen laincoa laudntçen dute, eta laincoac Çeru lurretan mercçi ditu laudorioac.

Celles de I . de Hégvy, son condisciple :

Gratulatur Joavni Etcheherrio, meritissimo in sacris Theologiœ litteris Doctori

Con^Uscipulus.

Sic iu^i te pietas, sic entheus impulit ardor,

Divinam patriam reddcre voce fidem, Cœlica Cantalrico spirasti oracula primus

Pneumaie, et intactos ausus es ire lacus. Hœc facis, atque illam quœ te fœlicibus agris

Extulit, jEthereo germine pascis humum.

Quidni igitur, rumpente jecur Livore, per orbem

JHceris patriœ gloria prima tuœ?

M^ d*BchauSi Antonih, exclu avec pluéieurs àotreft seîcfneni^f basques de ramnistie accordée à Saint-Palais le 28 février 1568 par Jeanne d'Albret. prit de nouveau les armes à Tarrivéé de Terride au Béam. À la tête de ses fiers Basques, il courut occuper le chftteau de Sauveterire et la ville de Belloc (1569). Cependant, par une lettre du 3 septembre 1570, datée de Ghaus, il expliqua sa conduite dans cette circonstance et implora le pardon de la reine Jeanne (1). Il finit par l'obtenir, grâce h l'intervention de la Mothe-Fénelon et à celle du toi de France. Dépuis sa réconciliation, Antonin rendit d'importants services à la cour de Navarre-Béam. En 1578 nous

Voici ceUes de Siephanus Hirigoyti :

Jn laudem aucthorU. Nuper ênu viridi redinùtut tempera lauro^

Sed (kdro laurus U veniente fugii.

l9obiUs est launu, sed quantum sydera tfincunt

Terras, tam Cedro laurus et ipsa mùror. Mquora qui fulcant dehetU tibi plurima, naves

Quod tua fecit eis ingeniosa manus, Quas furor ingénias Neptuni stevius, et quid

In gremiis foveant terra, firetumque sinnU, Non hominum lipor mordax abotebU : at iptm

Etcheverri eum nonùne semper erunt.

Ce manuel fut imprimé à Bordeaux, en 1669, chez Mongiron et Millanges : on en trouve encore quelques rares exemplaires ; bientôt ils auront disparu comme tant d'autres»

(1) Dans cette lettre, éditée par M. Tamizey (1879), le vicomte expose qu'à l'arrivée de M. d'Arros, il avait pris les armes pour défendre sa religion, et que devant M. de Terride il n'avait fait qu'obéir aux lettres remues de la cour de France... ; qu'au sein des états il avait protesté contre la proposition de placer le pays sous la protection de la France avant d'en informer S. M....; que, blessé devant Navarrenx, sur la promesse flûte par de Mongomméry de lui obtenir le pardon s'il voulait s'engager à ne plus porter les armes contre S. M., il avait chargé M. de Leyceraçu, commissaire de M. de Mongomméry, de lui transmettre cette promesse... , promesse fidèlement gardée depuis .. ; et qu'enfin il sollicitait la grâce es son pardon.

Toyoïis fe fdiur Henri IV de France rembourser au vicomte d'Echaus 16 ducats qu'il lui avait empruntés. Cette année môme, puis en 1583, le prince béarnais députa notre gentil* homme auprès de Philippe II roi d'Espagne. Enfin, par une lettre du 25 février 1596, il écrivait à sou connétable de croire Chaux comme lui-môme. Dnns deux autres lettres (17 août et 17 novembre de la môme année), le roi de France fait réloge du vicomte d'Echaus.

Voici en quels termes le P. Rapin (1) raconte les services des vicomtes d'Echaus ot les conséquences qui en résultèrent pour cette maison, et notamment pour Bertrand d'Echaus. « n y avait sur \di frontière du royaume de Navarre des restes de Tancienne famille d'Echaus, une des plus nobles de la province, possédant un vieux château (c'était celui d'Echaus môme) au pied des Pyrénées, proche de Saint-Jean-piedde-port, qui "avait souvent donné de la jalousie au roi de Navarre par la force de sa situation, et qui, dans les guerres de religion soutenues avec tant d'opiniâtreté par Jeanne d'Albret,. avait été pris, rasé et rétabli autant de fois par les ancêtres de l'évoque de Bayonne, où l'on faisait une espèce d'honneur d'ôtre dans les intérêts de la France contre la Navarre autrefois et depuis contre l'Espagne. Henri IV, étant devenu roi de France par la mort subite de Henri III, reconnut lui-même la fidélité de cette maison , qui ne balança pas à lui livrer cette place sur la frontière d'Espagne, et à signaler sa fidélité par des services importants qu'elle lui rendit. C'était une espèce de gage du dévoûment de cette famille au service de la France que ce château ; c'était par là que Bertrand d'Echaux, s'étant insinué dans les bonnes grâces de Henri IV, fut fait d'abord évoque de Bayonne et depuis archevêque de Tours, sous Louis XIII,

(2) UUt, du jansénisme, 1861, p. 49-50.

qm lui dofiiim le eoIUer de l'ordre da Saint^B^irit, lequel était alorB une grande marqae de distinctioii pour ceux à qui le roi fiûsait cet honneur. Ce fat enfin par \k qoe ce prfiat était toujours bien reçu à la cour , qu'il avait ses entrées au Louvre comme les officiers qui servent auprès de la personne du prince. »

Â. la mort de Jacques Maury, évèque de Bayonne, le 17 janvier 1593, Henri lY s'empressa de nommer à ce siège Tabbé d'Echans. La nomination déplat d*abord au pape Clément YIII, soit parce qu'elle avait été faite par un prince hérétique (1), soit parce qu'elle était combattue par les maire et échevins de Bayonne. Ceux-ci, déjà redoutables au temps de Jacques de Maury, étaient menés par le gouverneur de la ville. Cet intraitable personnage, qu'il faut connaître, était Antoine II comte de Gramont, comte de Gruiche, etc., prince souverain de Bidache (2); c'était un homme d'un caractère farouche et d'une humeur batailleuse. L'histoire, après nous lavoir représenté comme meurtrier de sa première fenmie Louise de Roquelaure, nous le montre en querelle avec son beau-père le maréchal Antoine de Boquelaure; en querelle avec Bertrand de Baylens, baron

(1; L'abjoratioa d'Henri IV eut lieu le 2S juillet 1593.

(2) Son grand-père Antoine I, héritier par son mariage avec Claire de Gramont des deux paissantes maisons des vicomtes d'Aster et des comtes de Gramont, Guiche, etc., fût un des rares seigneurs basHnavarrais qui, en 1567, se déclarèrent pour Jeanne d'Albret. Il combattit particoliérement contre l'évêque d'Oloron, qui soutenait avec énergie les droits des catholiques. Son zèle pour la nouvelle doctrine lui valut, dft-on, la main de Diane d'Andoins — dont les relations avec Alcandre (Henri IV) ne sont que trop célèbres — pour son fils aine, mort à l'Age de 28 ans an si^e de la Fère (1580).

de Poyanne, gouverneur de Dax et de Navarreox ; en querelie avec Jean d'Esquilles, futur président au parlement de Navarre; en querelle avec le duc de la Force; etc. Voici le portrait que nous en fait la marquise de la Force. » C'est un homme qui n'est bon à rien , et duquel je serai très aise

que nous n'ayons jamais fréquentation Quelque semblant

qu'il fasse, il est de la race des démons qui craignent les épées. Son impudence est étrange , car les choses qui lui

sont plus honteuses, il en veut tirer des avantages Cette

âme est si déloyale, qu'il ferait, s'il avait accès céans, empoisonner l'un de nous (1) »-

Ce fut l'odieux personnage que l'abbé d'Echaus trouva au seuil de son épiscopat et durant tout le temps de son administration au siège de Bayonne. Par lettre datée d'Amiens (22 septembre 1597), Henri IV écrivit à M"*- de Gramont (Corisande) pour lui dire qu'i) avait « commandé absolument à son fils qu'il voulait que le sieur d'Echaus, son conseiller et aumônier ordinaire, îàt reçu dans la ville de Bayonne en qualité d'évôque. » Le prince finissait par prier la comtesse cde vouloir effacer pour l'amour de luy toutes les impressions contraires. » La lettre dut avoir quelque effet, car, par une nouvelle lettre, le roi la remercia d'avoir usé de son crédit pour faire recevoir à Bayonne l'abbé d'Echaus comme évoque. Nous verrons plus tard les menaces et les violences que notre prélat dut essuyer de la part du gouverneur.

Cependant les bulles se faisaient attendre : à la fin, le cardinal d'Ossat, dont B. d'Echaus était grand admirateur (2), par lettre du 25 mars 1599, informa M. de Villeroi, secrétaire d'Etat et zélé protecteur de notre évoque, que « le pape,

(1) Mémoires de la Force, t. II, p. 370-1.

(2) Âm. de la Houssayc, dans la Vie du cardinal, dit que d'Echaus, à force de lire les lettres de ce prélat, en savait une partie par cœur (p. 55).

âanB Taudience du 12, avait accordé volontiers le graHa de l'expédition de Tévèché de Bayonne pour M. d'Bcfaaus..., préconisé au consistoire précédent» et qu*à la fin de la même audience il avait fait « introduire M. d'Bchaus, évâqne de

Bayonne, à prendre le rochet de la main du pape (1). t

D'après cette lettre, confirmée par une nouvelle lettre de Henri IV datée de Chenonceaux, 9 mars 1598 (2), intimant à la ville de Bayonne « Tordre absolu de recevoir B. d'Bchaus en qualité d'évêque, » il résulte que celui-ci ne put être sacré que dans Tannée 1599. Et comme il est certain qu'il avait été promu à Tfirchevêché de Tours en 1618, et que son épitaphe (3) lui donne vingircinq ans de pontificat sur le siègre de Bayonne, il faut conclure que sa nomination à cette église remonte à Tannée 1593, aunée du décès de son prédécesseur, et que le siège était resté vacant durant six années.

Nous ignorons Taccueil que reçut de la ville de Bayonne le jeune évoque, comme aussi les premières diflEicultés administratives que lui suscita le farouche gouverneur ; mais nous savons que le zélé prélat, pénétré de la grandeur des maux causés par les sectaires de la reine Jeanne d'Albret, se mit immédiatement à Tœuvre. Une douceur persévérante et la persuasion furent les moyens qu'il employa contre ceux que son père avait voulu réduire par les armes. Toutefois, comme les huguenots voulaient de force faire inhumer

il) Am. de la Houssaye, 'p.312.

(2) Doc. inéd. de l'hist. de France, par B. de Xivrey.

(3) nie jaeet Bertrandus de Eschaux, virtute clams, doctritid insignis prosapia iUusIris, qui regum Henrici magni, felicis memon'œ. et Ludovici Xlll regnantis per totos XÏXV anpos primns sacrarum largitionum cornes fuit. Per XKV Bayonensis Antistet et per XXIII Àrchiepiseopus Ttwonensis, nec non torquati Regii spiritus prœfectus ; tandem plenus gratia et diebut obiit anno œtatis suœ LXXXV, V Maii anno MDCXLI.

r DpposB I

Eoutiat m^me des procès, et enSn. l'&ff&îre kTant été portée devant le conseil du roL il en obtint nn arrM faTorable ea 1600. n s'attacha de premier aboi^à son àiooèat, qaH aimut k visiter par de 'réqnentee tonméeE pastorales. D awista fc rassemblée de$ ^tats de Navarre chargée de la rMaction des Fon et Cottvm*» éw rofstme ée Natam rédigés en patois. On sait que l'év&qne de Bajonne avait la présidence de ces asseniblèes qaand elles se tenaient h âaiot-Jean-pied-deport, et celui de Dax quand elles avaient Ucu à Saint-Palais. Au témoig^ag^ d'un savant auteur, auquel ooos devoQs de précieax détails sur notre prélat. d'Eebaus savait le béarnais <'l). Avait-U été élevé dauâ son jeune &ge avec quelques geotilfboinnieB béamaig du e'<^>tait-D croisé avw qw^BM fils de famille du Béarn. comme cela s'est loogletcps psHique et ee pratique encore quelquefois entre les Jamill» 4a Paye Basque et du Béara?

Pour être h m&me de mieux servir son paye. â~Scbatu eonservait ses relations avec la cour; il contînnait & juuîr de faveurs. Le 16 avril 16U2, os le voit, à cMé du duc tffipenKm et de ses trolfi âls. porter ses bommaç«B au é de quelques mots seulement r2). L'année D Henri IV en Konnanrlie. oii .rilBf e du mooarqae, il discourut su iamm^B:

□ arec le P. Cotnn (&i.Jt$^Kconfia la délîcsiei lel d'Omauo ii Ja i et du fnrtniMiii i

commissaires réussirent h faire annuler ce qui avait été fait de part et d'autre (1). Nommé en 1611 premier aumônier de Louis XIII, il fut chargé cette même année de «Tamortissement des débats des frontières de la Haute et Basse-Navarre ou des querelles survenues aux limites de la France et de l'Espagne. »

Parmi les lettres publiées par Ph. Tamizey de Larroque (2), il y en a deux datées Tune de Bayonne (22 juillet) et l'autre de Sault (15 décembre). Par la première, adressée à P. Phélypeaux, seigneur de Ponchartrain , secrétaire d'Etat, il Tinforme « de l'algarade et insuit que M. de Gramont gouverneur lui a faict h son arrivée à Bayonne... ; d'une lettre qu'il a écrite à la reine pour lui exposer le sommaire de ces insultes et outrages dont il garantissait la véracité sur sa part de paradis... Il le supplie de vouloir représenter à S. M. la détresse de son esprit et le danger auquel il est et passe ses jours, parce que l'esté passé, à la grande instance et réquisition des Bayonnais, il a empêché auprès de la reine que sieur de Gramont n'eût le château neuf de cette ville au préjudice du vicomte d'Usa, gouverneur de cette place..., et qu'on l'a accusé d'avoir voulu faire assassiner ledit Gramont par le baron, de Poyane, gouverneur de Dax ; méchantes et diaboliques impostures dont sont capables ceux-là seuls qui ont eux-mêmes de pareils desseins...

«Chose intolérable qu'un gouverneur, pour ses caprices, entreprenne de fermer les portes de la ville à l'évêque du lieu, comme a faict celui de la ville de Bayonne, conséquence périlleuse que ce faict traisne après soy. Un des familiers de M. de Gramont lui a rapporté avoir entendu dire audit gouverneur que l'évêque ne mourrait jamais que de sa main...

(1) Dom Devienne, Bist. de Bordeaux.

(2) Revue de Gascogne.

Il finît par dire que si la reine ne le protège pas, il ne lui reste qu'à plier son pacquet et à se saulver à travers pais où il pourrait..., et que si le gouverneur a aux dépens du roi des gens de guerre pour Tinsulter, lui évoque doit en avoir pour se défendre au moins à ses frais. »

A la fin de sa seconde lettre, d'Ëchaus parle encore des menaces et violences du redoutable gouverneur. Elles Tout forcé à se retirer dans un lieu à Técart (1). « Un advis si certain qu'il ne saurait Testre davantage, lui a assuré que depuis qu'il est dans ce lieu, on a voulu practiquer un homme pour le tuer. Sa position n'est pas tolérable... Parmi les chrétiens, il ne se trouve aucune histoire pareille à la sienne... Si sa profession ne lui imposait de patienter et de souffrir, il ne serait pas chiche de son sang pour repousser les continuelles injures qui lui sont faictes. »

Mais avant d'aborder les querelles de notre prélat avec le gouverneur, il nous faut dire celles de nos frontières. Ces querelles furent la conséquence naturelle du morcellement violent d'un royaume. Elles ouvrirent une plaie qui, si jamais elle se ferme, ne se refermera qu'après des siècles. Sans parler des graves et multiples contestations, violences, luttes acharnées survenues à la suite de l'usurpation de 1512, le duc de la Force (2) écrivait de Bergerac (23 mai 1610) h Villeroy que « les Espagnols armés, s'étant introduits sur la terre de Basse-Navarre, avaient brûlé plusieurs granges que les sujets du roi avaient bâties et qu'ils possédaient de toute ancienneté ; qu'ils avaient emmené 500 ou 600 têtes de bétail et des hommes auxquels ils faisaient le procès pour avoir continué la jouissance de leurs herbages. »

(1) Dans la famille de Sault à Saint- Jean -le- Vieux. (Voir Saint -Pée en Basse-Navarre, 3« fasc.)

(2) Mémoires, p. 274 et 294.

commissaires réussirent à faire annuler ce qui avait été fait de part et d'autre (1). Nommé en 1611 premier aumônier de Louis XIII, il fut chargé cette même année de «Tamortissement des débats des frontières de la Haute et Basse-Navarre ou des querelles survenues aux limites de la France et de l'Espagne.»

Parmi les lettres publiées par Ph. Tamizey de Larroque (2), il y en a deux datées Tune de Bayonne (22 juillet) et l'autre de Sault (15 décembre). Par la première, adressée à P. Phélypeaux, seigneur de Ponchartrain , secrétaire d'Etat, il l'informe « de l'algarade et insuit que M. de Gramont gouverneur lui a faict à son arrivée à Bayonne... ; d'une lettre qu'il a écrite à la reine pour lui exposer le sommaire de ces insultes et outrages dont il garantissait la véracité sur sa part de paradis... Il le supplie de vouloir représenter à S. M. la détresse de son esprit et le danger auquel il est et passe ses jours, parce que l'esté passé, à la grande instance et réquisition des Bayonnais, il a empêché auprès de la reine que sieur de Gramont n'eût le château neuf de cette ville au préjudice du vicomte d'Usa, gouverneur de cette place..., et qu'on l'a accusé d'avoir voulu faire assassiner ledit Gramont par le baron de Poyane, gouverneur de Dax; méchantes et diaboliques impostures dont sont capables ceux-là seuls qui ont eux-mêmes de pareils desseins...

«Chose intolérable qu'un gouverneur, pour ses caprices, entreprenne de fermer les portes de la ville à l'évêque du lieu, comme a faict celui de la ville de Bayonne, conséquence périlleuse que ce faict traisne après soy. Un des familiers de M. de Gramont lui a rapporté avoir entendu dire audit gouverneur que l'évêque ne mourrait jamais que de sa main...

(1) Dom Devienne, Bist. de Bordeaux.

(2) Revue de Gascogne.

Il finit par dire que si la reine ne le protège pas, il ne lui reste qu'à plier son pacquet et à se saulver à travers pais où il pourrait..., et que si le gouverneur a aux dépens du roi des gens de guerre pour Tinsulter, lui évoque doit en avoir pour se défendre au moins à ses frais. »

A la fin de sa seconde lettre, d'Ëchaus parle encore des menaces et violences du redoutable gouverneur. Elles Tout forcé à se retirer dans un lieu à Técart (1). « Un advis si certain qu'il ne saurait Testre davantage, lui a assuré que depuis qu'il est dans ce lieu, on a voulu practiquer un homme pour le tuer. Sa position n'est pas tolérable... Parmi les chrétiens, il ne se trouve aucune histoire pareille à la sienne... Si sa profession ne lui imposait de patienter et de souffrir, il ne serait pas chiche de son sang pour repousser les continuelles injures qui lui sont faictes. »

Mais avant d'aborder les querelles de notre prélat avec le gouverneur, il nous faut dire celles de nos frontières. Ces querelles furent la conséquence naturelle du morcellement violent d'un royaume. Elles ouvrirent une plaie qui, si jamais elle se ferme, ne se refermera qu'après des siècles. Sans parler des graves et multiples contestations, violences, luttes acharnées survenues à la suite de l'usurpation de 1512, le duc de la Force (2) écrivait de Bergerac (23 mai 1610) à Villeroy que « les Espagnols armés, s'étant introduits sur la terre de Basse-Navarre, avaient brûlé plusieurs granges que les sujets du roi avaient bâties et qu'ils possédaient de toute ancienneté ; qu'ils avaient emmené 500 ou 600 têtes de bétail et des hommes auxquels ils faisaient le procès pour avoir continué la jouissance de leurs herbages. »

(1) Dans la famille de Sault à Saint- Jean-le-Vieux. (Voir Saiut-Pée en Basse-Navarre, 3« fasc.)

(2) Mémoires, p. 274 et 294.

Un mois plus tard, le même écrivait nu vice-roi de la Haute-Navarre pour le prier de faire châtier les habitants du val d'Erro h cause de leurs excès dans les montagnes d'Alidades. Il est vrai que Jean vicomte d'Ëchaus n'avait pas at'^ tendu l'intervention de l'administration pour venger ses compatriotes : ayant appris que l'alcalde du val d'Erro avait fait arrêter des Bas-Navarrais à leur retour de Pampelune, et que les habitants de cette vallée s'apprêtaient h faire une nouvelle descente dans sa vicomte, il alla, à la tête de quel^ ques troupes, attendre celles de ses mauvais voisins dans une embuscade où bel et bien il les battit et fit douze prisonniers, parmi lesquels l'alcalde, principal auteur de tous les désordres.

C'est dans ces circonstances que l'évêque de Bayonne et Arnauld de Saint-Martin, seigneur dudit lieu et de Lacarre, alcalde de Cize, commissaires députés par S. M., furent chargés « d'entendre à la composition amiable des différens meuz entre ceulx de Baïgorry, peuples de la Basse-Navarre, d'une part, et ceulx de val d'Erro, Valcarlos et autres communautez de la Haute-Navarre, d'autre part, touchant l'usage et la jouissance et propriété des foretz, bois et terres de la montagne d'Aldulde. »

Après des difELcultés et des hésitations exposées par révoque de Bayonne dans une longue correspondance (1),

{1) Le lecteur nous pardonnera de donner ici le sommaire de cette correspondance, qui nous paraît propre à faire ressortir Thabileté et les saillies d'esprit de notre évêque négociateur. — Dans la première lettre, adressée à M. de Villeroi, secrétaire d'Etat, il commence par dire qu'il a trouvé son frère Jean, vicomte d'Echaus, raide jusqu'à refuser tout accommodement, préférant mourir après les dommages et insultes subis par lui et ceux de sa vicomte, d'autant que toute composition ne peut qu'être honteuse pour la France et ruineuse pour les intéressés, maudissant son sort parce que, après avoir, à l'avantage de l'autorité du roi, exposé mille fois sa vie, perdu une partie de ses reç99Urce9> il est cpn-

un règlement fut signé & Arnéguy en Tannée 1613; mais ni

sidéré à la cour comme un perturbateur des frontières... n estime son frère digne de considération, d'honneur... « si ainsin » semble à M. le secrétaire d'Etat^ parce qu'il est capable de « coucher de «a teste pour le service du roy. »

Conformément aux instructions de M. de Loménie, il a amené ceux de Baïgorry à lui envoyer leurs députés...; il se propose d'écrire au viceroi de Navarre pour l'engager à lui adresser ceux du val d'Erro et de Baztan ; mais il a des craintes au sujet du lieu du rendez-vous, à raison de la fierté de ces gcns-là..., de celle du vice-roi. Celui-ci a écrit au prieur de Roncevaux n'avoir rien à craindre de la France, où commande une femme... « pour moins qu'une chique-naudc; » il a fait garroter un alferez à Pampelune contre la volonté des états du pays ; il a fait incendier les bordes, cabanes^ etc. , des Bas-Navarrais...; un homme qui « se chausse à de si hauts pomts de vanité n'est pas faict pour consentir à ce que leurs députés passent vers nous. » Leur but manifeste est d'usurper une partie du bois d'Aldude d'une conséquence merveilleuse.... Ils y ont une forge d'où chaque année ils retirent 4,000 corselets de balles à canon, du fer dépiques, dechaincs, etc.. Leurs ministres trouvant des mines inépuisables vers notre frontière, en un lieu qui ne fut jamais contesté, veulent tout s'approprier <t sur une querelle d'Allemand,» sous prétexte de jouissance de l'herbage. Il signale le passage de trois muletiers de Pampelune, chargés de 16,000 écus d'or, allant à l'abbaye d'Urdach, non loin des frontières du gouvernement de Bayonne, et dont l'abbé, le même que celui qui était d'intelligence avec Romius et Château-Martin, exécutés à mort comme proditeurs delà ville de Rayonne, « est un grand fasciendaire et fort estrange compagnon... » sachant « sans doubte ce qui en faict desdits 16,000 écus... pourvu que ce ne soit pas pour gâter et corrompre la pauvre frontière , le mal est moins formidable. »

Par une seconde lettre, datée d'Anhaud (Anhaux) 9 fév. 1612, le prélat répond qu'il se conformera à l'avis royal. Cet avis lui venait de Marie de Médicis. Désirant le double mariage du dauphin son fils avec l'infante Anne d'Autriche, et celui d'Elisabeth sa fille avec le prince des Asturies (Philippe IV), double hy menée arrêté le 25 mars 1612, la reine lui avait mandé de terminer avec douceur les différends de nos frontières. Par une autre^ datée d'« Eyhuralarre » (Saint-Michel^ près Saint- Jean-

ce règlement ni ceux faits postérieurement, ne purent faire

pied-de-porl ,( 15 fév. 1612, lo |ii'i;lat ml'uriin; lu m^tiiD sor.n^laire d'Eiat de l'envoi d'uu honimu aujjrÈs du vioc-rni pour lui dcmaniler le ttora dos commissairoa nommis par le roi d'Espagne. Il ea profita, « oommoTun dos évûtiUQH du manda aultant zélii à sa roli^icin et comme son serviteur qui aimeroit mieulx mourir cent mille fuis qun de le surprendre en chose quelconque •, pour l'assurer de • la sulflsance et \ate41eiU: • do M. de Cusaux, coDsotUar du roi et malLTo des reijufites en Navarre, ik qui la reine a promis la charge de premier président de Pau.

Dans quatre autres lettres datées u d'Arrcnoguy t ,Arnéguy] (4,7,8novembro 161S et 31 mars iei3<, d'Echaus donne les noms et qualités des commissaires espagnols : ce sont M. V6v. de Pampelune; don Carlos d'Arellano; tluda, conseiller do la chancellerie de Haute-Nav, M. de Pampelune est • un honiine d'une huniaur prompte et soudaine, mais de grande franchise n ; Carloa d'Arellano, » fort légal » ; Rada, « on parleur pointilleux, formaliste., peufaict pour les affaires internationales, tellement qu'il a dii lui dire qu'à tenir le chemin qu'il veut prendre c'était fait pour les amener au delà du jugement, si Dieu les feaoit aultant

Après, il expose les prétentions des Hauts -Navarrais, la dépendance des commissaires vis-à^vis le vice-roi, leur division entre eux-mêmes. M. de Famjielune s'en est séparé avec la résolution de ne plus revenir si le roi ne le fait chef absolu de la négociation. Les entrevues ayant eu lieu sur le pont d'Arranéguy M. de Pampelune, avant son départ, est venu le prendre à notre extrémité du pont.... poUtesse qu'U a rendue. A eux deux, ils termineraient l'affaire.,. M. de Pampelune a écrit en ce sens à son roi. , Enfin il lui adresse confidentiellement une copie de la 6 même prélat a envoyée 4 la reine de France, etc. 3 nouvelle lettre, datée du même lieu (IS mai 1613), d'EchauB i dispositions du vice-roi, ijui chaque jour fait B gens de Balgorry à Pampelune..,; qui a fait faire un pri- ^jUdadei-,; ■ qui, au rapport de témoignages certains, vsnt. • coITï'er ■ dans la citadelle do Pampeit tellement ■ hors les gnnds de toute pole se perdre et de • s'enferrer ■ pourvu Qt et claiicment témoigner leur e ils viendraient plue volontiers

lettra que ci Par u

disparaître le germe de cea contestatioDS qui duraient encore de nos jours (1).

L'année précédente, B. d'Bcliaus avait fondé à SaintJeande-Luz le couvent des Récollets de l'ordre de Saint-François, où il faisnit de fréquents et d'assez long^ séjours. De g^raves animoâités divisaient alors cette ville et la paroisse de Ciboure; pour les apaiser, après avoir employé touii les moyeivs de la persuasion, il n'hésita pas à recourir à toutes lea rigueurs de son autorité spirituelle. Plein de sollicitude pour ces deux paroisses « et aultres peuples du Labourd ses diocésains > , nous voyons notre zélé prélat, par une lettre datée d'Arreneguy (19 mai 1613) adressée à Marie de liédicis, solliciter de cette reine le maintien du privilège qui exemptait ces peuples de tout paiement pour leurs denrées et marchandises, tant chez eux, en leurs ports, que dans toute la France. Ce privilège était contesté par le gouverneur de Gramont (2).

ajube • (À la raison). La commune opinion est que lei Hftuts-N&varrais 80nt pouaaés par quelques Français Le vrai et infaillible moyen de leur Taira mettre de l'eau dans leur vin est celui que le porteur de sa lettrs loi redira. • lî veut être tenu pour fort peu entendu aux affaires de deçà, . ailé vtêe-r^ne perd pas ses Striera et Tonne le met chez Guillot le aongtttr'[(rtpÉtiS-dir« dailS l'embarrae). aussi bien que ceux qui le peuvent

(1) II }■ eut do nouveiux n'-glements en 16H, 1615. 1M7, 1656, 1665,

', 1702 ot 1717. Nous avons vu une copie intépcaaantc de ce dernier

e nrticles, et si^ée le 13 aoQt à Arnéguy. Parmi les commis-

ràif'ften^is Hgurent Jean de Saint-Martin, vicomte d'Echausi Jean

Ion, conseiller de S. M , maire de Saint-Jean -pied -de-port.

) des plénipotentiaires de France et d'Espagne, nommés pour

itton da nos frontières, ont aigni un traité à

-gain.

En 1614, B. d'Ëchaus assista aux états généraux a Paris et s*y lia d'amitié avec l'évêque de Luçon, Richelieu. Par une lettre du 17 mai 1615, le futur ministre de Louis XIII, « sachant que M' de Bayonne est de ses amis et charitable, lui recommande, en qualité d'aumônier du roi, certains prêtres anglais. » Le même écrivait au mois de décembre 1617 à notre prélat : « Je prends la plume pour vous prier de contribuer ce qui est en vous pour qu'il plaise au Roy prendre une impression de moi telle que la passion que j'ay et que

j'auray toute ma vie à son service le mérite » Vers le

milieu de Tannée 1618, Richelieu lui écrivit une nouvelle lettre pour le remercier de la continuation de sa bienveillance (1).

Après de tels témoignages d'amitié , qui dirait que le même personnage devait un jour barrer le chemin du cardinalat h B. d'EcIiaus? et cependant, si, sans trop de témérité, on peut affirmer que la France doit un de ses plus célèbres ministres à l'influence d'un prélat basque auprès de Louis XIII; on peut dire que la Basse-Î>iavarre doit à l'ingratitude d'un ministre français de n'avoir pas son cardinal. En effet, quand Louis XIII demanda les honneurs de la pourpre romaine pour son premier aumônier, ce fut Richelieu, qui par son influence et ses intrigues, écarta son ancien bienfaiteur pour lui faire préférer Denis Marquemont, archevêque de Lyon ; insigne faiblesse de la part du roi et odieuse ingratitude de la part de son premier ministre , dont B. d'Echaus sut se venger en disant avec ironie : « Si le Roy eust esté en faveur, j'étois cardinal (2). » Dans une autre circon-

(2) Lettres, inst, diplom. de RichelieUj par Avenel> t. I, p. 143, 558,572.

(3) Tallemant ;de8 Réaux f Historiettes], t. I, p. 404; Am. de laHousaaye; Dict. de Moreri, suppl.; Gall. Christ,

stance, notre prélat trouva en défaut la prudence de l'homme d'État aussi bien que la recounaiâsance de son ancien protégé. Devenu abbé de Saint-Maixent (département des Peux-^èvre3) en 1623, il écrivit vers la fin de l'année suivante au premier ministre pour qu'il voulût lui prêter son concours afin d'éloigner de ce lieu le prêche des rellg'ionnaîres. Ne recevant aucune réponse après quatre mois d'attente II lui écrivit (1''' mars 1635) qu'il avait compté sur son assi&tAnce, « et néanmoins, ajoutait, notre prélat, au faict et au prendre, quand j'ay esté aulx mains avec les religiounaires, je puiit dire : Nullut Juit de gmtiàiu tnecum. Ce que interprétant ne pouvoir procéder de vostre part pour aulcun manquement qu'il j ayt eu en vous de zèle pour la gloire de Dieu, ains plutost de quelque mienne di3grace,jene vous celeray point, Monsei^eur, que j'en demeuray fort confus et scandalisé en moy-mesme et fort résolu de ne vous importuner plus à l'advenir par mes lettres. Cependant, puisque, par votre dernière, il vous plaist ra'asseurer que je suis mal fondé de eoncepTOir pour tel regard aulcune pensée de travers..., j'en suis pleinement satisfait.... >

D'Bchaus était pour lors archevêque de Tours; c'est pourquoi, daQB la même lettre, il rappelle au premier ministre les détails que le P. Seguiran lui a fournis sur sa conduite relative aux prétendues filles possédées de Chinon, et lui expose sa résolution d'en finir avec elles, tant « il est bas d'aloy èi raison de quoy, il le supplie très humblement d'y avoir eagard, o

Dans l'assemblée des états-généraux, d'Ëcliaus trouva, k cCité de l'évêque de Lnçon, le théologien Jean Filesac, docteur de Sorbonne, qui lui dédia son fameux traité De l'JJolâ' ' 'ia .aeUiijfue ; et ce n'est pas le seul témoignage que nous "oquer en faveur Je l'amour des lettres de notre le, intimement lié avec Louis de la Bocheposay,

évêque de Poitiers. « C'était, dît le P. Rapin, Tamour des It'ttres qui avait fait cette Jinison, car l'évêque de Poitiers avait eu quelque temps pour précepteur, avec son frère le marquis, le snvaut Joseph Scaliger, qui lui avait donué du goût pour les sciences j et il s'était aflTectionné à Tévêque de Bayoiine, à qui il trouvait le même go(\t et la même inclination (1). »

D'Ecliaus clierchait et favorisait les hommes de talent; le fameux Duvergier de Hauranne lui doit en grande partie sa célébrité* Frappé de Tintelligence du futur abbé de Saint- Cyran, il se chargea de diriger son éducation. De Tavis de son évêque, Duvergier alla achever ses études à Louvain; il y fit sa tliéologie au collège des Jésuites, que d'Ëchaus, nous le, verrons plus bas, « aimait passionnément. » En 1604, Duvergier, après avoir soutenu brillamment sa thèse, dédiée h son bienfaiteur, vint à Paris. Il s'y lia d'amitié avec Jansénius, qu'ilamenaà Bayçnne. D'Ecliaus donna au prenlier un canonicat et au second la direction du collège de la ville. Duvergier suivit son bienfaiteur à Tours. On sait la célébrité qu'il acquit plus tard sous le nom (ïabàé de Sainir Cyran k Port-Royal-des-Champs.

D'Echaus, grftce à son zèle, avait ramené sous son auto»rité les dissidents de son diocèse, et néanmoins il s'ennuyait à Boyonne. On connaît les menaces et violences du gouverneur à son égard. De la Force (2) nous donne une nouvelle preuve de l'aménité du comte de Gramont pour notre pieux évêque. «De retour de Bordeaux, arrivé en sa maison do Bidache, de Gramont assemble jusqu'à 300 hommes de «^ rillages K\Q(i toutes sortes d'armes, dans la juridiction de Saint-Palais en la Basse-Navarre, qui est de ma charge, et

i\) IJist. du Jansénisme, p. 55.

2) Mémoires, t. 2, p. 374.

s'en va avec cet équipagfe et une quinzaine de maçons porter par terre une grangre du capitaine d'Echaus, qui a Thonneur d'être des ordinaires du roi... »

Le P. Rapin, de son côté, nous dit : « Bertrand d'Echaus avait préparé ses amis à la pensée de son éloig-nement de Bayoune, car, dans les mécontentements qu'il reçut de temps en temps de l'humeur hautaine du gouverneur, il leur avait déclaré qu'il sollicitait un changement auprès de la reinemère, laquelle, entrant dans ses raisons, lui faisait paraître n'être pas éloignée de lui accorder cette grâce. » — «Bertrand d'Echaus était levenupui?sant dans la province par le crédit qu'il avait à la cour : Henri IV l'avait toujours bien traité, et, en outre, la reine-mère, le ministre qui gouvernait sous elle, et qui était alors le marquis d'Ancre, continuèrent h le considérer. Le crédit de l'évèque, qui lui venait de son assiduité à la cour et de sou industrie, ne laissa pas que de donner un pe;i de jalou:2ie au comte de Gramont, gouverneur de la province, homme ti »r et superbe, qui se sentait soutenu par la noblesse, p ir l'ancienneté de sa maison, parla qualité de son poste et par sa propre considération. L'ombrage fit naître la définnce. Le gouverneur trouvait l'évèque trop bien à la cour; l'évoque trouvait le gouverneur trop absolu dans la province. L'animosité succéda à la défiance, et ensuite une inimitié déclarée; ce qui fit quelque temps que les intérêts de Di^u et ceux du prince ne furent pas ménagés en certaines rencontres. Le bruit en fut porté k la cour; la reine-mère voulut qu'on y remédiât Le marquis d'Ancre, ami de l'évèque, qu'il faisait quelquefois entrer dans son jeu (1), proposa de le faire changer de poste. On attendait l'occasion, lorsqu'arriva le meurtre de Concini.

(l) D'Kchxus aimait à recréer ses ino:iients de loisir par un pou de jeu ; ses ennemis en profitèrent pour l'appeler, par anagramme : « Chaut brelandier. »

Oe qui faillit renverser tout-à-faît les espérances "t seins de l'évoque de Bayomie fut ce qui les établit... Etienne Galigaï florentin, frère de la marquise d'Ancre qu'on venait d'exécuter, et qui peu de temps auparavant avait été élevé Ji l'archevêché de Tours par le crédit de son beau-frère le marquis d'Ancre, futsi épouvauté de la manière injuste et infâme dont on avait traité aa. sœur qu'il aimait, que, eétant démis de sa dignité dans les formes, il se retira en son pays, ne pouvant plus avoir que de l'horreur et de l'exécration pour la France, La nouvelle de cette abdication étant venue à la cour — où l'on s'était insensiblement accoutumé à la pensée de la nécessité qu'il y avait pour l'intérêt du service du roi qu'on ôtât B. d'Echaus de Bnjonne, it cause du gouvemenr de la province qui ne le pouvait souffrir — , le fit nommer & l'archevêché de Tours ( 1). »

La translation eut lieu en 1618. D'Echaus avait alors 62 ans. Le 31 décembre de l'année suivante il fut nommé commandeur des ordres du roi. Le 26 mai de l'année 1622, jour de la Fête-Dieu, le roi se trouvait de séjour h. Sainte-Foi (rfaînte-Foy-1 a-Grande, Gironde) : « après avoir communié à la messe, il assista k la procession avec tous ses ministres et tous les chevaliers de l'ordre, chacun un cierge h la main. L'archevêque de Tours, premier aumônier, y porta le Saint- Sacrement, assisté d'une jjrande partie du clergé de Périgueux, que l'on avait fait venir exprès. Le dais fut porté par le prince de CondA, par les ducs d'Uzès et de Retz, et par le maréchul de Praslain (2). •> — Cette même année, Louis XIII s'étant trop exposé au siège de Royan (Charente-Inférieure), B. d'Echaus lui adressa ces paroles : « Tous vos ofHciers sont obligés, Sire, de vous faire la prière

Ht Bill, du Jaméniime. 1861. p, h2.

\2) Le P. Griffet, Hisl. de Louit UU. i

que les capitaines de David lui firent autrefois : « Vçus ne «viendrez plus à la guerre avec nous, de peur que la lumière «d'Israël ne s'éteigne avec vous (1). » Sous son épiscopat, les pères de l'Oratoire furent fondés & Tours (2).

Ces faits, que nous avons groupés k dessein, font ressortir l'injustice de certaines insinuations. «B. d'Echaus, dit Tallemant des Réaux, répétait toujours : Ainsin comme cela. C'est une maison de Basque. Il n'était pas ignorant. Il aimait fort

le jeu. Son anagramme était Chaut Brelandier (3). » En

effet, d'Echaus était d'une maison de Basque, c'est-à-dire de l'antique maison vicomtaie de Baïgorry, alliée à la race de nos rois. Il n'était pas ignorant, le prélat que les 'rois Henri IV, Louis XIII, sans parler de tant d'illustres personnages de son temps honorèrent de leur confiance, de leur amitié, de leurs bienfaits ; il n'était pas ignorant celui dont là finesse d'esprit, l'expression de fin diplomate, se révèlent dans ses lettres pleines de réminiscences historiques. Vèut-on connaître la pureté de ses opinions théologiques : l'abbé de MaroUes nous apprend dans ses Mémoires (4) « que pour B. d'Echaus, c'était comme un axiome, que tout ce que fait la cour de Rome est bien fait, et qu'il regardait le bréviaire romain avec autant de respect que l'Evangile...; qu'il fut nommé par S. M. à la dignité de cardinal, dont il étoit d'autant plus digne qu'il étoit parfaitement persuadé qu'il n'y avoit pas & chercher d'autre règle du salut que les décisions de l'Eglise romaine (5)... ; qu'il aimoit passionnément les

(l> L« Vassor,, Uisi. de Louis XUI, t. 2, p. 467.

(2) Gall. ehriêl. et A m. de la Houssaye, t. 3, p. 308.

(3) Hislotiettes, xxKiV'XLU.

(4) T. III, p. 271-3.

'5. A l'appui de l'auteur, nous pouvons citer la fin d'une lettre du pape Urbain VIII adressée à B. d'Ivîhaus le 25 mai 1624... « Vous partagez vos travaux avec le roi et vous participez à ses conseils. Vous entrez

père» jésuites, dont il avança rétablissement dase u^ que c'étoit QQ des meilleurs hommes du nionde, et de qui la Qiémoire étoit si heureuse qu'il n'avoit jamais rien oublie de Borte qu'il en eilt pu contester avec le déoion. •

Il était donc proiajna illuitris, docirina insiguii: nous ajouterons qu'il était tirtuie clarus; et néanmoins, sur des insinuations odieuses et malveillantes de ses ennemis, il s'est trouvé des biograpUes qui ont voulu voir dans la protection accordée par notre saint prélut K la duchesse de Chevreuse autre chose qu'une généreuse sympathie due à une victime, Uarie de Rohan-Montbazoïi. Cette duchess*^. poursuivie par la haine de Bichelieu à cause de son attachement }i la reine Anne d'Autriche, se réfugia duus la Touraine et y fit un séjour environ de quatre ans (de la fin de 1633 ii mi 1637); joiais, craignant de tomber entre les mains des agents de son redoutable ennemi, elle voulut passer en Espagne et fit part de sou projet à l'archevêque de Tours. Celui-ci, dont la maison natale était & l'extrême frontière, lui donna l'itinéraire et des lettres de créance auprès de plusieurs familles des deux versants des Pyrénées. Admettaut môme — ce qui demande à être prouvé — que 1h protection donnée à l'illustre eiilée n'était pas exempte de toute rancune vis-à-vis d'un ï^ncien protégé devenu un iugrat et un despote, nul n'a le droit de ternir l'éclat de la renommée d'un vénérable prélat octogénaire.

■ Bertrand d'Echaus, dit le R. P. Martin Marteau dans

ainsi en aociété de aa gloire. I.a sag 'ssc et l'habileté qui vous ont mérité sa protection Hembient demiindcr icii plus grandes iligailés pour un prélat qui, depuis trente-huit ans, ne cesse de défendi'e rsulorïté de la religion chrétienne, et vous pourrez apprendre do ceux (jui me rendent un si glorieux témoignage de vntrc mëriic et qui me iemnndcnt pour vous la pourpre cardinalice, combien je fais de cas dos suffrages de Sa Majesté chrétienne. »

le Paradis délicieux de la Tourahu (1), fut le 108* archevêque de Tours, Tan 1618^ Il estoit auparavant évoque de Bayonne, eut Tabbaye de Saint-Maxant, et fut le premier aumônier du roy et commandeur de ses ordres; mesme il fut nommé et eust été cardinal, si la fortune luy eust tourné visage. L'an 1625, le roy l'envoya, accompagné d'autres prélats, au devant du légat jusques à Olivet, proche d'Orléans. Au reste, il estoit fort zélé pour la religion catholique et très exact et sévère dans l'exercice de sa charge. Il fist augmenter les bastiments de son manoir archiépiscopal et mourut Tan de grâce 1641, après avoir esté taillé de la pierre par plusieurs fois; puis, on l'inhuma dans un tombeau, pour la pluspart de marbre, en une chapelle à costé droict du grand autel de l'église de Saint Gatien. »

M. B. Haureau, de son côté, nous signale les regrets qu'excita la mort du vénérable prélat parmi ses diocésains, Turoniâus, dit-il, decessit, cunctis JUèilis et quem lacryinœ plurimorum prosecula sunt, die 21 maii1641, depositusque in sacello B, Catharinœ ad sinistrum latus arœ majoris, uôi sièi vivens sepulerum niarmoreum œdijicari curaveral (2).

Enfin l'abbé de MaroUes lui consacre les quatrains suivants :

Galligai chassé par sa triste infortune Dans la mort de sa sœur, après le coup fatal Qui tua son époux le marquis mareschal, Bertrand d'Echaus remplit cette place opportune.

Il }• vint de la cour evesque de Bayonne. Ce fut un bel esprit et du grand monde aussi. Dont la mémoire heureuse exerça son souci, Qui gouverna vingt ans cette église en personne.

(1) Paris, 1661, p. 163.

•2) Gall. Christ., t. XIV. p. 137.

Il eut le cordon bleu; puis, avancé sur l'âge. Il fut sollicité de prendre un successeur, Victor Lfe Bouteiller, esprit plein de douceur '1,.

Nous n*aurons garde de rien ajoutera ce concert d'éloges. B. d'Echaus mourut le 21 mai 1641, à Tâge de 85 ans, dont 23 passés sur le siège de saint Martin. Nous terminerons ici la biographie de notre illustre compatriote avec le regret de n'avoir pu nous procurer une copie de son testament, pièce, nous a-t-il été dit, aussi importante que curieuse.

i) Papes, cardinaux français, arch. et t/i?. de France (in-4o sans date).

Arnaud-Jean de Peyré

premier comte do Trois- Villes et capitaine des inoustiuotaiies des rois Louis XIII et XIV, connu sous le nom de Tiuiscilles ou de Tr. ville,

FratiT qui adjuvatur à fralre. qua$i civitas firma.

Le frère (|ui est assisté par son frcrr rst comme nne ville forte

(Prov , 18. 19.)

Il est un nom illustré par un roman d'Alexandre Dumas, les Trois Mousquetaires (1), mais à peine connu dans rhistoire : c'est le nom de Tréville, de ce brave capitaine qui fut le commandant des fameux mousquetaires des rois Louis XIII et Louis XIV. La présente biographie a pour objet principal d'examiner l'homme du pays. C'est k peine si nous toucherons aux exploits militaires, aux intrigues politiques où Tréville s'est trouvé mêlé sous Luynes, Richelieu et Mazarin. Laissant à d'autres le soin de dépeindre le héros avec tous les traits de sa vigoureuse physionomie, nous dirons son

(1 Ce fameux roman, qu'on pourrait appeler « les Mémoires de Tréville, » n'est pas l'œuvre d'Alex. Dumas, ainsi qu'il l'avoue lui-même; il est «le bagage des autres. » Qu'il ait été tiré d'un manuscrit de la bibli<)tliè(j[ue royale ou d'ailleurs, il est certain — nous tenons le fait de Clément de Montréal, dernier héritier et comte de Trois-Villes — qu'un exemplaire manu.scrit, perdu depuis, existait dans la bibliothèque du château à une époque antérieure à la publication faite par l'illustre romancier. — Divers documents du siècle de Louis XIV parurent à l'étranger, comme par exemple Les Mémo res de d*Artagnan, imprimés à Amsterdam, chez Pierre Rouge. D'autres, comme ceux d'Athos, Portos et d'Aramis, tous protégés et compatriotes de Tréville, flircnt tenus et lus en manuscrits dans les bibliothèques particulières.

orig-ine, les principales vicissitudes de son existence, et sa postérité rapidement éteinte. Ce cadre, si restreint qu'il soit, ne manquera pas d'intérêt pour le lecteur, et rhisloire générale elle-même y trouvera, ce nous semble, de curieuseë indications.

Son premier nom, celui de son père, était Peyré nu Peyrer. Lui-même écrivait ordinairement Peyré, et c'est celui que les historiens lui donnent généralement. Son père, Jean de Peyré, était un riche marcliand d'Oloron, de cette bourgeoisie que sa fortune et les privilèges civils et politiques accordés par les vicomtes de Béarn égalèrent presque à la noblesse de cette ville (1). « La ville d'Oloron. dit un avocat contemporain, Arnaud de Bordenave, où il y a un siège de sénécluil, est composée de plusieurs habitants considérables, gentilshommes, gens d'épée, avocats, médecins fameux, bourgeois et marchands honorables; lesquels ont toujours vécu entre eux sans aucune disiinclion de rang ni séance. ^> Au si voyiiit-on souvent desimpies bourgeois acheter des seigneuries sans autre formalité, et s'unir par contrat de mariage aux familles Ics^ mieux titrées.

C'est ainsi que le 9 novembre 1581, Jean de Peyré épousa Armandine (allas Blandine) de Bayard. dont la maison, a fourni plusieurs avocats distingués à la sénéchaussée d'Olo-

li) Le nom Peyrcr ou Pcyrt», sii^iiifiant cirrUv ou c ir ié , n*cst pas rare en Béarn. Celui de Peyré, que proni n )tre Ii'Tos, fut porté jlus tard par un monibro de sa famille, car Jacques doi Lfigo, qui épousa Louise de Tréville, était seigneur de Peyré en Chalosse» et petit-fils d'un sieur de Peyré, lequel, ^ ouverneur de Pau en 1.569, fut tué par ordre de Montgomméry, lieutenant de la reine Jeanne. — Nous l'appellerons Arnaud' Jean de Peyré; c'est le nom qu'il prend dans un docupnent écrit de sa main, en date du 5 mai 1657.

ron. Si^né lai donna qu'un fils, Pierre de Peyré-Mongaston, et le^ ÏsAsssl veuf bientôt après. Le 12 octobre 1598 il se remaria avec Marie d'Aramits, damoiselle de liaut lignag-e : elle était fille du capitaine Pierre d'Aramits, qui avait joué un grand rôle sous les drapeaux de la reine Jeanne, et dont la maison a fait place à Thôtel-de-ville de cette commune. Sa mère était Louise de Sauguis, celle même qui signe au contrat avec le conseiller son frère (1). Le très regretté M. Menjoulet, auteur de la Chroniqm (TOloron, croit qu'elle était parente de Jacques de Béarn, qui figure également au contrat. S'il en était ainsi, Jean de Peyré s'alliait à la maison de France, puisque les Béarn de Bonnasse, comme ceux de Navailles et de Meritein, descendaient des comtes de Foix, ancêtres de Henri IV. De ce mariage naquirent, probablement à Oloron , trois enfants : 1" Arnaud-Jean , 2^ Pierre, 3* Louise.

Ver& répoque de son second mariage, Jean de Peyré était devenu fermieirdes dîmes épiscopales en Soûle; il dut naturellement avoir des relations très étroites avec le conseiller Bertrand de Sauguis, oncle de sa femme. Les visites fréquentes qu'il dut faire à ce digne magistrat dans son château de Sauguis (Soûle) durent l'amener à acquérir non loin de Sauguis une autre seigneurie du même pays de Soûle, celle de Trôis-Villes. Il l'acquit, en eflfet, par acte du 12 octobre 1607, au p^rix de 15,000 livres, de Bernard d'Echaus, fils d'Arnaud d'Ecttaus et d'Eléonore de Tardets. Elle se composait de deux maisons nobles : celle d'Eliçabide (ancienne abbaye laïque dont les restes subsistent encore) et celle de

(t) Voici les noms des témoins du second mariage de Peyré : Antoine de Monaix; d'Arudy, capitaine; Guilhcm de Dombidau; Louise de Sauguis; Charles d'Aramits; Bertrand de Sauguis, conseiller en Béarn. Jean de Parage, seigneur de Ledeuix ; Elre de Lambeye, seigneur do Geup; Jacques de Béarn, seigneur de Benassé; etc. (Arch. dép., B-11G9)

Casamajor ou maison principale. Elles ne firent, sûus sa main, qu'un seul et même domaine sous le nom générique de TrolS'VUles.

Trois-Villes, en basque Hlrur-hirl, est un joli petit village de 400 âmes environ, à deux kilomètres de Tardets, arrosé par le Saison et traversé par la route d'Oloron k Mauléon. Un titre latin de 1120 l'appelle Trium-Villamm, et un titre béarnais du xv« siècle Tres-Bielas, d'oii Tres-Villes et par corruption Tréville, Ce nom, peu justifié, vient des trois domaines ou tillds qui primitivement composaient toute la localité : les trois groupes de maisons de la commune déterminent encore aujourd'hui l'emplacement et l'étendue des trois premiers domaines. Trois-Villes ne figure pas dans un acte de 1455 qui fait rénumération de tous les. villages des environs; mais en 1520, Jeannot seigneur de Casamajor de Trois-Villes collaborait au recueil des Coutumes de Soûle, sous la direction de Jean d'Ibarrole, conseiller au parlement de Bordeaux et commissaire du roi de France aux fins d'arrêter et de publier les dites coutumes.

Arnaud-Jean, le fils aîné de Jean de Peyré et de Marie d'Aramits , avait huit ans quand ses parents vinrent se fixer à Trois-Villes. C'est là que, quatre ans après, il perdit son père. Celui-ci fut inhumé dans l'ancienne église, située devant le château actuel; mais plus tard on transporta son corps dans la nouvelle, dont nous parlerons plus bas. Par son testament du 21 juin 1611, il laissa par égales portions son domaine de Trois-Villes à ses trois enfants ; Pierre étant mort bientôt après, et Louise devant devenir plus tard l'épouse du baron de Lago, Arnaud-Jean finit par être l'unique héritier du titre de Trois-Villes avec tous ses droits et devoirs seigneuriaux.

Ce titre le vouait d'avance, comme tous les chefs de famille noble, à la carrière des armes. Son éducation fut plus sévère que brillante, mais on ne saurait douter qu't^lle ne fût solide : son avancement en est la meilleure preuve. Le Saison, qui coule aux pieds du château de Trois- Villes, élevé à côté de l'ancienne maison seigneuriale, dut lui servir d'école de natatipn: et les montagnes voisines lui offrirent mille moyens de s'habituer à la fatigue et de s'exercer à la course avec les rudes enfants des fivatiers ou tenanciers du château. Son cœur s'affectionna tellement à ce premier séjour de son apprentissage militaire, qu'il ne mourra qu'après en avoir fait un despibs glorieux comtés de la Gascogne.

Les lettres-patentes de Louis XIV, en date du mois d'octobre 1643, parlant des services rendus par lui pendant l'espace de trente ans au roi Louis XIII, il s'ensuit qu'il débuta dans sa carrière en 1613,. alors qu'il était âgé d'environ 14 ans. Incapable de porter encore les armes, il commença, croyons-nous, par être page du Roi, en attendant qu'il fût attaché à l'une de ces compagnies de cadets qui étaient une école militaire pour les jeunes gens de famille noble et pour l'Etat une pépinière de bons ofSiciers. En 1616 il était cadet au régiment des Gardes-Françaises, et l'année suivante il servait au siège de Soissons. Ce fut à cette époque sans doute qu'on lui changea le nom à! Arnaud en celui A' Armand, et que, conservant la prononciation béarnaise, il se laissa appeler TréviUe au lieu de Trois-Villes, nom qu'il prend cependant dans ses écrits. Nous ne le désignerons, nous, que sous ce dernier nom.

En 1622, Troisvilles, en récompense de la valeur dont il fit preuve au siège de Montauban, fut fait enseigne ou portedrapeau. Cotte même année Louis XIII institua dans sa garde

Casamajor ou maison principale. Elles ne firent, sûus main, qu'un seul et même domaine sous le nom génériq de TroiS'Villes.

Trois-Villes, en basque Hlrur-hlrl, est un joli petit villa* de 400 âmes environ, à deux kilomètres de Tardets, arro par le Saison et traversé par la route d'Oloron k Mauléon. l

>JÎ: titre latin de 1120 l'appelle Trlum-Villamm, et un titre bé£

*' nais du xv« siècle Tres-Btelas, d'oîi Très-Villes et par corrn

lion Tréville. Ce nom, peu justifié, vient des trois domain ou xillas qui primitivement composaient toute la localité : 1 trois groupes de maisons de la commune déterminent enco aujourd'hui l'emplacement et l'étendue des trois premiers d maines. Trois-Villes ne figure pas dans un acte de 1455 q fait rénumération de tous les. villages des environs; mais ( 1520, Jeannot seigneur de Casamajor de Trois-Villes coU borait au recueil des Coutumes de Soûle, sous la direction ( Si' Jean d'ibarrole, conseiller au parlement de Bordeaux

\^^ commissaire du roi de France aux fins d'arrêter et de publii

les dites coutumes.

Arnaud-Jean, le fils aîné de Jean de Peyré et de Mar d'Aramits , avait huit ans quand ses parents vinrent se fix< à Trois-Villes. C'est là que, quatre ans après, il perdit se père. Celui-ci fut inhumé dans l'ancienne église, située devai le château actuel ; mais plus tard on transporta son cor] dans la nouvelle, dont nous parlerons plus bas. Par son te tament du 21 juin 1611, il laissa par égales portions se domaine de Trois-Villes à ses trois enfants ; Pierre étant mo bientôt après, et Louise devant devenir plus tard l'époui du baron de Lago, Arnaud-Jean finit par être l'unique hét tier du titre de Trois-Villes avec tous ses droits et devoi seigneuriaux.

Ce titre le vouait d'avance, comme tous les chefs de famille noble, & la carrière des armes. Hou éducation fut plus sévère que brillante, mais on ne saurait douter qu'elle ne filt solide : âon avancement en est la meilleure preuve. l,e Maison, qui coule aux pieds du cliâteau de Trois-Villes, élevé k côté de l'ancienne maison seigneuriale, dut lui servir d'école de natation: et les montagnes voidines lui offrirent mille moyens de s'habituer à la fatigue et de s'exercer h la course avec les rudes enfants des fivatiers ou tenanciers du château. Son cœur 9'affectionna tellement à. ce premier séjrjur de son apprentissage militaire, qu'il ne mourra qu'après en avoir fait un des plus glorieux, comtés de la Gascogne.

Les lettres-patentes de Louis XIV, en date du mois d'octobre 1643, parlant des services rendus par lui pendant l'espace de trente ans au roi Louis XIII, il s'ensuit qu'il débuta dans sa carrière en 1613, alors qu'il était âgé d'environ 14 ans. Incapable de porter encore les armes, il commença, croyons-nous, par être page du Roi, en iittendant qu'il fût attaché k l'une de ces compagnies de cadett qui étaient une école militaire pour les jeunes gens de tamille noble et pour l'Ëtat une pépinière de bons ofSciers. En 1616 il était cadet au régiment des Gardes-Françaises, et l'année suivante il servait au siège de Soissons. Ce fut k cette époque sans doute qu'on lui changea le nom è:Afna.%d en celui ^Ârmaitd, et que, conservant la prononciation béarnaise, il se laissa appeler TritiUe au lieu de Trois-Vilies , nora qu'il prend cependant dans ses écrits. Nous ne le désignerons, nous, que sous ce dernier nora.

En 1622, Troisvilles, en récompense de la valeur dont il fit preuve au siège de Montauban, fut fait enseigne ou portedrapeau. Cette môme anoée Louis XIII institua dans sa garde

royale une compagnie d'élite destinée h une rare célébrité; noua vonlona parler do la compagnie lies Moiiiquelaires, ainsi nommés parce qu'ils eurent un mousquet en place de carabine. C'étaient tous des tî^ntilahommes. remartiuablea par leur force corporelle, pleins de courage, ardents -aax aventiires de toule.i sortes, mais pénétrés d'un dévoûment saiia borne pour la personne du Hoi. VÊtus d'une casaque grise, eâpèce de cotte-d'armes, coiffés d'un larg-e chapeau de feutre il plumet, ils montaient des clievaui blancs, et accompagnaient le roi, deux à deux, devant toutes les autres gardes. D'ailleurs, fortement disciplinée, la compagnie des cent mousquetaires ne tarda pas k se faire admirer pour eon esprit militaire, soit k l'armée, soit Ma cour, et l'on dit qu'elle donna de l'ombrage au cardinal Richelieu, qui s'entoura lui-même d'une garde de cent liommes aussi déterminés que ceux du Roi.

Ailmis aus mousquetaires k l'iîge de 23 ans, Troisvillea fut nommé soua-lieutenant en 1625, et capitaine-lieutenant le 3 octobre 1G34. Bien que Louis XIII se fût réservé à luimême le titre de capitaine de la compagnie, Troisvilles est désigné ordinairement comme capitaine, non dans les actes officiels, mais dans les mémoires du temps. Nous ne suivrons pas Troisvillea dans les expéditions auxquelles ilpritpartj non plus que dans les événements politiques où il fut mêlé ; nous ne décrirons pas même les traits de cette physionomie qu'une belle pointure du xvii* siècle nous conserve encore au château de Trois-Villes. Moins nous parlerons des prouesses de ses impétueux compagnons. Toutefois, parmi ces héros, nous distinguerons trois compatriotes du brave capitaine : ce sont : Aramits, Athos et Portos.

Aramis ou Aramits était uu jeune seigneur du village de ce nom, parent de Troisvilles par sa mère Marie d' Aramits. Athos, ainsi nommé d'nn village situé non loin de Sauveterre

de Béarn, était de la maison|des Sillëgfue, alors seigneurs de ce vîlioge (1). Quant h Portlios, il était, croit-on, du village de Lannes, près d*Aramits. La jeune noblesse du Béarn, qui à la suite de Henri IV s'était précipitée vers Paris, suivît plus encore ce courant depuis la campagne de Louis XIII dans nos contrées. Il paraît qu'elle faisait assez bien son

chemin à Tarmée et à la cour, comme pour justifier le bon mot d'Henri IV à son jardinier désolé : « Plantes-y des Béarnais, ils poussent partout. »

Troisvilles avait admirablement poussé; il jouissait de la feveur royale, et inspirait un certain effroi au premier ministre; mais il savait rester fidèle à son devoir. Un jour, à la cour, on voulut l'attirer dans un complot contre la personne de Richelieu, lui assurant que le roi n'y était pas étranger. « Tant que Son Eminence sera en sa charge, répondit le brave et sage capitaine, jamais je ne croirai qu'elle soit en défaveur près de S. M. Du reste, qu'on me donne des ordres par

écrit (2) » Cherchait-on un nouveau Vitry? d'Artagnan

ne craint pas de TafSirmer dans ses Mémoires. Quoi qu'il en soit, cette réponse à la fois prudente et fière était de nature à faire réfléchir Louis XIII; mais elle ne rassurait pas le premier ministre. Aussi celui-ci, reprenant son empire sur l'esprit versatile du roi, en obtint-il l'éloignement de Troisvilles de la cour.

(1) Adrien de Sillègue, seigneur d'Athos. — Jean de Sillègue, seigneur d'AutevieUe (dénombrement du xvii* siècle, B. 685). — Jean de SiUègue, seigneur d'Athos, reçu aux états de Béarn 1624-5. C. 709. — « Convoy, service et enterrement de défunt Armand Athos DautubieUe (sic) mousquetaire de la garde du roi, gentilhomme de Béarn, pris proche la Halle du Pré-aux-Clercs. » (Reg. mortuaires de Saint-Sulpice, 22 décembre 1645.) Voir le Diet. criL — Artagnan, autre compatriote et protégé de Troisvilles, était « de deux ou trois lieues » du pays de Porthos. (Voir ses Mémoires, l'« édit. p. 13-14).

(2) Papiers de famille.

Ce banaissement correspondit, croyons-nous, avecl' époque

du passage en Espagne de M'"" de Chevreuse, autre victime de la jalousie de Riehelieu, c'est-à-dire vers 1637, Nos preuves sont une lettre autograplie du 25 octobre 1637 de Louis XIII, la présence de Troisvilles le 25 octobre 1641, avec son procureur M' Brunet, d'abord au parquet et auditoire royal de la cour de la sénéchaussée de Lannes, puis, le 28 octobre de la même anuée, ii la maison seigneuriale de Trois- Villes, où il donne une procuration spéciale à Arnaud Lamoureux, chanoine d'Oloron (1).

Voici la lettre parfaitement conservée de Louis XIII et écrite de sa main : « M' de Trois-Villes, j'agrée bien volontiers les deux soldats en la sorte que vouh m'en avez escrit; c'est pourquoy vous les pouvez faire venir ou me les emmener quand vous reviendrez prèz de moy. Asseurez-vous aussy que je suis très satisfait des services que vous me rendrez de delà, et que je prie Dieu vous avoir, M' de Troisvilles, eu sa sainte garde.

4 Escrit, à Saint-Germain en laye, ce xxv" jour d'octobre 1637. Louia. »

Cette lettre supposerait qu'à cette époque TroisvUlas était déjt gouverneur de Mout-de-Maraan, Tursan, etc. 11 avait probablement reçu cette charge quand il fut éloigné de la cour. Ce qu'il y a de certain, c'est q u'au mois d'octobre 1643 il réunissait le titre de capitaine-lieutenant des mousquetaires à celui de gouverneur de Mont-de-Marsan. Il venait d'Stre rappelé fa. Paris à la mort de Richelieu, remplacé par le car-

(1| La procuration étuil relative, aux afTairss du domaine royal d« Saule, dont Troiavillea était devenu eagagiste le 30 mai 1G4I. C'est en vertu de cette procurattOQ que notre chanoine prit possession des chA,leMI, cours de justica etc., de Mauléon, de Lixarre; des églises de Berraute, da Chéraute [pour patronage); bois, vignes, moulins, elc, dépendante du domaine royal de Soûle.

<traél "liàizàlrhi. Le nôavéatu ministre ne fut ]^ 'étrito^ âù rappel fet h Tavaneement d? TroîsvîUes. Gâai-éî, loin d'oublier lô pays natal, tint h le rendre participant de aà gloire, et le village le plus inconnu jusqu'alors lui éùt uhé célébrité désormais impérissable.

Par lettres patentes du mois de mai 1633, Louis XIII avait déjà donné « à Armand-Jean de Peyré, sieur de Trois- Villes, gentilhomme de sa chambre, lieutenant de la compagnie des mousquetaires de sa garde, pour les grands et agréables services... pendant plus de vingt ans, tant dedans que hors le royaume, tous les droits et juridiction (haute, moyenne et basse) de la paroisse de Trois-Yilles, avec tous et un chacun des droits, prérogatives, prééminences, profits et émoluments... ; avec faculté de faire édifier les auditoires, prisons et fourches patibulaires..., détenir les séances ordinaires dé quinzaine en quinzaine, et les grandes assises quatre foiâ l'an à tels termes que bon lui semblerait, à la charge de foi et hommage, et que les appellations en matière criminelle ressortiraient au parlement de Bordeaux, et en matière civite au présidial de Dax... De plus, désirant décorer ledit lieu en faveur du sieur de Trois-Yilles, Sa Majesté avait créé et érigé au dit lieu ime foire aux jour et fête de saint Michel, et un marché de quinzaine en quinzaine le jour de samedi... »

Par nouvelles lettres patentes du mois d'octobre 1643, le môme « Armand-Jean de Peyré, chevalier, éSeuf de Trois- Villes, gentilhomme prdinaire de la chambre, gouverneur et sénéchal de Marsan, Tursan^Gavardan (1), capitaine àe la compagnie des mousquetaires, conseiller d'État, maréclud des

(1) Détachés du Béarn, par ëdit de 16a7, cei pay« avaient UfVrn ^tats particuliers.

camps et; armées du roi..., en considération des fidèles et recommandables services rendus... pendant trente ans... en plusieurs occasions importantes de dedans et dehors le royaume, ayant signalé la valeur de son zèle en divers combats, sièges de places et entreprises..., attaques de places rebelles du Languedoc... à la prise dupas de Suse, cause de toutes les victoires (de Louis XIV) en Italie, aux sièges et prises de Da..., Corbie, E..., Arras, Bapaume, et généralement en tous les voyages et descentes de guerre faits par le feu roi..., lequel tenait le sieur de Trois- Villes en très grande estime et recommandation..., obtint pour lui, ses héritiers, successeurs et ayants-droit, à perpétuité, la juridiction et justice haute, moyenne et basse... sur les bourgs, villages, paroisses, territoire de Montory, Barlanne, Haux, Laguinge, Restoue et Atherey (1), et de les incorporer à la justice de Trois-Villes, sans réserve, excepté la foi et hommage... Et pour décorer de plus en plus lesdits lieu, terre et seigneurie de T. V., de Tavis de la reine régente sa mère, Louis XIV créa et érigea ladite terre au nom et dignité de comté pour porter le nom de comté de Trois-Villes..,^ pour que le dit sieur de Trois-Villes, ensemble ses dits héritiers, tant ligne directe que collatérale et leurs ayant-cause, jouissent dudit titre et des mômes honneurs, prérogatives, etc., dont jouissent les autres comtés du royaume..., qu'ils puissent porter sur leurs armoiries et blasons les marques appartenant à la dite qualité (2). »

(1) Troisvilles avait acheté pour 16,000 liv. la baronnie de Montory, à laquelle se rattachaient ces terres, avec tous les droits de justice, de seigneurie, patronnage, etc., le 30 novembre 1638, de M. de Grammont comte de Guiehe.

(2) Les lettres de 1633 sont datées de Fontainebleau ; celles de 1643, de Paris. Tout en séparant Montory, etc., de la vicomte de Soûle, S. M. n'entendait pas « déroger aux droits et privilèges que les dits habitants des dits lieux ont gardés et possédés pendant qu'ils ont été sujets delà vicomte". »

Par autres lettres patentes de l'année 1646, Armand-Jean de Peyré eut droit de môme justice sur les bourgs et paroisses de Tardets, Abense, Alos, Cibas, Sunharette., Alçabehety, Etchebar, Lichans et Lie (1), et leur incorporation à la justice de comté de Trois- Villes.

En vertu de ces lettres, la terre de Trois- Villes devenait une petite souveraineté, où il ne manquait que le droit de ôaUre monnaie, et Arnaud-Jean de Peyré une sorte de viceroi. Les paroisses soumises à son tribunal étaient par le fait soustraites à la juridiction de la cour de Licharre. Afin de mieux saisir les conséquences de cette nouvelle organisation, il nous faut donner quelques détails sur Tétat administratif et judiciaire de la Soûle à cette époque.

Le pays de Soûle était placé sous l'autorité d'un lieutenant du Roi appelé gouverneur ou châtelain de Mauléon, ville capitale de cette province. Au pied de Mauléon, dans le village de Licharre, siégeait un tribunal, la cour de Licharre présidée par un lieutenant de robe longue qu'assistaient dix gentilshommes nommés poiestats, et au besoin tous les autres possesseurs de terres nobles domiciliés dans le pays. Les affaires politiques ou purement civiles relevaient du gouverneur; les procès étaient jugés par la cour de Licharre. Outre Mauléon, ville royale, il y avait six bourgs royaux : Sainte-Engrace, Tardets, Montory, Barcus, Cherautte et Domezain ; et dans chacun de ces bourgs existaient des Justices sudalternes. Les autres villages ou paroisses n'étaient pas sans un tribunal de simple police ; ils relevaient pour les affaires contentieuses de la cour de Licharre, qui relevait elle-même du parlement de Bordeaux. Les lettres royales, pour être favorables à M. de Trois villes, portaient

(1) Arnaud-Jean de Peyré venait d'a^'hetcr les patronages seigneuriaux de ces localités .

donc atteinte ans droits de la cour de Lioharre, dont elles r astreignaient notablement Tactiou et le ressort. Au point de vue de la hiérarchie féodale, elles élevaient le comté de Trois-Villes au-dessus de l'ancienne vicomte de la Soûle elle-même; cependant l'ambition du fougueux mousquetaire n'en parut pas satisfaite. Louis XllI, par uu édit du mois de mars 1639, ayaut mis en vente les domaines royaux ei s dans le.s ressorts des parlements de Bordeaux et de Toulouse, de Troisvilles, par acte du 30 mai 164!, devint «engagiste du domaine royal de la Soûle pour la somme de 40,00.0 fr., sous faculté de rachat perpétuel , mais ne pouvant être évincé qu'après remboursement du capital.

Dans l'adminiatratioD de la justice, comme dans le gouvernemeiit civil, le roi de France jouissait ordinairement de certains droits fiscaux. C'e.st ce qui constitunit ordinairament son domaine. S. M. percevait les revenus de ce domaine par des agents royaux ; d'autres fois il les cédait pour unesommo à un traitant qui les percevait ii ses risques et périls. C'est ainsi que de Troisvilles était devenu adjudicataire de b la vicojûté de Soûle avec ses appartenances et dépendances, consistant en justice haute, moyenne et basse ; autres justices subalternes et dépendantes ; château, géoUe, jardins, vignes, prés, bois, moulin, fief argent et grain pour les cidres, bailliages, sergeuteries, messugeries, port, péage?, litrages, terres cultes et incultes, Jigrières, castels, pâturages, parcours, glandage, herbages iiarticulièrement de Libarren, Lambarre, Erretsou; amendes, conflscatiou, lots, ventes, rachats, charriages, droits de pauvres et de prélation, tributs, pastières moutons Lavari, bedats; nomination aux béaéficesj ofBce.set autres droits seigneuriaux, et généralement tous les droits, exprimés et non exprimés, dépendant dudit vicomte, sans rien réserver à la réserve des charges locales dudit vicomte. •»

Bn vertu d*une procuration spéciale reçue & Trois-Vîllés, le 25 octobre 1641, des mains de Tengagriste en personne, Ârn. Lamoureux, abbé de la Réelle et chanoine d'Oloron, assisté de l'avocat Béloscar, commissaire délégué, de Tristan de Luxe, de Pierre de Garricoche, prêtres de Tatdiets et de Trois-Yilles, etc., voulut prendre possession^ de la cour de Licharre, des justices subalternes, du chftteau de Mauléon, des honneurs et prééminences des églises de Berraute, des moulins de Mauléon et d'Idaux, des bois dé Libarreû et de Betsou, etc. ; mais Armand de Belsunce gouvernetirde Soûle ; Henri de Gramontde Toulongeou son successeur, les officiers de Mauléon, de Licharre, parmi lesquels il faut citer les deux de Bêla, Isaac potestat de Chéraute, Jacques bailli de Mauléon, Jacques de Brosser lieutenant de robe longue, Charles d'Etchart procureur du roi, Arnaud d'Oyhenart, Basile Bonnecase, en un mot tout le pays réuni dans rassemblée des états au lieu dit de Siltiet, s'opposa avec la dernière énergie & l'exécution des lettres du 30 mai 1641, de celles de 1643 et de 1646, en ce qu'elles tendaient & soustraire 14 paroisses à la juridiction de la cour de Licharre.

On voulut vaincre la résistance opiniâtre de nos Souletins. C'est pourquoi Poyanne reçut, le 9 octobre 1642, l'ordre d'occuper le château de Mauléon, dont le procureur fondé d'Arnaud-Jerni de Peyré n'avait pu prendre possession que « par la vue d'icelui » : deux mois après il reçut celui de le démolir. 11 y eut des emprunts considérables ' pour le rachat du domaine par le pays lui-même, on fit des députations à Paris^ auprès de « l'Illustrissime Monseigneur de Troisvilles» et auprès S. M. (1). Un arrêt du conseil

(1) Firent partie de ces députations. Basile de Bonnecase, avocat, Arn. d'Oyhenart, syndic du Tiers-Etat; Dominique de Chaboix, docteur en théologie, commandeur d'Ordiarp; de Conget, curé de TÀrdets; etc.

d'Btat^ an date du l*' juin I6589 reconnut au comte de TrolAvIUe» la faculté d'établir des ofOlciers, sans néanmoins pouvoir augmenter le nombre des juges et des judicaturea. Cet arrât» et surtout la promesse réitérée de M. de TroUvIllis de respecter les us et coutumes du pays, amenèrent un peu de calme dans les esprits. Troisvilles put mfime venir, cette année, dans sa maison seigneuriale ; maU les débats et les violences recommencèrent et finirent par un soulèvement presque général des paysans de la Soûle (1661), sous les ordres du curé de MoncayoUe, nommé Matelas (1). Entin, le roi racheta lui-môme le domaine royal de Soûle à M. de Troisvilles en 1671, et cette même année, aumois d*aoùt, celui-ci acheta du duc de Montmorency, héritier du seigneur de Luxe, la terre noble et baronnie de 'fardets ^2)* Mais il nous faut revenir sur nos pas.

Le tUs du marchand vrOloron était doue devenu comte, et son comté de Trois -VUle5>. formé par quatorze seigneuries, avait pris^ rang t>armi le;? comtés de la France. II avait donné 18>000 Uv. à sa sœur Louise, lors de sou mariage^ le 12 avril 1636» avec Jacques de Mériteiu de Lago. baron de Gajrosse, sieur de Peyré i,ea Chalosse^ et d\\rbus 'en Béara ) : c était une b^e aU2aQce> car Ies> >téritela étaient aUiés aux !^avtûUee, qui sortaient des anciens vicomtes de Béarn. et La baroBoaiedieG^cosse était Tune des douze grandes baronnies du Béant. Amaitd^ean de Peyré n'assista pas à ce mariu^* béni dans^ fi^lise de Trois-Villes par «M'* Jean 5onnan.t&.

I. Voir la rîn Jececte révolte, V Fasc. «jaierit?. .\:-i. ie Maytie.

i) Il Le<i^ acquit pour la :$oaiaiti ia I10jlo«} :'r. ie Fraovtjis^enri 'lu XloacQioir^acy, àuo ie Lux«ntK>ui';;p 'H îtî ^ a èiHjusii, iamti Bonne «ie Liix^uiboui'g.. Lo contrat r'ui t>«ààoë .i Paiib^ le i:* :ewîtr 1^71.

prestre prébendier h Bagne res en Bigorre...., avec la permission de M* Sans de Luxe, recteur dudit lieu... » Ce qui nous fait croire qu'en 1636 il n'avait pas | encore quitté la cour par l'influence de Richelieu (1). — Louise ne donna à Jacques de Lago qu'une fille, Marie-Magdeleine, qui en 1653 épousa au château de Peyré (Chalosse) Jean-Jacques de Montréal, baron de Monein, etc. (Voir la gt^néalogie des Montréal, 3- fascicule.)

Q .ant h lui-même, il s'était uni en mar.age, le 1 ' février 1637, avec Anne de Guillon, sœur d'Antoine de Guillon de Richebourg et de François de Guillon des Essarts. De ce mariage, il eut deux fils, Armand-Jean (1639) et Henri-Joseph (décembre 1641). Indépendamment de ces deux fils, dont nous parlerons plus tard, il avait une fille naturelle, Françoise, qui, le 30 août 1658, épousa dans l'église de Trois-Villes Pierre Thomas de Conget, écuyer et potestat d'Ossas. Le comte de Troisvilles assista à ce mariage ; il venait de quitter la capitale, après avoir énergiquement protesté contre le premier ministre. Mais n'anticipons pas.

Nous avons dit qu'à la mort de Richelieu (1642), de Troisvilles avait été rappelé à la cour pour y reprendre sous le roi mineur (Louis XIV) la place qu'il avait eue sous Louis XIII. A n'en juger même que par les lettres-patentes que nous avons analysées, son crédit y fut considérable, et cependant son étoile devait pâlir de nouveau. La lettre suivante de Ch de Lataulade, baron de Laas, à Poyanne, en date du 20 janvier 1646, nous apprend en effet la seconde disgrâce de notre célèbre mousquetaire.

« Monsieur, vous apprendrez par celle-cy deux choses, qui vous surprendront. La première, c'est la disgrâce de

(1) Le 25 (Icrcmbre de l.i même année, le roi lui dunna un brevet do maréchal des canips.

Tresviiles; et comme la compafîiiie des mousquetaires est cassée, il a refusé le g'ouvernement de Foex pour récompense, et a repondeu à la Reyne qu'il voullet coura la uiesme fortune que ses compaignona ; que si lu disgrâce estoit générale, qu'il ne voullet nul bienfet de S. M. La bonté de Son Eminence est intervenue sur ce refus et luy a fet dire par M. de Tilladet qu'il lui conseillet de prendre ledit gouvernement et que, pour ce qui regardait ses otSssiers, M, le Thelhier avet ordre de régler leur recompense » (1).

Voici comment M. de Trois-Villes raconte cette affaire; le lecteur nous pardonnera cet exposé, qui ne manque pas d'importance;

Le 27 janvier 1646, M. de Tilladet vint, au nom du cardinal Mazarin, l'informer du projet de licenciement de sa compagnie, projet dont l'exécution n'avait été différée que par considération pour sou capitaine, et lui offrir le goiiverneraeut du paya de Foix, Il répondit que, puisque S. Era. le jugeait indigne de continuer sa charge, il ne voulait plus commander; puis il pria, eu particulier, le mandataire de se aouveuir de sa mission, parce qu'un jour il pourrait l'appeler en témoignage devant S. M. Le môme jour, étant allé au palais royal recevoir l'ordre de la reine, elle lui donna rendez-vous au palais pour le lendemain, 11 heures du matin. .S. M., après avoir loué ses servicea, ceux de sa compagnie, lui fit part de son projet de la licencier, et, promettant de récompenser les autres officiers, lui offrit le gouvernement de Fois, Il la supplia de se souvenir de ses compagnons, mais de ne pas songer h lui. — « Quoi ! Trois- Villes, » dit la reine, «vous me refusez une charge que <i M. d'Orléans m'a demandée avec tant d'empressement? t. Il la pria de croire qu'il n'entendait pas lui « faire un refus.

III Rei'ue de Gatt.. I. Zl, p. 1

mais que dans cette rencontre il ne pouvait que recevoir de la main droite et lui remettre de la gauche, qu'il voulait passer plutôt pour gentilhomme à demi-aisé que grand seigneur mal aisé. »

Le môme jour, sur le tard, on lui dépêcha ordre de licencier sa compagnie ; sur sa réponse que ce n'était dans Tordre que le capitaine le fît, N. Quentin vint avec les ordres du roi; de Troîsvilles alla au quartier recevoir le môme traitement que ses compagnons. Selon les ordres du roi, les armes et casaques ayant été portées dans la garde-robe de S. M., il alla informer la reine de l'exécution ponctuelle de ses ordres. Elle lui parla encore du gouvernement de Foix, mais il répondit ne pouvoir l'accepter pour les « répons déjà dits. » Dix jours après, la réponse fut la même à M. Le Tellier, qui vint le trouver encore de la part de la reine. Dix jours après, c'était le tour de M. le comte de Trennes : sur l'ordre du cardinal, il venait le presser d'accepter la même charge; sur son nouveau refus, le mandataire lui ayant fait observer qu'un jour S. M. pourrait le lui reprocher, Troisvilles accepta la dite charge pour le service du roi à la condition de la garder jusqu'au jour où il pourrait faire parvenir sa plainte jusqu'au roi. » Alors M. de Trennes lui annonça que S. M., voulant venir au secours de « sa pauvreté, » lui promettait 50,000 liv. pour se mettre en équipage et aller prendre possession de son emploi. Mais au lieu de trouver chez M. Marlin ou M. Le Tellier de l'argent comptant, corne on le lui avait fait espérer, il reçut de ce dernier une ordonnance de 50,000 liv. qu'il lui délivra en son nom privé, avec promesse de paiement à son retour; ce qui le contraignit & emprunter cette somme. Après son voyage, deux fois il se présenta sans succès chez M. Le Tellier ; « poussé par « la nécessité des affaires, » il dut aller trouver le cardinal, qui, touché de compassion, lui fit donner 10,000 écus comp-

tant par un nommé Cantaring', son banquier, avec promesse de lui faire le reste à bref délai. Quelque temps après. M™' de Troisvilles, par Tintermédiaire de Besnaus , capitaine des gardes de S. Em., lui faisait rappeler sa promesse...; mais la vérité est qu'il ne reçut rien et que ses « ordonnances se trouvaient perdues en 1656. »

Le... du mois de janvier de cette année, Mazarin manda chez lui Troisvilles par l'intermédiaire de Besnaus. A son entrée dans la chambre du cardinal, celui-ci, allant au devant du brave capitaine, lui dit que S. M. voulait rétablir la compagnie des mousquetaires et était résolue à la confier h M. de Machiny, son neveu. Troisvilles répondit que la nouvelle le surprenait; qu'il croyait que S. M. lui ferait l'honneur de le placer h la tête de cette compagnie, lui qui

en était le véritable capitaine. Le cardinal l'assura que S. M. était décidée à nommer M. de Machiny, mais que s'il voulait « donner les mains à ce que son neveu fût pourvu de cette charge, il l'obligerait bien. » N'ayant qu'à se soumettre à la volonté du roi, Troisvilles promit d'y consentir, puisque S. Em. <i le souhaitait bien fort».., à condition qu'il mît son bien et son honneur h couvert. Sur sa promesse de pourvoir à l'un et à l'autre, Troisvilles se retira chez lui, espérant recevoir bientôt des nouvelles de son obligé; mais, tout au contraire, il apprit que Mazarin avait assuré à S. M. et h toute la cour « qu'il avait satisfait Troisvilles, et qu'il était en instance auprès du roi pour lui faire signer les lettres de commission en faveur de son neveu. »

Le manuscrit du brave capitaine, dont nous venons de résumer le long exposé, prend ici la forme d'une requête adressée au roi, et il poursuit en disant « que S. M. n'a accoutumé de pourvoir aux charges, qu'à raison de desservices, de décès ou de démission.

«Or : 1° pour infidélité, il n'y a pas, dit-il, homme du monde.

pas môme ses ennemis personnels, qui paissent l'en accuser depuis 48 ans qu'il a Thonneur d'être au service de S. M. ou de son auguste père; 2® pour décès, il se porte bien, et il est en état de servir S. M. aussi fidèlement que homme de son royaume et avec la môme affection que par le passé : 3 • pour démission, il ne Ta jamais donnée, mais promis de la donner à condition de mettre à couvert son bien et son honneur.... » Nous ignorons si Troisvilles adressa au roi ce placet , dont il nous a conservé le projet ou la copie dans les archives de son château de Trois-Villes (près Tardets); mais voici une noble protestation, qu il écrivit, signa de sa main, et que, cachetée, scellée du sceau de ses armes (1), il remit en son hôtel de Troisvilles, rue du Tournon, le 5 mai 1657, en présence de témoins, à un notaire dont nous n'avons pu lire la signature :

« Je soussigné, Arnaud-Jean de Peyré, sieur de Troisvilles, capitaine-lieustenant de la compagnie des mousquetaires à cheval de la garde du Roy, proteste de nulité des provisions qu'a obtenues ou pourra obtenir cy-après le sieur de machiny, nepveu de monsieur le cardinal Mazariny, de ma dite charge, que ledit sieur cardinal son oncle a faict donner par S. M. au commencement du mois de ienvier dernier passé, non sulement & mon preiudice qui en suis le vray et véritable officier, mais encore sens mon sçu, aient pour ce faire ledit sieur cardinal présuposé au Roy et à toute la cour ce qu'il luy a pieu, mesme assuré hautement qu'il m'avoit contenté et

(1) Le sceau est surmonté de la couronne comtale; son empreinte, parfaitement conservée sur plusieurs cachets de cire rouge, est entièrement conforme aux armes qu'on trouve sur deux tableaux de Téglise de Trois-Villes et sur deux autres gardes dans l'ancienne église de Tardets, savoir : d'azur à trois aiglons (?; d'or, 2 et 1, avec une palme de mémo posée en fasce contre les deux aiglons du chef et celui de la pointe.

recompancé largement, et que ie consentois de donner ma demition, volonterement, ce qui est contre la vérité; laquelle dite compag'nie ledit sieur cardinal a faict licensier, il a onze ans, pour m'esloing-ner du près de la personne du Roy, comme toute la France sait, et d'autant que ladite compagnie est présentement sur pie et rend le service, commandée par ledit sieur de machiny, ledit sieur cardinal cognoissent bien que ledit sieur de machiny ne peut ny ne sauroit conserver ma dite charge, s'il n'a ma démision : il me presse de la donner, et me force de prendre malgré moy comme pour recompanse ce qu'il luy plait de me donner, qui sont chosses très inégales à la valeur de ma dite charge et partie dequelles ie posède de puis long temps, et faute de ce faire il me menasse de ma ruine entière et de celle de ma famille, laquelle despant absolument dudit sieur cardinal se prévalant du pouvoir et de l'autorité que le Roy luy a faict l'honneur de luy cunfiaier, ce qui m'oblige de protester de mesme nulité de ma dite demition qu'il extorque de moy par force et violance, laquelle ie suis constraint de faire pour éviter ma ruine comme dit est, et partant ie proteste que le tout ne me pourra nuire ny préiudisier et d'avoir recours à la ieustice du Roy ausy tost que iy pourre avoier avec liure pour linformer de la peure vérité et du tort que Ton me fait et pour me faire par ladite Maiesté restablir et remaistre en posesion de ma dite charge avec restitution des estats et s^oinctements qui y sont deus, ledit sieur de Machiny aura pris et perseu, et iay cependent escrit et signé les présentes protestations pour me servir et valouer en temps et lieu, lesquelles ie voulu faire recognoistre par devant notaire clauses et cachetées, comme sy c'estoit mon testament ne le pouvant faire austrement recognoistre, et aussy est une attestation véritable de ma volonté, de mes intentions et de la violence que ie souffre, faict, à paris, ce cinquième may mil six cents sinquente et sept. Troisvillbs. »

Cinq aQfi:8vant cette énergique protestation, Troisyilles recevaiit 46 la régente la lettre suivante :

« M'. <te Troisvilles, vous avez donné en tout temps et en tous lieux des preuves éclatantes de votre fidélité et de votre zèle au service du Roy, qu*il ne doute point que vous ne teniez ce que vous me promettez par votre lettre, qui est de n'en manquer jamais. Et comme je pense vous avoir faict cognoistre Testime singulière que il faict de votre personne, je n'ay pas peine & croire que vous n'ayiez aussi toute Taffectkm que vous me témoignez pour mes intérêts personnels : vous pouvez en échange faire estât certain de la continuation de la mienne et qu'il ne se présentera point d'occasion de TOUS en faire recevoir des effets qu'elle ne l'embrasse avec joye. C'est de quoy je désire que vous soyez vivement persuadé, pendant que je prie Dieu vous avoir, Monsieur de Troisvilles, en sa sainte garde. En service, à Poitiers, le 19 décembre 1652 (1). Annb. »

^A M. de Troisvilles, gouverneur du pays de Foix, »

Nous ignorons les suites de la protestation de Troisvilles^ en date du 5 mai 1657, et de son placet au roi; ce que nous savons c'est que le 6 mai 1657, c'est-à-dire le lendemain du jour où il déposa cette première pièce entre les mains de notaire, son flls flenri-Joseph obtint un brevet de cornette des mousquetaires h cheval, et que lui-même fut nommé, le 1" janvier 1658, chevalier des ordres du roi. Troisvilles avait quitté pour lors la capitale, car il est dit qu'il mourut sans avoir été reçu (2); et le 30 août de cette même année on le trouve, à Troisvilles, au mariage de sa fille naturelle Frangoise av^c Thomas de Conget. Dès-lors il dut s'occuper de

0) Piqpiârs de famille.

m J^. fHti. «rtf; d$ béogr. et d'hiéê. p. 1202.

la construction de son beau chitteau de Trois-Villes, bâti en 1660-3 sur un plan donné par ^Iinsart. Il s'élève à côté dé remplacement de l'ancienne maison seigneuriale , dont encore au pays on lui donne le nom. Les travaux touchaient à la fin quand Louis XIV, par une lettre en date du 11 mars 1663, manda Troisville> h Paris pour donner connaissance des faicts et des difficultés qu'il avait avec M. le comte de Toulongeon. » Ces difficultés avaient pour objet les affaires du domaine de la Soûle.

Nous ne saurions affirmer si Troisvilles se rendit auprès de S M., puisqu'il mourut sans avoir été reçu chevalier des ordres du roi; mais il est certain que depuis cette époque il fit de son nouveau cliàteau le lieu de sa résidence ordinaire. Il y mourut le 8 mai 1672, et son corps fut inhumé le lendemain dans l'église actuelle de Trois-Villes, ainsi qu'il conste de l'acte suivant :

« L'an 1672 et le 8 may Arman-Jean de Peyré. comte de Troisvilles, gouverneur général pour le Roy à la province de Foix, estdécédé entre dix et onze heures du matin, après avoir reçu les sacrements de l'Eglise et en communion des fidèles. Son corps est en sépulcre dans la nouvelle église paroissiale de Trois -Villes, le 9 may audit an 1672, auquel jour ladite église fut bénite par moy soussigné, par ordre et commission de Monseigneur évêque d'Oloron (A.m.-Fran. de Maytie). En foy de quoy, je soussigné : de Garacotchb, prostré et recteur de Trois- Villes. (Extr. du regist. D. de la par. de T.-V.)

Troisvilles laissa à sa mort ses deux fils Armand-Jean et Henri-Joseph héritiers de son nom et de ses biens.

L'aîné avait reçu le 7 mars 1653, à l'âge de 14 ans, la tonsure des mains de M^ de Gondi, archevêque de Paris, dans

lac hapelle même du palais archiépiscopal. Nommé par bulles d\Uexandre VIE, eu date des calendes du mois de juillet 1657, abbé commendataire de Tabbaye de Notre-Dame de Moustier-en-Der, de Tordre de Saint-Beuoît (diocèse de Châ- Ions), il en prit possession par son procureur Jean Tabourin, curé de Vignes, du même diocèse (1). On rappelait abbé de Troisvilles, auquel titre il joignit en 1676 celui de gouverneur de Soûle et de sénéchal de Navarre. 11 avait acheté cette charge du comte de Toulongeon, et la revendit en 1681 à son cousin Jean-Armand de Montréal marquis de Moneins. Il mourut en 1700 dans son hôtel de Troisvilles de la rue du Tournon, paroisse de Saint-Sulpice, après avoir laissé tous ses biens à son frère.

Henri-Joseph, célibataire comme son frère, portait le titre de comte de Troisvilles. Nous Tavons vu obtenir un brevet de cornette de la 1»^® compagnie des mousquetaires Je la garde royale le 6 myi 1657. Il arriva même, croyons-nous,

(1) Les abbayes et monastères se donnaient ainsi pour abbés des princes et autres personnalises afin de se mettre sous leur haute protection.

Voici ce qu'on lit dans la Gallia chiistiana, t. 9, p. 923, sur les abbés du monastère de Moustier-en-Der.

« LVMI. — Henricus de Lorraine... abdicavit an. 1641.

« LIX. — Antonius de Guillon aut d'Eguillon occurrit an. 1643

^ LX. — Jacobus aliis Franciscus Ilancher, filius Antonii Domini de la Foucaudière..., reperitur an. 1654.

« LXL — Jacobus Rancher, superioris ut videtur ex fratre ncpos, prœerat an. 1654.

« LXIL — Joannes-Armandùs de Peyre de Troisvilles, avunculum excepit monachosque congregationi sancti Vittonis reformatos in monastcrium induxit an. 1659. Abbatiam tenuit 43 annos, defùnctus pridiè nonos Novembris an. 1700, scptuagenario major, conditusque in choro. »

Septuagenario major l c'est une erreur. Arm.-Jean était ni' en 1639; il fallait donc ttxagenario major.

. h obtenir d'autres charges dans la cour ; mais, s' étant bientôt démis de toutes, il vécut dans Tintimité avec les solitaires do Port-Royal et se fit un nom parmi les hommes d'esprit de son temps. Il mourut en 1708, après avoir laissé Joan*Armand de Montréal, marquis de Moneins, héritier de tous ses biens, titres et prérogatives.

Le chftteau et le domaine du brave capitaine des mousquetaires appartiennent aujourd'hui à M. le comte Rogner de MontréaK Taîné des quatre enfants de Clément de Montréal, arrière-petit-tils de Jean-Ârmand marquis de Moneins (1).

uo^^^ ic ,Mi la'jiii.* n illiai: ïia'jîc p^iiud*». iT *!■- . i ; '.i-iUv-n îe* r-n*îi-

xvm

Henrî de Sponde, évêque !>e Pamïers

f^ir sapiens plehem suam erudit et fructus siiisuf ibië$ Meif* inM.

L'hQwna ^e insicuit U pe^ivle et le (ruit (Je sa sagesse est stable et fidd^.

Voici les tifrmjBs d^p3 J^squi^le Heari da gpj^ndfi pQj^s »p- 1 rend sa nai3sauce dai^s le trx)i^ième \oj(^q de ses 4n^l^9

« L'an de «ostre seJgnjçur 1568, ripdiçtwn 2«, le jour .dfis Boys, nous nacquinjes h ^Jalléoû de *^ol(e d'Enée (Ipigo) Deçponde, secrétaire de ^ Peyijiç de Navft^ru et de Sauvée de Hoste (Sauyade de Ho^t/ï) fiUe de jtfgrtf^e de Pwopeljji^e, çt nous fusmes bap.^9é à Saint-Pélajje (Saipt-P^l^i*) datant ^ troM lieujes dejiijléon, etoQp pûmes poyjr p#rrw9 ie prince Henry, fils de ia ReyQe Jei^ppe qui fUjt depuis ^çpxyTle?- Grand, roi de France, et qui çp^tr^i^ijt pptre père (jbe qqu^ faire porter là, li^i envoyant ime trpupe de açl^ftJs p^ir çs^ çprj^e. ;>

Enée ou Enecot de Sponde, conseiller et secrétaire de la reine de Navarre, de la trop fameuse Jeanne d'Albret, avait embrassé chaudement Thérésie de Calvin, et mourut dans un horrible camagfe assassiné par les ligueurs & Saint- Palais. ^D^aturellemeot, ses deux fils Jean et Henri avaient été élevéa d9:ns les mêpies erreurs.

Jean, né à Mauléon en 1557, fit son éducation aux îm\B de l'Etat h rUnlversité de Bâle, et devint successivameot lieutenant-général de la sénéchaussée de la Rochelle et maître

d^ê requêtes. Il est auteur d'une version latine d'Homère et des Jown et travaux d'Hésiode (1). Converti au catholicisme après le meurtre de son père, il employa mieux ses loisirs; il publia une excellente réponse au traité de Bèze sur les marques de TEglise, et mourut en 1595.

Henri fut un travailleur infatigable. Doué d'une aptitude et d'un goût rare pour les lettres, il fit des progrès rapides dans l'étude des langues latine et grecque, qu'il connut à fond : il apprit celle d'Ecosse en un seul voyage qu'il fit dans ce royaume avec Guillaume-Saluste de Barras, ambassadeur de France. Ce fut au retour de ce voyage qu'il fut nommé maître des requêtes et qu'il reçut en don une robe rouge de Catherine, régente de Navarre. Dans cette nouvelle charge il se livra avec ardeur à l'étude du droit canon et civil ; il ep remplissait les fonctions avec une distinction rare, quand, . charmé par la lecture des livres des Controverses des cardinaux du Perron çt Bellarmin, et, il faut le dire aussi, entraîné par l'exemple de son frère Jean, qui venait d'abjurer l'hérésie, il quitta les erreurs de la secte en 1595.

L'année suivante il publia en français et en latin, [contre les sectaires, son livre De Cœmeteriis sacris, ouvrage plein d'une vaste érudition. En 1600 il accompagna le cardinal de Sourdis à Rome; il y passa cinq années qu'il mit à profit, puisque cet espace de temps lui sufiit pour arriver au sacer-

(1) Cet engouement pour les auteurs païens se comprend chez un disciple de Luther; mais ce qui est étrange, c'est qu'après dix-neuf siècles de christianisme, notre jeunesse, ignorant presque complètement TEcriture sainte, l'histoire de l'Eglise, le« ouvrages des Pères, cette belle littérature chrétienne avec ce qu'elle a de supériorité morale, soit condamnée à débrouiller le chaos de la mythologie grecque, les aventures des dieux de l'Olympe. Origène dit : « 11 faut louer Platon, qui a exclu de sa république Homère et les auteurs de poèmes semblables aux siens comme corrupteurs de la jeunesse. »

doce et & la charge de pronotaire et de récoguiteur de la bibliothèque apostolique. Son temps fut partagé entre les occupation? de sa charge et l'étude de l'histoire de TEglise. C'est là qu'il travailla à l'abrégé des Annales de ,Baronius5 qu'il continua d'abord jusqu'à l'an 1600, puis jusqu'en 1640. Dans le but de compléter cet ouvrage, il travailla aux Annales de r Ancien-Testament ; c'était offrir une liistoire non interrompue de la religion. Ce ne sont pas là tous les travaux de notre infatigable compatriote; on a de lui la Déclaration dès principaux motifs qui induisirent Jean de Sponde à s'unir à V Eglise Catholique, Apostoliqite et Romaine, et plusieurs autres ouvrages.

Ses savants travaux et ses éniinentes qualités le firent désigner à Louis XIII pour l'évêché de Pamiers. Henri de Sponde n'était pas sans avoir des ennemis; il n'y a que la médiocrité qui n'en ait point. D'accord avec ses anciens coreligionnaires, ils l'acusaient d'avoir abjuré par ambition. Aussi, voulant briser cette arme dans leurs mains, de Sponde refusa opiniâtrement les honneurs de l'épiscopat; il ne fallut rien moins qu'un ordre formel d'Urbain VIII pour les lui faire accepter. Cela eut lieu en 1622.

Nul ne connaissait mieux que notre pieux et savant prélat les malheurs et les suites funestes de l'hérésie calviniste ; aussi n'épargna-t-il rien pour éclairer les sectaires nombreux dans son diocèse. Son zèle persévérant fut couronné du plus grand succès : plus de treize cents rentrèrent dans le giron de l'Eglise. Bien différents de ces hommes qui attachent tout le bien à leur personnalité, au risque de laisser la ruine et le désordre à leur mort, de Sponde voulut perpétuer le bien de ses ouailles, par des dons particuliers qu'il sut provoquer et par une pension annuelle qu il obtint des états de Navarre. Il établit dans son diocèse une congrégation ecclésiastique; fonda des séminaires, des maisons religieuses, ces grands et

puissants foyers de prière et de prédication. En un mot, par la sagesse dé son administration, aussi bien que par ses gi4inds travaux, Henri de Sponde mérita lés éloges des papes' l'amitié de son roi, Tafféctlon de ses ouailles, affection qui surTé<mt à sa mort, arrivée le 28 mai 1643. Il était âgé de 75 ans.

D'une belle gravure trouvée dans un de ses ouvrages, on a tiré quelques photographies gardées religieusement dans quelques comnmnautés et maisons particulières du Pays ëasque. Le prélat y est représenté en camail, avec le grand col blanc de Tépoque et une partie de sa barbe. Sous des traits fatignés par l'étude et les années, on reconnaît toute la finesse du Souletin, une des qualités de ce peuple. Au bas du tableau, on voit ses armes savoir : écartelé aux 1 et 4 d'âettr à deux poissons posés en fasce et sens contraire ; aèx 2 et 3 de gueules à une croix d'or sur un tertre de même et entrelacée en cœur d'une couronne d'épines de Mbie.

Le 1« juillet 1576, Arnaud de Sponde, chanoine de l'église iitétropolitâine de Saint-André de Bordeaux, assista dans la maison de Berterrèche dé Menditte au contrat de mariage de son neveu Keire Domee avec Marie Puj-anne « damoiselle « primo- gérii te héritière et successeresse de la maison noble « de Berterretche de Menditte. » Au même acte figura Gratian Sarthanchu, curé de Mauléon.

{âmmU. Spond,; Qall. Ckrist.; Poeydavant ; Arch. dép. ; manusc.)

— IW —

Jean de Leissarrague de Briscous

vers le milieu du x\i* siècle.

SttUtiiin hftminis svpplnittat egressus t'Ju» : et contra Deum fervct animo tmo.

La folio do rhommo lui fait prendre uno fauASir? route ; ot quand il ne réussit pas, il brùie on son copur contre Dieu.

(Prov., 19, 3. )

Veillet (1) dît avoir vu une lettre du 23 mai 1565 à Antoine de Gramoùt, lieutenant-générftl de Jeanne d'Albret, dans laquelle eeUte reine lui mandait « qu'elle voulait que lé ministre ordonné pour Saint -Palais pi*ôcKât au moins les dimanches tant dans l'église qu'en autres lieux où bon lui semblerait, et que le vice-chancelier et les conseillers de la chancellerie oeUkolique assistassent au prêche sous peine de suspension de leurs charges ; exhortant le seigiietir de Gramont d'y procéder avec dextérité, elle défendait d'appeler « aucun religieux pour prêcher. » La liberté des sectaires n*a jamais été autre. Telle est aussi celle de nos francsmaçons et libres-penseurs.

Jeanne d'Albret fut encore plus heureuse pour la Bastide- Clairence : elle y trouva un homme vénal, un de ces lâches apostats prêts à servir tour à tour ou simultanément Dieu et le diable, à la condition d'en retirer quelque profit pour euxmêmes. Heureusement qu'aux plus mauvais jours de l'Eglise de pareils exemples ont été plus que rares dans le clergé basque.

Jean de Leissarrague ou Lissarrague, de la maison de ce

(1) Ch. 24.

nom à Briscous, quoique né de parents chrétiens et prêtre, entendit sans doute embrasser l'erreur calviniste tout en restant romain ou papiste. Le malheureux apostat, curé de La Bastide-Clairence, ne rougissait pas de faire successivement dans son église les offices à la romaùie pour les catholiques et à la hugnenote pour quelques ouailles perverties à l'exemple du pasteur. Il occupait ce poste quand, sur Tinjonction de la fanatique reine, il traduisit en basque le Nouveau-Testament, le catéchisme et les prières dont on se servait à Genève.

Jean de Briscous, car c'est le nom que notre traducteur calviniste aimait à prendre, finit par devenir Tapôtre et le champion de la nouvelle hérésie dans la partie nord-ouest de la Basse-Navarre. Nous savons qu'à l'exception de quelques perjsonnes inconscientes de sa ville, qu'il aimait, paraît-il, à catéchiser, il ne réussit guère à faire des prosélytes. Nous ignorons si le malheureux prêtre eut le temps de se reconnaître et de réparer son scandale avant d'aller paraître devant le Juge suprême. « La folie ou l'orgueil, dit le Sage, lui fait prendr-i une fausse route, et, dans son insuccès, il brûle en son cœur contre Dieu. »

Le bienheureux Majorga

de Saint- Jcan-|iic(i-(ic-|K>it (1533- 1570^

Ctim incidcrit HvrtssitaSf ut (ii»vv.dcrv h l)to ciKjamur; nullut nos met us, unit ut tt'rrnr iuflevtat^ qiitmihms traditam iiobis fidem custodiamHS.

Quiiiul le t(ni|ii) d() réprouve sur\'i(Mt(, ot (ju'on veut nous rontraiiulro d'abnndonner Dieu, no. nous Ifiissons abattre ni p.r la crainto ni |Kir la tcrrrur, et n'abandonnons pas la foi (|ui nouà a i'*to transmise.

LACnPANCK.)

Ce d'est point le lieu d'examiner les progrès de l'hérésie calviniste et les conséquences qui en résultèrent pour le diocèse de Bayonne sur les représentations faites k Rome pur la politique intéressée de Philippe II roi d'Espagne. Disons seulement que depuis l'arrivée du trop fameux Roussel, monté sur le siège dOloron grâce à Marguerite d'Alençon, femme d'Henri d'Albret (1539), les sectaires envahirent les états de ce prince, et que leur fille Jeanne, après y avoir introduit officiellement la nouvelle religion en 1567, parcourut en personne nos pays. Les Bas-Navarrais, fidèles à la foi de leurs ancêtres, opposèrent en masse la plus énergique résistance ; mais il y en eut qui, à l'exemple de plusieurs autres sujets de la cour de Béarn-Navarre, passèrent la frontière du côté d'Espagne pour échapper aux poursuites haineuses des prétendus réformés. Un de ceux-là fut, croyons-nous, Jean de Majorga, de Saint- Jean-pied-de -port (Giovanni Matorga, di Giovanni al piè del porio).

Il naquit en 1533 à Saint-Jean-pied-de-port dans la maison

-mi —

dite Ârcanzola (1). Nous ne connaissons, il est vrai, aucun document; mais la constante tradition de la ville fait naître notre saint dans cette habitation que l'on voit encore. Passé en Aragon jeune encore, il habita quelque temps la ville de Saragosse; il s'y adonna à la peinture, art pour lequel il avait une aptitude merveilleuse. Longtemps on a montré dans cette ville un de ses tableaux, vénéré depuis sa mort comme une relique précieuse. Dégoûté du monde, il demanda h entrer dans la compagnie de Jésus, où il fut admis en qualité de frère coadjuteur en 1568. Il était dans sa trente-cinquième année. On l'envoya faire son noviciat h Valence, où il se fit remarquer surtout par son esprit de recueilletnént et son ômour pour le silence.

C'était l'époque où le bienheureux Ignace d'Azevedo, né à Porto, déployait tout son zèle d'apôtre au Brésil. Revenu en Europe, après trôiâ années de travaux, pour rendre compte le sa mission à François de Borgia. général de Tordre, il obtint ae son supérieur la permission de recruter en Espagne et en Portugal autant de religieux qu'il jugerait nécessaires à sa mission (1569). C'est ainsi que Jean demanda à faîte partie des nouveaux ouvriers. Le P. d'Azevedo estime ^ûe notire pieux artiste pourrait être utile par son talent; il l'atteste lui-même dans une lettre adressée à François de Borgia en date du 28 août 1569 II a^réa donc la supplique du jerine Bas-Navarrais, et l'envoya avec quelques autres compagnons compléter son noviciat et se préparer à la nouvelle nlission, à Lisbonne, dans la vallée de Rosal. Jean donna des preuves de sa grande vertu et de son zèle pour la vie de l'apostolat ; il y prononça ses vœux.

Le 5 juin 1570, avec trenlé-huît autres compagnons rapgés

(1) Cette maison est dans la rue de la Citadelle en montant à droite, pt^ dfe l'àhcièiiné pH^fi, à côéé de celle dite Ofhiér.

autotiT du P. d'Azevedo, il montait sur le vitisseau Sdini^ Jàcq'dêè, Partnî eux était un neveu de sainte Thérèse. Les autres compagiions priréfnt place sur les vaisseaux de l'escadre royârlè partant pour le Brésil. Celle-ci ayant relâché à Madère, lé capitaine du Saint-Jacqms voulut la dèvancôf et atrivèr à Tile de Palma. Le P. d'Azevedo, informé que cette mer était sillonnée de pirates calvinistes, sentit toute la responsabilité de la situation. Après quelques moments d'hésitation sur le parti à prendre, il rassembla ses compagrnons et leur dit : « Dieu aime, mes enfants , son petit « troupeau ; dans sa miséricorde, il nous a ménagé la plus

« glorieuse destination Goûtez d'avance tout votre bon-

« heur; prenez aujourd'hui les résolutions les plus nobles «et les plus dignes de la grandeur de votre vocation. Ne « craignez ni la fureur ni le glaive des ennemis de Jésus-

« Christ; espérez tout de la protection de Dieu Il y a grande

« apparence que nous serons attaqués par les calvinistes : ♦ que cieux qui sont prêfcs à verser leur sang pour Jésus- « Christ me suivent, et que ceux qui redoutent la mort res-

« tent dans Tescadre royale » Jean fut du nombre des

généreux disciples qui se rangèrent autour d'Azevedo.

On était proche de l'île de Palma, Tune des Canaries, quand le navire fut attaqué par des pirates que conduisait Jacques de Sourie, fanatique calviniste de Dieppe ; il fut capturé après un combat des plus acharnés. Ces nouveaux barbares, excités par les clameurs de leur digne chef, répétant sans cesse : « Tuez, massacrez ces abominables papistes, qui ne vont au « Brésil que pour y répandre xxxiq fausse doctrine », se jetèrent sur les infortunés prisonniers. Le P. d'Azevedo, de ses lèvres mourantes, put leur dire encore : « J'atteste les anges et « les hommes que je meurs dans la foi de l'Eglise... Courage, « mes enfants. Espérez une faveur semblable; je ne vous « précède que de quelques instants. » Déjà 35, à l'exemple de

leur dig^ne supérieur, avaient scellé de leur sang la foi de l'Eglise ; les bourreaux, las de massacrer, allaient déposer les armes quand Jean Majorga, Gonzalès Henriquez, Emmanuel Rodriguez et Etienne Zuraïre, chacun une croix à la main, se présentèrent aux sicaircs, leur demandant de ne pas plus les épargner que leurs frères. Immédiatement on les précipita dans la mer; ils disparurent sous les flots en répétant le nom de Jésus.

Ainsi périrent le 15 juillet 1570 quarante jésuites avec le neveu du capitaine du Saint-Jacqttes, admis comme novice par le P. d'Azevedo. Le saint supérieur avec ses compagnons sont honorés comme martyrs d'après un décret de Benoît XIV d'octobre 1742; Pie IX, de son côté, voyant le culte public rendu à ces glorieux martyrs, le confirnia solennellement le 11 mai 1854.

Nous avons été heureux de trouver une statue représentant notre saint martyr à l'autel de la Vierge de l'ég'lise de Saint- Joan-pied-de-port. Pjissè-t-il servir aux Basques de puissant protecteur auprès de Jésus et de sa sainte Mère, pour qu'à son exemple ses concitoyens et ses compatriotes basques soient toujours fermes et inébranlables dans la foi de l'Eglise, qui est celle de leurs ancêtres!

(ViecTIgn, (TAzevedo, par le P. de Beauvais; item en italien, parle P. Guiulio Cesare Cordnra, Roma tip. di B. Morini 1854; Societas Jesit viililans, par Matth. Rannes, è S. J.; l'abbé Glaire; les Boll., 5'-^ Jul.)

Jean-Robert de Sossîondo év. de Hayonne (ir)()fi-ir)78 .

Qui dissipât sepem, mordebit mm entuher.

Qui détruit la hnic sora mordu par lo serpent. {Eccles.f 10, 8.)

Jean-Robert de Sossiondo naquit à A.scain d'une noble et ancienne famille du Labourd : on voit encore dans ce villagfe sa maison natale avec sa porte ronde et blasonnée. Devenu vicaire-général de Jean Demoustier, évoque de Bayonne. il porta à lui seul la plus grande partie du poids de l'administration diocésaine, parce que la confiance de son roi appela souvent Jean Demoustier hors du diocèse. A la mort de ce prélat, que ses tendances calvinistes rendirent suspect en cour de Rome, il fut appelé h le remplacer sur le siège de Bayonne en 1566.

Cette année même eut lieu la fameuse entrevue de Bayonne où le duc d'Albe fit part h Charles IX du bref, en date du 30 avril 1566, que son maître Philippe II venait d'obtenir du pape saint Pie V. Par ce bref le pontife romain enlevait à révoque de Bayonne le Guipuzcoa et la Biscaye, parce que « si, y est-il dit, les habitants de ces provinces, pour leurs aflTaires et intérêts spirituels du ressort du for ecclésiastique de Bayonne, continuaient à y recourir, ils pouvaient par

suite de leurs relations tomber dans les erreurs qui alors

infestaient la France. »

Dans ces mêmes lettres, qui devaient valoir autant que dureraient les erreurs, il était enjoint à Tévêque de Bayonne et àTarchevêque d'Auch de nommer deux vicaires-généraux.

l'un diocésain, Tautre métropolitain, tous les deux nés et résidants en Espag'ne, et de les investir des pouvoirs nécessaires à l'administration de ces deux provinces à Texclusion des deux dits prélats. Faute de se conformer aux lettres pontificales dans les six mois h dater du jour de leur notification, ils perdaient leur juridiction sur lesdites provinces, qui passaient sous l'autorité des évoques de Pampelune et de Calahorra.

Jean de Sossiondo ne voulut pas paraître consentir au

démembrement de son diocèse. Oubliant que la cause était

finie dès que Rome avaiî; parlé {Homa locuta est, causa fniia

est), il hésita devant les lettres pontificales. Au lieu de

suivre la voix de celui de qui il tenait tout son diocèse, il

avait une oreille à la cour de France, d'où Charles IX lui

donnait ses ordres, et l'autre près de son métropolitain, très

peu en grâce en cour de Rome. Finalement l'évêque et le

métropolitain laissèrent expirer le terme fixé par le bref

sans nommer leurs vicaires-généraux, et dès lors le diocèse

de Bayonne fut réduit aux limites qu'il garde encore de nos

jours, malgré la protestation de quelques-uns de nos évoques.

Ce fut l'événement le plus important de l'épiscppat de Jean

de Sossiondo. Avant sa mort, arrivée en 1578 ou 79, son

regard, plein d'un <louble regret, dut se porter souvent vers

les provinces perdues et Rome, ce centre de l'unité et de la

vie chrétienne. Sunt lacryma rerum. L'infortuné prélat eut

encore la douleur de voir la reine Jeanne d'Albi'et confisquer

les biens ecclésiastiques situés dans la Basse-Navarre. La

même princesse avait ordonné a son lieutenant-général, le

sieur de Gramont, d'interdire la chaire publique au clergé

et aux religieux de la ville de Saint-Palais, et d'attirer par

tous les moyens possibles au prêche tous les fonctionnaires

catholiques {GalL christ,; 'HLqxAqzwxx; Chron, deBayonm, 1827;

manusc).

Bernard d'Etchepare, Curé de Saint-Michel

vers le milieu «lu xvii* sircle.

L'nicuiqite secundum propriam virtiitcm.

A chacun ^eIon ses forces (Math. 25. 15).

Bernaid d'Etchepare naquit au pays de Qaraci (Mixe) en Basse-Navarre. Il nous rapprend lui-même, sans préciser davantage, aux derniers vers de son livre Lingna Vascmimn frvmitiœper Bernardum (fFtcAepare, rector SancU-MichoeUs vêteris. Il était de la maison noble d'Etchepare de Sarrasquette, qui s'est confondue avec la maison noble d'Apat-Etehepare de Bussunarits.' Il fut assez longtemps dans le monde avant d'entrer dans les ordres. Devenu curé, il consacra ses loisirs à recueillir quelques morceaux de poésie de sa langue mar temelle. Il devait être de l'avis de certaines gens persuadés « qu'il n'y a pas de livre si mauvais qui. de quelque façon, n'ait son utilité ; Dicere soleiat nullnm esse librum tam malmn ut nonaltqtiâparteprodesset.» (Pline le jeune, ép. 5. duliv. m.) Ce principe, que nous passons à peine k Pline l'ancien, et que nous préférons remplacer surtout chez un ministre de Dieu par celui-ci : Bomrni ex integro, malum ex unâ parte, dut le décider à recueillir et à faire imprimer ce qu'il appela « les prémices » de la littérature basque. C'est un recueil de morceaux de poésie roulant sur des sujets de piété, d'amourettes, etc. Un auteur étranger à notre langue, s' étant procuré une traduction de ces poésies légères, n'a pas craint d'avancer que Bernard lui-môme avait brQlé quelque peu d'encens sur l'autel de l'amour. C'est là une accusation aussi injuste que gratuite. Le jouir où d'Etchepare quitta le toit paternel, il

apporta dans le sanctuaire toute la réputation et Thonorabilité que TEg'lise exige de ses clercs. Devenu prêtre, il fut à cet égard toujours digne de sa sublime vocation. Si, dans son enthousiasme de livrer.au public les prémices de la littérature basque, il aborda .tous les genres, il n'a fait que ce que font encore de nos jours sur notre langue les auteurs les plus sérieux.

Bernard d'Etchepare termine son travail par Tapologie des Basques, de leur langue qui est la sienne. Parmi ,les Basques dit-ily il y a des hommes profondément versés dans toutes les sciences. Quant k la langue, « bien qu'elle se prête merveilleusement aux règles de l'art d'écrire , elle n'a jamais

eu les honneurs de l'impression. *> Aussi cette langue devra une reconnaissance « éternelle » h lui, Basque du pays, de Garaci, et à son illustre ami de Bordeaux (1); car sous leur influence, et grâce à l'impulsion donnée par eux deux, elle deviendra désormais la première des langues, la langue des grands seigneurs et des princes. Aussi glorieux de faire imprimer du basque qu'Horace de faire résonner la lyre de Lesbos aux oreilles des Romains, notre fantaisiste auteur termine gaiement son travail par ce vers latin :

« Débile imncipium melior fortuna sequatur, « Que ce faible commencement ait une meilleure fortune! »

Quel eût été son enthousiasme s'il avait pu voir les travaux du prince Louis-Lucien Bonaparte, ceux faits sous son impulsion; ces publications sur l'histoire, la langue, la littérature, les mœurs et les coutumes du Pays Basque, qui de nos jours sortent des presses non-seulement de France, mais encore d'Espagne, d'Angleterre et d'Allemagne ! (2;

(1) 11 s'appelait Bernard Lehete (Lahet?j •

(3) Parmi ces publications^ quelques-unes dues à la plume des touristes étrangers nous ont parues assez fantaisistes et peu sérieuses. Nous

Répétons à notre tour : Principium meliar farluua seçualnr. Arrière les timides! arrière les faux mges et les prophètes de malheur ! Ni la langue basque, ni le peuple basque ne doivent jamais périr. Que « les hommes versés dans toutes les sciences ». qui sont aussi nombreux dans notre pays qu'au temps de Bernard d'Btchepare , se lèvent; qn'ilg s'entendent et s'organisent; qu'ils aient leur académie, leur journal basque.

En terminant cet article, nous ne pouvons ne pas mentionner ici un autre d'Etchepare, quoique de famille différente : nous voulons parler de Jean-Baptiste d'Btchepare de la maison noble de ce nom h IbarroUe (Ostavarrès), de ce généreux bienfaiteur de sa paroisse natale. « Désireux d'exonérer à jamais ses compatriotes de toute contribution, il légua à la commune d'Ibarrolle une rente annuelle de 3,000 fr., au taux de 5 p. 100, destinée à Tintontion d'une messe d'anniversaire et au paiement des impositions de toute nature dont cette commune pourrait être grevée. » Il mourut h Pnu en 1818.

M™« de Brancion , veuve du colonel de ce nom tué à Sébastopoî, gouvernante des enfants de France en 1856, est une demoiselle Lafaurie d'Btchepare.

sommes do Tavis de l'auteur qui disait que le peuple met dans sa langue sa vie tout entière : lo/ts hominibus orntio, talis vita (Sénèque, cp. cxiv) ; et partant nous voudrions qu'avant d'écrire sur le Pays BasquC, on connût sa langue. La langue d'un peuple est l'expression de son génie ; elle reflète ses croyances, ses mœurs, ses coutumes, ses aspirations, son organisation. Que nos érudits, que nos vénérés confrères à qui principalement incombe le devoir de posséder ot conserver notre riche langue, se mettent à l'œuvre ; et que, si notre cher pays doit être dirigé et gouverne par des enfants qu'il n'a pas portés dans son sein, ces maîtres, à l'exemple do certains de leurs prédécesseurs, soiont d'avis de ne pas croire perdre leur temps on apprenant et conservant sa langue, ses institutions, ses traditions séculaires.

Salvat I ET II D'Yharce ou D'Eyharce, évêques de Tarées

In toia anima iud time ûominum et sucerdotes iltius sanctipca.

Craignez le Soigiiear do toute votre âme et révérez ses prôtros.

(EecLi. 7 31)

Saltat I. Nous ignorons si la famille de ces deux prélats sortait.de la maison Eyharcea, située à la limite d'Ayherre et de la Bastide-Clairence ; mais il est certain qu'en 1591 un des frères de ce prélat^ nommé Salvat comme lui, était bailli de cette ville, et que le 6 juillet de la même année les deux frères assistaient au contrat de mariage passé au château de Suhy (Urcuit) entre Saubat d'Eyharce, receveur des décimes pour le roi au diocèse de Tarbes, leur fils et neveu, et damoiselle Suzanne de Garât, fille de Jehan de Garât et de Marie d'Arsac, sieur et dame de la maison de Suhy. Une nièce de Salvat I épousa M. de Goyehenèche, conseiller au parlement de Navarre.

A la mort du zélé et intrépide Gratien d'Amboise (1575), le comte de Gramont obtint de Henri III la nomination de Jean de Harismendy au siège épiscopal de Tarbes ; mais, soit que , comme le dit Fauteur de V Histoire de la GroseogTie, le nouvel élu n*eût pas de quoi payer ses bulles, soit que, ce qui nous partit plus probable, son protecteur, décédé sur ces entrefaites, lui eût fait défaut, les bulles n'arrivèrent pas. Henri III donna alors cet évêché à Salvat dTharce le 19 juin 1577. Celui-ci possédait déjà Tabbaye d'Arthous, au diocèse deDax.

Tout ce que nous savons de son pontificat, c'est qu'il conféra dans sa cathédrale d'abord le sous-diaconat, le 19 septembre 1598. puis le diaconat, le 19 décembre de la même année^ h saint Vincent-de-Panl, avec dimissoire accordé par le vicaire-général de Dax, ce siège étant vacant. Vers 1602, il se démit de son abbaye en faveur de son neveu Gratien et de son évêché en faveur de Salvat son deuxième neveu. Ils étaient lils de Pierre d'Eyharce. marié dans la maison Urrutia ou Chemenea de Béguios.

SALViiT II. L'épiscopat de celui-ci n'est guère plus connu que celui de son oncle Salvat I. En 1612 il reçut, au nom du roi de France, les hommages des seigneurs et des villes de Bigorre ; deux ans plus tard il assista aux états du royaume avec son frère Gratien,nbbéd'Arthous, chanoine archidiacre et vicaire-général de Tarbes. Avec Léonard de Trapes, archevêque d'Auch, Bertrand d*Ecliaùx, évoque de Bayonne, Jacques de Sault, évêque de Dax, et autres^ il fit partie de la chambre ecclésiastique. De concert avec les autres prélats et députés catholiques, parmi lesquels nous citons le comte de Gramont, il protesta contre les injustes oppressions que le conseil de Pau, composé en majeure partie de réformés, faisait subir aux ecclésiastiques et catholiques de son ressort.

En 1619 Salvat II était l'un des commissaires réformateurs du domaine de Bigorre. Cette commission recevait et contrôlait les déclarations que la noblesse et les communes faisaient de leurs biens. Quatre années auparavant, dans l'assemblée du clergé, il avait souscrit à la réception du concile de Trente. En 1625 il assista encore à la même assemblée du clergé; vers la même époque, il approuva le traité de la fréquente communion d'Arnaud. Le diocèse de Tarbes lui doit un petit Rituel, qui y fut longtemps en usage. Enfin, après un épiscopat de 48 ans, il mourut en 1648.

Un de ses neveux, Salvat d'Eyharce, se maria en 1672

dans la maison de Soeo6ia,d'lst\iritZf avec une fille de Jacques de Belsunce, qui lui-même était fils d'Elie de Belsunce. La mère de Jacques était de la maison Duhagon d'Ayherre.

(0all, christ»; arch. de Tétude de Saint-Germain , notaire à Mouguerre ; Monlezun ; Petits BoU. ; Vie de saint Vincentde-Paul; doc. part.)-

Martin Aoueuhe, de Henoaye • XVI* sièclo)

Non omni homini cor tuum mamfesies.

Ne découvrez pas votre cœur à tout homme. Eccli. 8.)

Martin connu dans Thistoire sous le nom de Guerre naquit à Ilendaye au commencement du xyi« siècle. Marié à Bertrande du Thil de Bols du bourg d'Àrtigat (Haute-Garonne), il la quitta après dix ans de cohabitation pour porter les armes d'abord en Espagne, puis en Flandre. Il était absent depuis huit ans, quand un certain Armand du Thil, qui avec lui avait une ressemblance frappante et qui à Tarmée s'était lié avec lui pour connaître tout son passé, se présenta à sa femme comme étant Martin Aguerre et réussit à merveille à l'abuser ainsi que sa famille. L'imposteur, peu satisfait de la première séduction, voulut encore avoir les biens de Bertrande; mais son avarice le fit-découvrir. Pierre Aguerre, oncle de Martin, qui avait intérêt h ne point laisser passer ces biens dans une famille étrangère, et qui croyait posséder des preuves pour démontrer ^impo^ture de du Thil, l'appela en justice et le poursuivit comme séducteur.

Bertrande, de son côté, avait depuis quelque temps d'assez fortes présomptions pour croire que du Thil| n'était point son mari : elle fortifia par ses dépositions les preuves de Pierre. Du Thil, condamné par le juge de Rieux à être pendu, fit appel de cette première sentence au tribunal de Toulouse. Celui-ci fut longtemps très indécis , tant il est vrai que la justice des hommes est souvent boiteuse comme au temps d'Horace. Heureusement que le vrai mari revint de Flandre.

n avait, il est vrai, une jamlie de bois en remplacement de

la sieuDG perdue h la fameuse bataille de Saint- Quentin; mai» on ne laissa pas de le reconnaître pour le véritable mari de Bertrande. Du Tliil, convaincu d'imposture, d'adultère et de sacrilège, fut, après condamnation , pendu et brfllé au mois de septembre 1560 k Artigat devant la maison de Martin Agnerre. Voici les réflexions que ce sîngrulîer événement inspirait deux siècles après à im évâque de Boulogne : «Sans parler, disait-il dans une instruction pastorale de 1707, de plusieurs événements fort étranges arrivés de nos jours, ai surprenants, si contraires aux vraisemblances que jamais "00 s'y serait attendu et que les <lges suivants auront peine b, cruîre, combien les sièclea passés ne fourniraient-ils pas d'exemples de faits très singuliers, très étonnants, dans lesquels le faux s'est trouvé beaucoup plus vraisemblable que le vrai? Qu'y avait-il de plus apparent que le mensonge du /aux Martin Aguerre, qui fut reconnu pour être le véritable mari de Bertrande de Rois par les quatre sœurs et l'oncle du mari, par les parents delà femme et par elle-même, avec des circonstances si plausibles qu'elles firent longtemps balancer les juges même après l'arrivée du vér:table Martin Aguerre? Il ne faut donc pas Jnger les clioses par leurs apparences ou leurs ressemblances; et si l'on doit suivre cette maxime dans l'Iiietoire profane, à plus forte raison dans l'histoire sacrée, dont les récits ont la sanction et la garantie de Dieu. »

A cette sage conclusion du prélat nous joindrons ces deux avis de nos saints livres : <■ Ne découvrez pas votre cœur à tout homme, de peur qu'il ne vous témoigne une amitié j)erfide ; Non oinmi i(fmini cor timm manifestes, ne furté mjerat [i&i ijratiamfalsam.» (Eccli.,8.) « Ne jugez pas selon l'apparence, mais jugez avec un jugement droit ; Nolite judiem-e secundum/aeiem, Sfd juiium judifiiim jwitmk . a iJean, 7, 24.)

Arnaud I de Maytie, évêque d'Oloron

Fficiam illum columnam m temph Dei met

Jo to ferai une colonne dans le temple de mon Dieu. (Apocal.| 8. IS-)

Fils de ce Pierre de Maytie qui précipita avec sa chaire Roussel, révêque hérésiarque d'Oloron, dans Téglise de Mauléon, Arnaud de Maytie naquit dans cette dernière ville vers Tan 1559. Voué dès son berceau aux autels, il reçut la tonsure à peine tgé de sept ans, et puisa dans le sein de sa famille les sentiments de cette foi vive, de cette fermeté persévérante dont toute sa vie il donna des preuves. Sous-diacre en 1583, il reçut le sacerdoce le 21 septembre 1585. Cinq ans après, Arnaud de Charritte, son parent, qui, en l'absence de Claude de Regin, administrait le diocèse d'Oloron, le nomma h la commanderie d'Ourdiarp (Ordiarp), près Mauléon.

C'est au sujet de cette nomination que le jeune Arnaud de Maytie commença à révéler son énergie et la richesse de ses ressources. Attaqué par les chanoines de Roncevaux, qui revendiquaient leurs anciens droits sur cette commanderie, et par les gouverneurs de la Soûle, qui, de fermiers desdits chanoines, étaient devenus de fait les maîtres des biens et revenus des pauvres, il fit respecter son titre, et obtint en sa faveur, du parlement de Bordeaux, un arrêt du mois de septembre 1592 confirmé par celui du mois de mars

De Momar, lieutenant du roi du sénéchal deLannes,députéà cet eflTet par le parlement de Bordeaux, vint s'installer d'abord à la chapelle de Saint-Laurent (chapelle contiguë à l'hôpital,

avec son cimetière), puis Ji l'églibe paroissiale de Saint- Micliel, et enfin h la cour de Lîcharre, dont le commandeur d'Ordiarp était l'un des jug-es-jugeants : il eutra en tonctlous le jour de Pâques, au mois d'avril 1593. « Il célébra la mettse et le service dans l'église p^iroisfiiale, au son des cloclieSj en présence des ofBciers de la couv du siège de Lunnes, de cette de Licharre, et de nombreux tissistans accourus du pays et des lieux circonvoisins. « Le nouveau comniandour répara les divers édifices dont se composait la comnmnderic, régla selon, les arrêta de 15'J2 et 15113 le mode d'administration de ses biens et revenus, et confia !e service tant de l'IiOpital que de la paroisse h un prêtre pour se retirer lui-même il Mauléon (1593). C'était l'année oii le siège épiseopal et le cliapitre d'Oloron, fuyant devant la persécution calviniste, venaient de se réfugier dans cette ville et ne s'in,9(aller daus la cbapelle de la haute ville. De Maytie, nommé elmnoinc d'Oloron par son ami et protecteur Ara. Je Cbarritte, sièges dans cette assemblée avec toute ta considération et le près* tige que lui valaient ses mérites personnels et la liante position de sa famille,

Elle était ii la tête de ces ardents catholiques t|ui iittirèreut la cour épiscopole ii Mauléon, et qui tenaient en écliec la faction Belswnce — Gérard de Billa. Voyant avec peine l'iiiâuence chaque jour croissante de la famille de Mitytie, cette faction avait attaqué par-devant !e parlement de Uurdeaux la nomination d'Arnaud cunime chanoine; uelui-ci en nyant obtenu un arrêt favorable, elle voulut s' eu venger et appela des ministres protestants h. Mauléon.

Sur ces entrefaites, Claude Hegiu, cet évèque d'Oloron que ses lâches complaisances pour la reine de Navarre firent longtemps soupçonner d'iiétérodoxie (1), mourut ii Vendôme

(1) 11 fut néanmoins juUifté à Romu, ou aa ounduitc avait Été dél'cr(k.

(1595). Les suffrages unanimes de ses collègues nommèrent Arnaud de Maytie vicaire capitulaire ; c'était un grand pas vers la mitre. Les calvinistes sentirent le coup, et voulurent se défaire d*un homme dont déjà ils ne sentaient que trop la puissance : attiré dans un guet-apens, Arnaud de Maytie reçut dix-sept coups d'épée. Le voyant échappé à ce premier périlyla secte voulut le faire empoisonner; mais la Providence veillait sur lui, et, averti à temps de ce second atten^ tat, il déjoua les projets de ses ennemis.

De tous les biens de l'évôché d'Oloron , il n'y avait que ceux de la Soûle qui ne fussent pas possédés par les ministres protestants. Ainsi réduits, ils ne pouvaient exciter les convoitises d'aucune ambition; néanmoij)s le baron de Luxe, gouverneur du pays de Soûle, avait demandé et obtenu du roi un brevet, et c'est en vertu de ce brevet qu'il présenta à S. M. Arnaud de Maytie pour ce siège. Par une convention

qu'en vain on voudrait dissimuler, Arnaud s'était, au préalable, engagé à se démettre de son évôclié en faveur de telle personne qui serait agréable au seigneur de Luxe. Etait-ce là une précaution de la part du gouverneur pour se prémunir contre les exigences possibles d'un homme déjà redoutable, ou faut-il y voir seulement un de ces abus si ordinaires du droit de patronage? Toujours est-il qu'Arnaud, devenu évoque, révoqua son engagement, qu'on lui avait, disait-il, arraché par violence. Le comte de Montmorency-Bouteville, gendre et héritier du baron de Luxe, prit la défense du prélat, et obtint de son beau-père que, moyennant fidélité de la part du seigneur évêque, il le laisserait paisible possesseur de son évôché.

Le roi, tout en présentant de Maytie au pape, avait nommé un économe pour gérer les biens et revenus temporels du diocèse, que l'élu ne pouvait canoniquement administrer. Les bulles se faisant attendre , la malveillance répandit le

bniit que le^roi, changeant de dispositions vis^visS avait substitué au premier économe un second hostile au futur évSque. Heureusement qu'Henri IV Ht cesser l'alarme en confirmant la nomination du premier économe, et que de Maytie reçut en 1598 ses bulles gratuitement, grâce h la protection du cardinal-légat Aldobrandin.

Par un édit de Fontainebleau en date du mois d'avril 1599, et spécial pour le Béarn, Henri IV av^it rétabli soleimellement le culte catholique dans ce pays et assigné 500 écus il l'évêque; de Maytie, profitant de ce rayon de miséricorde, se mit à l'œuvre. Nouvel Esdrus, il rappela les restes épars de son église à Sainte-Marie d'Oloron, lieu fixé par un règlement pour sa résidence, avec jouissance des droits seigneu-

Cependaut lui-même se tenait à Paris, soit pour aplanir les dilHcultés que les sectaires ne cessaient de susciter contre les édits royaux, soit pour créer de nouvelles ressources; elles lui étaient d'autant plus indispensables, que l'édît de Fontainebleau n'avait point restitué les biens ecclésiastiques aliénés ou confisqués au profit du domaine royal. àu.*si notre aélé prélat fut-il heureux d'obtenir un prêt d'argent, pour les premiers besoins de son diocèse, dans l'assemblée dn clergé de France h laquelle, après son sacre, il assista en 1599. Enfin, sur de ia bienveillance de son roi, et encouragée par les sympathies de ses collègues dans Vépiscopat, il rentra au Béarn avec son ami Jean-Pierre d'Abbadie, évêque de Lescar. Le château d'Henri d'Albret, baron de Miossens, seigneur de Coarraze, eut l'honneur de recevoir les deux prélats, et l'église de ce village celui de s'ouvrir la première au culte catholique après trente années de proscription.

L'hérésie multipliant ses ruses pour éluder les édits du roi, les deux évêques s'empressèrent d'aller près du gouverneur de Laforce pour s'entendre avec lui au sujet de leur

pleine exécution ; après quoi, i4s firent leur entrée chacun dans son diocèse. Elle fut digne des premiers apôtres; car les sectaires, voyant les murs de la cité se relever, n'avaient rien épargné pour faire déverser toutes les insultes possibles sur ce qu'ils appelaient avec dérision « les chapelains du Béam. » Heureusement que ces insultes étaient amplement dédommagées par l'accueil plein d'enthousiasme des catholiques fidèles et par les nouvelles faveurs accordées par le roi.

La secte rugissait : de Maytie, laissant l'administration de son diocèse, court en 1600, avec son ami de Lescar, à Paris, puis à Chambéry. Son but était de remercier S. M. des dernières faveurs accordées aux catholiques; puis, par ses témoignages d'une vive reconnaissance, d'en obtenir de nouvelles. Il visait pour le Béam le rétablissement de la juridiction et autorité ecclésiastiques ; et pour son diocèse l'autorisation de rétablir le culte catholique à Sarrance, la restitution d'un ancien hôpital près de l'église de Sainte- Marie, où la Réforme, expulsée de la cathédrale, s'était réfugiée; celle des seigneuries de Moumour,d'Orin, avec plusieurs autres droits féodaux, sur les villages de Géronce, de Saint- Goin et de Geiis ; le rétablissement du culte catholique dans vingt bourgades nouvelles; la concession des abbayes de Lucq, de ?aint-Pé-en-Bigorre. Avant l'année 1609, l'infatigable prélat avait obtenu ces faveurs, ainsi que des lettrespatentes pour rétablir un chapitre dans 1 église de Sainte- Marie, et élever deux collèges, l'un à Oloron et l'autre à Alauléon : la rivalité du collège d'Orthez l'empêcha d'ériger ce dernier.

L'année où de Maytie alla trouver le roi k Paris, il assista à l'assemblée du clergé de France; il en obtint une subvention qui en 1606 fut augmentée d'un secours annuel de 200 écus, auquel vinrent s'ajouter de nouvelles générosités

royales. Ces dous étaient loin de sulfire aux nombre^nSëSmî d'un diocèse tiutièrement dévasté et ruiné; de Maytie voulut néanmoins en proSter pour appeler deux jésuites. Les nouveaux ouvriers rivalisèrent de zèle avec deux franciacuiDB qui, échappés couime par miracle au glaive des persécuteurs, évangélisaieat seuls un paya, d'oii rien n'avait pu les arracher. Un nouveau renfort, venu de Rome, ue tarda pas de s'adjoindre ii eux.

C'était Zacliarie Golom, né à Pau en 1569, fils de Pierre Colom, ancien secrétaire de la reine Jeauue et frère de Henri ColuDi, syndic îles états du Béarn. Etant allé h Rome l'année du grand jubilé (ItiÛOj, il y avait abjuré l'iiérésie calviniste et pria l'habit religieux des Barnabites. Le P. Fortuné, c'était le nom qu'il avait pris, avec le P. Oligiatti, milanais, et le frère Louis Bitorte, lorrain, que Rome lui avait associés, vint au Béarii. Dès que ces deux derniers furent il même de comprendre assez la langue du pays, les nouveaux apôtres se réunirent et ouvrirent une grande mission.

Elle commença par le village de Lucq, où Arnaud de Maytie en fit l'ouverture en célébrant la messe dans une prairie. Dieu bénit les efforts des apôtres : le peuple de la campagne, libre de toute contrainte, embras3a en masse la fui de ses pères. Les villes ne restèrent pas étrangères au mouvement. Ûloronne conserva que 60 protestants; Moneins, qui contenait 1,900 foyers, ne compta que 16 familles fidèles ii l'hérésie; h Gan, sur 600 maisons, il n'y eut que 5 familles qui persévérèrent dans l'erreur. A la procession générale que l'on fit dans cette dernière localité pour la réconciliation de l'église, on comptait plus de 8,00() personnes,

L'hérésie frémit de tous ces succès; dans su rage, elle arma des forcenés contre celui qui était comme l'^me de toutes ces conversions. Arnaud courut les plue grands dangers entre Mauléon et Sauveterre; dans un autre voyage.

à Paris, il vit des sectaires fondre sur lui Tépée à la main, et il ne fallut rien moins que des secours venus h propos pour l'arracher à une mort certaine. Le charitable prélat s'en vengrea en appelant pour Tinstruction du peuple de nouveaux jésuites, en vertu des lettres -patentes obtenues non sans difficultés.

L'hérésie, de son côté, ne s'endormait pas ; elle essaya de contracter une alliance de confraternité religieuse avec les Maures d'Espagne. Le gouverneur Laforce, aidé lui-môme par Saint-Estève , natif de Saint-Jean-pied-de-port , un des agents qu'il avait lancés près de ces derniers, la servait merveilleusement dans ces incroyables intrigues. Mais la fermeté de Henri IV, fit échouer tous les projets, et les disciples de Mahomet ne purent pas s'agréger à la secte de Calvin.

Cependant Henri IV, assassiné, tombait sous le fer de Bavaillac le 14 mai 1610. La secte, profitant de la minorité orageuse de Louis XIII, organisa une ligue assez puissante pour forcer les évoques du Béarn d'abord à se réfugier, puis à leur faire prendre le chemin de Paris. La harangue que Févêqae de Mâcon prononça au roi dans l'assemblée du clergé, le 2 juin 1617, nous prouve jusqu'à quel point l'hérésie avait levé la tête dans nos pays.

« En Turquie, disait l'orateur, les chrétiens, traînant leurs chaînes aux pieds, ont encore dans Constantinople, siège du mahométisme, leur église... Les chrétiens grecs, Arméniens, Géorgiens, etc., exercent en liberté leur religion... Mais en Béarn, après avoir ôté les temples aux catholiques..., on a dépouiUé les ecclésiastiques de tous leurs biens, et, contre tout droit, employé ces biens à l'entretien des ennemis de l'Eglise... Il reste plus de 100 paroisses qui n'ont aucun exercice de leur religion ni aucun prêtre ; et sur ce nombre il y en a plus de trente dont tous les habitants sont catholiques... »

Le jeuni; motiurque. qui itii ISlô. Ictre de son luariAge avec AntiR tl'Autriclu', avait vu fi Uurdeaux Arnaud de Majtîe, réiiomlit ail 'liscours de l'ih'ôque de MAcun par l'êiiit de Fontainebleau (25 juin 16171 Cet «dit ovduimait lo rétablissement du culte catliolique dans tous le» pays et lieux du Qéani, et accordait la main-levée de tous les aucieus bien.» ecclésiastiques, tout en reconnaissant aux protestants trae somme ég^ale h celle des bieu^i ecclésiastiques. Les rebelles ne sachant jamais obéir sans rechigner, il fallut que Louis XIII, jeune homme de 18 Ji 19 ans, vint assurer l'esécutioii (le ses cirdonnauces royales lît Pau le 15 octobre 162(1, et k Navarreiix le 18 octobre de la môme année. De Moytie réconcilia l'église de cette dernière ville eu présence de toute la cour, et y chanta solennellement la messe. Une couronne di^ lauriers — aujourd'hui disparue — avec lécusson de France, placée au-dessus du portail de l'église par ordre de fi. M., rappela longtemps cette belle fête.

Le pays ne devait cependant pas jouir encore de la paix. La secte, ne pouvant se consoler de la perte de Navarrenx, suscita de nouvelles dissensions, et un des derniers actes du glorieux et très illustre Arnaud de Maytie fut d'obtenir de S. M. la grâce de la plupart des conjurés compromis dans l'affaire de Navarrenx. Comblé J'hoimeurs et de mérites, il mourut en 1623. en laissant 30d église à son neveu Arnaud II de Maytie, qui lui avait été associé comme coadjutcur avec future succession, sous le titre d'évêque de Deryte i. /j. i". Il fut enterré dans sa cathédrale derrière le maltre-autel, oii son neveu lui éleva un magnillque mausolée, quia disparu il la grande Révolution.

rfa famille, représentée aujourd'hui par celle d'Andurain, lui doit l'hôtel qu'elle occupe : ce monument du xvi" siècle, remarquable par sa belle et importante façade du style de la Renaiâsance et par deux magniliques chemiaées, qui déco-

rent deux belles pièces, fut anobli par lettres du 29 septembre 1778, et donna dès lors droit d'entrée aux états de Soûle.

(B. Grammont; Poeydavant; Menjoulet; Puyol. Louis XIII et le Béàm; Arch. de Trois- Villes.)

Page 1