‹ Recherches historiques sur les croisades et les TempliersChapitre 9 sur 40 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des Duels.

L'opinion faisait du duel un hommage^ la passion un plaisir, la coutume un devoir : sou^ tenu par l'ignorance, toléré par la religion, «ncouragé par la politique, il ne trouvait partout que des esclaves soumis aveuglément à son empire. A sa voix, le laboureur quittait son champ, l'artisan les instrumens de son travail, le militaire son poste, le courtisan son prince, le prêtre même, quelquefois son autel pour s'égorger sur l'arène. Les uns y cherchaient la gloire, d'autres la vérité, plusieurs l'innocence (i). Le préjugé aveuglait tellement les esprits, que quelques uns ne désespéraient* pas d'y rencontrer la piété, et l'on vit plus d'une fois le vainqueur, en retirant son épée des entrailles de son rival, offrir à la religion une victime qu'il venait d'immoler à

la fureur. Le père expirant laissait à son fils le soin de venger une mort qui souvent ne précédait que de quelques instans celle du vengeur. L'ami voulait immoler sur le tombeau de son ami celui qui lui en faisait pleurer la perte. Le plus fort était toujours le moins criminel, et souvent la querelle d'un seul ne finissait qu'avec le sang de toute une famille. Dans la fréquentation des deux sexes, on ne voit plus aucune trace de cette ancienne et célèbre galanterie qui donna une si belle opinion de nos aïeux à ceux qui ne les connaissent que par des ouvrages d'imagination ou par des traditions que les romancière se sonteflTorcés d'embellir. L'amour n'est plus ce commerce religieux de i-espect et d'adoration, toujours mii an désir de plaire, qui faisait jadis Une partie .essentielle de nos mœurs. Un coup d'œil, une légère préférence de la part de l'objet aimé, étaient^des faveurs inestimables qui inspiraient aux amans les choses les plus ingénieuses et les plus tendres. En aiguisant les plaisirs des sens par les illusions de l'amour*propre, on arrivait, par une gradation délicieuse, par une espérance soutenue, par des désirs flattés et animés, au terme du souverain bonheur. Ils nesontplus, ces beaux /temps de

(47) la galanterie française où des chevaliers ornés des rubans et des chiffres de leurs darnes^ combattaient en champ clos pour mériter de plaire à la beauté^ où la fidélité se mêlait au courage^ le sentiment à la gloire, le respect aux désirs, où Tamour, toujours inséparable de Vhonneur, changeait les hommes en héros, les femmes en divinités, et la volupté en une sorte de culte. Ulsle Marwaut^ un des plus braves gentilshommes de l'armée du roi, ayant rencontré Marottes y qui servait dans l'armée de la ligue, lui demanda s'il n'y avait pas quelqu'un de son parti qui voulût rompre une lance pour l'amour des dames. « Il y en a mille, lui répon- » dit Marolles, mais il n'en faut point d'autre )) que moi seul.^ — : Vous êtes donc vaillant et » amoureux, lui dit Marivaut, je vous estime )) davantage, et cela suffit. » La partie fut remise au lendemain, et le combat se fit avec grand appareil. Les deux armées et toutes les dames furent témoins de la victoire de Marolles^ il enfonça le fer de sa lance dans l'œil de son adversaire, et Marivaut tomba mort de ce coup. Le vainqueur fut ramené à Paris au milieu des fanfares et des acclamations publiques. Les dames couronnèrent sa victoire ^ et le peuple, qui se pressait dans les rues pour le

voir passer^ en fit le soir des feux de joie. Les prédicateurs de la ligue disaient en chaire que le jeune David avait tué le philistin Groliath ; les beaux esprits composèrent des vers en son honneur, et firent cette anagramme de son nom : Claudius de MaixfUes , adsum in duello clarus (2).

G/ool^

UV CHAPITRE IV.

(i) Il était naturel alors de regarder révénemcnt d'un combat autorisé par la loi et consacré par des cérémonies religieuses , comme un jugement formel , par lequel Dieu faisait connahre la vérité ou la fausseté de l'accusation. Le vaincu était tout de suite traîné sur la claie , en chemise , jusqu'au lieu patibulaire où on le pendait mort ou vif. Legris que la femme de Carrouge accusait de Tavoir violée , terrassé et sous son ennemi , soutint toujours qu'il était innocent ; mais il n'en passa pas moins pour convaincu par r issue du combat y dit Le Laboureur (liv. 6 , chap. lo), son corps fid trtiîné au gibet, selon la coutume de pareils è>énemens y et il paya de son honneur et de son sang le crime d'un fhàlheureux qui /ut depuis exécuté à mort pour d'au-

- flu s'accusa de ce viol ( V, Sainle-Foîx , siî PAriSjp. 221 , édit. de 1778).

V tïîèine auteur , t. 3 , p. 4-64 , el t. 7 , pag. ti^>tM ouvrage.

•«•« *^9^ »#*#»*»*a*»*a*><«»»a>#«»«» ff *•»••■»••»•>»■••••♦• W •«

Page 1