‹ Recherches numismatiques, concernant principalement les medailles celtiberiennesChapitre 1 sur 83 · MES DEVANCIERS. DANS I,' ÉTUDE DES MÉDAILLES CELTIBÉR1EVNES · texte numérisé non relu

MES DEVANCIERS. DANS I,' ÉTUDE DES MÉDAILLES CELTIBÉR1EVNES

Après tant de vains efforts des savants les plus illustres pour arriver à l’explication des monuments celtibériens, on pourrait trouver une audace inouïe dans ce nouvel essai de ma part. Il convient donc , avant d’exposer la solution du problème , telle que j’espère l'avoir trouvée, et qui n’a rien de commun avec les différentes théories qui ont été émises à cet égard jusqu'à présent , d’examiner les bases qui ont servi aux recherches antérieures , et de les comparer

‘2 RECHERCHES iNUMISMATIQUES.

avec celles que je me suis proposées, l/on verra, de cette manière, qu’avec tout le talent et toute l’érudition de ces auteurs célèbres , il leur était absolument impossible d’atteindre le but; que pas une seule des légendes celtiltériennes n'a pu être interprétée d’une manière satisfaisante au moyen des méthodes qu'ils ont adoptées successivement. Ainsi l’on me saura gré, à ce que j’espère, de supprimer ensuite la critique individuelle des travaux de mes prédécesseurs , au sujet de chaque médaille, critique dont je me suis occupé néanmoins pendant bien des années, et de me borner à démontrer l'inutilité desdites méthodes , malgré le respect que je ne cesserai jamais de professer pour les maîtres de la science, que j'aurai à citer tout à l’heure.

Toute invention ou découverte commence ordinairement par des hypothèses, qui forment le point de départ des investigations ultérieures, et doivent être confirmées par le raisonnement et l’expérience. Tant que ces hypothèses demeurent erronées, il est impossible de parvenir à la connaissance de la vérité , de trouver le fil conducteur qui doit nous diriger à travers ce labyrinthe, quelque talent et persévérance qu'on y apporte. C'est ce qui est arrivé à l’endroit des médailles eeltibérienues.

l-es règles établies par le célèbre Napolitain Jean-Baptiste Porta (i), pour le déchiffrement des écritures occultes, sont éminemment applicables à l'étude des légendes eeltibériennes. Or, il pose en commençant certaines questions préliminaires , qu’il importe surtout de résoudre, avant de procéder à l'interprétation du texte.

i* « Primuin proficiet idiomatis scripti notitiam habere. » Je réponds, contre l’avis de tous mes devanciers , que le latin est l'idiome * exclusif des légendes eeltibériennes. Sans doute on a frappé en Espagne des médailles grecques, mais en caractères ordinaires, et jieutètre aussi des médailles phéniciennes, puniques, etc. ; mais celles-ci

(I) De Ocultis litcmrum imtis, Montlsbeiiganli, 1593 .

tonneraient une classe à part, dont il ne sera guère question dans cet ouvrage.

a* « Maxime præterea profuturuin censeo si cjus , qui scripserit , « non solum de moribus, sed etiam de nominc cognitio habeatur. . . « Si hominis disciplinant, mores, verba, nomina et loquendi fornui- « las illi peculiares. . . . etiam scribendi ingenium interpres agnoseat. « non paruin profuturum puto. » Réponse , également opposée aux théories de tous mes devanciers : I .es fonctionnaires romains , employés en Espagne et dans plusieurs autres provinces, sont les auteurs des légendes dites celtibériennes. Toutes ces conditions nous Bont parfaitement connues à l'égard des Romains, et par conséquent faciles à remplir , tandis qu’on s’est livré jusqu’ici à des recherches aussi scabreuses qu’inutiles sur les anciennes populations celtibériennes , turdétanes, bastulo-phénieiennes, etc., dont nous savons fort peu de chose, mais auxquelles on attribuait à tort ces médailles.

3* « Ad haec tractatæ rei et cognitio accedit, quant et habere mul- « tum intererit. » Réponse, non moins contraire à toutes les suppositions antérieures : Le sujet des légendes celtibériennes consiste dans le numéro d’ordre des ateliers ou monnaies où les médailles ont été frappées ; dans la désignation du genre de métal qu'on y employait; dans la qualification très-mariée des monétaires chargés de cette fabrication ; dans la dénomination des différentes espèces de pièces de monnaie; dans la dénolation des provinces à l’usage desquelles on les destinait , etc., etc. — C’est donc tout à fait gratuitement qu'on y a presque toujours recherché des noms de villes espagnoles. Lorsque celles-ci se trouvent énoncées sur les médailles celtibériennes , c’est toujours eu caractères romains ordinaires, ou [jeu s’en faut.

La preuve de ces trois points fondamentaux doit être le résultat des faits qui seront abondamment constatés dans tout le cours de cet ouvrage. On ne peut tout dire à la fois. Pour le moment il suffira, pour me justifier de la témérité apparente «le cette nouvelle entreprise,

((ii’on veuille bien admettre ces trois points comme de simples hypothèses, que je vais comparer brièvement avec les bases adoptées palmes devanciers.

Fulvio Ursini (i) est le premier qui ait dit quelque chose de ces médailles. Son explication des légendes A9PA et repose

sur la conjecture qu’elles pourraient être interprétées en grec, et qu'on obtiendrait ainsi les noms d’Afranius et de Varro, légats de Pompée en Espagne , qui auraient frappé ce denier. Quoique ces hypothèses soient inadmissibles, et opposées au premier et au troisième des points fondamentaux que je viens d’établir, c'est néanmoins tout ce qui a été dit de mieux sur les médailles celtibériennes , puisque leur attribution aux Romains , conforme au deuxième point , s’y trouve implicitement comprise. En effet , il est inqiossible de supposer que les légats de Pompée se soient constitués les monétaires, en sous-ordre, d’une ville ou d’un chef celtibérien.

Le marquis de la Aui.a (a) s’est occupé de l'interprétation du fameux vase de Castulo, dont je ferai mention plus tard. Il a recours à la fois au gothique et au grec.

Olaus Wormius (3) a vu des caractères runiques dans les inscriptions celtibériennes , et les a attribuées aux Wisigoths , qui dominèrent en Espagne après les Romains. Ces hypothèses méritent d’autant .moins qu’on s’y arrête, qu’il résulte des médailles elles-mêmes, et de leurs types, de nombreuses preuves qu’elles datent d’une époque bien antérieure.

Suivant l’ordre chronologique, il faut ici mentionner l'ouvrage de Lastanosa , seigneur de Figaruelas (4), contenant un assez grand

(1) Familiæ romanæ, Bonne, 1577.

(2) Lettre manuscrite adressée en 1623 à Rodrigo Caro.

(3) Dan ira literatura antiqua, Amslelodami, 1636.

(4) Museo de las medallas desconotidas espanolas, Huesca, 1645. La rareté de ce livre a été indiquée déjà dans le Manuel du libraire , Brunet , Paris, 1820 , t. Iî ,

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nombre de médailles cebibérieimes. Dans ces figures il faut soigneusement distinguer les têtes de la face principale (qui sont à peu près imaginaires, et ne donnent aucune idée des originaux), des revers de ces mêmes médailles, où il y a beaucoup plus d'exactitude. Ainsi l’on trouve répétées, sous les numéros 43| 44> 49 et 58, différentes épreuves identiques de la même médaille , portant à l'exergue la légende HŸHMI*' ; et cette exactitude du graveur permet d’ajouter foi à la représentation de quelques médailles du musée Lastanosa , dont les originaux ne se retrouvent plus dans les* cabinets. Quant aux dissertations du père jésuite de Rajas, du docteur Andrks et de Xi menez de Urrea, faisant suite à la description du musée de Castanosa, elles ne présentent aucune tentative de parvenir à l’interprétation de ces légendes, mais bien quelques autres observations fort sensées, dont je ferai tantôt mon prolit.

Viennent ensuite les recherches de François Fabre, qui , dans ses Conjectures (i), attribuait les caractères dont il s’agit aux Celtes ; idée aussi inadmissible que celles dont j'ai déjà fait mention , puisque rien n’indique que les Celtes fussent parvenus à ce degré de civilisation que suppose l’usage de la monnaie.

Olaus Ri'Obekhjs (a) revient après Wormius à l’alphabet runique et aux Wisigoths. Nous possédons maintenant une suite magnifique des rois wisigoths, qui ne ressemble pas plus aux médailles celtibériennes qu’aux monnaies des Chinois.

I/e baron i>f. Spanhkim (3) incline aussi à considérer ces médailles

p. 326, et s'est tellement augmentée depuis ce teiup§-là , que , même à Madrid , oit pave aux prix marqués par M. Brnnet des exemplaires imparfaits, oit quelques feuillets ont été remplacés à la plume. L'exemplaire complet, que j'ai obtenu il y a plus de trente ans, avait appartenu successivement aux bibliothèques d'Andres Palacios et d'Estrada.

(1) Imprimées à Milan eu 1656.

(2) Atlantica, L’psalæ, 1675.

(3) De Præstantin uumismatura, I/mdini, 1717, t. I, p. 1 12.

comme appartenant aux Goths et portant des légendes runiques, tandis que les pièces d'une meilleure fabrique paraîtraient puniques. En son temps on ne s'était pas encore occupé des monnaies gothiques, qui forment actuellement une des plus belles séries du moyen âge, grâce aux travaux de Velâzquez, du P. Florez, de Lelewel et d’autres. C'est ce qui explique comment le savant Spanheim, dont Eckliel ( 1 ) fait de si justes et brillants éloges, a pu se fourvoyer ainsi. Occupé seulement des médailles antiques, et ne trouvant pas la place qui appartient réellement jKirini celles-ci aux médailles celtibériennes, il les a confondues avec celles du moyen âge, qu'il n'avait pas étudiées.

André Mohkl (a) est le premier, et jusqu'à présent le seul auteur, qui ait publié la médaille celtibérienne portant la tète de Marc-Antoine; découverte d’un immense intérêt, qui suflirait à elle seule pour renverser tous les systèmes qui ont été tentés après Fulvio Ursino et jusqu'à ce jour, pour l'explication de ces médailles.

Dans le Commentaire d’HAVBECAMP (3) il est dit qu'on pourrait, par aventure, découvrir le nom de Marc-Antoine dans les caractères espagnols de la légende; ce qui n'est pas, et ne sert qu’à gâter la découverte de Morel.

Nous arrivons maintenant aux travaux de Velâzquez (4) , qui ouvrent une ère nouvelle dans les recherches celtibériennes. I, es principales- hypothèses qu'il a mises en avant tendent à considérer les idiomes et les alphabets de ces monuments comme les plus anciens qui

l,i Doctrine numorum, Vindobouff, 1792, t. I, p. clvi.

(2 Thésaurus Morellianus, Auistelodami, 1734, t. 1 , 4' table de la famille Antouia. l'aiant-dernière médaille, marquée B.

{3' Thésaurus Morellianus, t. II, p. 26.

(4; Knsayo sobre lus allabetas de las lrtras desconoctdaa , Madrid, 1752. D’autres outrages postérieurs de ce savant ont été publiés après qu’il eut hérité du titre de marquis de Valdcflorcs, ce qui fait que, dans les catalogues de la librairie de ce tempolà, il est désigné, tautàt sous le nom de Velazquc?, et Untdt connue marquis de Valih-Dores. Cependant il faut se garder de voir ici deux auteurs différents

aient existé en Espagne , et par conséquent antérieurs à la conquête romaine. Partant de ce principe inadmissible, il en conclut que ces caractères appartiennent aux alphabets grecs et phéniciens de la plus haute antiquité , qu'il faut collationner avec leurs dérivés samaritains, puniques, étrusques, runiques, syriaques, chaldéens et autres. Par ce moyen il parvient à établir trois alphabets distincts : le eeltibérien, le turdétan et le bastulo-phénicien. Dans l'application «le ces prémisses, il reconnaît cependant que le système de ces alphabets pourrait être vrai , et qu'il n'eùt |ias réussi néanmoins dans l'explication des médailles et des inscriptions. Il pose ensuite en princi|>c que, dans l'interprétation de ces monuments, il faut particulièrement rechercher les noms des villes et populations antiques de l'Espagne. Tout cela, comme on voit, est complètement opposé aux points fondamentaux qui m'ont servi de guides. De là Les causes principales de tant d’erreurs postérieures à Velâzquez

Les travaux en ce genre de don Manuel Marti sont racontés dans sa lettre adressée à don .Miguel Riggio, lieutenant général des galères d’Espagne (i). Il y a quelque chose de touchant et de pathétique dans cette déclaration du savant doyen de la cathédrale d’Alicante , portant qu’il avait abandonné ces études , non-seulement à cause des contradictions et des complications qui résultaient de l’alpliahet qu'il avait déjà formé , mais parce qu’il avait eu une vision qui l’en avait détourné par des menaces. Du reste, il est facile de «Leviner que l’idée fondamentale, ou le point de départ de Marti , consistait à rechercher, dans les légendes celtibériennes, des noms de villes espagnoles, comme on en voit souvent en caractères ordinaires sur les médailles de ce pays ; idée qui a été adoptée par la plupart «les auteurs subsé«|uents.

Les observations éparses dans les œuvres du père K louez (a) et de

II] Cartaa de «arios autorrs erpaimtes, Madrid, 1756, 1. 1, p. 'Itii. t/2) Medallas de ËApaiia, Madrid, 1757. 1758 et 1773.

Baver (t) lie présentent aucun système d'interprétation des médailles celtibériennes, sinon plutôt des doutes, qui semblent confirmer le néant des essais de leurs devanciers.

Dans le voyage de Francis Cartkii (a) se trouvent deux planches de médailles espagnoles, parmi lesquelles il y a quelques variétés celtibériennes qu'on ne rencontre plus, mais dont la représentation parait néanmoins digne de foi , puisqu’elle a été exécutée d'après les originaux eux-mêmes, que l’auteur avait recueillis en Ksjiagne et apportés à Londres. J’en donnerai des calques, sans |>ou\oir répondre de leur authenticité.

Eckhei. a bien traité avec une juste sévérité les interprétations de Velâzquez, mais il en a cependant adopté la principale hypothèse des deux langues primitives, celtibéricnne et turdétane (3). Lui aussi considère les médailles celtibériennes comme les plus anciennes qui aient été frappées en Espagne (4) , et ne doute aucunement qu’elles n’appartiennent aux Espagnols libres, employant leur idiome natal, avant l'introduction des langues étrangères (5). Tout cela disparaîtra devant les faits nombreux que j'aurai à citer.

La collection d’OcROCLRY, formée à Cadix, a été l’objet d'une critique sévère de la part de l'abbé Eckhei. Le texte de l’ouvrage (6) (tarait être dû aux élucubrations de Tric.ukros, et contient aussi bien des choses extrêmement hasardées.

Tl) Dans tes Additions au Saïïusteàv Tintant don Gabriel, Madrid, 1772; et Numuriuu liebneo samarHanorum vindicte, Valentte Edetnnorum, 1790.

(2) A Joorney trom Gibraltar to Malaga, London, 1777, 1. 1.

.1) • Ad linguam qua ltiapante numi inseribuntur, qund attinet, haliemus binas domesticas, très adventitias. Domestiea* sunt, quamquain et inc forte adventitiæ diei IKiasint , «ed a remotissinii ævi adonis invertie, Cillibtrica et Turdrtana , - etc. Dnct ri na nnmoruni veterum, Vindnbonv, 1792, 1. 1, p. 8.

(A) Doctrine, etc., I. I, p. 1.

(S) Doctrine , etc., 1. 1 , p. J .

6’ Muaei <)-Croutianei Descriptio, Madrid, 1794.

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