VERGNIAUD ET ROBESPIERRE
Le propos attribué à Chabot n'a donc rien que de vraisemblable par lui-môme; si la pièce où il est consigné était postérieure au 9 Thermidor, on pourrait se demander s'il n'y a pas là une de ces exagérations trop fréquentes dans toutes les réactions, surtout dans celle qui suivit la mort de Robespierre. Mais il faut remarquer que la note trouvée dans le dossier de Chabot est antérieure au 16 germinal an II. Robespierre était alors debout, dans toute sa puissance, et nul n'aurait osé lui attribuer une parole qu'il n'aurait pas tenue, surtout Chabot qui tremblait devant lui.
Le mot reste donc ; il est grave! Il montre jusqu'à quel point Robespierre était arrivé à s'identifier avec le bourreau et combien les images populaires du temps étaient vraies, combien les inductions que nous en avions tirées étaient justes. Robespierre bourreau n'est pas un mythe de la réaction thermidorienne, c'est une vérité de l'histoire, lui-même l'a scellée de sa bouche; on peut ajouter et de son sang. Le 22 Prairial n'a-t-il pas eu pour conséquence et pour châtiment l'échafaud du 10 Thermidor?
Nous avons pris l'engagement de placer en regard de la vie juridique de Robespierre l'existence d'un de ses adversaires de la Gironde (p. 445), pour permettre la comparaison entre eux; nous ne pouvons mieux faire que de lui opposer Vergniaud '. Avocat à l'origine, il reste fidèle à son titre, il plaide la cause de l'humanité, il la défend, comme c'est le devoir de sa profession, usque ad effusionem sanguinis; il meurt pour avoir défendu Louis XVI 2, il meurt sans avoir
1 C'est ce que faisaient déjà le? contemporains. (V. Anecdote! sur la Révolution, par Martin, Paris Garnery, 1792.)
Vergniaud, seul parmi ceux qu'on nomme hurlesquement les Brissotins, pourrait risquer de se prendre corps à corps avec le chef de l'autre parti. Ils sont dignes de combattre ensemble, mais leur manière est différente. Le député de la Gironde est plus nourri dans ses raisonnements. Le député de Paris a plus d'idées saillantes, plus de ces pensées qui surprennent et qui séduisent...
2 V. l'acte d'accusation d'Amar contre les Girondins (Moniteur du
îliti APPENDICE.
à se reprooher une accusation mêmn juste, car il n'a pas voté la mise en accusation de Marat ; il s'oppose à l'arrestation de Jacques Roux, un imitateur de Marat. L'humanité c( la justice, Vergniaud ne sépare pas ces deux mots, il aime à les rappeler, à rapprocher « la sainte humanité de cette justice qui vient do ciel, » à opposera «la justice de la victoire, c'est-à-dire aux abus de la force, les droits de la justice éternelle. » Si l'on y joint un enthousiasme constant pour la liberté, on a la triple devise qui le définit et qui l'honore ; car les idées qu'il professe, il les pratique. Point de contradiction dans son langage, point d'apostasies dans sa conduite, ses paroles sont d'accord avec ses principes, ses principes avec ses actions. Ce n'est pas lui qui dirait comme V Anti-Fédéraliste : Mieux vaut punir un innocent que sauver un coupable. Il s'écrie au contraire, en s'opposant aux proscriptions en masse : « N'entendez-vous pas une voix secrette au fond de votre cœur qui vous fait appréhender de confondre l'innocent avec le coupable. » Il y a sans doute une exception néfaste qui se retourne contre sa mémoire, nous ne l'avons pas méconnue et on nous rendra cette justice que l'explication que nous en avons proposée n'est pas une apo-
30 oct.) la grande charge contre eux est d'avoir voulu sauver le tyran, surtout d'avoir soutenu l'appel aux Assemblées primaires. « Hypocrites profonds, ils déguisaient, sous prétexte de rendre hommage à la souveraineté du peuple ce plan de guerre civile concerté, pour le remettre sous le joug d'un despote étranger... »
Vergniaud est en outre violemment inculpé pour avoir accordé des égards à Louis XVI, réfugié au 10 Août dans le sein de l'Assemblée, et pour n'avoir proposé que la suspension au lieu de la déchéance.
V. aussi l'acte d'accusation rédigé par la Société des Jacobins. Ils reprochaient à Guadet et à Vergniaud « d'avoir, pendant le cours de la Législature dont ils étaient membres, attenté à la souveraineté du peuple et cherché à avilir la représentation nationale, en adressant clandestinement au ci-devant Roi des projets de transaction sur le sort et la nature du gouvernement français. » {Moniteur du 8 octobre 1793.)
F. enfin le discours de Billaud-Varennes, prononcé le 15 juillet 1793. {Moniteur du 24 juillet, p. 200, et ci-dessous, p. 480.)
VERGNIACD BT ROBESPIERRE. 467
logie. La tacha resta ; mais apparemment ce n'est ni à Roln '-[lierre ni aux hommes de son parti à se prévaloir contre Vergniaud d'une catastrophe dont ils sont les véritables auteurs, à lui reprocher d'avoir trébuché au milieu des précipices et des régions de la mort * quand ils en avaient ouvert les abîmes sous ses pas. Robespierre, au reste, y tomba bientôt lui-même, ainsi que l'atteste ce curieux monument de sa chute.