‹ Recherches historiques sur les Girondins, VergniaudChapitre 54 sur 135 · LE RÉPUBLICAIN FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LE RÉPUBLICAIN FRANÇAIS

L'an second après l'abolition do la Royauté Mercredi S Juin (a0 202, p, 820). — Séance du 3 juin 1793.

Première lettre a la convention

Citoyen Président,

Je sortis hier de l'Assemblée entre une et deux heures. Il n'y avoit alors aucune apparence de trouble autour de la Convention. Bientôt on vint me dire, dans une maison où j'étois avec quelques collègues, que les citoyens des tribunes s'étoient emparés des passages qui conduisent à la salle de nos séances, et que là ils arrêtaient les représentons du peuple, dont les noms se trouvent sur la liste de proscription dressée par la Commune de Paris. Toujours prêt à obéir à la loi, je ne crus point devoir m'exposer à des violences qu'il n'est plus en mon pouvoir de réprimer.

J'ai appris cette nuit qu'un décret me mettoit en arrestation chez moi ; je me soumets.

On a proposé, comme moyen de rétablir le calme, que les députés proscrits donnassent leur démission. Je n'imagine pas qu'on puisse me soupçonner de trouver de grandes jouissances dans les persécutions que j'éprouve depuis le mois de septembre, mais je suis tellement assuré de l'estime et de la bienveillance de tous mes commettans, que je craindrois de voir ma démission devenir dans mon département la source de troubles beaucoup plus funestes que ceux que l'on veut appaiser et qu'il étoit si facile de ne pas exciter1. Dans

1 Le passage suivant, emprunté au Correspondant politique du

IS'i M.iUiMAi i> EN ÉTAT D'ARRESTATION CHEZ LDI.

quelque temps Paris sera Lieu étonné qu'on l'ait tenu trois jours sous les armes pour assiéger quelques individus dont tous les moyens de défense contre leurs ennemis consistent dans la pureté de leurs consciences. Puisse, au reste, la violence qui m'est faite, n'être fatale qu'à moi-même ! Puisse le peuple, dont on parle si souvent et qu'on sert si mal, le peuple qu'on m'accuse de ne pas aimer, lorsqu'il n^est aucune de mes opinions qui ne renferme un hommage à sa souveraineté et un vœu pour son bonheur ! Puisse, dis-je, le peuple n'avoir pas à souffrir d'un mouvement auquel viennent de se livrer mes persécuteurs ! Puissent-ils eux-mêmes sauver la patrie ! Je leur pardonnerai de grand cœur, et le mal qu'ils m'ont fait et le mal plus grand peut-être

qu'ils ont voulu me faire.

Signé : Vergniaud.

Fonfrcde. — Je demande l'insertion de cette lettre, comme de toutes les autres, au Bulletin.

On demande l'ordre du jour. L'ordre du jour est adopté.

Fovfïède. — J'ai deux autres propositions à faire pour épargner les troubles de la guerre civile, pour tirer la France de l'incertitude où elle se trouve; je demande que les pièces que l'on doit avoir contre les accusés et qu'on n'a pas encore produites, soient lues à la Convention, dans trois jours au plus tard.

Plusieurs voix. — C'est décrété.

Fonfrède. ■ — Je demande en outre que les membres contre qui vous avez lancé un Décret, que je ne qualifierai que de

19 juin, prouve que Vergniaud avait pressenti avec justesse les dispositions de ses compatriotes :

Le 9 juin, toutes les autorités de Bordeaux, assemblées au département, se sout constituées en Commission populaire de Salut public, qui a déclaré qu'elle étoit permanente et qu'elle ne cesserait ses fonctions qu'après qu'elle auroit, de concert avec les autres départements, mis la liberté bors de tous périls, en la rétablissant dans le sein de la Convention Nationale.

prudence, puissent venir entendre le rapport qui sera fait contre eux afin de le contredire.

Un grand nombre de membres demandent l'ordre du jour.

Fonfrède. — En ce cas, je déclare que je demande à être mis en état d'arrestation.

La Convention s'en référa au décret qu'elle venait de rendre sur le même objet.

Le 3, elle statua sur une lettre de Valazé, que nous rapportons parce que nous ne la voyons reproduite nulle part et qu'elle se lie étroitement à notre sujet.

Paris, le 3 juin, l'an IIe de la République française.

Citoyen Président,

La Convention Nationale a décrété sans m'entendre que je serais en état d'arrestation chez moi. J'obéis; mais j'ignore quelle faute a pu m'attirer ce traitement. Je l'ignore, car rien ne m'est imputé, et je n'entends aucun murmure au fond de ma conscience. On prétend que c'est sur la dénonciation des Sections de Paris ; mais cette dénonciation avait été déclarée calomnieuse, et je ne sache pas qu'on y ait rien ajouté depuis le décret qui l'a qualifiée de la sorte. Il n'importe, j'obéis; c'est mon devoir, mais le sentiment qui m'a dicté l'obéissance doit au moins être un nouveau témoignage de mon civisme.

Cependant il ne serait pas juste que l'indigence vînt empirer ma situation. Je suis père de famille. J'ai dix-huit cent trente-cinq livres de revenu, sur quoi je fais six cent soixante quatre livres de ivnte ; il ne me reste ainsi que onze cent soixante-ct-onze livres de rente sujettes à la réduction des impôts. Or, je vous observe que je n'ai pas touché mon indemnité du mois dernier. Elle m'est, comme vous voyez, d'une nécessité indispensable pour vivre, et cependant je ne puis sortir pour me la procurer.

18(i VSRGNIAUD i:\ ii\i D'ABRESTATION CHBt il II.

Dans oel état, Citoyen Président, je demande que la Convention Nationale ordonne qu'un commis du Bureau des Mandai- m'apportera celui du mois dernier, dont je Lui donnerai un récépissé '.

Votre collègue,

Dufricue-Valazé.

Séance du mercredi S juin [Républicain français du G ; n° 203, p. 82iï

Le citoyen Bertrand, membre de la Commission des Douze et arrêté en cette qualité, annonce qu'il croit devoir obtenir sa liberté, attendu qu'il n'a çné aucun mandat d'arrêt.

Tliuriot. — Je demande le 'envoi au Comité de Salut public pour vérifier les faits.

Duperret. — Je demande l'ordre du jour motivé sur sa lâcheté.

La Convention renvoie la lettre au Comité de Salut public.

Fonfrède. — Je réclame d'abord l'exécution d'un décret rendu deux fois par l'Assemblée, qui ordonne que dans trois jours, et c'est aujourd'hui le quatrième, le Comité de Salut public fera un rapport sur nos collègues mis en état d'arrestation, et que les pièces annoncées à cette barre par Lhuillier et Hassenfratz seront lues à la tribune ; mais je fonde ensuite ma demande sur un autre motif. Si l'arrestation d'un magistrat du peuple a produit dans Paris une espèce d'insurrection, ne craignez-vous pas que l'arrestation des représentants du peuple n'en produise une véritable dans la Bépublique entière?

1 Du 4 juin, sur la motion d'un membre, la Convention Nationale décrète que les mandats pour l'indemnité du mois dernier seront remis par les soins du Comité des inspecteurs de la comptabilité aux membres mis en arrestation dans leurs domiciles, et que cette indemnité continuera provisoirement à leur être payée pendant leur arrestation.

Vu bon : Poullacx.

Un membre. — Vous êtes un ennemi de la tranquillité publique. •

Fonf'rhle. — Si vous étiez arrêté, vous qui m'interrogez, et que je parlasse pour vous, serais-jc un ennemi de la tranquillité? Au reste, de deux choses l'une, ou les pièces dénoncées ont été déposées, et dans ce cas pourquoi ne pas les lire? Ou bien elles n'ont pas été déposées, et alors pourquoi nos collègues sont-ils encore détenus?

Eh bien ! moi qui ne suis resté dans cette assemblée que pour défendre quelques-uns de mes collègues, de la pureté desquels je suis sûr, si ces pièces ne sont pas produites, j'invoquerai contre les accusateurs la peine du talion. (On murmure.) Peut -on m'interrompre, quand je vous prie d'empêcher la guerre civile ? car déjà il est de mon devoir de vous le dire. Si des hommes armés sont venus vous demander le décret d'arrestation contre des représentants, d'autres citoyens français, usant du même droit, viennent aussi, armés, réclamer leur liberté.

Dans ce moment-ci, je ne fais que de simples propositions : ou que l'assemblée ordonne l'exécution du décret qui demande un rapport, ou qu'elle décrète qu'elle n'en entendra point.

Chabot répond et dit : Nous prouverons à nos ennemis que nous ne voulons pas leur tête.

Fonfrède. — Demandez-la donc...

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