‹ Recherches numismatiques, concernant principalement les medailles celtiberiennesChapitre 2 sur 83 · RECHERCHES NUM 1 SMAT 1 QUES · texte numérisé non relu

RECHERCHES NUM 1 SMAT 1 QUES

Feu le marquis d’Algorfa, seigneur de Formentera (i), s'imaginait avoir trouvé, dans nos pièces celtibériennes, une série de monnaies iY Hercule, frappées lors de son arrivée en Espagne, où il exerçait les actes de souveraineté ; puis de Jasius, neveu de SicuJus, père de Cori- ' fiant? , roi d’Italie, qui vivait treize cents ans avant la venue du Christ. (Les médailles prouvent, selon l'auteur, que ce Jasius dominait dans quelque province d'Espagne, comme s’il eut existé des médailles quelconques à cette époque si reculée.) Une autre médaille porte le nom « To Mnesteo, » qui régnait en Espagne douze cent quatre-vingt onze années avant l’ère chrétienne. Viennent ensuite Hiram , Sezac , etc. Tout cela n’cmpccherait pas qu’on 11e put tirer parti de cette brochure, pour y trouver quelque légende inédite; mais le marquis annonce lui-même (pag. 3 o) qu’il n'a retrouvé, dans la bibUothèquepublique de Valence, aucune des médailles inconnues qu’il y avait vues en 1767, et que par conséquent il n'a pas pu collationner les caractères de celles qu'il avait copiées. En effet, il n'y a pas une seule légende, parmi celles qu’il nous donne, qui coïncide exactement avec celles qui nous sont connues. Ce qu’il y a de plus remarquable dans tout cela, c’est «pie, d'après la relation d'un auteur contemporain (a), la dissertation du marquis d’Algorfa a reçu de grands éloges, non-seulement de certain journal italien, mais, qui le croirait? de l'Institut de France! On y fait valoir aussi les constantes recherches de cet auteur, relativement à la numismatique, et le zèle pour la science, qui l’a porté à publier la dissertation précitée, à quatre-vingt-dix ans. Cet âge avancé explique tout.

Il existe aussi une brochure pseudonyme ( 3 ) où l’on se moque assez plaisamment d’un autre littérateur, nommé don Antonio Car-

(I; Disertaiion sobre las modal las desconocidas, Valencia, 1800.

(2) Memorial literario, imprimé à Madrid en 1801, ou plutôt 1802, t. II.

(3) Carta de Pantaleon claros à don Antonio Carbonell y Borja, feliiitùndole por sus de&cubriinientos numismaticoB, Madrid, 1801. (61 pages.)

bonell, qui se vantait d'avoir trouvé la formation des alphabets

cel libériens, mais qui se gardait bien de les publier.

Lorsqu'au commencement de ce siècle on s’occupait avec tant d’efficacité des prétendues gloires de la langue basque, non-seulement en Espagne, mais aussi dans le midi de la France, don Juan-Bautista de Erro publia un ouvrage (i), où les médailles celtibériennes sont attribuées à l’idiome primitif du monde, qui se serait intégralement conservé dans la langue basque, de manière que celle-ci, dans son état actuel, servirait parfaitement à l’explication de tous ces monuments. Là, aussi, l’on cherche principalement des noms de villes.

I>es explications de M. d’Erro ont été à l’instant pulvérisées par le savant Conde (a), qui a démontré, par exemple, que le vase eu poterie de Trigueros, qu’on faisait passer pour un monument basque de la plus haute antiquité, date tout simplement de l’époque de l’empereur Charles-Quint, et qu’on y lit couramment en lettres majuscules ordinaires ACH GOTT, ce qui veut dire o Dieu! dit-il, tout en reconnaissant modestement qu'il n’est pas fort sur l’allemand. J'ajouterai que tout le reste de l'inscription, quoique entremêlé d’abréviations inexactement reproduites, s’explique aussi eu allemand, et se réduit à cette oraison chrétienne : Ach Gott Du Jesu Kristc Dich erbarme Jungfer Maria G/uïdig. Ab uno disce mimes (’J).

(1) Alfabeto de la lengua primitiva de Espanu, Madrid, 1806.

(2) Censura critica del Alfabeto primitive de Es pana , y pretendidoa monumentos literarios del Vascueuoe ; por D. J. A. C. (don José-Antonio Coude), cura de Montuenga (qualification supposée), Madrid, 1806; mélange admirable de la plus profonde érudition, d'un style tantôt sublime, tantôt rempli de lionnes plaisanteries, ou de ces sarcasmes qui tuent. Aussi, Conde, dont le cœur était aussi excellent que l’esprit élevé, retira bientôt lui- même de la librairie son opuscule foudroyant, qui est devenu ainsi d'une extrême rareté. L'exemplaire que je possède me fut donné par Conde sur mes instances réitérées. Je ne crois pas qu'après sa mort l’ouvrage ait été rendu au commerce.

(3) M. Conde s'était occupé lui-même à de vastes études sur l’explication des mé-

Apres cela t c’est-à-dire, depuis plus de quarante ans, les savants d'Espagne ont entièrement abandonné l’entreprise; mais à l’étranger elle a été continuée avec ardeur par un grand nombre d’écrivains éminents, qu’il me reste à citer.

Le célèbre professeur de l’université de Kiel, Olaus Tychsen (i), s’est occupé d’abord des médailles bilingues, où l’on trouve en même temps des noms de villes en caractères romains et des légendes celtibériennes. Ces dernières, selon lui, contiendraient toujours les noms des mêmes villes, mais suivant la prononciation très-différente des Espagnols; de sorte que, par exemple, le nom de SAETABI qu’on trouve à la face principale, répond au du revers. Ces quatre

lettres, dit-il, font « SBIT, id est SÀETAB1S. » Bayer l’avait déjà dit (a). Cet exemple pourra suffire pour donner une idée des interprétations de Tycbsen, sans qu’il soit nécessaire de s’arrêter à la valeur qu’il donne aux lettres dont à peine il a deviné une

seule, car au lieu de SBIT il faut lire MPINE, comme il sera démontré plus tard. Dans les chapitres suivants, il traite ensuite des médailles qui ne portent pas de légendes en caractères ordinaires, en les expliquant aussi le plus souvent par des noms de villes espagnoles, tirés de Pline ou d’autres auteurs anciens.

Le fécond auteur numismatique, Domenico Sestini (3), trouve

dailles oeltibériennes , mai» dont il reconnut ensuite le peu de valeur, au point qu’il n’en faisait part à personne, et que , malgré l'amitié dont il m’honorait , je ne pus jamais obtenir de lui qu'il me montrât les nombreuses notes qu’il avait rédigées auparavant sur cet épineux sujet. Ce n’est qu’après sa mort, qui eut lieu en 1820, que ce» papiers furent prêtés à un érudit allemand qui se trouvait a Madrid , et qui en fit de» extraits. Si l’on venait jamais h publier ceux-ci, il est, par conséquent, bon de constater que Conde lui -même ne faisait aucun cas de ces essai» de sa jeunesse.

(1) Tentameu de numis sic dictis incognitis (Medallas desconocidas) veteruw Hispanorum, etc.; inséré dans le tome VIII des Mémoires de l’Académie royale des sciences à Stockholm.

(2) Numorum bebrœo-samaritanorum vindiciæ, p. 125.

(3) Descrizione delle medaglie ispanc. . . ehe ai conservano nel museo Hedervariau», Firenze, 1818.

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encore exclusivement, sur nos médailles celtibériennes, des noms de peuples ou de villes, et cela au nombre de quarante-six, sans compter les pièces douteuses de sa dernière planche. Ainsi qu'à Tychsen, il lui suffit delà moindre analogie avec les noms qu’on rencontre dans les anciens géographes, pour y retrouver les noms barbares A ont usaient les habitants indigènes de l'Espagne. En y a joutant des voyelles omises, et en multipliant la valeur alphabétique d'une même lettre, sa tâche était facile. Ainsi le caractère outre sa valeur réelle équivalente à FO, qu’il lui accorde parfois, devient au besoin un « C o Q affine » qu'il lui fallait pour le mot Equaesi; un D pour le non» d 'Ilerda ; un II, dont il avait besoin pour Orospeda et Virovesca. Enfin, sur les médailles <Y Ipagro, ce même ^ se transforme en G.

M. Mionnet, n’ayant pas abordé la question de ces légendes (i), quoiqu'il en ait fourni un catalogue très-considérable, n’a en que le tort de les attribuer généralement aux chefs espagnols, tandis qu'elles appartiennent aux Romains.

Ce bon docteur Arendt d’Altona ( 2 ), dont 011 connaît en Allemagne tant d’excentricités innocentes, suivait presque toujours pas à pas les traces décevantes de Tychsen. Cependant il a renouvelé l’ancienne explication de Fulvio Ursino à l’égard des légendes A9PA et XK®9PP, mais en substituant dans celle-ci le nom d’Hirtius.

Les alphabets de la vieille Italie, publiés par M. G.-F. Grotepbnd (3), et contenant ceux du latin antique, comparés avec les caractères étrusques, osques, samnites, etc., me seront fort utiles pour corroborer mon explication de quelques caractères celtibériens, malgré que ceux-ci n’ont pas fait l’objet des recherches de cet auteur.

(1) Description de médaille* antiques, seconde édition, Paris, 1822, 1. 1, p. 57-63; et Supplément, Paris, 1819, t. I, p. 121-128.

(2) Notes manuscrites remises au feu comte de Dernath , ministre du roi de Danemark en Espagne, et h moi, en 1821.

(3) Blætter fur Miinzkunde (Journal numismatique de Hanovre] , t. li , Leipzig,

I.e docteur Grotefenu junior a fait lithographier quelques feuilles (i) contenant 193 légendes eellibériennes, dont il explique une partie en leur attribuant également des noms de villes. Il est juste d'observer que, dans une correspondance que j'eus le plaisir d’entretenir avec lui, il reconnut déjà, au commencement de iRjo, que le déchiffrement de l'alphabet celtibérien ne pouvait être obtenu par la méthode qu’il avait employée. Cependant il a eu le mérite de lîxer ô priori la valeur de l’I', égale à notre O; caractère aussi mystérieux «pie fréquent, et dont je n'ai trouvé la filiation que par la comparaison de plusieurs médailles inédites.

Dans la même année de 1 81 7 , parut l'important ouvrage de M. Gesrnius (a) sur l’écriture phénicienne, où il prend la défense de Velâzquez contre Eckhel, et présente un petit alphabet celtibérien, composé de quarante-cinq caractères, qui lui paraissent les plus certains de ceux de Velâzquez. D’ailleurs, il dit avec raison en propres termes : « De litteris reltiberieis in Ifispaniæ Tarraeonensis et liætieæ

moneta obviis non ita constat, ut singularum vis certo detiniri

possit. » Autre part, il contredit l’opinion d’Hainakérus, qui a vil des lettres celtibériennes dans l’inscription de Tucca en Libye. G>nsidérant ces lettres comme exclusivement privatives des anciens Espagnols, il serait sans doute impossible de les admettre en Libye, où ceux-là n’ont jamais dominé; mais on verra plus tard que l'écriture dite celtibérienne se retrouve dans plusieurs autres pays soumis aux Romains, quoique moins fréquemment qu'en Espagne. Par conséquent, il y aurait bien quelque chose à dire eu faveur de l'hypothèse d'Hamakérus, surtout s'il y avait moins de lacunes dans ce fragment. l>e fait est que les caractères : fl, S, O, X, I, II, □, C, X, V, 0 et 3 se retrouvent exactement dans les légendes celtibériennes. Le > pourrait bien être un V couché , et ainsi de suite.

(1) liaiwoveræ, M. Octobri, A. 1837.

(2) Scriptura lingusque phaeoiciK Monuments, Lipsioe, 1837.

14 KKCIIBRCHES NUMISMATIQUES.

D'ailleurs, tous ces | et || ]>ourraient répondre aux chiffres romains (i et 2 ). Peut-ctrc même les caractères couchés — et ~ seraient des lettres numérales d'une autre catégorie.

M. Ch. Lknormant a publié un travail très-remarquable sur l’origine île l'alphabet celtihérien, et sur la valeur de quelques-uns des caractères qui le composent ( 1 ). Il y a là plusieurs observations fort justes; il était même bien près d'atteindre le but, lorsqu’il s’adressait les questions suivantes sur le contenu des légendes celtibériennes : « Sont-ee des noms de lieux, de chefs ou de divinités? — Est-ce une suite d'initiales ou de mots abrégés? s 11 aurait embrassé cette dernière solution, qui est la !>onne, s'il avait connu les médailles, inédites pour la plupart, où les inscriptions sont divisées par des points, comme sur les deniers romains en caractères ordinaires. Ainsi, par exemple, il y a le plus souvent H u t 1 2 rXM, qu’il applique à Sisipo avec d’autres auteurs; mais on trouve en outre w.rm, qui oblige à y voir au moins deux mots. Dans l’attribution donc, heureusement pour moi, M. Lenormant se décide entièrement pour la première alternative des noms de lieux, et nous donne une planche contenant uniquement des noms de villes, an nombre de vingt-cinq.

M. dr Saulcy ( 2 ), tout en suivant les mêmes hases d’interprétation que Sestini et tant d’autres, nous a donné un travail bien plus consciencieux, où l’on ne trouve guère ces nombreuses valeurs différentes attribuées au même caractère. Mais aussi il se présente dans son livre de fréquentes lacunes, où il avoue ne pas trouver de solution possible à plusieurs légendes. Or, comme dit encore Porta, l’on n’est pas

(1) « Extrait de l'une des leçons d’histoire ancienne professées, en 1838, à la Sorbonne. • Revue numismatique, Blois, année 1840, pag. 1-15.

(2) Essai de classification des monnaies autonomes de l’Espagne, Metz, 1840. Ce titre seul indique assez l’obstacle invincible qui s’opposait à la réussite des investigations , du reste aussi ingénieuses que savantes , qu’il annonce ; puisqu'au lieu de :

• monnaies autonomes de l’Eapague, » il fallait : monnaies romaines frappées en Espagne.

RECHERCHES XUMISMAT1QUES.

sûr d’avoir réussi tant qu’on n'explique pas tout. M. de Saulcy a d’ailleurs le mérite d'avoir publié plusieurs variantes d'inscriptions inédites avant lui, et rendues généralement avec beaucoup d’exactitude. Mais quoiqu’il en ait vu un plus grand nombre que les auteurs qui l'ont précédé, l’on reconnaîtra, par les médailles que j’ai fait graver, combien il lui en était encore échappé. Aussi, en donnant l'alphabet celtibérien de Sestini à la planche II, M. de Saulcy observe que les caractères X et X « n'existent pas et sont de pure invention ; j> mais on se convaincra, par les médailles que j’ai fait dessiner d'après les originaux, que ces lettres ne sont pas même des plus rares.

Postérieurement, M. de Saulcy a publié une « Notice sur quelques monnaies autonomes d'Espagne, encore inédites ou mal décrites jusqu'à ce jour (i). » Ce sont pour la plupart des pièces que l'auteur a étudiées lui-même dans le musée de Florence, et que Sestini avait publiées incorrectement. Il y a là des légendes fort curieuses, et deux autres tirées du cabinet de M. le marquis de Lagoy et de la collection numismatique de la ville d'Avignon. Du reste, le même système d'interprétation par des noms de localités.

En rendant compte du premier de ces deux ouvrages, M. Lavallée (a) en approuve les bases, ainsi que celles du travail antérieur de .M. Ch. Lenormant. Il blâme cependant M. de Saulcy « de se « priver de la lettre M, parce qu'il considère toujours ce caractère « comme un sigma majuscule renversé. » Si M. Lavallée eût dit que l’M est toujours un M, et jamais un sigma, dans l'alphabet celtibérien, il eût eu raison ; mais la persévérance de M. de Saulcy à ne pas varier la valeur d'une même lettre méritait uniquement des éloges. Il faut, pour ces variations, des preuves convaincantes et des faits palpables. Au surplus, M. Lavallée est tout.à fait fondé à rejeter, comme extrêmement suspecte, cette médaille d'Urso, qui représente un ours

(l> Revue numismatique de 1841, cellier de janvier et lévrier, pag. 5-11.

(2) Feuilleton du journal parisien U Temps, du 5 mars 181t.

dressé sur ses pattes de derrière, marchant vers la droite. Mais il me sera permis d’oltserver qu’il n’aurait |>as dû reprocher au père Flore/ de l’avoir publiée comme authentique, puisque celui-ci annonce formellement dans le teste (i) qu’il en a tiré le dessin d'André Morel, . dans sa table XLII d'Auguste, et non qu'il ait vu lui-même eette pièce. Ainsi, dans le passage oit il est dit « qu elle était assez curieuse pour être remarquée par quelque autre numismatographe, et que Flore/, est le seul qui prétende l'avoir vue, » il faudrait remplacer le nom de Florez par celui de Morel.

Presque en même temps, M. nu latNCPÉaiER (a) a également publié un article sur les travaux de M. de Saulcy, approuvant complètement son recours ans caractères de l'alphabet phénicien, et l’explication des légendes par des noms de jteuples et de villes.

Il en est de même de M. sikerman (3), qui, en adoptant les explications de '1. de Saulcy, a cependant ajouté des observations qui lui sont propres ; ses gravures sont très-belles. A la lin de son traité > des médailles d’Espagne, on trouve la représentation des légendes de dix-neuf variétés eeltibériennes, tirées de la collection du Musée britannique, et qui ne manquent pas d’intérêt.

Dans le cours de eette longue revue bibliographique , j’ai cru inutile de faire mention de plusieurs ouvrages où l’on traite incidemment et sans conséquence de ees graves questions. Tel est le \ uynge en Espagne de Pfliier, la Paléographie espagnole de ttodrig uez , la Description historique de l'évêché d’Osma par don Juan Loperraez Cnn-alan, dont le premier volume contient deux planches de médailles eeltibériennes, mais très-fautives, etc., etc.

fl) Medalltw <l«‘ Espana, |>. 827.

i Itcuie numismatique, juillet et août 1821, pag. 32*2-332.

(3) Ancien! coins of citiesnnd princes, gcographicalh urruugcd and deserihed, l/mdon, 1846,

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