CHAPITRE XXI
Des Armes offensives.
Pour armes les chevaliers portaient une épée lai^e et courte, suspendue à une ceinture faite d'une coun*oie appelée baudrier. Ils avaient aus^ à cette ceinture un petit couteau ou poignard nommé miséricorde, divec lequel ils achevaient Tennemi abattu; sa poiçnée représentait une croix. La lame n'avait pas changé de forme. \Jécu était de bois recouvert de cuir bouilli et entouré d'un cercle de fer pour lui donner de la force et l'empêcher de se fendre.
Les éperons d'or ou dorés étaient alors la marque distinctive des chevaliers. A leur réception on leui' mettait ces éperons que l'on considérait comme un double symbole , celui de Taiguillon qui devait exciter le récipiendaire à la gloire et celui du mépris qu'il devait faire de For en le portant à ses pieds. Les simples
( i86) gentilshommes , qui avaient le titre d'écujers, portaient des éperons d'argent; mais les roturiers n'en pouvaient porter d'aucune espèce, pas même de fer (i).
Les fantassins ou vilains , qu'on appelait pions ou pionniers parce qu'ils préparaient les chemins pour la cavalerie, étaient armés d'arcs, de flèches et de massues. Quelquefois ils portaient aussi des maillets à tête de fer ou de plomb , et lançaient des pierres ou de petites boules de plomb avec des frondes.
Tous ces gens de pied, qui servaient et secondaient les chevaliers , étaient encore appelés sergens, c'est-à-dire serrans, gros vurlets et cotereaux. Ce dernier nom leur était donné lorsqu'ils étaient tirés des coteries ou sociétés de paysans qui tenaient leurs terres du même seigneur (2). .
On a pu voir dans le Musée de l'artillerie de ces espadons à deux mains dont on feisait usage dans les combats. Sur la lame de l'un d'eux on lisait le millésime 1207^ ce qui le reporterait au temps de Philippe -Auguste. On remarque encore sur la lame deux petites croix, l'une au dedans, l'autre en dehors du cercle j ce qui a fait présumer que cette arme, qui vient du cabinet de Qiantilly , a servi aux chrétiens contre
( i87) les infidèles. La poignée est en fer, et la lame a de longueur quatre pieds un pouce.
1J estocade était une longue épée qui ne servait que de la pointe. Quelques-unes sont terminées en forme de lance dont la flèche est légèrement arrondie ; la lame se trouve souvent creusée en canal dans toute sa longueur.
Hangon ou corsèque^ qu'on a aussi appelé ow* con ou rançon et qui est connu pour avoir été Tarmela plus ancienneet la plus noble des Français^ était un petit javelot à trois lames ou à une seule divisée en trois parties : celle du mi-lieu, droite, large, tranchante, pointue; les deux autres recourbées ou tout au moins s'écartant de la première. Elles servaient à accrocher, à embarrasser l'ennemi , comme la lame du milieu à le frapper, à le percer. L'angon se lançait ou se maniait comme la jai^eline (3). A l'inauguration des rois de la première race , on les élevait sur le pavois en présence de l'armée, et on leur mettait l'angon dans la main droite. C'est ainsi qu'est représenté Childéric sur l'anneau royal trouvé dans son tombeau à Toumay en i654. Dans les assemblées de la nation le monarque ne paraissait jamais que le bouclier au bras et l'angon à la main. Ce javelot devint bientôt le sceptre du roi; on en peignit lo
( i88 ) fer sur les bannières^ dans les écus ; on le grava sur les frontons des édifices^ et on pense, avec raison , que telle fut Forigine de ce que nous nommons improprement ^ewr^ de Ifs^ qui, d'abord en grand nombre sur l'écu de France, furent réduites à trois par Charles V, ainsi que nous Favons déjà dit. Telle est du moins Topinion la mieux établie parmi les historiens les plus recommandables. IKautres ont vu dans les armes de France, la fleur du lotus y des abeilles, des crapauds, des flambes ou iris des marais, enfin de véritables lys. Voyez, à ce sujet , les dissertations publiées dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions.
On se sei'vait encore, dans les armées, d'un petit marteau d'armes appelé maillet ou maU^ lotin. On sait que Hugues Aubrioty prévôt des marchands, ayant fait emmagasiner, dans l'Hôtel-de-Ville , trois à quatre mille maillets de plomb pour armer, au besoin, les Parisiens contre les ennemis , il arriva- précisément le contraire de ce qu'il avait projeté. En i382, sous Charles VI, un nouvel impôt ayant été mis sur les comestibles , le peuple se révolta, enfonça les portes de l'Hôtel-de-Ville, se saisit des maillets et commit beaucoup de désordres. Cette émeute fut appelée la révolte des mail'-
( ï89 ) lotins. he Jouet d'armes ou scorpion était composé d'un manche en bois ^ d'un pied dix pouces de long, auquel tiennent deux chçiînes, l'une de huit pouces , l'autre de six. A ces chaînes sont attachées deux boules de bois garnies de pointes de fer, et quelquefois trois qu'on appelait étoiles. Cette arme redoutable s'est perpétuée che:5 les Bretons où elle porte le nom de fléau (4).
La masse d'armes était une espèce de massue à tête ronde ou ovale, tantôt pleine, tantôt à parties creuses et saillantes, et la hache d'armes était une arme à dbaz; mains ^ avec, une lame carrée au sommet, ed fo^nne de lance, le marteau à quatre pointes d'un côté, une hache de l'autre, ce qui lui donne la figiu^e d'une hallebarde.
Nous avons encore à citer les couteaux de brèche à crochet , les hallebardes et piques à croissons y \e bracquemart y sorte de glaive à deux trauchans ou d'épée courte et large qu'on portait le long de la cuisse, et YallumellCy autre espèce d'épée à deux tranchans qu'on voit dans tous les musées. d'artillerie (5).
lia pertuisane était une sorte d'arme composée (J'^ne hampe et d'un fer large, aigu et
( igo )
tranchant au bout de la hampe. C'était une espèce de hallebarde très-propre à défendre un vaisseau à l'abordage.
dfvDoleA