INTRODUCTION. VII
gislative... Mais j'étais vivement frappé du talent de Vergniaud, l'un des plus éloquents orateurs qui ait orné notre tribune. J'honorais maintenant en lui une opposition intrépide, mais malheureusement tardive aux hommes de la Terreur. (Dix années d'épreuves, etc., Paris, 1842, p. 135.)
Daunou place Vergniaud en première ligne au nombre des hommes les plus éloquents de son siècle. (Mémoires, édit. Barrière, p. 410.)
Mme de Staël va plus loin, elle dit :
Vergniaud fut l'orateur le plus éloquent, peut-être, qui se soit fait entendre à la tribune française. (Mémoires de Brissot, t. III, p. 155.)
Et Mme de Staël avait entendu Mirabeau ! Elle ne l'exceptait pas ! Sans doute parce qu'il improvisait peu et lisait presque tous ses grands discours. Barnave apprenait les siens par cœur. (Mémoires de Brissot, t. III, p. lo6.)
Thomas Rousseau (I), un littérateur assez connu de cette époque, s'avance même jusqu'à dire : « Yergniaud, l'émule de Mirabeau en éloquence, s'il n'était pas so?i maître. » (La Censure de la Convention nationale, an V, in-8°, p. 31.)
Mais sans nous aventurer jusque-là (il nous semble que Vergniaud lui-même nous désavouerait), demandons-nous quel était son procédé oratoire?
Mme Roland toujours si véridique et si bien informée, va nous l'apprendre : o II fut peut-être l'orateur le plus éloquent de l'Assemblée, il n'improvise pas comme Guadet, mais ses discours préparés, forts de logique, brùlans de chaleur, pleins de choses, étincelans de beautés, soutenus
(1) Mort en 1800. Il s'était fait connaître avant la Révolution, par la traduction de l'Utopie, de Thomas Morus, il avait été un des premiers membres de la Société des Jacobins, et archiviste de ce club. Il prenait le titre de membre du Portique républicain, cercle littéraire fondé par Piis. Quérard donne une lonsue liste des œuvres de Th. Rousseau.
VIII IXTRODUCTIOX.
par un très noble débit, se faisoient lire encore avec un grand plaisir. » (T. I, p. 17, édit. Pion.)
Ainsi Mme Roland se rencontre avec l'illustre fille de Necker dans son appréciation de Vergniaud : elle lui décerne la palme de l'éloquence ; à cet égard pas de conteste. Mais elle va plus loin ; elle savait, elle nous dit le secret de cette éloquence, c'est le travail : il n'improvise pas, il prépare ; ses discours sont pleins de choses, forts de logique et par instans étincelans de beautés, seulement de beautés dues à l'étude plus qu'à l'improvisation.
Un autre écrivain dont nous regrettons de ne pas savoir le nom, précise davantage :
Vergniaud n'improvisait jamais dans le sens étroit de ce mot. 77 parlait sur des notes qui aidaient sa mémoire ; mais ses plus beaux discours, ceux qui lui ont valu sa renommée, étaient le fruit de la méditation et les parties principales en étaient travaillées avec soin. (F. le Constitutionnel du 24 janvier 1821, article sur une traduction des discours de Démosthènes.)
L'écrivain anonyme du Constitutionnel (Etienne ou Evariste Dumoulin?) nous faisait déjà faire un pas de plus que Mme Roland. Il ne se bornait pas à dire que Vergniaud préparait ses discours. Il nous apprenait quelle était la nature de cette préparation, o II parlait, dit-il, sur des notes »
Ce sont ces notes que nous produisons et qui nous révèlent sa méthode prise sur le fait.
On y trouve deux éléments très distincts.
Un plan qui atteste un travail réfléchi et montre la charpente de l'édifice ou, si l'on veut, une trame serrée composée de faits, de dates, de citations qui rendront le discours substantiel.
Puis des phrases à effet qui le rendront brillant et for-