‹ Recherches historiques sur le système de LawChapitre 34 sur 41 · REMONTRANCES DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

REMONTRANCES DU PARLEMENT

s'assemble sans vostre permission. Vostre Parlement, Sire, est continuellement assemblé pour rendre la justice à vos sujets au nom et à la décharge de Vostre Majesté. C'est le seul canal par lequel la voix de vos peuples ait pu parvenir jusques à vous depuis qu'il n'y a point eu d'assemblée d'Etats Généraux.

[Le Parlement^ passant ensuite à l'examen de l'édit, reproduit en partie les raisons qu'il avoit données contre le surhaussement des monnaies^ et proteste en terminant de son dévouement et de son obéissance. 1

APPEM;ICE H.

SUR LES FIXATIONS DIFFÉRENTES DES MONNAIES

L'or et l'argent sont des marchandises qui, comme tous les produits de l'industrie humaine, ont des valeurs variables selon la quantité et la demande. Apportez sur le marché 100 pièces de toile ; vous êtes seul ; cent personnes sont là pour acheter : voilà le prix de la pièce établi. Revenez au marché suivant avec 200 pièces; si vous ne rencontrez que le même nombre d'acheteurs et que leurs besoins ne soient pas plus srrands, vous serez obligé de céder votre toile à moitié prix ; vous l'auriez vendue bien plus cher que la première fois si vous n'aviez eu que 50 pièces. 11 en est de même des métaux précieux : si la quantité des métaux qui circule dans le commerce pouvait être tout-à-coup réduite de moitié, le prix en serait doublé aussitôt ; c'est-à-dire qu'avec le même poids on pourrait se procurer une fois plus de marchandise qu'auparavant , et si la quantité ausrmentait, ils s'aviliraient dans une égale proportion. C'est ce qui a eu lieu : chaque année le travail des mines a versé dans la circulation une quantité nouvelle d'or et d'argent, et comme les pertes occasionnées par les naufrages, le frottement et Tavarice des thésauriseurs n'égalent pas la production de ces richesses, il s'est fait une lente et insensible dépréciation de leur valeur qui continue tous les jours. L'or et l'argent paraissent avoir été assez rares chez les anciens : en Italie, les Romains ne se servirent jusqu'à la première guerre Punique que de monnaie de cuivre '. Plus abondant sous l'empire, il disparut de nouveau lorsque l'invasion des Barbares eut fait enfouir d'innombrables trésors, et eut arrêté, avec le commerce, l'exploitation des mines. Au milieu du xiv^ siècle, le quarter de froment en Angleterre était estimé, suivant Smith, à quatre onces d'argent : ce qui donne à l'hectolitre une valeur de -4,346 centigrammes-. Encore cette denrée ne put-elle se maintenir à ce prix, élevé pour le temps ^, et, pendant toute la première moitié

' Pline, liv. xxxiii , chap. 8. — Cinq ans avant les guerres Puniques, nn frappa les premières monnaies d'argent.

- Le quarter vaut 2 hect., S6. — L 0000 auglaise^ 31 gr. 0$ : — or, ^J'^^^"" =4,34G.

' Le quarter coûtait deux onces d'argent.

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duxvi^ siècle, elle ne valut ordinairement que 2,173 centigrammes d'argent l'hectolitre. Aujourd'hui, il faudrait 9,450 centigrammes pour acheter la même quantité de marchandise ^

La découverte de l'Amérique changea brusquement ces rapports et opéra la plus grande révolution qu'ait jamais subie le commerce des métaux. Les Cordillères seules rendent annuellement 875,000 kilogr. d'argent, tandis que le reste de la terre n'en fournit que 72, 500% L'équilibre était rompu , et la dépréciation eût été encore bien plus grande qu'elle ne-le fut en réalité, si les débouchés ouverts au commerce n'eussent animé l'industrie d'une activité jusqu'alors inconnue et rendu la demande d'argent plus considérable. Nous avons environ douze fois plus d'argent que n'en possédait le vieux monde, et pourtant la valeur de ce métal n'est que six fois moins grande ; la quantité des demandes l'a soutenu à ce taux, et le trop-plein s'est en partie écoulé dans les Indes Orientales, qui furent découvertes à cette époque, et dans lesquelles l'argent est le moyen d'échange le plus avantageux ^ Cependant les raines produisent toujours; on en découvre de nouvelles , on multiplie les moyens d'exploitation : l'or et l'argent perdront encore de leur valeur actuelle^.

Il en est donc de l'argent comme de tout ce qui peut être acheté et vendu ; l'argent vaut son prix, et ce prix n'est pas fixé arbitrairement par l'ordonnance d'un roi ou par l'inscription gravée sur une monnaie : il dépend de la nature des choses. Ce n'est pas parce qu'il est devenu monnaie que ce métal a acquis de la valeur; c'est parce qu'il avaitde la valeur qu'on a pu s'en servir comme de monnaie. Le moyen âge n'a jamais compris cette vérité, et les temps modernes ont trop souvent refusé de la reconnaître. Les princes se sont imaginés que, par la vertu de leur toute-puissance, ils pouvaient créer de l'or, et qu'il leur suffisait d'écrire sur une pièce de métal : 1 livre, pour qu'elle fût aussitôt acceptée comme telle par tous leurs sujets, quels que fussent d'ailleurs son titre et son poids. Ce principe devait nécessairement les conduire à amoindrir sans cesse leurs monnaies. Pouvoir par une simple refonte doubler ses richesses en ordonnant de décrier les anciennes espèces, et en taillant, par exemple, 10 livres au lieu de 5 dans un marc, c'est une tentation à laquelle ne pouvait guère résister la cupidité toujours nécessiteuse des souverains féodaux. Philippe-le-

' Le prix de l'hectolitre de blé (première qualité ) était au marché d'Alençon du 21 avril 1863 de 21 fr.Le prix moyen étuit de 17 fr. 95 c. (7,077 cent.). — Les pièces de l franc contiennent 4 gr. h d'argent fin.

* Cours com'plet d'économie pol.'Çds J.-B. Sav. — Ed. Guillaumin , t. I, p. 401.

3 Ibidem, t. L p. 399 et 435.

^ L'hectolitre de blé valait à Athènes au temps de Démosthène 1,606 centigrammes; à, Rome au temps de César l,43l. (J.-B. Say, t. 1 , 432. ) — Voir pour le moyen âge le tableau suivant.

Bel donna en France le ^ premier exemple de ces banqueroutes déguisées par lesquelles l'Etat frustrait ses créanciers d'une partie de leur argent, et. pendant la guerre de Cent ans, le roi faux-monnayeur fut imité par presque tous ses successeurs. Détestables mesures qui ruinaient le commerce, en le réduisant à une loterie, qui autorisaient légalement la banqueroute de tous les créanciers sans probité, et jetaient le trouble dans les relations sociales, en forçant les marchands à changer à chaque instant le prix de leurs denrées î Pendant que, d'un côté, il se faisait une dépréciation naturelle des métaux dont la quantité augmentait, les princes, au lieu de la compenser par une monnaie plus forte, y ajoutaient encore une dépréciation artificielle et beaucoup plus grande, en taillant à chaque régne un nombre plus considérable de hvres dans le marc. C'est à cette double cause qu'est due l'immense différence que nous remarquons entre nos monnaies modernes et celles qui au moyen âge portaient les mêmes noms.

Voici le tableau des principales variations de l'or et de Targent depuis le xii^ siècle. On peut y suivre le progrés constant de qu'on appelait Y augmentation de la monnaie, c'est à dire l'augmentation du nombre de pièces taillées dans le marc. Le prix du blé, évalué en centigrammes d'argent fin, servira à faire connaître approximativement la valeur relative de l'argent.

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