POUR
.li w LABEYRIE, Curé de la Paroisse de M» ni i u \r, A p| if Haut d'une Sentence du Sénéchal de SaintrSeyçr,du7avri] 1783,
CONTRE
I" Marthe DUTROY, Bile majeure;
•j" Le sieur DE SAINT-JULIEN, Baron do. Momuy;
3° Le sieur DUTROY Ois et autres intimés.
Par M. Vergniaud, Avocat '.
Le sieur Labeyrie, curé de Momuy, depuis six ans persécuté dans les biens les plus précieux à l'homme et à un prêtre surtout, traduit de tribunal en tribunal, tantôt accusé, tantôt accusateur, toujours innocent et jamais vengé, vient de recevoir enfin de ses premiers juges une sentence aussi injuste envers lui qu'elle l'est avec ellemême; une sentence qui le condamne et qui l'absout, ou plutôt une sentence qui le flétrit sans le condamner, qui le condamne sans le punir, qui le punit sans le trouver coupable.
Il n'entreprendra pas d'approfondir ce mystère : des
1 Ce mémoire n'est pas daté. Mais on voit, par la correspondance de Vergniaud, qu'il en parle à M. Alluaud dès le mois d'août 1783 :
« Je travaille, dit-il, à un autre mémoire dans une affaire majeure de Tournelle. On m'imprimera tout vif encore la semaine prochaine.» (Lettre n° 58.)
Et dans la lettre suivante du 22 août 1783 :
«Mon mémoire n'est pas encore sorti de chez l'imprimeur; il doit cependant être fini aujourd'hui. Je vous en ferai passer un exemplaire la semaine prochaine. L'affaire n'est pas aussi intéressante que celle de Bérigaud. Il est bien question aussi d'un enfant l'ait, mais il y a une foule de faits fort ennuyeux à discuter. La procédure est immense. Il y a plus de quatre cents témoins, y compris les récolements. »
MÉMOIRE POUB JEAN LABEYEIE. 27
juges ont prononcé, c'en est assez, leur caractère sacré lui fait un devoir du silence; il sait que des juges qui sont hommes peuvent se tromper, des hommes qui sont juges doivent toujours être honorés ; mais il sait aussi que les Cours souveraines sont établies pour réformer au besoin la sentence des juges inférieurs. C'est ce qui le console au milieu de tant de disgrâces.
Peut-être épuisé par tant de dépenses et lassé par tant d'obstacles, l'exposant aurait-il pris le parti de se taire et de laisser subsister la sentence du Sénéchal do Saint-Sever, dont certainement les adversaires n'auroient pas provoqué la destruction. Peut-être que, content du suffrage d'une conscience pure, il auroit attendu en paix sa justification de la Providence ; mais son caractère, sa place, le respect des mœurs, autant que l'intérêt de la religion et la loi impérieuse du sentiment, l'obligent de porter en la Cour le dernier cri de son innocence opprimée '.
Il en est bien autrement des adversaires de l'exposant, et leur position n'est en rien comparable à la sienne par la nature de cette cause. Un hors cour, pour lui, c'est une ignominie, et pour eux un véritable triomphe.
Avec quelle révoltante sécurité ils s'applaudiroient d'avoir su pallier aux yeux de la justice la plus détestable intrigue ! Mais le sieur baron de Momuy, relaxé de la calomnieuse accusation intentée contre lui parle sieur Curé, sans dépens, seroit-il également satisfait? Alors ce seroit dans ladite sentence un mystère de plus.
Quoi qu'il en soit, l'exposant se montre aujourd'hui devant des juges aussi éclairés que justes pour en obte-
1 On voit, par la lettre du \'A septembre 1783, de Vergniaud à son bçau-frère, que cetexorde n'est pas de lui et qu'il futsubstitué au sien pur le client sans son approbation. (V. n" fin ci-dessus.)
JS MÉMOIRES JUDICIAIRES DE viati.MUM.
nir un arrêl qui rendra à l'innocence toute son intégrité cl à la calomnie la honte el le châtiment qu'elle mérite.
Dans la confiance <|iie lui inspire la bonté de sa cause
el la lumière de ses preuves, il va parler, ou plutôt la procédure la pins régulière, les faits les mieux établis \ mit parler pour lui.
i i \i \« II EL DE l.\ PROCÉDURE.
Une haine secretteanimoit depuis longtemps le baron de Momuy contre le sieur Labeyrie. « Je ne rencontrerai jamais ceb... là, disoit-il à la dame deCazalis (73e témoin. . . 11 y avoit sept ans que l'on procédoit à l'information). Si je le rencontre, je le rosserai l. o
Le baron de Momuy avoit un beau-frère dans l'état ecclésiastique. Il désiroit ardemment de le voir curé de la paroisse dont lui-même étoit le Seigneur, et ce vœu de son cœur lui rendoit encore plus odieux le sieur de Labeyrie, devenu, par sa nomination à la cure de Momuy, un obstacle invincible à son accomplissement.
Le sieur Labeyrie avoit acheté par bail à vie une maison du sieur Dutroy, praticien du bourg de Momuy 2. 11 en résulta d'abord, des relations très fréquentes entre le praticien et son curé.
Le sieur Dutroy avoit une fille. Henriette (c'étoit son nom), emportée sans doute par la violence de ses passions, ne gardoit pas toujours les précautions nécessaires pour cacher le désordre de sa conduite. Le sieur Labey-
1 On voit, par les qualités de l'arrêt, que le baron de Momuy était un ancien Capitaine au Régiment Royal de la Marine.
- Il étoit notaire; mais le mot générique praticien s'appliquait
indistinctement aux notaires et aux procureurs, ainsi que l'atteste
Furetière :
Praticien. Celui qui sçait bien le style, l'usage du barreau..., qui sçait bien dresser un contrat, instruire un procès...