‹ Recherches historiques sur les Girondins, VergniaudChapitre 127 sur 135 · ROBESPIERRE, ETC. — RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE, ETC. — RÉSUMÉ

Avocat, fils d'avocat, il devait rester fidèle défenseur de cette grande cause ; il a mieux aimé en être le transfuge et le persécuteur.

Il pouvait en être l'apôtre, il a préféré en être l'apostat.

Il avait juré de s'y dévouer (V. ci-dessus, p. 447), et suivant l'expression d'une de ses plus touchantes victimes, André Chénier, la môme année vit le serment et le parjure.

C'est pour cela, que nous lui dénions le titre d'ouvrier de l'humanité et que, quoique fassent ses apologistes, son nom restera comme le synonyme de la terreur à son maximum d'intensité, comme l'incarnation de la guillotine politique, comme le symbole de l'extermination en masse, et ce qui est pire que la terreur, que l'échafaud, que la mort même, comme la dernière expression de l'iniquité déguisée sous les formes de la justice, la plus sacrilège des iniquités qu'il soit donné à l'homme de subir ou de commettre.

Dans les archives réservées de la Préfecture de police, il se trouvait une caricature contre Robespierre, exécutée à la plume dans d'assez grandes dimensions.

On voyait Robespierre, assis à l'extrémité d'un sarcophage reposant sur une estrade à deux marches; il était occupé à guillotiner le bourreau. Tout autour de lui était disposée une auréole de petites guillotines, qui rappelaient le nom d'une catégorie de victimes : les Girondins, les Hébertistes, les Dantonistes, etc., et au-dessous on lisait :

Robespierre assis sur le tombeau de la France, ne trouvant plus personne à guillotiner, exécute le bourreau.

C'est une variante de l'estampe, placée en tête de l'Ahnanach des prisons, qui représente le bourreau finissant par se guillotiner lui-même, elle est intitulée aussi : Gouvernement

DE ROBESl'IERRE.

Dans le dessin des archives, dessin fait avec beaucoup de soin et comme pour être gravé ; Robespierre était vu de pro-

fil, tourné de droite à gauche, il était coiffé d'un chapeau à plume, vêtu d'une redingote, ceint d'une échurpe, emportant des bottes à revers.

Cette pièce avait été Baisie à Saint-Denis par les Agents du District, elle était antérieure au 9 Thermidor, elle montrait bien la pensée des contemporains et prouvait que pour eux la figure de Robespierre était devenue la guillotine incarnée passée à l'état d'apothéose, rayonnant comme une gloire sinistre au milieu d'une vapeur de sang. Ce culte du bourreau frappait donc déjà l'imagination populaire : on les a rapprochés, identifiés, on a supposé que le terrible dictateur, après avoir fauché l'épi jusqu'à la racine avait fini par immoler son premier ministre faute d'autre victime. On comptait sans les retours d'ici-bas, et la Némésis inévitable, qui n'est autre chose que la logique secrète des événements. Robespierre a péri par les lois qu'il avait faites. Son procès, disent ses partisans, n'est pas encore jugé : à qui la faute? qui avait aboli la défense? qui avait étouffé la voix de l'accusé? qui avait supprimé tout intermédiaire entre l'accusateur public et l'exécuteur des hautes œuvres, confondu Fouquier- Tinville avec Sanson, et Sanson avec Robespierre lui-même? La pièce suivante répond à la question :

Note remise à Duf. (probablement Dufourny) par Bous (sic).

Chabot épouvantoit le banquier anglois Boyd-Ker, principalement de Robespierre, qui avoitdit à Chabot (d'après ce que Chabot disoit lui-même) que, s'il manquait un bourreau pour ce banquier, il en serviroit avec plaisir. (Archives nat. W, 343, C. 48, pièce 4.)

Royd-Ker avait été accusé d'avoir soustrait dix millions au séquestre mis sur les biens des étrangers par un décret du 9 octobre 1793. C'était une inculpation fausse, mais dont l'esprit violent du parti Montagnard s'était emparé pour accuser la trésorerie de complicité avec le banquier anglais.

Robespierre s'était saisi de l'affaire, ainsi que le prouvèrent les papiers pris chez lui {Moniteur du 49 frim. an III).

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