‹ Recherches historiques sur le système de LawChapitre 2 sur 41 · TI PREFACE · texte numérisé non relu

TI PREFACE

Lui-même avoue que ce duc a laissé plus de deux cents volumes manuscrits de correspondances et de notes diverses! Ces manuscrits, enlevés pendant la Révolution à la famille qui les conservait, ont été malheureusement dispersés dans les bibliothèques. Quelques-uns, dit-on, se trouvent àMeaux; d'autres, relatifs à la guerre d'Espagne, sont déposés aux archives du ministère des affaires étrangères. La bibliothèque du Louvre en a environ une vingtaine qui traitent presque tous des événements du règne de Louis XV. La Bibliothèque Impériale, plus riche, possède quarante volumes in-folio de correspondances et de mémoires qui s'étendent depuis le commencement du xvu'' siècle juscpi'au miUeu du xviip. Ils contiennent un grand nombre de lettres adressées à madame de Maintenon, à Chamillard, à Paris-Duverney, et de précieux renseignements sur les questions qui s'agitaient alors, entre autres sur les querelles de la bulle rnigenituSy et sur l'adminislrationMes finances pendant la minorité de Louis XY. Les volumes qui ont rapport à cette dernière question sont au nombre de quatorze. Le premier (supplément français, 2232, n° 22) a pour titre : Lettres de M. le duc de Noaiîks pendant son administration des finances depuis le 6 septembre 1715 jusqu'au 23 mai, t. I. Le second (S. F. 2232, n° 23) a pour titre : Be'lihérations du Conseil particulier des Finances depuis le 20 septembre 1715 jusqu'au 15 may 1716. Ces deux volumes, rehés en peau, ont environ chacun trois cents pages ; les douze autres volumes [S. F. 2232, n°' 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34 et 35), reliés en parchemin, ne contiennent jamais plus de cent pages; ils portent en titre : Diverses lettres écrites par S. A. B.. Monseigneur le duc d'Orléans et par M. le duc de NoailleSy pjrésident du Conseil de FinancCy et s'étendent depuis le tome I jusqu'au tome XII, du 22 septembre 1715 au mois de septembre 1717. Ces lettres , écrites sous la dictée d'un grand personnage, admi-

rUÉFACE. Ml

Distrateur des finances, sont autant de pièces officielles qui nous initient aux secrets de l'État d'une manière plus intime et plus sûre que les mémoires.

Il existe encore un autre recueil de pièces officielles, plus cité que consulté, et pourtant indispensable quand on traite une question d'histoire intérieure de la France : je veux parler des registres du Parlement. Les archives de l'empire possèdent cette vaste collection qui se divise en quatre parties : 1° les registres du Conseil secret, qui contiennent les délibérations de la cour, les arrêts des chambres assemblées, et renferment en c[uelque sorte l'histoire pohtique du Parlement; 2° les registres des Plaidoiries; 3" les registres des Jugés, ou arrêts; 4° les registres des Ordonnances, qui comprennent les ordonnances, les déclarations, les édits envoyés par le roi à Penregistrement. Pendant les six années qui séparent la mort de Louis XIV de la fin de l'histoire du système (sept. 1715 — janv. 1722), les registres seuls du Conseil secret sont au nombre de onze (X. de 8420 à 8430). Ce sont des volumes in-folio, écrits sur parchemin et contenant de 1,000 à 1,200 pages. Les trois autres séries forment durant la même période un total de 196 volumes \ C'est une mine féconde qui fournit h l'histoire des matériaux solides et nécessahes : on y trouve les détails de l'administration ; on y suit les progrès du pouvoir royal et les luttes de la magistrature contre la royauté; à Paide des faits qu'on en tirerait,

» Les registres des Ordonnances. . . X. de 8703 à 8716 M toI.

- Plaidoiries X. de 6911 à 7063 123 ).

Junés X. de 8^23 à 882 59 »

Il est bon de rappeler aussi les registres du Conseil d'État qui, de 1713 à 1722, sont au nombre de soixante-dix-sept (X. 3316 à 3393). Je n'ai pas eu besoin de les consulter, parce que les irrêts relatifs au système avaient été déjà relevés avec soin par Duhautchamp.

on pourrait coiistruii'e Phistoii'e du Parlement qui est encore

à fake.

A côté des actes du gouvernement, se placent les jugements que les peuples ont portés sur ces mêmes actes : c'est ce que les mémoires nous apprennent. Mais les mémoires, rédigés ordinairement par ceux qui ont pris part aux affaires, ne nous montrent guère que les passions des grands. C'est dans les journaux qu'il faut chercher les émotions de la multitude, et peu de ces journaux ont été imprimés. La Bibliothèque Impériale en possède plusieurs. Le plus important a pour titre * : Mémoire pour servir à F histoire ^ ou Journal de ce qui s'est passé de plus considérable pendant la régence de feu Mgr le duc d'Orléans, depuis le 2^ jour de septembre ilio jusqu'à la mort de cet illustre prince qui arriva le 2^ de décembre {123. Il existe à la bibliothèque deux exemplaires de ce manuscrit. Le plus ancien (S. F. 1886) comprend quatre volumes in-foHo, et est écrit avec beaucoup de soin en lettres bâtardes. Le second (S. F. 4141) n'est que le brouillon du premier ; il est composé de trois volumes in-quarto écrits de la même main, mais plus rapidement, et renferme un supplément où se trouvent les pièces justificatives, chansons, mémoires et vers pohtiques. Ces deux exemplaires portent sur le dos : Journal de la Régence, sans nom d'auteur. On a trouvé les feuillets du brouillon dans les cartons d'un certain Buvat, qui fut au commencement du xviii* siècle attaché comme écrivain à la Bibhothèque Royale : on a encore des catalogues copiés de sa main, et tout porte à croire que c'est lui cpii a rédigé ce journal. Quoi qu'il en soit, l'auteur a dû être un bourgeois crédule et ignorant, aimant les fêtes et craignant les dangers. Il parle en un certain endroit de la

1 La Bibliothèque possède encore le Journal de Louis XV, par Mathieu Marais, dont la Rei^ue rétrospective a publié des extraits.

l-KEFAGK. ÏX

tragédie d'iphigénie, faite, dit-il, par Mfjlière *. Il rapporte avec une égale naïveté les bruits merveilleux que le gouvernement répandait sur le Misdssipi, et les sombres histoires que racontaient les Parisiens effrayés, à l'époque des vols du célèbre Cartouche et de la chute du système.

Il ne faut pas s'attendre à trouver dans un pareil travail la précision et la suite d'un ouvrage sérieux ; il y a de nombreuses erreurs, mais ces erreurs sont celles de la foule, et c'est à ce titre que le Journal de la Régence intéresse : il est l'écho de la multitude dont les passions ont été alors plus que jamais excitées par le bouleversement des finances; Il renferme d'ailleurs beaucoup de faits nouveaux et curieux que l'auteur recueillait chaque jour en traversant Paris ^. Duclos s'est montré beaucoup trop sévère en déclarant que c'était un des plus mauvais journaux qu'il eût connus^; il n'a luimême relevé que quelcjues fautes légères *, et il n'a pas dédaigné de transporter des passages de ce journal dans ses Mémoires secrets \

La Société de l'Histoire de France a commencé à publier il y a quelque temps le Journal de Louis XY par l'avocat Barbier. C'est un recueil de nouvelles détachées comme celles du Journal de la Régence; il contient moins de détails, mais

* Journal de la Régence. S. F., 1886, t. IIl, p. 250.

* On trouve aussi à la Bibliothèque un recueil de chansons^, de 1632 à 1730. (S. F, 167G); mais le Journal de la Régence en reproduit le plus grand nombre.

^ Duclos a écrit et signé cette note en marge de la première page (1886, t. I) : « Voici un des plus mauvais journaux que j'ai lus. J'avois le dessein d'en retirer les fautes à une seconde lecture ; mais elles y sont en si grand nombre que les marges ne suffiroient pas. »

* Quand le journal parle de Guillaume Law, Duclos ajoute : « C'est un génie médiocre. » Le journal dit que Law fut arrêté à Maubeuge; Duclos rectifie et met : « A Yalenciennes. ))(t.HI, p. 1624. — S. F. 4lil.) Dans plusieurs endroits il a écrit à la marge : « C'est faux. »

» Entre autres un passage sur le conseiller Ferrand.

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