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JE crois devoir déclarer que je ne suis attaché à aucune des doctrines dont je fais mention dans cet ouvrage, pour ap- | puyer et expliquer celle que je propose ; si je m'autorise de ces doctrines, c’est qu'elles m'ont paru fondées sur les principes d’une saine physiologie et sur des faits pathologiques bien observés.
Mes opinions sur le sujet que je traite n'ont pas toujours été ce qu'elles sont aujourd’hui. Si cet aveu n’ajoute rien à leur valeur, iltendaprouver, au moins, qu'elles n'ont point été adoptées à la hâte : ce n'est qu'après une conviction intime, un examen impartial et de mûres réflexions , que je m’y suis arrêté ; ce qui m'est arrivé peut arriver à beaucoup d’autres. Je ne demande de fa part du lecteur qu'une persévérance dégagée de toute prévention pour examiner les faits que je lui sou-
mets, et le degré Wattention nécessaire pour suivre les raisonnemens que jai puisés dans les faits eux-mêmes.
Il restera sans doute encore beaucoup de points douteux, obscurs , à cause des difficuliés que présente le sujet, et plus encore peut-être par ma faute; mais I’ observateur de bonne foi, qui cherche la vérité, doit-il se rebuter des obstacles qu'il rencontre? Doit-il abandonner un sujet intéressant, parce qu'il craint de ne pouvoir se faire comprendre assez clairement; ou un amour-propre déplacé doitil l'empêcher d'exprimer ses Opinions , parce qu'elles ne se trouveraient pas d’accordavec celles qu’il aurait eues précédemment sur le même sujet ? Si toutes ces difficultés ne rebutent pas plus le lecteur que moi, les résultats sont à-peu-près certains.
Dans quelques endroits de cet ouvrage mes opinions paraîtront peut-être erronées; mais elles ne nuiront en rien au sujet que je traite , il n’en conservera pas moins toute son importance ; ce serait
méme une source de reconnaissance pour moi, si mes erreurs et mes défauts pouvaient exciter lattention d’observateurs plus habiles qui tenteraient d'achever la tache que J'ai entreprise.
En cherchant à établir mes propres opinions, je me suis vu entraîné à examiner minutieusement celles des autres. J’ai été peu satisfait de ce travail; j'y aireconnu les nombreux obstacles qui retardent la marche de la science. Il en est sans doute qui dépendent de la science elle-même; mais beaucoup d’autres aussi sont attachés aux méthodes vicieuses qui se sont introduites dans nos recherches et dans la maniére de rendre compte de nos observations.
Les maux qui viennent de cette derniére source sont beaucoup plus grands, et exercent une influence beaucoup plus étendue qu’on ne pense; ils dépendent d’une certaine affection de l'esprit (la préoccupation), qui, comme on l’a judicieusement remarqué, est, de toutes les ma-
ladies, la plus funeste à la science.
Re
Tout écrivain en médecine qui se respecte, et qui est animé du désir de rendre ses observations utiles à ceux qui lui succéderont , doit bien considérer avant tout que son intérêt personnel et Vintérét général se trouvent renfermés dans son ouvrage.
Ne pourrait-on pas dire encore aujourd’'hui de la médecine que « c’est une science qui a été plus pratiquée qu’étudiée, et qui est plus étudiée qu’avancée , le travail s'étant fait plutôt circulairement que dans une direction progressive (1)? » I] est vrai que depuis quelque temps l'étude de la pathologie n’a pas été négligée; mais nos méditations , nos opinions, nos doctrines, sont entachées d’idées imaginaires qui nous détournent de l’observation de la nature. Une autre source non moins féconde en erreurs, ce sont les idées fausses que nous suggèrent certains mots techniques, qui troublent et perver-
(1) Bacon, Advancement of learning. Passim.
tissent le jugement. « Si, comme les mathématiciens, dit Bacon, l’on commencait par définir les termes et les expressions pour faire connaître leur acception et leur signification , on éviterait par la un grand nombre de controverses et de disputes, et les progres de l’art en seraient plus certains. » Ainsi done Idola fori Omnium molestissina sunt (1). Tachons de nous garantir de Vinfluence qu'elles exercent sur notre esprit; évitons ces applications vicieuses et fautives de mots et de phrases, qui renaissent toujours et à chaque instant pour confondre le jugement et nuire a nos observations.
Ce n’est pas sans intention que je rappelle ces remarques : si elles s’appliquaient aux écrivains anciens , elles se ee a,
(1) Sunt etiam idola tanquam ex contract et societate humani generis ad ivicem, que idola fori, propter hominum commercium et consortium, appellamus. Homines enim per sermones sociantur ; at verba ex caplu vulgi imponuntur. Traque mala et inepta verborum impositio miris modis intellectum obsidet. Neque definitiones aut
trouvent encore justifiées par plus d'un écrivain de nos jours. Sans me croire exempt de reproches sur ce point, J'ai cru devoir signaler en plusieurs endroits de mon ouvrage les défauts dont je me plains. Il m'a paru d'autant plus nécessaire d'appeler l'attention sur le vice de nos méthodes, que nous sommes arrivés à une époque où nous nous vantons hautement de nos progrès en pathologie : on pourrait encore révoquer en doute la réalité de cette assertion quand on voit cette partié de l’art environnée de tant de marques de faiblesse. Quoi qu’il en soit, si nous avons la prétention de prouver à la postérité l’étendue de nos connaissances sur cette partie de l’art, nous ferons bien de les consigner d’une manière plus con-
explicationes , quibus homines docti se munire et vindicare in nonnullis consueverunt, rem ullo modo restituunt. Sed verba plane vim faciuntintellectui, et omnia turbant; et homines ad inanes et innumeras controversias et commenta deducunt. Bacon, Novum organum, lib. I, sect. 43.
forme aux règles d’un jugement sain, et de les disposer dans un ordre plus favorable aux progrès de la science. En effet, que remarque-t-on de plus frappant dans l’histoire de la médecine? Une foule immense d’hypothèses qui se sont succédé avec une extrême rapidité; lesmèmes phénomènes présentés sous des formes tout-à-fait différentes; les uns, prétendant désigner telle chose qu’un autre nous présente comme un objet d’une nature toute opposée; des descriptions de maladies, non pas d’après l'observation exacte et fidèle des faits, mais d’après les préjugés et les idées conjecturales qu'on s'était formés de leur nature; l’exactitude et Verreur tellement confondues, qu'il est impossible d’en extraire la vérité. D’après un tel état de choses, n’est-on pas fondé à désirer l'introduction d’une méthode meilleure dans l’observation et dans la rédaction des faits médicaux?
Ceux qui consacrent leur temps et leur talent à la poursuite des vérités mé~
dicales doivent donc ne rien négliger pour le succés de leur entreprise; ne point perdre de vue que ce n’est qu’avec une sorte d’aversion et de dégoût que l’on parcourt les lourdes pages de la plupart des anciens écrivains , défigurés par les défauts que nous signalons. |
Si les productions de nos jours, plus légères, moins encombrées d’une érudition déplacée, plus propres, par leur nombre et leur variété, à satisfaire l’inconstance de notre esprit et de nos goûts, sont encore surchargées de principes équi-
voquesetincertains, elles deviendront tout aussi inutiles à la cause de la science que la plupart des écrits maintenant tombés dans un oubli total.
Combien d'excellentes choses, d’utiles vérités se trouvent perdues, parce qu’elles ont été amalgamées avec desfaussetés et des erreurs! L'observation de la nature et la méthode de tradition sont donc non-seulement nécessaires à l’étude,maisaux progrès de l’art. Si, parun travail assidu de toute sa
INTRODUCTION. 9 vie, l’homme ne peut atteindre à la perfection de la science, la nature peut seule lui inspirer cette heureuse persévérance qui le conduit au but de ses recherches.
Les médecins, en général, professent le plus grand respect pour cette prudence de tradition des faits naturels ; mais ils s’en occupent fort peu : s'ils y apportaient un peu plus d'attention, on verrait moins de fluctuation dans les idées et dans les principes; les résultats d’observationsetles conjectures ne marcheraient pas si constamment ensemble et sur le méme pied. Nous avons un grand nombre de mots et peu de connaissances réelles, beaucoup d’opinions diverses et peu de vérités solides.
«Il semble qu'il existe encore un pacte d'erreurs entre celui qui livre la science et celui qui la recoit : le premier la présente sous une forme plus propre à inspirer la confiance qu’à en provoquer l’examen; celui qui reçoit la science désire plutot y trouver la satisfaction du moment qu une instruction acquise par la réflexion;
il préfère l'erreur au doute ». (Bacon , Advancement, of learning, liv. 1]. )
Ces reproches, que la plupart des sciences ont cessé de mériter, pourraient encore s'appliquer à juste titre à la médecine. Dans les recherches que j'ai faites sur le sujet qui m'occupe, J'ai rencontré tant d'occasions d'appliquer cetteremarque judicieuse ! C’est en vain que J'ai cherché cette prudence de tradition sur laquelle a tant insisté lord Bacon: je n’ai rencontre chez les écrivains de nos jours qu’un conflit d'opinions qui ne prouve que trop que nos progrès dans la science médicale ne sont pas aussi grands qu'on le suppose, et que, dans les écoles qui se vantent le plus, cette partie de la physiologie dont il vient d’être mention est: moins appreciée qu’elle ne devrait l'être.
Il est étonnant que la véritable manière d'interroger la nature soit si mal comprise de la plupart de ceux qui croient suivre la route indiquée par une philosophie éclairée. Un écrivain moderne nous
dit, dans sa préface, « que l’art de faire des recherches en médecine est presque réduit à une sorte de mécanisme, et que pour cela on n’a besoin que de patience et de l’usage des yeux ». Cette opinion de M. Bayle et le sort de ses recherches me fourniront un excellent moyen d’éclairer la question dont je m'occupe. Les Français s’empressent de rendre hommage a la philosophie de l’auteur et de suivre ses préceptes ; mais ce n’est point ici le lieu de leur démontrer combien ils se sont éloignés de cet esprit dont lord Bacon voulait qu'on se pénétrat pour Vétude des connaissances humaines. Le passage de Bayle prouve, d’une manière frappante , qu'il n’était pas familier avec le secours qu’ indique notre auteur, pour aider le jugement et le garantir des erreurs dont il se laisse si facilement pénétrer. L’opinion de Bayle est la plus erronée et la plus pernicieuse : elle enseigne a l'observateur à abandonner la philosoplie, qui est la mère de toutes les sciences,
plulosophia, prima, magna ista scientia~ rum mater. (Bacon. ) Une semblable Opinion nous empêche de parcourir les régions élevées, d’où l’on découvre les vastes champs des connaissances humaines; elle nous force d'oublier qu’en restant au niveau d’une science quelconque il est impossible d’en découvrir les parties les plus éloignées et les plus profondes ( Bacon) ; car ilne faut pas perdre de vue qu'il est deux sortes d'expériences , dont l’une :
Nihil aliud est, quam ( quod aiunt ) scope dissolute, et mera palpatio, quali homines noctu utuntur, oninia pertentando , si forte in rectam viam incidere detur; quibus multo satius et consultius foret diem prestolari, aut lumen accendere et deinceps viam inire. At contra, verus experientice ordo primo lumen accendit , deinde per lumen iter demonstrat , inciptendo ab expertentia ordinata et digesta,etminime prepostera aut erratica, atque ex ea educendo axiomata ex axiomatibus constitutis rursus experimenta
nova, quum nec verbum divinum in rerum massam ordine operatum sit. ( Bacon, Novum organum, lib. I, sect. 82. )
On peut juger a laquelle des expériences précédentes peuvent se rapporter celles de M. Bayle par l'influence qu’elles ont exercée surses confrères et ses compatriotes. Si ce qu'il appelle le mécanisme des recherches médicales était aussi parfait qu'il imagine, il ne serait sans doute pas difficile, avec des occasions convenables , de faire un livre utile. Ce n’est pas que se contester le mérite de son ouvrage, il s’agit de savoir seulement si le principe de l’auteur est fondé sur ses propres obervations; si ce principe lui a servi à expliquer, à éclairer d’une manière satisfaisante le sujet qu’il a traité; et si enfin ce qu'il a ajouté à la science pourra supporter examen critique de la postérité. Cet objet est de la plus grande importance : il nintéresse pas seulement quelques différences d’opinions dans les détails d’investigations médicales; mais il s’agit des
th INTRODUCTION.
bases fondamentales de notre art, des efforts qu’il faut employer pour les raffermir et les rendre plus stables. |
Je me serais abstenu de faire ces remarques sur l'ouvrage en question, si l’on ne retrouvait le même principe dans la plupart des auteurs vivans; principe reconnu par les meilleures autorités pour une source d'erreurs, principe incertain en théorie, pernicieux dans son application. Il est donc important, dans tous les :
temps et dans toutes les circonstances, de se tenir en garde contre ces erreurs , qui pénètrent avec opiniatreté dans nos investigations, et dont n’ont pu se défendre la plupart des anciens et des modernes. |
M. Bayle se trouvait dans la situation la plus favorable pour se livrer à ses recherches. C’est, sans doute, d’après le principe qu'il a établi lui-même qu'il a fait ses observations. Qw’en a-t-il résulté?
Six espèces de consomptions pulmonaires.
Mais il y a si peu d’exactitude dans sa
classification , qu'un autre observateur de la même école, dont les recherches paraissent avoir été faites avec autant de patience et de soin, vient nous dire, quelques années après, que de ces six espèces il y en a deux d'identiques , qui ne sont que de simples variétés de la même affection; que les quatre autres n’ont rien de commun avec la phthisie tuberculeuse , si ce n’est qu'elles existent dans le même organe , et que rarement elles produisent les effets dont cette maladie prend le nom, la consomption.
Je narréterai, par la suite, sur ces sortes de contradictions embarrassantes , qui se rencontrent non-seulement chez les divers écrivains qui ont traité ce sujet, mais dans les ouvrages du même auteur.
Elless”y trouvent en si grand nombre, que l'esprit le plus subtil n’en saurait tirer rien qui ressemble à une doctrine claire et solide , pas même dans les ouvrages qui jouissent de la plus grande réputation.
Ce ne sont pas de légères différences que
l’on y remarque, mais des principes touta-fait opposés, absolument inconciliables les uns avec les autres , et cela chez les auteurs qui professent le plus grand attachement pour les recherches solides, Que peut-on conclure de cette diversité d’opinions , sinon que les observateurs se sont mépris , qu'ils ont été trompés par leurs sens , que les axiomes et les inductions qu'ils ont tirés de leurs expériences sont fallacieux ?
Je ne répéterai pas combien la prudence de tradition est outragée dans les ouvrages dont Je viens de parler. Le désir de perfectionner l’art est très- louable sans doute; mais les observateurs doivent-ils persister dans la même route ? C’est ce que je ne pense pas.
Les remarques que je viens de faire pourraient fort bien servir à la condamnation de mon ouvrage; je la supporterai avec resignation, si je puis espérer que les hommes éclairés de la profession seront
INTRODUCTION. 17 frappés de Fimportance des principes que jai essayé de rappeler à leur mémoire.
Les idées, les sentimens qui dirigeaient les hommes distingués d’autrefois, qui ont cultivé avec tant de succès la physiologie et la pathologie, étaient trèsdifférens de ceux généralement adoptés aujourd'hui, particulièrement chez les Francais. Le grand Haller, qui ne se disiinguait pas moins par son génie et ses vertus que par sa patience et ses laborieuses recherches. savait bien toute l’attention qu'il faut apporter pour rectifier le témoignage des sens, et dans quel esprit on doit faire les observations. Il ne reconnaissait pas ce mécanisme de M. Bayle; il recotamandait une méthode meilleure et plus scientifique pour nous diriger dans nos travaux.
Esthisinomnibus ars quædaminveniendi, qua breviter dict non potest, et quam paucis mortalibus natura concessit. Oportet absque præjudicio ad opus venire, non eo anime ut videas quæ classicus auctor
Le
descripsit; sed ea cum voluntate, ut videas que natura fecit. (Elementa physiol., pref., p. 4, edit. Lausanne, in-4°., vol. I.)
Sydenham , et plusieurs autres grands écrivains , ont fait d’excellentes remarques sur le méme sujet; aucun n’en a mieux faitsentir l’importanceque Sauvages. L’introduction de sa Nosologie estentièrement concue dans cet esprit philosophique ; Vouvrage lui-même, malgré quelques défauts inévitables de son temps, contient des descriptions plus exactes , plus abondantes qu'aucune autre production du même genre. Il apprécie l’utilité de la philosophie pour éclairer nos pas, et nous enseigner à distinguer la vérité de l’erreur ; il fait le plus grand cas de la méthode de tradition pure et simple ; il se joint à Sydenham pour combattre cette alliance monstrueuse d'expériences et de conjectures qui si souvent gatent les écrits des médecins. Error autem familiarissimus est Judicium suum cum experientia con-
INTRODUCTION. 19 fundere ; hic vero admittitur error quoties phenomenum talibus verbis exprimimus, quibus aliquid vel tanquam causa, vel tanquam effectus , proedicatur, imo tanquam principium ulterius. ( Nosologia methodica, vol. I, Proleg., p. 8.)
Quiconque n’apporte pas dans ses études une méthode logique ne saurait s'imaginer jusqu'à quel point existe aujourd’hui l’erreur mentionnée dans cette citation : ce n’est pas ici le lieu de la faire remarquer en détail; mais je lai si souvent rencontrée pendant que je préparais cet ouvrage, que je ne puis résister a en donner dés a présent un léger apercu.
~~ Un écrivain nous dit que les masses tuberculeuses sont formées par une espèce d’imprégnation ou d'infiltration du tissu pulmonaire : ces mots infiltration et imprégnation arrivent au milieu d’une description du mode de développement et de la marche des tubercules. Dans une discussion scientifique, tout mot qui n’a pas une signification exacte et précise n’est
propre qu à en obscurcir le sens et a donner des idées fausses. Il serait donc important de savoir comment les mots cités remplissent intention qu'on s’est proposée dans le cas où l’on s’en est servi ; il n’est pas présumable que cette définition embrasse la collection d’idées simples que chacun de ces mots exprime. L’auteur ne donne pas de semblables définitions : il faut donc que le lecteur en tre le meilleur parti possible. Mais qui sait quels sens il va donner à ces termes? Ils seront, sans doute, aussi variés que les différentes significations des mots que lon a employés. Quand même on aurait pris la peine de définir ces mots , quand toute obscurité à cet égard se trouverait dissipée, il resterait encore a examiner si ces expressions conviennent dans les cas ou elles sont appliquées. On nesaurait disconvenir que, dans lexemplecité,ces expressions nesoient iout-a-fait déplacées ; elles présentent un sens obscur, équivoque, au moins sous le rapport pathologique; au lieu de don-
INTRODUCTION. 21 ner une idée précise, elles ne sont propres qu’à faire naître l'erreur.
Un autre écrivain, de la même école, dit que ces mêmes désorganisations, qui, selon le premier, sont formées par Vinfiltration et l’imprégnation, sont produites d'une toute autre manière : celui-ci prétend qu’elles sont l'effet d'une zrritation chronique des capillaires lymphatiques.
IL suffit de comparer ces deux opinions pour en découvrir la faussete.
Il est vraiment humiliant de rencon- trer, de nos jours, l'expression de semblables principes chez des hommes sur-tout qui déclarent n’avoir acquis leur expérience qu’aupres. du lit des malades et dans les recherches exactes des phénomènes qu'ils décrivent. Le terme irritation a donné lieu a quelques remarques, que l’on trouvera dans le cours de cet ouvrage; comme elles sont appuyées d’une autorité imposante, le lecteur y portera sans doute quelque attention.
Bien pénétré des imperfections de notre
art, de l’abus fréquent que nous faisons des mots dans nos conversations, dans nos discours et dans nos discussions , je me demandai s'il y aurait de la témérité de ma part à examiner si la pathologie est véritablement aussi avancée qu’on le
dit. M'étant proposé de résoudre cette
question, pressé de découvrir la vérité parmi tant d’assertions hasardées, je fus naturellement conduit à faire les réflexions que je viens d'exprimer. Ce sujet m’a fortement occupé ; j’ai eu souvent à regretter que les règles d’une saine logique aient été si fort négligées par les écrivains d'aujourd'hui.
Les explications que je viens de donner m'ont paru nécessaires pour éclairer et justifier les principes que j’ai suivis dans ces recherches, pour dissiper les préventions défavorables qui auraient pu s’élever, contre mes intentions, à l'égard des auteurs dont J'ai discuté les écrits. Je déclare que lamour seul de la vérité a dirigé ma plume. Mais il était impossible,
INTRODUCTION. 23 d’après le plan que je m'étais tracé, que je ne prisse pas note des erreurs qui se rencontraient sur ma route : je l’ai fait, comme je le devais, librement et franchement. Si je me suis trompé, si J'ai commis des erreurs involontaires, je suis prêt à Fes réparer : je ferai plus; si l’on me prouve que je me suis égaré, que mes nouvelles recherches sont inconséquentes et fallacieuses, quoique avec regret, je les abandonnerai sans hésiter. |
J'ai taché d'éviter les expressions ambigués et figurées : tous les termes de l’art dont je me suis servi sont, autant que possible, restreints à leur signification particuliere et exclusive. J ai fait en sorte d’avoir des idées nettes sur le sujet que je traite, alin d’être en état de les communiquer aux autres; le temps.m’apprendra si jai réussi. Je me suis spécialement attaché à éclairer la marche des tubercules, je n’ai touché que d’une manière accidentelle à ce qui concerne leur origine: cette question pour moi est peu douteuse. La
aA INTRODUCTION.
preuve indirecte que je donne dans mon premier volume est trés-forte; elle approche beaucoup plus d’une démonstration que certains points de médecine que Pon adopte sans la moindre hésitation ; mais les preuvesdirectes que j’établis dans le second volume seront évidentes pour:
tout le monde.
Cependant je laisse pour le moment cette question et plusieurs autres dans l’état où elles sont. L’objet le plus important pour moi est de tacher d’affermir les bases sur lesquelles je fonde ma doctrine pathologique : ce point une fois obtenu , les parties subordonnées de la discussion viendront se ranger d’elles-mémes dans leurs places respectives ; alors disparaitront les inexactitudes, les contradictions qui pouvaient exister encore sur les désorganisations tuberculeuses.
Il n’est pas encore temps de pac avec confiance des moyens propres à prévenir et à guérir ces sortes d’affections; mais si elles sont de la nature dont elles me parais-
INTRODUCTION. a5
sent être, il y a tout lieu d’espérer que nous trouverons un guide sur pour nous diriger dans le traitement avec beaucoup plus de certitude et de succès qu'auparavant. | |
On trouvera dans le dernier chapitre du deuxième volume quelques observations sur ce sujet : J'aurais désiré qu’elles fassent complètes; mais ce ne sont que des essais que l’on peut répéter et étendre davantage. J’ai constamment eu recours à la pathologie comparée, et je profite de cette occasion pour la recommander de la manière la plus pressante à l’attention des observateurs. La plupart des animaux domestiques sont sujets à des maladies tuberculeuses, analogues, sous tous lesrapports, à celles qui se développent chez l’homme ; les avantages que l’on peut retirer de la connaissance de ces faits seront de la plus grande utilité dans l’exercice de notre art. La plupart de ces animaux étant à notre disposition , nous pouvons non-seulement nous assurer des
causes qui ont le plus d'influence sur le développement et la propagation de ces maladies, mais encore apprendre à connaître les moyens d’en prévenir les suites funestes.
Il était trés-difficile d'éviter les répétitions en parlant d’une maladie que l’on a représentée sous tant de variétés, de formes différentes, et d’une manière si embrouillée ; il m’eût été impossible de me faire comprendre, si je n’eusse rappelé souvent l’attention du lecteur sur les veritables principes, sur-tout lorsqu'il s’agit de discuter la doctrine des divers écrivains. Si Je parviens à tirer du conflit de ces opinions diverses et contradictoires la preuve évidente de celle que je propose, je le devrai à la marche que jai adoptée; au moins m’a-t-elle paru la plus convenable pour arriver à la vérité.
On sait qu'un auteur est intéressé à soutenir de tous ses moyens les propositions qu’il a avancées : aussi inspire-t-il généralement de la défiance; mais lorsque les
INTRODUCTION. 27 opinions qu'il émet sont corroborées par le témoignage de ses adversaires, et que la solution de la question dépend Vhommes libres et désintéressés , il est fort a présumer que la cause sera jugée avec équité.
C’est ce sentiment qui m'a guidé dans mes recherches. Je me suis étayé constamment de l’observation des auteurs qui semblaient m'être contraires; Jai obtenu du parti que J'ai pris trois points importans :
1°. J'ai acquis des preuves incontestables des principes que j'ai avancés; 2°. jai signalé à Vattention de mes confrères un grand nombre d'erreurs; 3°. yen ai dégagé la vérité, que J'ai taché de rendre palpable. |
Je rappelle encore une fois que mon opinion n’a point été formée à la hate; que je l’ai examinée avec attention dans toutes ses parties : si on procède de la même manière et sans prévention, Je puis espérer qu'elle aura d’heureux résultats.
Dans une question aussi complexe de
sa nature, dont la solution ne pouvait s’opérer qu’à l’aide d’une logique embarrassée , je n'ose me flatter d’avoir échappé à l’inexactitude et à ambiguïté. J’ai fait tous mes efforts pour éviter ces défauts ; si on les rencontre, J'espère qu'ils ne seront point assez graves pour exercer une influence facheuse sur esprit du lecteur:
qu'il veuille bien examiner l’ouvrage avec patience, et le juger sans partialité. |
DES MALADIES TUBERCULEUSES.