‹ Recherches historiques sur le système de LawChapitre 6 sur 41 · ETAT DES FINANCES A LA MORT I)E LOUIS XIV · texte numérisé non relu

ETAT DES FINANCES A LA MORT I)E LOUIS XIV

Revers des dernières années de Louis XIV. — Desmarets, contrôleur général. — Créations de rentes. — Augmentation de la taille. — Loteries. — Anticipations. — Création d'offices. — Refonte des monnaies. — Billets.— La capitationct le dixième. — Diminution des revenus. — Augmentation des dépenses. — Dettes de l'État. — Banqueroute proposée. — Efforts du duc de Noailles pour rétablir les finances.

La France, qui, après la mort de Mazarin, avait, sous un roi jeune et heureux, ouvert des routes, creusé des canaux, déchargé l'agriculture d'impôts onéreux, créé sur tous les points du territoire des manufactures et des industries nouvelles, établi Tordre dans les finances et l'équilibre entre les dépenses et les recettes ; qui avait couvert l'Océan de ses vaisseaux victorienx et dicté ses volontés à l'Europe, la France n'avait pas su se maintenir à ce haut degré de prospérité auquel l'avaient élevée la fortune du grand roi et le génie de Colbert. Deux guerres, qu'une politique plus sage aurait dû éviter i, et un acte d'intolérance religieuse que la religion désavoue, avaient dépeuplé ses campagnes, ruiné son commerce, appauvri son trésor : sur la fin de sa vie, Louis XIV payait cher les fautes de son orgueil, qui n'avait soufiert d'opposition ni au dehors, ni à l'intérieur du royaume, et tous les malheurs pesaient à la fois sur la tête de ce vieillard, qui, peut-être, ne se montra jamais plus réellement grand qu'au mi-

• En 1688, Louis \IV fut l'agresseur et for(:a l'Allemagne à le combattre; en 1701, il provoqua les hostilités des Hollandais en les chassant des villes de la Barrière; des Anglais, en reconnaissant le fils de Jacques II roi d'Angleterre; de l'Autriche, en refusant de traiter avec l'empereur ; de tous, en déclarant que Philippe conservait ses droits à la couronne de France.

2 CnAPITIŒ 1^'.

lieu de ses reyers. Le cortège de grands hommes qui Tentourait au temps de sa gloire avait disparu; sa famille elle-même s'éteimait par des morts subites, et les solitudes de Versailles ne retentissaient plus que du bruit de ses défaites ou des cris de son peuple affamé. Le trésor était ^ide; Colbert n'était plus là S et Colbert lai-même n'eût pas suffi cà combler Tabime que la guerre creusait sans cesse plus profond. Desmarets % son neveu et son admirateur, succombait sous cette tàcbe ingrate ; son activité et ses talents, loin d'empêcher le mal, ne parvenaient pas même à arrêter le déficit de chaque année au chiffre de l'année précédente. Il voyait le danger grandir, sans pouvoir le conjurer, et il comptait sur la postérité pour l'absoudre d'une faute cjui n'était pas la sienne, a Toutes les dépenses, disait -il, ordonnées par le roi ont été réglées sans être concertées avec le contrôleur général' celles de la guerre, de la marine et des pensions, entre le roi et Messieurs les secrétaires d'État, chacun pour leur département. Le contrôleur général était chargé de trouver des fonds par tous les moyens pour fournir aux dépenses. Était-il maître de refuser ou d'abandonner sa place? On s'en rapporte à ceux qui ont vu de près le gouvernement passé, pour rendre sur cet article la justice qui est due à celui que le roi avait choisi pour un si pesant et si difficile ministère ^ »

Situation cruelle pour un ministre forcé de subir la responsabilité d'actes délibérés sans lui, et de ruiner, en gémissant, le cultivateur et le commerçant, dont il entendait les plaintes et les malédictions. Il fallait a trouver des fonds; » le roi s'inquiétait peu des moyens, et malheureusement la France était réduite à un état qui rendait la plupart de ces mesures nécessaires, et ne laissait pas d'autre alternative que de ruiner le royaume ou de le voir démembrera De là, tant d'expédients imaginés par

' Mort en 1683.

2 Desmarets succéda à Chamillard coimne contrôleur général des finances

en 1708.

* Desmarets, Mémoire sur Vadm. des finances. Cite par Forbonnais, t. \ ,

* Après la bataille d'Oudenarde, Louis XIV avait offert lui-même aux

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