‹ Recherches historiques sur les environs de Bourgoin (Isère): Demptézieu, Saint-Chef, MaubecChapitre 5 sur 16 · MAUBEC · texte numérisé non relu

MAUBEC

Ils portaient d*or , aux deux léopards d'azur, et leur cri de I guerre était : Maubec.

(Armoiries des anciens seigneurs de Maubec).

Au-dessus de ces roches parées de verdure 5 qu'on aperçoit de Bourgoin , à peu de distance vers le sud , et qui dominent le joli vallon , dit la Combe de Bion , se dressait jadis le donjon féodal de Maubec.

La génération qui nous a précédés a vu encore debout ce manoir seigneurial , ou plutôt ses restes imposants , ses tours qui

couronnaient le précipice, son enceinte et sa chapelle antique.

A la suite de la Révolution, les acheteurs de la bande noire ont fait disparaître ces vieux édifices , qui , depuis longtemps ne servaient plus de demeure qu'à de paisibles laboureurs, et contribuaient à donner un aspect romantique à un gracieux paysage.

Ce château , qui fut souvent le théâtre de scènes sanglantes , servit de principale résidence et donna son nom à des seigneurs qui ont joué un rôle important dans l'histoire de notre contrée.

La seigneurie de Maubec , dont la domination s'étendait sur un assez vaste territoire , appartenait primitivement à une ancienne fatnille du même nom (a). Elle passa ensuite au pouvoir de l'illustre maimonde Bocsozel.

Cette dernière maison tirait son nom d'un château situé entre Champier et la Frette , lequel avait sous sa dépendance différentes locaUtés, et entr'autres le pays de la Côte-Saint-André. C'était là ce qui

(a) Salvaing de Bôissieu, de l'Usage des fiefs, p. *232.

formaitle vaste mandement de Bocsozel (a).

On ignore Tépoque précise à laquelle mie branche de la famille de Bocsozel fut appelée , par mariage ou autrement , à recueillir la seigneurie de Maubec ; mais, une fois au pouvoir de cette famille , cette seigneurie acquit une grande importance.

On voit figurer les seigneurs de Maubec , comme personnages considérables , dans diverses circonstances mémorables.

En 1277 , Guillaume de Beauvoir de Marc, l'un des principaux seigneurs du Viennois , qui y possédait de grandes terres , fit son testament par lequef il partageait ses possessions entre ses deux fils, Drodon et Aymar de Beauvoir. Dans le lot de Drodon , figurent les terres et les châteaux de Beauvoir , de Jonages et de Ruy.

Parmi les huit témoins de ce testament , on trouve Humbert de la Tour , qui fut depuis Dauphin, et Jacques Bocsozel, seigneur de Maubec. Ils étaient également

(a) V. Ghorier , t. !•', p. 775. — On aperçoit encore les ruines du château de Bocsozel , dans la commune du Mottier , non loin de la grande route de Champier à la Frette , sur une éminence isolée. Par corruption de langage , on nomme ces raines Beau-Si/^'etàms le pays.

Ji les exécuteurs testamentaires désignés par

le testateur(a).

m En 1279 , le seigneur de Maubec se )û trouva mêlé dans la grande querelle qui m avait éclaté à l'occasion du meurtre com- 1 mis à Vienne sur la personne de Pierre de ,, Brohen {Bron)^ courrier de Farchevêque.

fcj Les principales familles du Viennois s'é- J talent armées pour venger de Brohen. Les ti terres de Roche et de Maubec furent ra- D vagées pendant cette lutte féodale , qui fut p terminée par un traité conclu à Bourgoin, g au mois d'octobre 1279 (&).

I Humbert de Bocsozel, qui était seigneur - de Maubec en 1308 , était l'un des amis et î des conseillers du comte de Savoie. Des différends s'étant élevés entre ce prince et le comte de Genève , au sujet de l'interprétation d'un traité , la difficulté fut soumise à des arbitres , en tête desquels se trouvait le seigneur de Maubec. La sentence qui fut rendue est datée du château de Saint-Georges d'Espéranche , le 6 novembre 1308 (c).

(a) Valb. t. II, p. 15 , — et Nobiliaire duDauphiné , v» Bocsozel.

(6) V. Mermet , Histoire de Vienne, Chorier , etc. (c) Valb. t. H. p. 139.

On voit le même Humbert de Bocsozel, figurer parmi les médiateurs et les témoins d'un traité conclu au mois de septembre 4308 , entre le comte de Savoie , la dauphine Béatrix , veuve de Jean P' , et Hugues, seigneur de Faucigny (a).

On rencontre encore à différentes époques les noms des seigneurs de Maubec, avec les qualités d'arbitres , de cautions et de témoins , dans une foule de traités et d'actes importants.

Une partie de leurs domaines relevait des comtes de Savoie , et une autre des dauphins; du moins, ces princes prétendaient réciproquement à un droit de suzeraineté sur les seigneurs de Maubec , ce qui donnait lieu à des contestations et à des luttes sans fin.

En l'année 1290 , le dauphin Humbert I" avait su amener Aymon de Bocsozel , seigneur de Maubec à se reconnaître son vassal.

« Humbert , dit Valbonnais (b) , attentif 3) à profiter des occasions d'accroître son 7> domaine , ne laissait échapper aucune

(a)Valb. t. II, p. 141.

>c > de celles qui se présentaient d'acquérir âe » les hommages des terres voisines ou de :e ^ celles qui étaient enclavées dans les ^1 y> siennes ; il engagea Aymon de Bocsozel t :j) à tenir en fief delà baronnie de la Tour,

» les terres de Maubec , etc. 3) * r La reconnaissance passée par Aymon de ai Bocsozel esta la date du 11 mars 1290; i!j elle constate que ce seigneur fit hommage ta entre les mains du dauphin , sur le pont de Ghéruis , en présence d'un grand nom- ^ bre de chevaliers et d'une grande affluence : de population. Par cet acte , Aymon re- '7t connut , pour lui et ses successeurs , teî nir en fief du Dauphin , seigneur de la Tour (ab illmtri viro domino Humberto Dalphino Viennensi et Albonis comité^ dominoque de Turré) le château et le mandement de Maubec , et spécialement , la garde d'Artas, le château de Chèze-Neuve (de Cheza nova) et son mandement, le château et le mandement des Eparres , le château de Mont-Lyopard (a) , le château

(a) Le château de Mont-Lyopard , qui était , peut-être , le manoir primitif des seigneurs de Maubec , occupait l'éminence qui s'élève à 4 ou 500 mètres à l'ouest des roches de Maubec et qui domine tout le plateau. Cette éminence , qui a une forme assez régulière , est celle qui est tout près du prieuré ac-

et le fief de Pusignan , le péage du chemin public de Saint-Alban , tout ce que ledit Aymon possède dans la dépendance du château et de la paroisse de Bourgoin, la maison forte et le fief de Viriville , et généralement tous les biens qu'il possède, à l'exception , toutefois , du territoire situé entre la rivière d'Aygne (Ai/gfni) et celle de Crotet , parce qu'à raison de ce territoire, il est vassal du comte de Savoie (a).

Ce même Aymon de Bocsozel donna aux habitants de la baronnie de Maubec une charte de franchises et immunités, mentionnée par Salvaing de Boissieu {Usage des fiefs, ipdig. 281), dans les termes suivants :

« J'ai vu aussi dans la charte des frany> chises et immunités octroyée aux ha- 3) bitants de la baronnie de Maubec , par y> Aymon, leur seigneur , le 4 devant les 3) Kalendes d'août 1291 , un article en ces i> termes :

tuel des Dominicains ; elle est surmontée d'une plateforme et d'une terrasse qui l'entoure, à mi-hauteur ; un chemin tournant y conduit , et l'on y trouve partout, dans le soi , des débris de constructions. Le nom de kant-Lyopard lui a été conservé dans la contrée, et il est à remarquer que ce nom est en parfaite harmonie avec les armes de l'ancienne famille de Haubec , où figuraient des Léopards, (a) Valb. t. !•' p. 20. -. Chori«r, t. !•' p. 867.

Item promisit dictus Aymo pro se et suis * successoribus dictis nobilibris solemniter ^ ' stipulantibiLset recipientibus tenere et ma- ^ nutenere dictos homines ad illa bona usa- ^^ gia quibus dominus Mgidius quondam pa- "i^ ter dicti Aymonis ipsos tenuit et servavit

"^ sine aliquo detrimento (a)

^ Aymon périt d'une façon tragique en ^ 1300 ou 1301 , dans la circonstance que

• voici :

^ Ce seigneur , qui ménageait tour à tour

d ses deux puissants voisins, le Dauphin et

s le comte de Savoie , était , à ce qu'il pa-

01 raît , nonobstant l'hommage qu'il avait

Li rendu au Dauphin en 1290 , disposé à se

tourner du côté du comte. Dans le but

d'empêcher l'exécution de ce dessein, Guil-

r. laume de Virieu , châtelain de Bourgoin,

j agissant probablement par excès de zèle

j et sans en avoir prévenu le Dauphin, se

concerta avec plusieurs seigneurs , vas-

i saux de la baronnie de la Tour , et par-

(a) Quel était cet ^Egidius dont il est parlé dans cette charte ? — Etait-ce le père d'Aymon ou l'un de ses ancêtres, père d'un . autre Aymon (car il y avait eu déjà plusieurs Aymon" de Bocsozel)? — Ce mot qitondam semblerait favoriser cette dernière interprétation , d'autant mieux que Chorier , dans son Etat politique^ dit qu'Aymon, qui vivait vers 1290 , avait pour père GuiUaume. Il peut se faire aussi que ce dernier personnage soit le môme que l'jEgidiuê mentionné dans la charte.

mi lesquels figuraient Pierre de Drens , Thomas de Guminet Guillaume de Miribel ; puis , accompagné par eux et aidé des gens de Bourgoin et d'autres terres voisines , il s'empara par surprise du château de Maubec , où tous ceux qui s'y trouvèrent furent massacrés , y compris le seigneur. Le comte de Savoie protesta hautement contre cet acte de violence et contre le meurtre de celui qu'il appelait son vassal ; son envoyé , lejuge Bertrandy , demanda formellement au Dauphin la remise des coupables , dont il signalait les noms, afin que le comte pût les faire punir. Humbert I^r répondit qu'on ne pouvait lui imputer en aucune façon la mort d'Aymon de Bocsozel , et qu'il blâmait formellement l'entreprise qui avait amené cette mort ; qu'Aymon était son proche parent , son ami et son vassal , et qu'il regrettait vivement sa perte. Il ajouta , au surplus, que le heu de Maubec dépendant de sa justice et non de celle du comte , c'était aux officiers de sa cour de connaître des crimes qui s'y commettaient (a).

(a) Valb., t. I*', p. 254, et t. II, p. 92.

Aymon laissait pour héritière une fille , jeune encore , Jeanne de Bocsozel , dont le Dauphin se porta hautement le protecteur, et qu'il se proposait de donner en mariage à quelque seigneur qui lui fût tout dévoué. Bientôt après la mort de son père , Jeanne de Bocsozel vint au château de la Balme , résidence favorite du Dauphin, et , dans la cour de ce château , en présence de nombreux seigneurs et chevaliers, elle lui rendit hommage pour toutes les possessions qu' Aymon avait reconnu tenir de lui en 4298.

Chorier donne des détails assez curieux au sujet de cette cérémonie :

€ Les nobles rendaient leurs hommages, » découverts, debout et armés, les mains :& jointes entre celles du suzerain , qui , 3> après qu'ils lui avaient promis tout ce 7> qui était porté par les conditions de 3) leurs fiefs, leur donnait un baiser sur la 3> bouche ; ce baiser est appelé dans les :& anciens actes osculum pacis et amoris.

:» Il n'y avait pas de forme particulière y> pour les femmes. Béatrix de Viennois , 3) dame d'Arlay , rendant hommage au y> dauphin Humbert II , son neveu , le 16

:s> avril 1340, l'acte apprend que ce fut y> complosis manibus et oris osculo y les 3) mains jointes, et par un baiser. Néan- > moins, lorsque Jeanne de Bocsozel ren- 5> dit hommage de la terre de Maubec au 3> dauphin Humbertl^r, en 1301 , l'acte » que j'en ai vu dit que ce fut manws suas 3) habensjundas intrà manus domini Del- D phini ;mais il n'ajoute pas- que le Dau- 5> phin lui donna ce baiser , qui n'aurait D pas été omis , s'il l'avait fait , cette for- :d malité étant de l'essence de l'hommage.

D Elle était encore fille et jeune ; aussi D la qualité de nobilis Domicella lui est )) donnée , et ce fut sans doute par cette i> raison que le Dauphin eut cette com- :» plaisance pour elle. Le vassal non noble D rendait hommage à genoux et sans ary> mes , et , au lieu que le noble baisait D son seigneur à la bouche , le vassal non y> noble ne lui baisait que le pouce (a). 3)

(a) Cborier , t. I«^ p. 8i2-867.

A propos du mol Domicella applique ici à Jeanne de Bocsozel , ce même Chorier , dans un autre passage (p. 839)^ se livre à des réflexions qui méritent d'être reproduites : « L'ori- » gine du nom de Damoiseau , dit-il , n'est pas très-difficile à » trouver. Il est assuré que ce n'est qu'un diminutif du latin » Dominus , qui signifie maître et seigneur. Premièrement • on en a fait DominicelliLS, et après, Domicelltts. Notre lan- » gue en a fait d'abord Damoitel et après , Damoiseau ou De- » moiseau y comme l'on parle présentement. Déjà, en 1301 ,

Le comte de Savoie voyait avec peine la nouvelle atteinte portée à ses prétentions

» comme nous rapprend l'hommage rendu par Jeanne de Boc- 3» sozel , il avait, de notre sexe , été porté à l'autre , et comme » les fils des grandes familles étaient appelés Domicelli ou Da- » moiseaux , dans les nobles maisons les filles furent appelées » Domicellœ ou Damoisell&t. Par un abus extraordinaire , cette » qualité de Demoiselle qui n'était propre qu'aux filles des gran- » des et illustres maisons , est devenue si commune en ce siè- M cle , que l'usurpation ii^uste qu'il a été permis d'en faire » à toutes les conditions , l'a enfin presque déshonorée. »

Salvaing de Boissieu ( Usage des fiefs , p. 60 et suiv.) , confirme ce que dit Chorier sur les formes de l'hommage féodal en Dauphiné , et il donne à ce propos des détails qui ont bien leur côté plaisant :

« L'hommage étant un acte de révérence et de respect en-

>» vers le seigneur , il est bien juste qu'il se fasse avec quel-

« que solennité qui marque sa nature , dont la forme est dif-

» férentd, selon la coutume des lieux, qui doit être observée.

» Celle de Berry veut que le vassal , qui ne trouve point le

' *> seigneur , ni personne de sa part au lieu du fief dominant,

; » fasse le devoir en baisant le verrouil de la porte. Et comme

' » la forme qui est prescrite par l'infôodation doit être suivie ,

, • il y a des fiefs qui sont sujets à des devoirs bizarres , selon

» le caprice du seigneur dont ils sont procédés , qui s'est

» » trouvé d'humeur plaisante , ou qui a cru de rendre son vas-

M sal plus soumis par des conditions extravagan tes. Tel est un

I » fief du pays du Maine , à cause duquel le vassal est obligé ,

» pour toute prestation de foi et devoir seigneurial , de con-

» trefaire l'ivrogne et de dire une chanson gaillarde à la dame

» de Levaray , et ensuite de courir la quintaine à la manière

» des paysans , et de jeter son chapeau ou une perche en

» courant. Tels ont été quelques fiefs du baron de Moncontour,

» auquel le nouveau vassal devait présenter une alouette liée

9 sur un char à bœufs. Il n'en est point de si ridicule ni si peu

» honnête que celui qui était tenu en Angleterre par un Bau-

» doin , pour lequel , dehuit facere , portait le titre , die Natali

» Domini , singuUs annis , coram domino rege Ângliœ, unum

• saltum^ tmum sufflelum^ et unum bombulum, ce que Cambdô-

>» mus explique de telle sorte : ut saltaret , buccas cum sonitu

» inflaret , et ventris crepitum ederet. »

Salvaing fait ensuite observer que l'hommage devait être rendu en personne de la part du vassal . et non par un procureur ; que si le vassal était une femme , fusse môme une abbesse représentant son monastère pour quelque fief , elle ne pouvait , malgré la formalité essentielle du baiser {osculi pacis et amoris) , se dispenser de ce devoir tout personnel , à moins que le suzerain ne consentit à recevoir l'hommage par procureur , ou à renoncer au baiser.

sur la seigneurie de Maubec, par l'influence exclusive que le Dauphin prenait sur Jeanne de Bocsozel ; mais comme il y avait alors une trêve jurée entre lui et Humbert 1er ^ trêve dont Charles de Valois , frère du roi de France , s'était rendu le garant, en attendant qu'il eût résolu, en qualité d'arbitre, les difficultés qui divisaient les deux princes , le comte n'osa agir trop ouvertement. Toutefois , il favorisa autant qu'il était en lui les prétentions d'Humbert de Bocsozel , seigneur de Ghatonnay, frère d'Aymon , qui soutenait, à tort ou à raison , avoir seul le droit de recueilUr la seigneurie de Maubec , à l'exclusion de sa nièce. Humbert de Bocsozel ne s'en tint pas à de vaines réclamations. Avec les secours que lui fournit clandestinement le comte de Savoie, il s'empara à son tour, en 1302^ du château de Maubec, qui était alors occupé par les gens des terres du Dauphin, et déclara tenir cette seigneurie en fief du comte de Savoie. Puis, usant froidement de représailles, pour venger la mort de son frère , il fit périr par divers supplices un bon nombre d'hommes du Dauphin qui occupaient le château ou qui

passaient pour avoir participé à Facte de violence commis l'année précédente. Les uns furent précipités du haut du rocher , d'autres eurent la tête tranchée ou furent pendus : a Et ibidem homines Dalphini quamplurimos diversis mortis generibus interfecit ; nam aliquos de rupe prœcipitavit y alios decapitari fecit , altos suspendi et usque ad numerum octovigenti homi" num Dalphini prœdidis mortis generibus interfecit (a). ^

Vainement le Dauphin porta ses plaintes, à l'occasion de cet attentat, à Charles de Valois , l'arbitre commun. Le comte de Savoie réponditque ce n'était là qu'une représailleet fit valoir ses différents griefs. La terre de Maubec fut longtemps encore un sujet de discordé entre les dauphins et les princes de Savoie , et la médiation de Charles de Valois devint infructueuse. Ce fut seulement en 1314 que Jean II , dauphin, et Amé, comte de Savoie, parvinrent à se mettre d'accord. Un traité fut conclu entr'eux, et le Dauphin abandonna ses prétentions sur Maubec et sur ses dépendances , qu'Aymon , fils d'Humbert , dut

(a) Valb. t. I", p. 275 et t. II, p. 61 et 99.

posséder désormais comme vassal du comte de Savoie (a).

Le nom de Jeanne de Bocsozel n'est pas même mentionné dans le traité. Rien ne nous apprend si elle était alors décédée , ou si l'on avait fait taire ses prétentions au moyen d'une compensation quelconque.

La maison de Bocsozel fut, jusqu'en 1355 , époque où les comtes de Savoie cédèrent au Dauphiné toutes leurs possessions en-deçà du GuierSjUn des plus fermes appuis de ces comtes. En 1325, Guillaume de Bocsozel , seigneur de Maubec, et son fils Hugues , seigneur de Roche , rendirent, à la bataille de Varey,en Bresse, un service signalé au comte Edouard.

Ce prince et le jeune et belliqueux dauphin Guignes VIII se faisaient alors une guerre acharnée. Le comte de Savoie espérait profiter de la jeunesse et de l'inexpérience du Dauphin, pour lui enlever tout ce qu'il possédait au-delà du Rhône , dans la Bresse et dans le Bugey. Son armée était la plus nombreuse que jamais la Savoie eût mise sur pied. Le ban et l'arrière-ban de l'état de Savoie avaient été

(a) Valb. t. I", p. 27*2 et 273. et t. II, p. 156.

■ assemblés ; le duc de Bourg'ogne lui avait envoyé un puissant secours, sous la con- ^ duite de Robert de Bourgogne , comte de ^ Tonnerre , son frère , et de Jean de Ghâ- ^ Ions, comte d'Auxerre. D'autres princes ^ lui avaient amené des troupes. A la tête

* de ces troupes , le comte Edouard se mit ^ à assiéger le bourg et le château de Va-

* rey, qui appartenaient auDauphin. Gelui-

2 ci , de son côté, était parvenu à assembler !-' une armée plus faible , à la vérité , que

î celle du comte , mais qui le mit néanï moins en état de tenir la campagne. Il

* avait avec lui les copntes de Valentinois et '^ de Genève , le baron d'Arlay et la plus

3 grande partie de la noblesse de ses états, i! Il s'avança, dans le dessein de faire lever i le siège de Varey, et livra bataille au comte.

La victoire fut longtemps balancée ; le com- \ te , quoique avec des forces supérieures , 1 fut entièrement défait. Plusieurs de ses I alliés furent faits prisonniers , et entr'autres les comtes de Tonnerre et d'Auxerre , et Guichard , sire de Beaujeu.

Le comte Edouard lui-môme , après avoir vaillamment combattu , avait été

pris par Auberjon de Maille , chevalier dauphinois , et .par le seigneur de Tournon, Déjà ils l'avaient entraîné hors du champ de bataille et se mettaient en mesure de lui ôter son casque, lorsque Guillaume de Bocsozel , seigneur de Maubec, les ayant aperçus , appela à son aide Hugues de Bocsozel, son fils , seigneur de Roche , et , avec son assistance , il parvint à délivrer le comte. Voici comment la chronique manuscrite de Savoie fait le récit de cette délivrance :

^ À l'appel de son père, Hugues de :b Bocsozel se partit de la mêlée , et presy^ tement s'en alla après ceux qui menaient y^ le seigneur comte prisonnier; rencony^ trant le seigneur d'Entremont , lui dit :

y^ Suivez-moi hâtivement, car on emmène 1» près notre seigneur. Lors s'en allèrent 3> tous deux et trouvèrent le seigneur de i> Tournon et Auberjon de Maille lez un i> buisson, qui déjà voulaient ôter le ba- 3> cinet au comte, frappèrent de grand 3> randon sur eux , si qu'ils occirent Au- 3) berjon de Maille et mirent le comte 3> Edouard à cheval , et lui firent passer 3> le pont d'Ains , retournèrent alors au

^ conflit et y demeurèrent prisony> niers(a). y>

La perte de la bataille de Varey porta une rude atteinte à la puissance du comte de Savoie et à son influence. <s: Mais, > dit Ghorier, quoique les affaires ducom- 3> te fussent ruinées , la maison de Mauy> bec n'en demeura pas moins ferme dans y> son parti. Aussi le comte , qui savait de j> quelle importance cet attachement des y> seigneurs de Maubec lui était dans le y> Viennois , eut grand soin de se les conj> server. Pour cela, Hugues deBocsozel, i> seigneur de Roche , qui l'avait si utile- 7> ment servi à la journée de Varey , reçut y> des témoignages de sa reconnaissance ; y> l'étant allé voir à Ghambéry , le comte y> le gratifia de plusieurs fiefs , le 17 mars ^ 1327 (6). »

Ce même Hugues de Bocsozel obtint plus tard, par son mérite et sa valeur , d'autres distinctions signalées , comme le démontrent les faits que voici :

Aymon , comte de Savoie, mourut vers l'année 1342 ; il laissait pour successeur

(a) Valb. t. P', p. 288 et 289.— Chorler, t. II, p. 247 et suiv. — Usage des fiefs , p. 6.

(6)Chori8r, loc. cit.

Amé VI, son fils , alors âgé seulement de dix ans. Bien que le jeune prince eût pour ; tuteurs Louis de Savoie, seigneur de Vaud, et Amé , comte de Genève , Aymon avait eu soin de limiter leur autorité , en ordonnant que les affaires de chaque province seraient exclusivement dirigées par un conseil spécial. Hugues , seigneur de Maubec, Amédée, seigneur de Miribel, Pierre de Maubec et Guillaume de Miribel , seigneur de Faramans , formèrent le conseil des terres que la Savoie possédait dans le Viennois (a).

Quelques années après, le jeune Amé, qui est resté célèbre dans l'histoire sous le nom de Comte vert {nom qui lui venait de la couleur de sa cotte d'armes), venait de livrer un combat meurtrier aux habitants du Valais, qui s'étaient révoltés contre l'évêque de Sion, et l'avaient chassé de son siège. A la suite de ce combat et d'un assaut terrible, il prit la ville de Sion , qui fut entièrement saccagée. C'est dans cette circonstance qu'Ame se fit armer chevalier, et ce fut par la main d'Hugues de Bocsozel : « En cet ordre ,

(a) Chorier, t. II, p. 30i.

3> fut au matin au point du jour sonné » Fassaut contre la cité de Syon , lequel :s> dura depuis le soleil levant jusques » à heure de vêpres, faisans les habits) tants extrême défense. Toutefois enfin y> fut la ville prise par force et mise i> à sac , et grand nombre de ceux qui y> furent trouvés en armes massacrés. En » cest furieux assault fut fait chevalier le i> comte Verd par les mains de messire y> Guillaume de Gransson, hardi et vaillant y> chevalier , et par les mains de Hugues y> de Bocsozel, sage chevalier ettrès-exy> pert au mestier des armes (a). »

Lorsqu'en 1365 , le même comte vert, alla au secours de l'empereur des Grecs , Jean Paléologue , vivement attaqué par Amurat 1er ^ on vit encore figurer, parmi les chevaliers qui faisaient partie de cette expédition , François , seigneur de Maubec (&).

Ce ne fut qu'après la cession du Dauphiné aux rois de France , que les comtes de Savoie renoncèrent, par le traité de 1355 , à toutes leurs possessions et à tous

(a) Paradin , Chronique de Savais , p. 284.

{h) Guy Allard, Dict. v» Guerre.

leurs droits de suzeraineté dans le pays situé en-deçà du Guièrs. A partir de cette époque , les seigneurs de Maubec , devenus vassaux des rois de France , continuèrent à occuper une haute position dans le Dâuphiné. Lorsqu'on 1430 , pendant que Charles VII lutta;it contre les Anglais, Louis de Ghâlon , prince d'Orange , qui était un des chefs du parti Bourguignon, entra avec une armée dans le Dauphiné, Raoul de Gaucourt, gouverneur de cette province, rassembla à la hâte les troupes dauphinoises et attaqualeprince d'Orange dansles environs d'An thon, où il le mit en pleine déroute. Le récit de cette bataille, qui eut les conséquences les plus heureuses pourle parti français, mentionne parmi les principaux chefs de l'armée Dauphinoise, Hugues, seigneur de Maubec,qui y est qualifié: de vir strenuus et bellicosus^ et qui commandait l'aile gauche de l'armée , assisté de Valette, célèbre capitaine de routiers (a).

Quand , après la mort de Louis XI , le duc d'Orléans engagea , sous le prétexte du bien public , une nouvelle guerre ci-

(a) Aymar Du Rivail^ p. 501 .-. Valb. 1. 1*' p. 62, et Chorier , t. II, p. 429.

vile, qui se termina par la bataille deSt- Aubin du Cormier, de nombreux seigneurs dauphinois suivirent son parti , et , parmi eux se trouvait François , baron de Maubec.

Les membres de la famille de Maubec ne cessèrent, jusqu'à l'extinction de cette famille , de s'illustrer dans les armes. En 1515, Jean de Maubec figura à la bataille de Marignan. L'année suivante, il fut fait prisonnier à la bataille de Pavie , avec un ïbitre Dauphinois, Guy deMaugiron (a)..

En 1527 , Jacques de Maubec fit partie de l'expédition de l'armée française à Naples , sous le commandement de Lautrec ; mais on sait qu'après un brillant début , cette expédition échoua. La peste et les autres maladies détruisirent la moitié de l'armée qui assiégeait Naples , et dont les faibles débris regagnèrent avec peine la France. Près de deux cents gentilshommes dauphinois y périrent; Jacques de Maubec fut du petit nombre de ceux qui revinrent (6). On le vit figurer plus tard dans les guerres de religion.

fa) Mermet, Hist de Vienne, t. III, p. 252 et 255 . (b) Aymar du Rivail, p. 589,

La terre seigneuriale de Maubec avait toujours été comptée parmi les quatre anciennesbaronnies duDauphiné.Ges anciennes baronnies étaient les plus hautes dignités nobiliaires de ce pays ; elles étaient au nombre de quatre: celle de Glermont, celle de Sassenage, celle de Montmaur; Maubec et Bressieu formaient concurremment la quatrième , qui prenait rang immédiatement après celle de Sassenage. Les barons de Maubec et ceux de Bressieu siégeaient alternativement en qualité de grands barons, dans les assemblées des états du Dauphiné (a).

Après avoir appartenu pendant plusieurs siècles à diverses branches de la maison de Bocsozel, la baronnie de Maubec , qui fut érigée en marquisat, vers la fin du XVP siècle , passa par les femmes en d'autres maisons. Elle était, en 1632 , au pouvoir de Marie de Montlor, veuve du maréchal d'Ornano , fils de l'ancien lieutenant-général du roi en Dauphiné.

Marie de Montlor était l'héritière d'une illustre famille du Vivarais , dans la-

(a) Usage des fiefs, p. 313 et suiv., 318 et s. 321 et suiv. etc.

quelle était venue se fondre la maison des Bocsozel , seigneurs de Maubec ; elle était dame d'Aubenas, etc., et avait épousé le maréchal d'Ornano , lequel , compromis dans une des conjurations de Gaston d'Orléans , fut emprisonné à Vincennes et secrètement étranglé dans sa prison par les ordres de Richelieu. Sa veuve lui fit ériger un magnifique tombeau dans l'église d'Aubenas.

Anne d'Ornano , comtesse de Montlor , fille et héritière de la maréchale , épousa, en 1645 , François de Lorraine , comte d'Harcourt , et mourut en 1695. C'est par ce mariage que la terre de Maubec tomba au pouvoir d'une branche de la famille de Lorraine. En 1725 , elle était possédée par Anne-Marie-Joseph de Lorraine , prince de Guise et comte d'Harcourt, auquel les princesses de la maison deBourbon-Soissons , ou leur héritier , transmirent aussi la terre domaniale de Bourgoin. Dans un arrêt du Parlement , du 3 décembre 1725 , ce comte d'Harcourt , à raison de la terre de Maubec , est encore désigné comme l'un des quatre premiers barons du Dauphiné. Il eut pour

successeur Louis-Léopold-Marie de Lorraine , dont les héritiers , quant à la terre de Maubec et à celle de Bourgoin, étaient, en 1751 , Charles-Juste de Beauvau et dame Sophie-Charlotte de la Tour-d'Auvergne , son épouse ; Sophie Duplessis , dtic de Richelieu , Jeanne-Septimanie-Sophie-Elisabeth-Louise-Axmande Duplessis de Richelieu. Ainsi , par un des jeux singuliers de la fortune , le marquisat de Maubec , revenait par voie d'hérédité aux représentants du terrible cardinal , qui avait fait si cruellement mettre à mort le maréchal d'Ornano , trisaïeul du comte d'Harcourt (a).

Dans le courant de cette même année 1751, et le 9 juin , les commissaires gênévaux y députés de Sa Majesté pour juger les contestations nées et d naître, au sujet des successions des prince et princesse de Guise , adjugèrent le marquisat de Maubec et la terre de Bourgoin à M. Laurent Planelli-Mascrani de la Valette , seigneur de Charly , au prix de 355,000 livres (6).

(à) V. cî-aprôs , les pièces justificatives.

(b) V. n* 6 des pièces justificatives , ci-après.

Le fils aîné de M. Laurent Planelli de la Valette , M. Louis-Gabriel Planelli de la Valette , dernier marquis de Maubec , qui n'est mort , à Grenoble , qu'en 1832 , à l'âge de 89 ans , possédait Maubec au moment de la Révolution. Par suite de son émigration, en 1792 , cette terre fut comprise dans la vente des biens nationaux et fut aliénée en détail.

La famille Planelli ou Pianello était originaire d'Italie. Une de ses branches vint se fixer à Lyon pendant le XVI© siècle , et ses membres avaient toujours eu dans cette ville une position élevée , due, plus encore à leur mérite personnel qu'à leur noble origine. Plusieurs d'entr'eux s'étaient signalés par leur savoir et leur goût pour les lettres. Ils avaient rassemblé une bibliothèque considérable , où se trouvait une grande quantité de manuscrits précieux sur l'histoire de Lyon et des provinces qui l'environnent. Cette bibliothèque , devenue célèbre , fut confisquée avec les autres biens du marquis de Maubec , lorsqu'il eut émigré , et fut ensuite dispersée dans diverses collections publiques. Ce qu'elle contenait de plus intéres-

sant sur l'histoire de nos contrées , se trouve aujourd'hui à la bibliothèque de l'école de médecine de MontpelUer , par l'effet d'un concours de circonstances qu'il serait trop long d'énumérer ici.

Dans le territoire de Maubec , était l'ancien fief de Montquin , dont les seigneurs portaient d'or , à la bande d^azur chargée de trois épagneuls d'argent (a).

Dans ce même marquisat de Maubec , se trouvait aussi la terre de Gésarges, qui appartient encore aujourd'hui , de même que Montquin , à la famille de Meffrey.

Ces deux fiefs relevaient de la baronnie de Maubec.

Chorier , dans son Etat politique du Dauphiné , parle ainsi de la famille de Meffrey :

« Meffrey (Meffredi). — Jean de Mefi> frey est entre les nobles d'Artamonan , 3> dans la révision des feux de l'an 1458 , 3> et Etienne son fils , dans celles de 3> 1484 et 1485. Celui-là fit son testament

(a) On voit le nom des Montquin dans les procès-verbaux de l'arrière- ban du Dauphiné del495àl524.

Louis de Montquin, après avoir fait les guerres d'Italie, figura comme capitaine dans les guerres de religion , et combattit pour le parti catholique , comme presque tous les gentilshommes du Viennois.

:d Fan 1526, et vécut ainsi fort longtemps.

y> Jean de Meffrey , fils d'Etienne, épousa, 3> l'an 1552 , Barbe de Gésarges , fille de 2> Pierre de Gésarges (a). Antoine de Gé- 5) sarges était son frère , qui mourant y> sans enfants , institua pour héritier D Antoine de Meffrey, son neveu, par son 2> testament du 6 juin 1582 ; mais ce fut 3> à la charge de porter son nom et ses 3> armes. D'eux descend Florimond de 5> Meffrey de Gésarges , sieur de laPoipy> pe (6) , fils de Jacques de Meffrey et de 3) Gatherine de Neyrieu.

y> Armes : Party au l^r , de gueules, au ^ griffon volant d'or , et au 2e , de gueules y> dla fasce d'or, chargée de trois sautoirs i> de sable. i>

G'est dans l'ancien castel de Montquin, situé entre le château de Gésarges et le vieux château de Maubec , que J.-J.

Rousseau a résidé pendant près de dixhuit mois , en 1769 et 1770. J'ai donné

(a) La maison de Gésarges était une branche de l'ancienne et noble famille Dubourg. — V. les Nobiliaires. — En 1435, Luc de Gésarges figura parmi d'autres seigneurs delà contrée, comme l'un des Ûdéjusseurs de la dot , dans le contrat de mariage de Catherine de Soliers avec Louis Blanc.

(&) Il s'agit ici d'un fief appelé la Poippe de Rajat , acquis dans le temps par les seigneurs de Césarges , de la maison de Maubec.

ailleurs , dans une notice particulière, des détails sur ce séjour.

Parmi les autres feudataires des seigneurs de Maubec , figuraient également deux maisons dont le souvenir mérite d'être conservé. C'étaient les familles Jeffrey de Meyriez , et de Polloud de Saint- Agnin.

Les Jofîrey étaient les seigneurs du fief de Meyriez , qui a pris plus tard le nom de la Barre. Une partie de leur ancien manoir , qui porte encore le nom de château de la Barre , s'aperçoit à la crête du coteau qui domine le vallon dit la Gombede-Bion , à peu près en face de l'église de Maubec.

C'est à cette famille qu'appartenait Jacques Joffrey , qui succéda auprès de Bayard , comme écuyer et maître d'hôtel, à Humbert de Vaulx, seigneur de Milieu, tué au siège de Mézières (a).

Après le passage de la Sézia , Jofîrey était auprès du héros Dauphinois , lors-

(a) «.... Le chevalier y perdit Imbert de Vaulx , sieur de » Milieu. Il était le cadet de la maison de Vaulx , entre Bour- » goin et la Verpillière , de laquelle sont sortis de braves ». gentilshommes. Tous ceux de cette race sont vaillants. Le » sieur de Milieu fut tué à une sortie. » {Expilly , supplément à l'Histoire de Bayard).

que celui-ci fut mortellement atteint d'un coup ^'arquebuse.

€ Jésus 5 hélas ! mon Dieu ! je suis mort ! — s'écria Bayard , portant à ses lèvres la garde de son épée en forme de croix: — Miserere mei, Deus , secundum

magnam misericordiam y> — Il ne put

achever ; une pâleur mortelle couvrit son visage; mais il ne tomba pas et eut le courage de se retenir à l'arçon de sa selle.

Jacques Jôflfrey accourut et le reçut dans ses bras.

€ Qu'on me descende au pied de cet arbre, — dit Bayard , et me mettez en sorte que j'aie la face regardant les ennemis ^

Jofîrey exécuta sa volonté, avec l'aide de quelques soldats suisses. Le jeune gentilhomme fondait en larmes en voyant son bon maître mortellement blessé. — « Jacques , mon ami , — dit le héros — laisse ton deuil ; c'est le vouloir de Dieu de me retirer aujourd'hui de ce monde , où il m'a comblé de plus de joie et de biens que je n'en ai mérité »

On sait ce qui se passa ensuite; l'arrivée du connétable de Bourbon , les paroles

de sa mère , fonda, en 1556 , la chapelle de la Barre , dans l'église de Mériez. Sur cette chapelle , se voient encore sculptées les armes de la Barre , qui étaient de sable aux deux aigles employées d^argent \ d la bande d'azur brochant sur le tout chargée d'un lion montant d'or. Le second fils , Antoine de la Barre , fut curé de Mériez.

Quant au troisième , Pierre , qui , par suite du décès de son frère Claude , devint l'héritier de sa maison , il avait épousé Claudine de Maubec , qu'il laissa pour sa légataire universelle. Elle se remaria, en 4586 , à Arthaud de Virieu , seigneur de Ponterreyset Bizonnes,et laissa le fief de la Barre à Claudine de Virieu , sa fille , qui épousa, en 1642 , Jean-Philibert de Dortan , seigneur du Marteray. Jean- François de Dortan , leur fils , vendit, en 1672 , la terre de Mériez ou de la Barre à noble Antoine de Perrotin , sieur de la Bertonnière. Celui-ci laissa cette terre à Balthazar de Perrotin , son fils , lequel n'eut de son mariage avec Catherine de Chivallet de Chamont , qu'une fille, Claudine de Perrotin de la Barre , qui épousa Jean-Baptiste de Neyrieu , seigneur de

Domarin. Ce fut ainsi que le fief de la JBarre passa au pouvoir de la famille de ^eyrieu, qui l'a possédé jusqu'à nos jours.

En 4834 , la famille de Neyrieu a vendu la terre de la Barre à divers particuliers.

C'est un M. Gonin qui possède aujourd'hui le vieux manoir de la Barre , avec quelques dépendances.

La terre et la maison forte de Saint- Agnin , voisines de la terre de Mériez , étaient possédées, depuis plusieurs siècles, par la famille de Polloud. Vers la fin du XlIIe siècle , les dîmes de la paroisse de Saint-Agnin furent inféodées par l'archevêque devienne à Louis de Polloud y en récompense de sa belle conduite pendant la dernière croisade (a).

(a) « Louis de PolUmd (dit Ghorier) , fut un de ceux qui firent, l'an 1279 , le voyage de la Terre- Sainte avec Eudes, fils aîné de Hugues IV, duc de Bourgogne. Il s'y acquit tant d'honneur par sa vertu et par son courage contre les infidèles , que l'on ne douta pas que l'Eglise qu'il avait utilement servie , ne fût obligée de l'en récompenser elle-même. Les dixmes de la paroisse de St-Laurent , dans la terre de Maubec , lui furent inféodées, et le nom de St-Àgnan corrompu en celui de St- Agnin, étant alors propre à cette paroisse , sa postérité qui , dans le progrès des temps , y a acquis d'autres biens , s'en est fait un titre. » (V. Chorier , Etat politiqtie , etc.).

Les Polloud ont , du reste , figuré avec éclat dans les différentes phases de l'histoire de notre province. (V. Guy-Allard.) Les Polloud figurèrent dans l'arrière- ban du Dauphinô en 1495 , 1512 , 1515 , 152i et 1524.

Hugues de Polloud Saint-Àgnin combattît à )a bataille de Cérisolos,en 1544.

Dans la première partie du XVIIe siècle , vivait noble Scipion dePolloud, seigneur de Saint- Agnin, qui se distingua dans la carrière des armes. Il obtint de bonne heure le titre de grand-prévôt de la maréchaussée en Dauphiné.

Ce fut lui qui fit élever, à ses frais, à Bayard , dans l'église des Minimes de la Plaine , près de Grenoble , un tombeau qui manquait encore à ses cendres , déposées dans cette église. On voit aujourd'hui ce monument dans l'église de Saint- André^ à Grenoble , où il fut transporté pendant la Révolution. La longue épitaphe latine qu'on lit sur ce tombeau , se termine par ces mots :

<L Moriturum monumentum , non

morituris cineribvis, N. Scipio de Polloud, D. de S. Agnin , suis sumptïbus accuravit (a). 3)

Scipion de PoUoud mourut encore jeune. Il fut enseveli dans l'église du couvent de Sainte-Claire , à Grenoble , et sur sa

Pendant les guerres de religion, Jean de Polloud Saint- Agnin, capitaine , fut tué dans l'église de Moidieu , où il s'était retranché. Il était du parti catholique.

(a) Noble Scipion de Polloud, seigneur de St-Agnin, fit élever à ses frais ce monument périssable à des cendres immortelles.

tombe, on lisait cette pompeuse épitaphe :

Scipio de Pollovd de S. Agnin, incliti ac generosi pectoris adolescens , legionis Delphinatus , sub illustrissimo comité saltuensi (comte de Sault) dum castrensi imperioac subalpina expeditione cum gloria defunctm , Gratianopoli statuant habet , milit. avarœ sorti vitam maie mutilanti concessit. Auxit tamen illa gloriam dum minuit vitam, et adolescenti ad œtemita" tem maturo geminavit prœmium , ut pote debitum magnœvirtutietvitœ brevi : — Id ni esset, bone advena , ad sepulchrum gemens diceres : heu sortis malignœ crudele monumentum I heu parentes inconsolarbiles I

Obiit VIII Kal. Jul. mdg,xxi , œt. suae XXV (a).

Scipion de PoUoud laissa un fils , Arnaud de PoUoud , sieur de Foissy et de la maison forte de St-Agnin. C'est sous ces titres qu'il figure dans une procédure dressée devant M^ Rosset, notaire à Bourgoin , le 20 septembre 4647 , où il agit comme héritier de son père , et combat les

(a) Cette inscription est rapportée à la note 50 de la Vie d u baron des Adrets , par Martin.

prétentions que fait valoir contre lui noble Antoine de Malivert , seigneur de Gonflans , en qualité d'époux de Françoise de PoUoud , sœur de Scipion.

Après avoir suivi longtemps la carrière des armes , Arnaud de Polloud, retiré du service , se livra avec ardeur à des études archéologiques , et se distingua comme numismate.

Le vieux manoir de St-Agnin , connu sous le nom de Tour aux Polloud , est encore en partie debout aujourd'hui : ce n'est plus qu'une ferme avec des tourelles , d'un aspect assez délabré , qui appartient à M. de Mefirey. On voit ce castel à quelques pas de la route de Bourgoin à St- Jean-de-Bournay , sur la droite , vers le fond du vallon , au-dessous du château de Gésarges.

Les armoiries des Polloud étaient d'or fretté de gueules. Devise : Contra audentior ito.

Jeme suis principalement attaché, dans la notice qui précède , à signaler les souvenirs et les traces qu'a laissés la maison de Bocsozel , en me bornant à indiquer seulement les noms des famijles qui lui ont succédé. C'est qu'en effet , l'époque de la domination des Bocsozel est , si je puis m'exprimer ainsi , l'âge héroïque de la seigneurie de Maubec. C'est la période de son existence où son nom a eu le plus de retentissement. Cette seigneurie puissante vivait alors d'une vie qui lui était propre ; elle jouait un rôle important dans le cours de l'ère féodale. Lorsqu'elle a passé plus tard au pouvoir des Montlor , des d'Ornano , des Guise et des Planelli de la Valette^ la terre de Maubec ne constituait plus une espèce de souveraineté pour ses maîtres. Ils ne pouvaient guères qu'y puiser un titre honorij&que , et y trouver une source de revenus territoriaux et de redevances féodales ; et si quelques-uns d'entr'eux ont occupé des positions considérables dans la société , ce n'est nullement à la seigneurie de Maubec qu'ils en ont été redevables. Les chroniques et les documents écrits ne nous fournissent , d'ail-

leurs rien de digne de remarque .

cette période moderne , et les trad locales sont à peu près muettes à ce

DOCHENTS DIVERS ET PIÈCES MTIFICATIVES

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