ROBESPIERRE ET L' ANTI-FÉDÉRALISTE
La part prise par Robespierre à la condamnation clos Girondins, la rédaction du décret qui rendit leur défense impossible, l'acharnement qu'il déploya dans cette circonstance ont fait peser sur lui la plus grave responsabilité.
On a essayé cependant de le disculper, on a dit : la mesure proposée par Audouin, appuyée par Osselin, était encore bien plus cruelle. Elle permettait aux jurés de se déclarer instruits sans limitation de temps, ainsi dès le second, dès le premier jour, ils auraient pu demander à aller aux voix et condamner.
D'après le système de Robespierre, au contraire, ils ne pouvaient faire cette déclaration qu'au bout de trois jours, et ce, sur la provocation du Président. Il y avait donc ainsi plus de garantie pour la défense !
Examinons et constatons d'abord que dans les deux hypothèses le décret proposé devait être appliqué sur-le-champ et rétroactivement. 11 n'y avait sous ce rapport aucune différence entre les deux propositions.
Maintenant posons des dates.
Les débats de l'affaire avaient commencé le 3 brumaire an II (24 octobre 1793).
On était au 8 brumaire (i9 octobre).
Les débats avaient donc duré cinq jours.
Par conséquent, en appliquant le système de Robespierre, on les privait de la possibilité de se défendre tout aussi bien qu'on l'eût fait avec la mesure proposée par Audouin
C'est même ce qui eut lieu : à peine la loi rendue, le Président du Tribunal Révolutionnaire posait aux jurés la question de savoir si leur conscience était éclairée.
Mrs lois 1rs accusés n'avaient rien gagné h L'amendemeni de Robespierre, au contraire, leur condition lu t empirée. Le premier jour, les jurés avaient résisté à la provocation du président, le second ils subirent cette influence dominatrice, peut-être s'ils n'avaient pas été soumis à cet entraînement, n'auraient-ils pas osé se déclarer éclairés.
Robespierre n'améliorait donc en rien la condition des accusés. M. Louis Blanc le reconnaît avec une impartialité à laquelle nous devons rendre hommage :«Ilya, dit-il, ici uue chose qui le condamne, le procès des Girondins durait depuis quatre jours et la disposition leur devenait conséquemmenf applicable. » (Vol. IX, p. 439.)
Il ajoute : « un devoir plus impérieux lui était imposé, celui de combattre ce qu'avait de monstrueux ce droit d'étrangler les causes judiciaires. »
Nous approuvons fort ces généreuses paroles, mais elles nous prouvent que M. Louis Blanc, privé des sources au moment où il a écrit cette partie de son histoire, n'a pas connu le fond des choses. Robespierre ne pouvait combattre cette mesure, car il en était réellement l'auteur.
Pour s'en convaincre il faut recourir à un journal qu'on cite peu, qui est cependant fort intéressant, parce qu'il paraît avoir été un organe particulier de Robespierre; nous voulons parler de l' Anti-Fédéraliste.
Il était rédigé par Jullien (Marc-Antoine), Payan (le jeune, Juré d'abord du Tribunal Révolutionnaire, puis Agent national près la Commune de Paris), et Fourcade, trois hommes qui avaient toute la confiance de Robespierre et peuvent être considérés comme ses agents intimes.
On sait qu'on a trouvé dans ses notes (Papiers inédits, t. II, p. 7 à 11) plusieurs listes des patriotes ayant des talents et une probité qui les recommandaient pour les emplois de confiance; il les y fait figurer tous les trois et signale particulièrement Payan, comme un homme énergique et honnête, capable des fonctions les plus importantes.
L'étroite intimité de Robespierre et de Jullien est connue
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par le rapport d<> Courtois qu'est venu compléter la publication de la C0rre9p0ntfaD.ce de Saint-Emilion et de Bordeaux. (V. Charlotte de Corday et les Girondins, t. II et III.)
Aussi l'influence de Robespierre sur ce journal est-elle visible. Son nom y revient sans cesse. Ses discours et ses rapports y sont reproduits avec les plus grands développements et la plus extrême complaisance '■.
Bien plus, il est consulté servilement sur la rédaction du journal, Payanlui soumet les articles qu'il se propose de publier 2, comme on en voit la preuve dans l'Orateur du Peuple, de Fréron (t. VII, n° xvi, p. 126) :
Lettre de Payait à Robespierre.
Paris, il septembre.
Citoyen,
Je joins ici la minute d'un article que je compte insérer dans le journal de demain 8. Je l'ai fait pensant qu'il pourroit produire quelque bien dans un moment où Thuriol se joint an côté droit qui ose lever la tête; s'il pouvait produire de mauvais effets, je vous
1 V. n0i 49. Robespierre a prouvé, etc.