ÉTAT DES FINANCES A LA MORT DE LOUIS XIY
Desmarets : tristes expédients qui sauvaient le présent en compromettant Tavenir, et qui allaient léguer au successeur de Louis XIV un héritage de dettes et de misère d'où sortit une des plus étonnantes révolutions financières.
Colbert s'était toujours prononcé hautement contre le système des rentes constituées; il ne comprenait pas comment on pouvait raisonnablement engager les ressources d'un État pour des siècles entiers^ afin de satisfaire aux exigences d'un moment : et il avait raison, sous un maître absolu à qui il ne fallait pas faciliter les moyens de satisfaire ses caprices. En 1670, il avait remboursé une partie des rentes, diminué le capital et l'intérêt de l'autre partie, et réduit à moins de sept millions i la somme que l'État payait chaque année à ses créanciers. Malgré les fréquents em~ prunts que la guerre de Hollande l'avait forcé de contracter, il n'avait laissé pourtant, à sa mort, qu'une dette de 158 millions ^ Tout avait bien changé depuis 1683; le besoin pressant d'argent, l'ignorance ou l'incurie des contrôleurs généraux avaient grevé l'État de charges énormes, et Desmarets, emporté par la force des choses sur cette pente fatale, avait fait lui-même chaque année et presque chaque mois des emprunts ruineux au denier quinze et au denier douze "^ (8 1/3 et 6 2/3 p. O/o). Les emprunteurs payaient l'État en billets discrédités, et l'État, de son côté, faisait banqueroute aux emprunteurs en manquant à ses paiements et en supprimant une partie du capitale Chacun des revenus publics portait sa part du fardeau; il y avait
Hollandais la cession de Lille, Maubeuge, Menin, Ypres, Fumes, Condé, et aux conférences de Gertruydenberg on lui avait demandé de renoncer à l'Alsace et à toutes les conquêtes faites depuis la paix des Pyrénées.
' Colbert avait réduit à 400 et 300 livres des rentes qui avaient été créées à ÏOOO livres, ,;t avait arrêté la deUe publique à G,99i,206 livres. Enc. met. : Rentes.
* Le capital était de 158 raillions, dont 18 placés au denier 18, et 138 au denier 20. La rente était de 8 millions.
»Les édits d'août 1705, juin 1712, juillet et décembre 1713, mars 1711 avaient créé des rentes au denier 1 2 .
* L'édit d'octobre 1713 ordonnait la conversion de toutes les rentes en nouveaux contrats au denier 25, et l'Ktat devait ajou-tor au capital réduit pour les
des rentes constituées sur les dons gratuits des pays d'États, sur le tabac, sur les postes, sur les inspecteurs des boissons ' ; la taille seule payait plus de 2i millions, et les fermes générales, qui ne rapportaient annuellement que 47 millions, étaient grevées de 51 millions de rentes. La somme totale s'élevait à 86,009,310 li^Tes, dont le capital faisait plus de 2 milliards : somme énorme à une époque où le marc valait 30 livres 10 sous', et où l'argent était beaucoup plus rare qu'aujourd'bui. Et pourtant, là n'étaient pas encore les désordres les plus dangereux. Des loteries avaient été autorisées, établies, et le roi avait coloré d'un prétexte d'humanité la création de cet impôt indirect, qui excite les mauvaises passions, et qui ne pèse sur aucune partie de la société aussi lourdement que sur l'indigent, trop facilement séduit par cet appât. « Sa Majesté, disait-il, ayant remarqué l'inclination naturelle de ses sujets à mettre de l'argent aux loteries particulières, a désiré leur procurer un moyen agréable et commode de se faire un revenu sur et considérable ^ » Et telle était la détresse du trésor, qu'on descendit jusqu'à faire une loterie à ^ingt sous dont le produit ne s'élevait qu'à 240,000 livres : encore, fallut-il attendre deux ans avant de pouvoirla tirer ♦. De tels remèdes étaient 'impuissants contre ie mal. Alors on avait recours à ce qu'on appelait les affaires extraordinaires : c'étaient des emprunts déguisés, des anticipations par lesquelles on dévorait à l'avance les revenus de quatre ou cinq années, des aliénations d'impôts, des ventes d'offices, des
unes aux trois quarts, pour les autres aux trois cinquièmes, les deux années d'arrérages qui n'avaient pas été payées.
* Les recettes générales des pays d'États payaient en rentes 2,905,773 livres; les inspecteurs des boissons 327,100; les dons gratuits 804,514. Les 3,000,000 que rapportait annuellement le contrôle des actes étaient entièrement engagés en rentes.
^ Au l« septembre 1715, le marc d'argent valait 30 liv. 10 s. 10 d. Forbonnais, t. V, p. 18.
3 Ordonnance de 1700 pour le tirage d'une loterie de 10,000,000. Enc. met. : Loteries.
* Dusaulx. De la pasiivn du jeu. Cette loterie, ouverte en 1705, fut tirée en 170T.