‹ Recherches historiques sur les environs de Bourgoin (Isère): Demptézieu, Saint-Chef, MaubecChapitre 4 sur 16 · CHATEAUNEUF. INF.BIENASSIS.ELEEM. BONTE · texte numérisé non relu

CHATEAUNEUF. INF.BIENASSIS.ELEEM. BONTE

HOST. NEYRIEU. DARCES-PPI. SAGER. VEYRIN.

BARDONNENCHE. DORIOL. SAINT-PRIEST. LO- RAS. MICHALLON. VALLIER. GORDON. MORIAG.

SAINT OURS. DELISLE. DOLOMIEU. GANGI. 6 PREB. VAG. FUDERUNT. JOAN ET NIGOL. GHA- TELAIN LINGONENSES. ANN. DOM. MDGGLXI (o).

Le nouveau chapitre de Saint-Andréle-Bas fut réuni lui-même, en 1777, à celui de Saint-Pierre, de Vienne , en vertu d'une bulle du Pape Pie VI ; la révolution les anéantit tous les deux.

De l'abbaye de Saint-Chef , il ne reste plus aujourd'hui que l'église , à laquelle l'Etat et l'administration départementale font faire depuis un certain nombre d'années des restaurations importantes.

Ce monument précieux a été décrit dans une notice pubUée par M. Victor Teste , architecte , dans la Revue du Lyonnais.

(a) « Je fais lever ceux qui sont couchés , je réprimande Jes endormis , je réjouis ceux qui veillent , j'accuse les paresseux. MM. de Rachais , doyen ; de Bellecise , camérier ; de la Tour , sacristain ; de Batines , maître de l'œuvre ; de Charconne , réfecturier ; de Châteauneuf , infirmier ; deBienassis, aumônier ; de Bonté , hôtellier ; do Neyrieu , d'Arces, prêtres perpétuels ; de Veyrin , de Bardonnenche , d'Oriol , de Saint- Priest , de Loras , de Michallon , de Vallier , de Cordon , de Moriac , de Saint-Ours , de l'Isle , de Dolomieu , chanoines ; six prébendes vacantes.

» Jean et Nicolas Châtelain ^ de Langres , ont fondu cette cloche , l'an du Seigneur 1761. »

Voici la description que donne un juge aussi compétent en pareille matière :

€ Deux styles sont nettement formulés dans la basilique de St-Ghef :1e style latin et le style romano-bysantin primaire. Le premier fut usité du IVe au XI^ siècle , et le second au XI^ siècle.

y> Le plan de l'édifice est celui d'une croix latine. Trois nefs régnent dans sa longueur , jusqu'aux transsepts. La nef majeure a de largeur 9 mètres 15 cent.

Les nefs latérales ont chacune 3 mètr. 875 mil. Les piliers ont , à leur base , 1 mètre carré ; largeur totale , 18 met. 90 c. — La largeur, prise de l'extrémité d'un transsepl à l'autre, est d'environ 29 mètres. Les murs ont une épaisseur de 1 m. 50 c.

3) La longueur du vaisseau jusqu'aux transsepts , est de 26 m. 80 c, et depuis les transsepts jusqu'au fond de l'abside , 13 m. 10 c. ; longueur générale, 39 m- 90 c. — L'élévation de l'édifice est en harmonie avec son plan.

3) Pour établir une concordance entre les dates historiques et les deux styles dont se résume l'ensemble du monument, nous établirons d'abord une délimitation. Tout

le vaisseau renfermant les trois nefs appartient au style latin , et a été élevé dans la deuxième moitié du X^ siècle. Construit en pierre molasse , dont la carrière est perdue , il se compose de sept travées d'arcades, dont la retombée a lieu sur des piliers primitivement carrés , munis d'une simple imposte taillée en biseau. Des fenêtres, de moyenne dimension , ont leurs archivoltes formées de moellons appareillés, sans interposition de briques. Les murs sont construits dans le petit appareil.

y> Le plan primitif de l'édifice devait être celui d'une basilique sans transsepts, terminée par une abside , accompagnée de deux chapelles. Le chœur était placé en avant de l'abside et occupait deux travées.

Cette disposition pourrait être démontrée par l'existence de trous pratiqués par deux et par trois, dans le tympan de deux arcades correspondantes, et aboutissant à des vases de poterie, dans le but de répercuter la voix des chantres. Cette même disposition a été remarquée dans la basiUque d'Ainay,deLyon,avant les restaurations qui ont dénaturé le caractère de ce vénérable temple.

^ La basiliquje de St-Theudère , ne fut pas destinée à recevoir des voûtes , mais de simples lambris , comme celle de Saint- Pierre , de Vienne. Un toit à deux pentes couvre les trois nefs , dont l'existence n'est accusée à l'extérieur que par la disposition de trois fenêtres à plein cintre sur la façade.

i> Nous avons dit dans notre premier article que l'archevêque de Vienne , Barnouin , vers la fin du IX^ siècle , forma le chapitre de St-Ghef , qui avait été détruit, de quelques moines de Montirandel , en Champagne , qui s'étaient réfugiés dans son diocèse après avoir été chassés de leur monastère par les Normands. Nous pourrions , sans être en opposition avec les règles de la science monumentale , attribuer à ce prélat la construction de la partie de l'édifice que nous avons décrite ; mais si nous mettons en parallèle le fait du rétablissement du monastère de St-Ghef par quelques moines , avec la grandeur des proportions des trois nefs de la basilique, nous serons fondés à reporter la date à un siècle environ plus tard , à une époque d'accroissement , et à regarder l'archevê-

que saint Thibaud comme le véritable édificateur, ainsi que nous avons essayé déjà de le démontrer. Cette époque sera la deuxième moitié du X® siècle.

3> Les transsepts et l'abside appartiennent au style romano-bysantin primaire (XP siècle). L'archevêque saint Léger aurait fait construire cette partie importante de l'édifice. A la même époque aurait été refait le mur de façade , ainsi que le témoignent le même appareil moyen, les chapiteaux des colonnettes des fenêtres et les piliers engagés , munis de deux demicolonnes. Aucune coupole ne s'élève à l'intersection des transsepts , qui devaient être couronnés par des tours ; celle de droite a seulement un premier étage.

L'abside est flanquée de quatre chapelles voûtées comme elle en quart de sphère.

Les grands arcs sont supportés par des piliers à colonnes engagées; les petits arcs reposent sur des colonnettes. C'est ici que régnent la richesse et l'harmonie des lignes et des masses. Au-dessus des transsepts s'élèvent des tribunes {triforium) percées de trois arcades. Ces deux tribunes ont une communication visuelle par le moyen

d'arcs géminés ou écrans , ouverts audessus des grands arcs du chœur. Un escalier à vis pratiqué dans l'épaisseur di mur , donne accès à ces tribunes. Celle d( gauche est remarquable par la fondatior d'une chapelle dont nous devons donnei une courte description. Elle appartient è la deuxième moitié du XII^ siècle , et les peintures qui décorent les murailles et les voûtes datent de cette époque. L'ornementation est empruntée à l'architecture romano-bysantine secondaire. Un petit aute s'élevait dans l'abside sur un pavé en mosaïque formulant d'élégants rinceaux. Nous reproduisons en toutes lettres , en conservant son orthographe , une inscriptipr peinte derrière l'autel, sur le mur de l'abside 5 et retraçant la dédicace de cette chapelle :

CONSEGRATUM. EST. HOC. ALTARE. IN. ONORE DOMINI. NOSTRI.JHESU. XRISTI. ET. SANGTO- RUM. ARGHANGELORUM. MIGAELIS. GABRIELIS ET. RAPHAELIS. ET. SANGTI. GEORGII. MAR- TYRIS. (a).

(a) Cet autel a été consacré en Thonneur de Notre-Seîgneui Jésus-Christ et des saints archanges Michel , Gabriel et Raphaël et de saint Georges, martyr.

:ù Sur la voûte en arc du cloître , le peintre a représenté le paradis. Le Christ , au centre , dans une auréole appelée par quelques auteurs vesicapiscis , est entouré d'un chœur d'anges; au-dessous sont groupés les saints. Sur l'un des petits côtés est représentée la Jérusalem céleste , sous la forme d'un palais dominé par YAgnus Dei dans un nimbe circulaire ; de l'autre côté est la sainte Vierge. Le Père Eternel est représenté sur la voûte de l'abside. Cet édicule, dont l'ensemble est d'un merveilleux effet , mériterait une publication particulière. L'iconographie chrétienne trouverait dans ces peintures l'une de ses plus belles pages.

i> La basilique de Saint-Theudère subit une restauration considérable à la fin du XV* siècle. L'on abattit alors les angles des piliers carrés de la nef majeure, pour leur donner la forme octogonale et on les décora de bases et de chapiteaux ou moulures. Les lambris et les combles furent relevés ; ces derniers prirent la forme aiguë.

La façade fut décorée d'un portail à deux baies, d'une délicatesse et d'une richesse d'exécution remarquables , et une rosace

fut établie audessus de la fenêtre centrale.

y> En terminant notre aperçu descriptif, nous ferons remarquer le rapprochement de style du chevet de la basilique de Saint- Chef , avec celui d'une grande partie de celui d'Ainay de Lyon , dont nous avons donné une esquisse monographique dans la Revue du Lyonnais. Nous trouverons aussi des parties homogènes dans la basilique de Saint-Pierre de Vienne.

> Des travaux considérables ont été entrepris par les ordres du gouvernement pour l'assainissement de l'église de Saint- Chef , dont l'abside et |le flanc septentrional étaient ensevelis de près de cinq mètres sous un terrain à pente rapide. Ce terrain , consacré depuis longtemps aux sépultures, présentait plusieurs étages de tombes ; il a été enlevé et un chemin de ronde protégé par un bon mur de terrasse en pierre de Trept, règne dans cette partie de l'édifice. Il est indispensable que ce chemin soit continué au sud ; le gouvernement ne saurait laisser imparfaite une œuvre si bien commencée. Des reprises en pierre de Trept ont été faites partout où les dégradations les réclamaient , et l'on

doit les plus grands éloges à l'architecte , M. Quenin , dont l'habileté dans la conception et la direction a su mener à bien des travaux remplis de difficultés. Les entrepreneurs ont rivalisé de zèle et d'abnégation de leurs propres intérêts, en poursuivant , sans hésiter, des travaux que le devis n'avait pu prévoir. N'oublions pas de mentionner que des restes d'antiquités romaines ont été découverts dans les fouilles et déposés dans la chapelle supérieure que nous avons décrite. Le bénitier del'éghse est lui-même porté sur un cippe romain sans inscription.

i> Jusqu'à présent , des travaux de simple construction ont seuls été exécutés pour les réparations urgentes de l'égUse de Saint-Chef ; des travaux d'art devront plus tard avoir lieu et nous appelons d'avance la sollicitude des comités des arts et monuments sur leur ordonnance , afin de n'avoir pas à déplorer des actes irréparables comme en ont déjà subi d'autres monuments. Nous prions aussi le comité de décider que les inscriptions qui existaient à l'extérieur de l'église , dans les cloîtres aujourd'hui détruits , et qui ont

été enlevées des murailles pour les soustraire aux actes de vandalisme , soient scellés dans l'intérieur de l'église , dans un lieu convenable. L'une de ces inscriptions est remarquable par son ornementation ; elle est du XIIP siècle et a été signée par le sculpteur : vldrigvs me fecit (sic). C'est un nouveau nom à ajouter à la liste des artistes du moyen-âge. »

On trouve encore , quoiqu'elles soient devenues rares, des médailles ou méreaux anciens de l'abbaye de Saint-Theudère.

Ces méreaux n'étaient pas une monnaie, mais il servaient de jetons de présence aux chanoines. Il en existe plusieurs variétés. Les uns portent sur une face l'effigie de la sainte Vierge sur un globe , avec la légende : Mat. spesnostra , et de l'autre, une croix fleuronnée avec cette légende :

Libra canonicorum sancti Theuderii ; les autres présentent d'un côté le buste de saint Theudère , accompagné de deux étoiles , avec la légende , sanctus Theuderius , et au revers la croix fleuronnée , avec la légende, Libra canonicorum sancti Theuderii. Tous ceux que l'on connaît remontent par leur date au XVIe siècle!

Dans le cours des guerres de religion , î les huguenots avaient pris et dévasté . Saint-Chef et son abbaye , dont le trésor =i et les. archives furent alors pillés ou dé- - truits.

?f « Ces impies (dit le Bénédictin don j Martène^ dans son Voyage littéraire), brû- -* lèrent toutes les chartes en 1562; mais jamais ils ne purent brûler l'église.

: 3) Un des plus déterminés monta sur la 5 charpente pour mettre le feu au lambris; ^ mais, s'étant laissé tomber , il légua à la , postérité des marques visibles du châtir ment de Dieu, caria dalle sur laquelle son corps s'est brisé est restée rougie de son sang, et l'on n'a pu parvenir, quoiqu'on l'ait lavé à plusieurs reprises, à en effacer les traces. )>

On montre encore , au miheu de l'église une pierre à taches rouges qu'on rattache à cet événement. Mais les sceptiques prétendentqu'on trouve dans plusieurs carrières, notamment à Vénérien, des pierres de la même couleur.

Au moyen-âge , Saint-Chef a donné le jour à plusieurs personnages remarquables.

En première ligne , se présente l'imposante figure de. Hugues de Saint-Chef, qui naquit près du monastère de Saint-Theudère, vers la fin du XIP siècle. Entré dans l'of dre de saint Dominique , où il se fit remarquer par son savoir et son rare mérite, il devint Provincial de France , et au concile œcuménique de Lyon , en 1245 , il fut créé cardinal.

Employé par le Pape dans des missions d'une grande importance , il trouva te temps de composer des ouvrages remarquables, parmi lesquelles on signale la Concordance de la Bible, répertoire qui suppose un immense travail , et qui est fort apprécié *encore aujourd'hui par les prédicateurs et par les théologiens.

L'illustre cardinal mourut à Orviéto, en 1263 ; son corps fut apporté et inhumé à Lyon , où l'on voyait gravé sur son tombeau ce remarquable éloge :

€ Ici repose, etc La sagesse, à samort,

a souffert une éclipse 3>

Etienne Bertrand, célèbre jurisconsulte, du XVP siècle, était également sorti de Saint-Chef ; il a laissé un ouvrage considérable sur le droit et la jurisprudence,

l intitulé Stephani Bertrdndi Consilia —

VS, Lugd. 1532. A son mérite scientifique

; Bertrand joignait celui d'une grande piété

j et d'un esprit de charité exceptionnel ;

^ car ses contemporains rapportent qu'il

s'était fait une loi de réserver pour les

pauvres au moins la dixième partie du

produit de son travail (a).

(a) Bertrandus , jureconsultiu hisce temporibui , CarpenUhractœ fiorehat. Delphinas natione e^at, et propè Sanctum Theu-> derium , in agro Vienmnti^ patemam familiam kabebat , et detimam horam quam lucrebatur , pauperibtu dabat (Âimar du Bivail , page 557.)

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