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DE LA SOCIÉTÉ DU RECUEIL SIREY 22,rue Souffot, PARIS, 5° arrdt L. LAROSE & L. TENIN, Directeurs
RECIERCHES HISTORIQUES
SUR
Il existe encore aujourd’hui, soit dans les usages chrétiens, soit dans la liturgie catholique du mariage, qui a consacré ces usages, un certain nombre de rites, qui ne produisent plus aucun effet juridique, mais qui en ont produit autrefois. Il nous a paru intéressant de rechercher d’où ils proviennent, pour quels motifs et avec quelle signification ils ont été tolérés ou adoptés par l'Église (1). Les rites que nous nous proposons d’étudier sont : 1° dans les fiançailles, la remise d’une bague à la fiancée et l’échange d’un baiser; 2° dans le mariage, la jonction des mains, la remise de l'anneau nuptial, la tradition de pièces de monnaie appelées pièces de mariage ou parfois éreisain; 3° après le mariage, l'extension d’un poile ou voile sur la tête des mariés; enfin la bénédiction du pain, du vin, et du lit nuptial. Cesrites, devenus purement symboliques, n’ont pas tous la même origine (2) : il importe donc de la rechercher séparément pour chacun d’eux.
A L'Église n'a jamais légiféré directement sur les formes du mariage; elle s'est contentée de consacrer certains usages populaires. Cfr. Sohm, Das Recht der Eheschliessung, Weimar, 1875, in-80, p. 184.
(2) Friedberg, Das Recht der Eheschliessung, Leipzig, 1865, in-8o, p. 6 : « Dennoch waren aber auch hier der Fôrmlichkeiten viele; die meisten den rômischen Gebräuchen entlehnt, einige vielleicht den jüdischen, wenige den griechischen ». M. Friedberg oublie : den germanischen.
Cx. 1
$ I. — La bague de fiançailles.
1.— Les sponsalia (fiançailles, accordailles), c’est-àdire « la promesse d’un futur mariage » (1), eurent dans l'Église, à un moment donné, une très grande importance, au point de se confondre dans la forme avec le mariage lui-même. Elles sont tombées en désuétude depuis le Concile de Trente. Ce que l’on appelle encore ainsi ne constitue plus, sauf exception, que des usages de famille. Il est à remarquer toutefois que, si les fiançailles ont perdu presque tout intérêt au point de vue juridique, elles ont conservé leurs formes anciennes. Elles se concluent en effet par la remise d’une bague à la fiancée, suivie assez généralement de l’échange d’un baiser. Beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles ne se considèrent comme liés qu'après l’accomplissement de ces deux rites; ils ne se doutent pas qu'ils obéissent ainsi à de lointaines traditions.
Occupons-nous d’abord de lanneau des fiançailles. Devenu au Moyen âge l’anneau nuptial, il a, sous cette double forme et dans ce double rôle, suscité une littérature abondante (2). La coutume de remettre un anneau à
(1) Cfr. la Réponse de Nicolas 1 aux Bulgares (866) : « Sponsalia, que futurarum sunt nuptiarum promissio » ne, Gratien, Décret, Il, 30, qu. 5, ch. 3}. Florentin, au Dig., XXIII, 1, fr. 1, avait dit déjà : « Sponsalia sunt mentio et repromissio nuptiarum futurarum ».
(2) Il y a d’abord des monographies anciennes que nous citons pour mémoire : — Cavaccia, L'anello matrimoniale, Milan, 1599, in-12: — Kirchmann, De annulis liber singularis, 1° édit., Lubeck, 1623, in-12; 3e édit., Leyde (Lugd. Batav.), 1672, in-12; — Kormann, De annulo triplici : usitato, sponsalitio, signatorio, 1" édit., La Haye, 1654, in-12; 2e éd., Leyde, 1672, in-12 ; — P. Müller, De annulo pronubo, léna, 1702, in-40; — Serfflerig, De annuli pronubi antiquitate judaïca, Altenbourg, 4759, in-40. — [Il y a également des monographies récentes : — Franz
Hoffmann, Uber den Verlobungs- und den Trauring, dans les Sitzungs- 3
berichte der Wiener Akad., t. LXV, année 1870; — Max. Deloche, Le port de l'anneau dans l'antiquité romaine et les premiers siècles du Moyen âge, dans les Mémoires de l'Acad. des Inscriptions et Belles- Lettres, t. XXXV, 2 p., 1896; — et : Études histor. et archéol. sur es
la fiancée paraît venir directement des usages romains. On ne la rencontre, en effet, ni chez les Juifs, ni chez les Grecs, peuples qui cependant attachaiént une grande importance aux fiançailles (1). Au contraire, à Rome, elle apparaît dans les plus anciens textes. Nous savons par les comédies de Plaute que les fiançailles se concluaient entre les patresfamilias des deux futurs par la formule antique bien connue : « Spondesne? Spondeo » (2),
anneaux sigillaires et autres dans les premiers siècles du Moyen äge, Paris, 4900, in-80 (extrait de la Révue archéol.); — D" Francesco Brandileone, Die subarrhatio cum anulo, Ein Beitrag zur Geschichte des mittelalterlichen Eheschliessungsrechtes, dans la Deutsche Zeitschrift für Kirchenrecht, Dritte Folge, X. Band, 1901, in-80, p. 311-340; — Dom Leclercq, vo Anneaux, $ vin, dans le Dict. d'archéol. chrétienne et de
. liturgie, publié sous la direction de Dom Cabrol, Paris, in-4°, fasc. 8
(1905), col. 2188-2191.
(4) Au xvure siècle, Serfflerig, op. cit., a essayé de démontrer que l’anneau des fiançailles était usité chez les Juifs. Cujas croyait aussi le retrouver chez les Grecs. Ces deux opinions sont aujourd’hui abandonnées. Cfr. pour les Juifs : Clarisse Bader, La femme biblique, Paris, 1866, in-8, p. 85- 400; — Rabbinowicz, Legrslation sivile du Thalmud, Paris, in-80, t. I (1880), p. xxv-xxx; — Louis-Germain Lévy, La famille dans l'antiquité israélite, Paris, 1905, in-8°, p. 157, note 1 : « Ni dans le Talmud, ni dans les écrits rabbiniques les plus anciens, il n’est question de l’anneau nuptial » ; — H. Lesêtre, v° Noces, dans le Dict. de la Bible, publié sous la direction de l’abbé Vigouroux, Paris, in-40, fase. 28 (1906), col. 1660; — et pour les Gress : Clarisse Bader, La femme grecque, Paris, in-8, t. Il (1872), p. 24 et suiv.: — Beauchet, Aist. du droit privé de la Rép. athénienne, Paris, in-80, t. [ (1897), p. 119, 124 et suiv., 144-145; — Collignon, v° Matrimonium, dans le Dict. des antiq. grecques et romaines, de Daremberg et Saglio.
(2) Plaute (254-184 av. J. C.), Poenulus, vers 1156-1157 :
Tuam mihi majorem filiam despondeas.
— Pactam rem habeto. — Spondesne igitur ? — Spondeo.
Aulularia, vers 255-256 :
Quid nunc? Etiam mihi despondes filiam ? — Illis legibus, Cum illa dote quam tibi dixi. — Spondesn ergo? — Spondeo.
. Curculio, vers 674-675 :
Spondesne, miles, mihi hanc uxorem ? — Spondeo. — Et ego hoc idem unum .: Spondeo. —
Trinummus, vers 1162-1163 :
Istac lege filiam vuam spondesn mihi uxorem dari ? — $Spondeo. — Et ego spondeo idem hoc. — .….
Cfr. Térence, Andrienne, vers 101 : « Placuit: despondi; hic nuptiis dictus est dies ».