‹ Recherches historiques sur les Girondins, VergniaudChapitre 124 sur 135 · frimaire). Discours de Robespierre · texte numérisé non relu

frimaire). Discours de Robespierre

- Voici un spécimen de la basse adulation que V Anti-Fédéraliste ne cesse de prodiguer à Robespierre :

« N. B. — N'ayant pu avoir que très tard le rapport de Robespierre, il s'est glissé plusieurs fautes auxquelles le lecteur est prié de suppléer.

« Nous en donnons aujourd'hui la suite, convainens de l'empressement qu'ils auront de lire et de inéditer cet ouvrage intéressant.

« Ils y auront vu avec plaisir une analyse rapide et sublime des principaux événements de notre Révolution, des causes qui les ont produits et de leurs résultats inattendus. Ce tableau majestueux, imposant, élève l'âme et doit imprimer aux nations étrangères la véritable idée de la grandeur de notre République naissante. L'auteur a développé avec finesse et précision plusieurs réflexions qui doivent produire les meilleurs effets dans toute l'Europe. Elles doivent leur ouvrir les yeux sur leurs véritables intérêts. (N° 35, du 29 brumaire an II.) »

:î II est probable que l'article reçut l'approbation de Robespierre,

piic de m'en instruire; plus au fa il des événements, fous jugerez mieux que moi.

Je vous prierais de me faire accorder une loge à la Convention pour notre preneur de nottes, el de faire en sorte que je puisse puiser dans la correspondance du Comité ce qu'il peut y avoir

d'intéressant... Gommtini(|ue/., je vnus prie, ma lellre au citoyen

Barre re.

Salut et fraternité. Payan.

Fréron a écrit au bas do cotte lettre et de deux autres qui L'accompagnent, mais qui sont étrangères à notre sujet :

J'atteste l'authenticité do ces trois lettres. (Archives nationales, A. F., II, >V»0

Autre preuve de la servilité de Payan :

Lettre à Robespierre.

Le an II.

... Je n'ai pu entendre hier sans attendrissement plusieurs morceaux de votre rapport; le caractère de sensibilité avec lequel vous l'avez prononcé lui donnent un nouveau prix; c'est sans contredit le rapport le plus parfait qui ait été fait; les idées en sont grandes, neuves et sublimes. L'ironie est maniée avec une noblesse, une finesse qui serviront de modèle à nos orateurs. (Papiers inédits, vol. II, p. 3oo. )

Enfin, le Comité de Salut public, où règne Robespierre avec sa toute-puissance, accorde sous l'apparence d'une souscription une somme considérable à Y Anti-Fédéraliste :

Le Comité de Salut public arrête que le ministre de la guerre et celui de l'intérieur sont autorisés à souscrire pour la quantité de mille exemplaires chacun du journal intitulé l' Anti-Fédéraliste ou

car le lendemain 28 septembre 1793, V Anti-Fédéraliste publiait un long article contre Thuriot et sous ce titre : avis fraternel a m. thuriot, commençant ainsi :

« M. Thuriot veut-il permettre à un pauvre diable de sans-culotte de lui dire deux petits mots à l'oreille et pour son plus grand avantage..., etc. »

ROBESPIERRE BT l/.VM l-l FÉDÉRALISTE. '< ï 1

le l'<>rri*i>niiiltuit ilrs Si »■ tétés p<jpu/<f//vs ', rédigé par les citoyens Julien. Payan el Foureaoe. et qu'ils feront délivrer aux rédacteurs à titre d'avance el à valoir sur la livraison des trois premiers mois de l'abonnemenl ; que le ministre de l'intérieur est autorisé à Fournir aux rédacteurs remplacement des Capucins pour leurs presses el leurs bureaux, jusqu'à ce qu'il en ail été autrement ordonné.

(Du 2.t brumaire an II, C.-A. Prieur, Barrere, Billaut, Varenne, Carnot; R. Lindet.)

L'arrêté n'est pas signé de Robespierre, mais la présence ou l'absence des signatures matérielles ne prouve rien, suivant nous, pour la responsabilité des arrêtés des Comités. Il y avait entre ceux qui composaient un Comité une solidarité incontestable. Les délibérations, une fois prises en commun, étaient régularisées ensuite par le nombre de signatures voulues. Ce n'était qu'une formalité, comme il arrive dans toute commission délibérante. Il est certain que les trois noms de Jullien, Payan et Fourcade sont ceux d'hommes auxquels Robespierre accordait une confiance particulière; il n'est pas moins constant qu'en brumaire il exerçait sur le Comité de Salut public une autorité prépondérante. Ce ne pouvait donc être qu'avec son assentiment que le Comité accordait à Y Anti-Fédéraliste une subvention qui n'était pas moindre de 120,000 livres.

Pour nous, Y Anti- Fédéraliste est le journal officieux de Robespierre, celui qui reçoit sa pensée secrète, qu'il protège et qu'il dirige, dont conséquemment il doit répondre.

Or, voici quel est le langage de Y Anti-Fédéraliste à propos du procès des Girondins :

Dès le 8 brumaire, il se plaint de ce que Ton écoute trop les accusés, de ce qu'ils ne soient pas déjà plongés dans le

1 V Anti-Fédéraliste. Cette feuille paraît tous les jours. Le prix est de 60 livres pour un an, etc. On s'abonne au bureau du journal, rue des Saints-Pères, u° 3, chez le citoyen Girard.

2,000 exemplaires à t;o livres chaque, formaient une somme de 120,000 livres.

Wl APPENDICE.

néant; et, après avoir orné ce thèn\e de citations antiques, il termine son article par ces odieuses paroles :

Pourquoi les jurés n'ont-ils pas le droii de déclarer aux juges, <|iianil ils le croient à propos, que leur opinion es1 formée! Pourquoi a'ajoute-t-on pas à l'instant cette loi aux décrets relatifs à l'organisation du Tribunal révolutionnaire ' ?...

C'est le germe du décret qui va intervenir;

Fuis il revient le lendemain sur la même proposition, sur le mode de procéder imposant et terrible qu'il veut substituer à la lenteur prétendue avec laquelle est conduit le procès des Girondins. Dans un long article, il développe cette thèse : Qu'il ne s'agit pas de délits privés, mais de crimes publics, et que les garanties ordinaires dues à l'innocence ne peuvent être mises en balance avec le salut de tous2. Quel est, d'ailleurs, le but de l'instruction d'un procès? N'est-ce pas de porter la conviction dans l'âme des jurés? Mais s'ils sont convaincus dès l'audition des premiers témoins, pourquoi continuez-vous l'instruction? Pourquoi la loi ne les autorise-t-elle pas à déclarer que leur conviction est formée?... (N° 35, du 9 brumaire, p. 274.)

Enfin, de sophismes en sophismes, il arrive à la théorie familière à Robespierre sur la vertu du peuple, panacée au nom de laquelle on peut tout se permettre :

Le peuple ne se laisse conduire que par l'amour du bien; la haine, la vengeance lui sont étrangères; il est coupable celui que le peuple accuse, par cela seul que le peuple est son accusateur.

1 Pascal a répondu d'avance à ce sophisme : « Doit-on conclure qu'un homme est coupable, parce qu'il est accusé? — Non, mes pères, des gens de piété comme lui pourront toujours être accusés, tant qu'il y aura au monde des calomniateurs comme vous. Ce n'est donc pas par l'acte d'accusation, mais par l'arrêt qu'il faut en juger. (Seizième lettre, Prov. du 4 déc. 1G56.) »

2 « Les délits ordinaires, a dit Couthon, presque dans les mêmes termes, en présentant la loi du 22 Prairial, ne blessent directement que les individus et indirectement la société; et, comme par leur nature, ils n'exposent pas le salut public à un danger imminent, etc. Les crimes des conspirateurs, au contraire, menacent directement la société...

ROBESPIERRE ET l'ANTI-FÉDÊRALISTE. i43

Il faut qu'il périsse à l'instant pour le salut de Ions...

Si le glaive de la justice est on moment suspendu sur la tête des prévenus, l'Étal peul être anéanti. Il faut que l'orage se forme, quç ('('•clair brille et que la foudre éclate au même instant. En un mot,

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