INTRODUCTION. XIII
tre illustrait ses plaidoyers de textes pris dans l'Ecriture Sainte et les Pères de l'Eglise. Vergniaud ne faisait donc que céder à l'entraînement général, mais il citait avec goût et sobriété. Entre sa manière d'utiliser l'Histoire ou la Fable et celle des contemporains, il y a la différence qui sépare l'atticisme d'André Cbénier du pédantisme de ce Lebrun « fougueux comme Pindare et plus mythologique. » Que l'on compare pour s'en convaincre les figures et les images que nous avons rapportées, nous ne dirons pas avec les citations bouffonnes de Legendre, Lecointre et consorts, mais avec Louvet, transportant littéralement dans l'ardente mêlée de la Convention le discours de J. Brutus au peuple romain et un long parallèle entre Collatin et Philippe (sousentendez le Duc d'Orléans) !
Robespierre et Camille Desmoulins peuvent aussi servir de termes de comparaison, car ils citent beaucoup, le premier, d'une manière didactique, comme un austère régent de collège; le second, comme un brillant lauréat du Concours (1), qui se rappelle souvent ses auteurs, nous dirions avec exubérance, s'il n'avait péri victime des citations courageuses de son vieux Cordelier.
Ces détails techniques sur la méthode oratoire de Vergniaud nous font assister à l'élaboration intérieure de ses discours, ils nous donnent le secret de cette solidité exceptionnelle, constante, qu'on y trouve quand on veut se donner la peine de les lire et de les étudier un à un, au lieu de les juger superficiellement en masse, d'après le convenu des traditions. A la base, il y a une analyse appro-
(1) Robespierre aussi était un lauréat du Concours. Nous rejetons aux notes finales le tableau de ses succès académiques et de ceux de Camille Desmoulins, son condisciple. On y trouvera aussi un spécimen de mythologie révolutionnaire d'autant plus curieux qu'il est l'œuvre des compatriotes de Vergniaud. (V. lettre D, p. xli.)