‹ Recherches, observations et expériences sur le développement naturel et artificiel des maladies turberculeusesChapitre 4 sur 34 · O1 OT · texte numérisé non relu

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toujours renaissante; quelquefois cet état est accompagné de faiblesse, de sentiment d’inanition : c'est dans ces cas que le malade exprime le besoin de prendre des alimens, qui sont rejetés aussitôt qu'ingérés, et deviennent cause de souffrances intolérables. Le malade change à chaque instant d’attitude et de situation pour trouver le repos qui le fuit; tous les mouvemens des intestins sont accompagnés de grandes douleurs ; l'émission de gaz par la bouche ou par l’anus, ainsi que le moment qui précède les déjections stercorales , sont autant de causes de souffrances. Tantôt la douleur est aiguë et passagere , tantôt elle est obtuse et accompagnée de pesanteur : cette dernière sensation est rarement absente ; elle est plus incommode apres le vomissement et les déjections qu’auparavant.

Un petit enfant qui éprouvait ce symptôme lexprimait en portant les deux mains sur son ventre, et en s’écriant avec l’accent de la douleur : 4h! si lourd! Il semblait à un autre malade (un chirurgien) que ses entrailles étaient enveloppées dans une serviette ; il disait une autre fois que ses intestins étaient réunis en une seule masse; une troisième fois, que si chacune des circonvolutions de ses intestins était serrée avec une corde, il ne souffrirait pas

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davantage. Les expressions de ce dernier malade étaient parfaitement applicables à sa situation, quoiqu'il ignorat la véritable nature de sa maladie.

Les caractères morbides de cette affection en expliquent tres-bien les symptômes. L’estomac et les intestins ne peuvent exécuter leurs fonctions; les alimens ingérés agissent sur ces organes comme des corps étrangers; les sources de la nutrition étant obstruées, le corps n’est plus aliménté qu'aux dépens de sa propre substance , et encore n'est-ce qu autant que les matériaux suffisent aux absorbans pour entretenir l’action des fonctions vitales.

Telle est l’histoire abrégée, mais fidèle, des symptômes qui accompagnent cette maladie.

Elle présente les caractères d’une adhérence totale du péritoine, de l’agglomération en une seule masse des viscères avec les parois de Ha cavité qui les renferme.

A mesure qu’elle augmente en épaisseur, cette membrane, mince, lisse, luisante auparavant, ne présente plus qu’une surface hérissée de tubercules de différens volumes, tantôt isolés, d’autres fois réunis en masse, occupant différentes portions de la membrane affectée. Ils s'étendent aussi sur le mésentere, sur l’'épiploon ; très-souvent on trouve également

affectées et augmentées de volume les glandes des vaisseaux lymphatiques.

On prendra une idée plus exacte de la maladie et de sa nature par les observations détaillées que je vais rapporter.

Le premier sujet qui ait fixé mon attention est une Jeune fille, âgée de dix-sept ans, nommée Tandy, qui entra à l'hôpital le 4 janvier 1811. ,

Elle était très-faible, d’une excessive maigreur, pale, portant sur sa physionomie l’expression de la souffrance et de l'anxiété ; l'abdomen était dur, tendu et très- douloureux sous la pression. Elle avait une toux fatigante, accompagnée d’une abondante expectoration; la langue était d’un rouge vif, le pouls fréquent, faible; l'appétit mauvais, la soif ardente, les selles en diarrhée.

Il y avait quatre semaines que la maladie s'était annoncée par la douleur, la tuméfaction de l'abdomen, accompagnées de nausées et de vomissemens. Comme on ne fit pas grande attention à ces symptômes, on n’employa aucun moyen pour les faire cesser.

J'ignorais alors la nature de cette affection 5 je Pattribuais à un tabès mésentérique, qui datait de beaucoup plus loin que ne disait la ma-

Jade. Je dirigeai le traitement en conséquence ; |

{raitement différent de celui que jemployat par la suite, lorsque je reconnus la véritable cause de la maladie.

Je prescrivis les pilules composées d’aloës et de fer, un grain de squille et de calomel à prendre deux fois par jour. Il semblait d’abord en résulter la réduction du volume du ventre et un peu plus d’appétit. Cependant lemaciation continuait sa marche rapide. J’essayai alors de la mixture composée de fer; Je mis la malade à un régime un peu plus substantiel qu’il n’est d'ordinaire dans la maison.

Le 11 février, la toux et l’expectoration étaient augmentées; j'ordonnai une émulsion avec la digitale pourprée et la squille.

Le 6 mars, toux moins violente ; la malade continue de s’affaiblir; les pieds sont enflés, les sueurs quelquefois abondantes; nausées, vomissemens fréquens, anxiété, agitation ; disposition à la diarrhée. Ces symptômes continuerent sans interruption jusqu'au 29, que la malade mourut.

Tous les viscères de l'abdomen étaient adhérens entre eux et avec les parois de cette cavité, de manière à former une seule masse.

Avant d’avoir détruit, en les déchirant, les adhérences du péritoine , il était impossible de distinguer aucun des viscères. Les concrétions

qui réunissaient la masse des intestins étaient si épaisses, qu'il fut absolument impossible de les détruire. Après avoir enlevé cette couche compacte et granulée du péritoine, on put disinguer le changement qui s'était opéré dans le tissu même des intestins. Ce canal n’offrait plus qu’une substance membraneuse, mince, transparente, qui cédait sous le moindre effort. Le mésentère et les glandes étaient dans un état de maladie : ces dernières, du volume d’une amande, en avaient la couleur et la consistance. ( Voyez planche n°. 1. )

Après avoir détruit les adhérences du péritoine avec le diaphragme, on trouva le foie d'un rouge cuivré; sa substance tendre se laissait pénétrer par la pression avec l'extrémité du doigt; l'organe semblait être passé à l’état récent de putréfaction. En coupant le lobe droit, on trouva dans un des canaux biliaires un ver lombric, vivant, de six pouces de longueur.

On remarquait sur la plèvre des altérations semblables à celles du péritoine ; compacité et adhérence totale du poumon gauche ; le diaphragme était hérissé de petits corps granulés ; le lobe gauche du poumon contenait des tubercules à l’état de suppuration ; les glandes Dronchiales étaient développées.

Environ neuf mois apres, une nommée Sa-

rah Aldrige, âgée de dix-huit ans, se présenta à l’infirmerie avec les mêmes symptômes. Mon journal, du 5 janvier 1813, contient l’histoire suivante. |

Tension de l'abdomen; toux violente accompagnée d’expectoration; respiration libre pendant le repos; douleurs abdominales sous la compression; diarrhée; urine naturelle; menstruation régulière; cent pulsations; peau sèche ; langue d’un rouge vif; lèvres sèches; teint pale ; marasme.

La maladie durait depuis quatre mois : la tuméfaction du ventre avait augmenté graduellement ; la douleur était supportable, quoiqu'elle eut été forte au commencement. La toux ne s’annonça que peu de temps apres les autres symptomes.

Lorsque je vis cette malade, je fus frappé de la ressemblance des caractères extérieurs de la maladie avec ceux de Tandy : même expre® sion d’anxiété et de souffrance dans les traits; même maigreur. L’examen de l'abdomen confirma mes soupcons; malgré les progrès qu’avait faits la maladie et le peu de chance de succes , je résolus d’essayer l'effet des évacuans, portés aussi loin que le cas pouvait le permettre. Je fis tirer dix onces de sang du bras; on appliqua un vésicatoire sur le ventre; pur-

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gatif avec sulfate de magnésie et addition d'un peu de tartrate antimonié.

Le quatrième jour, cessation de la toux depuis la saignée; le sang est recouvert d’une épaisse couche couenneuse. Pouls, cent dix. La mixture produit trois selles et quelques vomissemens. On tira encore douze onces de sang du bras. La solution purgative fut répétée le lendemain. de

Le cinquiéme jour, le coagulum du sang tire la veille est contracte ; la couche couenneuse est moins épaisse que celle de la saignée précédente. Pouls, cent vingt. La peau est chaude , la langue dans le même état : point de selles, quoique la malade ait pris trois doses de la mixture ; peu de toux ; l’état de tuméfaction de abdomen n’est point changé, quoique moins douloureux sous la pression qu'auparavant. Mélange de calomel avec extraitd’aloès à prendre de deux heures en deux heures, jusqu’à ce qu'il produise son effet.

Voyant le peu de succès que j'avais obtenu de la saignée; que le pouls augmentait de fréquence; que la malade s’épuisait; présumant, d'après l'opinion que je m'étais formée de la nature de la maladie, qu'il était trop tard pour espérer d'obtenir du soulagement par les moyens employés jusqu'alors, jy renonçal tout-à-fait. J’eus recours à l’usage du mercure;

mon expérience m'avait appris déjà le peu d’avantage que l’on pouvait se promettre de lusage de ce moyen dans les affections des membranes, et sur-tout dans ce cas, où je soupconnais l’altération du tissu dont j'ai fait mention. J’ordonnai à prendre, tous les soirs , cing grains de pilules bleues, et de temps à autre une solution apéritive. Au bout de trois semaines, on fut obligé de renoncer à l’usage des pilules bleues, à cause de la diarrhée qui survint. On fit faire des frictions mercurielles sur l'abdomen avec peu d'avantage; la sensibilité du ventre persista ; l’émaciation marchait rapidement; les nuits étaient excessivement agitées; le pouls rarement au-dessous de cent vingt. Morte le 22 février. | Les parties se présenterent , lors de la dissection, absolument dans le même état que chez Tandy. Les détails que j'ai donnés de celle-là peuvent s'appliquer entièrement à celle-ci. Chez Aldrige le péritoine était plus dense, plus épais que chez Tandy; le foie était plus volumineux, mais de la même consistance. Il n’y avait point de vers dans le foie; mais on en trouva plusieurs dans l’iléon. La plèvre et les poumons étaient dans le même état que dans le premier cas.

La troisième malade, Sarah Élias , était agce de cinquante-deux ans, lorsqu'elle fut admise

à l’infirmerte, le 24 septembre 1812. La cause de sa maladie me parut d’abord douteuse ; mais je ne tardai pas a en reconnaitre origine après qu'elle eut passé quelque temps dans la maison. Elle avait une constipation opiniâtre, des nausées , des vomissemens. Quoique, lors de son entrée, elle eût le ventre développé et sensible, elle n’en parla que lorsque je l’examinai avec plus d'attention.

La maladie existait depuis plusieurs semaines : elle commença par des resserremens douloureux, des maux de cœur et des vomissemens.

La malade attribuait ces symptômes à la cons- lüipation qui les avait précédés. Avant que je Peusse vue, elle avait fait usage de purgatifs sans en éprouver de soulagement. Je continuai le même traitement. Je prescrivis le calomel, l’extrait de coloquinte et l'huile de castor. Elle fit usage aussi des pilules savonneuses avec le souscarbonate de soude: il n’en résulta qu'un soulagement partiel.

Peude temps apres qu’elle fut sous mes soins, J examinai de nouveau l’abdomen: je le trouvai plus développé et laissant sous la main la sensation particulière que j'ai déja décrite ; il était douloureux et rempli de flatuosités.: |

Prescription. — Cinq grains de pilules bleues à prendre soir et matin; frictions sur l'abdomen

avec liniment camphré; de temps à autre, une solution de carbonate de potasse. On aida encore l’action des intestins par l'usage des pilules de Gamboge (1). | | Le r2 octobre, les vomissemens sont revenus;

ulcération de la muqueuse de la bouche par l'effet du mercure; le ventre reste tendu et douloureux ; l'appétit est très-mauvais ; les déjections sont extrêmement irrégulières; les forces S gent ‘le marasme est au plus haut degré. Lé mercure est abandonné, et reniplacé par uhe infusion de rhubarbe, de gingembre et de carbonate de potasse, à prendre trois fois par jour.

Les vomissemens cessent pendant un jour ou deux; évacuation de DA scy bala ; retour des vomissemens 4 qui continuent plus ou moins jusqu'à la mort. Le 21 octobre, les évacuations deviennent liquides et d’une odeur putr ride; Pémaciation fait des progres , ainsi que le ages: loppement du ventre; le pouls s’affaiblit et augmente de vitesse. Pour calmer Virritation de l'estomac, application d’un vésicatoire sur l'épigastre; on fit prendre quelques légères doses

+ DOCS BIO) BL, Soupe à Tia RS EM CREER Es (1) Poudre de Gamboge , de Cinamon , extrait d’aloès 4 ‘de chaque une drachme; savon deux drachmes , mélées et battues pour faire une masse. La dose est de dix grains Aun

scrupule. (Note du traducteur. )

d'opium. Le 3 novembre, tous les symptômes avaient pris encore plus d'intensité ; le pouls, très-faible, était à cent dix; la peau sèche, les extrémités froides ; les vomissemens de matière verdatre continuaient; on n’obtenait'd’évacuations tres-hiquides qu’à l’aide des purgatifs dr astiques.

Je me déterminai à reprendre le mercure : je l'ordonnai pour frictions à faire sur le ventre, tous les soirs, à la dose d’une drachme. Les autres remèdes furent employés selon que les circonstance l’exigeaient.

Le rr novembre, le pied gauche commenca à enfler ; mais les vomissemens avaient cessé, P RER et les douleurs de |’ abdomen étaient un peu soulagés. ;

Le 13, la bouche fut encore prise par des aphthes, les vomissemens reparurent, le ventre devint plus douloureux. On suspendit les frictions, que l’on remplaca par un vésicatoire sur l'abdomen.

Le 19, Venflure s'étend tout le long de la jambe et de la cuisse gauche; elle n’est pas douloureuse et cède à l'impression du doigt ; Purine est rare et trouble ; le pouls est à cent et extrèmement faible. Depuis cette époque, la constipation fut telle, que l’on ne put obtenir d’évacuations qu’au moyen des purgatifs dras-

tiques, aidés de lavemens stimulans. Le 5 décembre, le dernier lavement fut presque aussitôt rendu que pris et sans amener aucune matière. Les nausées, les vomissemens augmenterent de la manière la plus fatigante; la bouche était constamment remplie de mucosités ameres, et la malade se plaignait de douleurs a la plante des pieds.

Les choses allerent ainsi jusqu’au 10 décembre. Ce jour-la, les vomissemens avaient une odeur stercorale, rien n’étant passé par bas depuis quelque temps. Le 14, vomissemens de matières fécales. Morte le jour suivant.

Dissection. — À l'ouverture de l'abdomen, on trouva une collection de fluide séreux jaunâtre contenue dans un sac formé par les surfaces adhérentes du péritoine, dont le tissu était épaissi. Apres avoir fait écouler le fluide, on vit tous les viscères réunis en une seule masse de forme irrégulière; l’épiploon etait adhérent aux visceres avec lesquels il se trouve ordinairement en contact, et toutes les autres parties étaient fortement attachées ensemble. On enleva du cadavre toute la masse des intestins qui présentait une tumeur solide : ce n’estque dans un point ou deux seulement que l’on découvrait une portion des circonvolutions des intestins; mais, en général, ils étaient agglomérés

d'une manière si intime, qu'il était impossible, avec une telle disposition, que ces organes pussentenaucune manière exécuter leurs fonctions. Le foie n’était pas aussi développé que chez les autres malades, quoiqu'il présentät la même mollesse de tissu. Les viscères thoraciques étaient sains; la plèvre seulement était épaissie en quelques points comme dans le péritoine.

Dans le cinquième volume des Medical commentaries, se trouve un cas remarquable d’adhérences du canal alimentaire , qui eut une terminaison funeste ; il est rapporté par le docteur Andrew Willison, médecin à Dundée. Les symptômes sont décrits avec beaucoup d’exactitude et de vérité: l’attaque était beaucoup plus aigué de sa nature qu'aucune que j'aie rencontrée ; él y avait épanchement dans l'abdomen et une adhérence universelle des intestins : c'était a peine sion pouvait suivre la trace de leurs circonvolutions ; ils semblaient être renfermés dans un sac globulaire.

J’ai eu occasion d'observer plusieurs autres cas de cette affection. Chez une jeune femme àpeu-près de Fage de Tandy, la maladie était déjaassez avancée pour nelaisser aucun doute sur sa nature : la malade pouvait encore aller et venir à ses occupations, quoique le ventre fit tres-développé, tendu, et qu'il eût acquis une

sensibilité toute particuliére. Le pouls était apeu-pres à cent; les traits avaient expression dont j’ai déja parlé; les fonctions de l’estomac et des intestins se faisaient tres-mal. L’application répétée de sangsues, de vésicatoires, l’emploi de différens remèdes ne produisirent aucun effet, et la malade mourut six semaines apres que je la vis pour la premiere fois. Je ne pus obtenir la permission d’ouvrir le corps; mais la marche de la maladie, toutes les circonstances qui lavaient accompagnée, m’avaient donné la plus intime conviction de l’exactitude de mon diagnostic.

Le cas suivant a beaucoup d’analogie avec celui d’Elias, sur-tout dans ses derniers stages. Chez cette jeune malade, a-peu-pres du même age, la maladie commenga par la plevre, et ce ne fut que quelque temps apres que les symptomes particuliers à cette affection s’étaient manifestés que s’annoncèrent ceux du péritoine. En général, ici, l’ordre étaitrenversé : je vis la malade à une époque où je crus la saignée du bras nécessaire. On répéta les évacuations de cette espèce; on fit usage aussi d’autresremèdes, qui procurèrentun soulagement temporaire. La malade languit encore pendant deux ou trois mois, ayant des nausées, de fréquens vomissemens, se plaignant de cette chaleur dévorante dans la

région de l’estomac, des sputations avec efforts de mucus épais de la gorge et de la bouche. De méme que dans le cas qui nous sert de comparaison, la jambe et la cuisse gauches enflérent ayant la mort. Je n’eus pas la liberté d’ouvrir le cadavre; je ne pus par conséquent justifier la similitude des faits que j'avais remarqués.

Le cas suivant me parait tres-intéressant. Je vis pour la première fois, le 24 juin 1815, Henry Higgins, agé de treize ans; 1l portait autour de Vombilic une tumeur d’un rouge cuivré, molle , fluctuante, dont les tegumens étaient crevassés ; le reste de l'abdomen était dur, développé, incompressible. dci

La face était maigre, pale; les lèvres et la langue d’un rouge vif; la peau sèche ; la soif considérable ; le pouls petit , fréquent ; l'appétit capricieux; les évacuations alvines irrégulières.

La maladie s'était annoncée, il y avait près de trois mois, par de violentes douleurs de l’abdomen : les autres renseignemens ne présentaient pas assez d’exactitude pour en faire mention.

Mon opinion sur la nature de cette maladie se trouva justifiée par observation ultérieure. Je considérai l’affection du péritoine comme déjà existante, ainsi que l’adhérence générale des parois de l'abdomen, excepté dans le point

de la tumeur ombilicale. Le malade fut admis dans l’hôpital, non que j’eusse l'espoir de le guérir, mais pour être à même d'observer la marche de cette affection.

Je m'étais décidé à ouvrir la tumeur de l’ombilic pour en faire sortir le fluide qu’elle contenait; mais considérant l’étendue de la maladie des viscères abdominaux, je jugeai que cette opération ne serait pas d’un grand avantage pour le malade, et jy renonçai. La suite fera voir que mon opinion était fondée.

Je gardai le malade dans la maison jusqu’au 5 octobre. Pendant tout ce temps, il se plaignit d’embarras , de pesanteur d’entrailles, et, de temps à autre , de douleurs vers l’épigastre, suivies de violens efforts pour cracher et pour vomir : tantôt l’état du ventre exigeait ?emploi des purgatifs , d'autres fois l’usage des astringens ; Pamaigrissement faisait des progres, mais moins rapides que dans les autres cas.

Aux moyens mentionnés ci-dessus on joignit l'application de vésicatoires , de temps a autre des calmans et des cordiaux. Voyant que je ne pouvais procurer aucun soulagement au malade, je ne crus pas devoir le garder plus longtemps à l’infirmerie, dont les réglemens ne permettaient pas de prolonger son séjour. Il sortit donc de la maison: je n’espérais pas le revoir,

parce qu il demeurait à une distance assez éloignée de Gloucester.

Il fut ramene cependant le 30 novembre. Il était alors fort changé; les tégumens du nombril s’etarent ouverts, et avaient donné lieu à un écoulement considérable d’un fluide glutineux bleuatre. Au bout de quelque temps, on voyait des bulles d’air s'échapper de l’ulcération ; pendant un jour ou deux, on a remarqué sur les compresses que l’on y appliquait des matières © fécales.

Les forces s’épuiserent rapidement : quoique, pour les soutenir , on fit usage de cordiaux et d’un régime mieux approprié à l’état du malade, il mourut le 12 janvier. L’écoulement de matières par le nombril était devenu très-abondant et d'une odeur extrêmement pénétrante; il se faisait très-peu d’évacuations par l’anus. Il est évident que l'issue des matières par le nombril Jui avait épargné bien des souffrances ; car il est a remarquer que, vers la fin de la CR il n y eut ni ces nausées, ni ces eflorts pour vomir, Qui fatiguaient tant les autres malades, et dont celui-ci avait beaucoup souffert avant que ja tumeur se fit ouverte, el qu’elle eût établi une communication avec l'intestin.

La dissection me présenta tous les désordres que j'avais prévus d'avance. Adhérence presque

totale de tous les viscères avec les parois abdominales, excepté dans le lieu de la tumeur de l’ombilie, où le fluide épanché avait détruit les adhérences. Les tubercules du péritoine étaient moins nombreux que dans les autres cas, mais ils étaient plus volumineux. La plupart présentaient sous Vincision une matière caseuse; ceux qui étaient attachés au bord inférieur du foie étaient pédiculés (penduleux); quelquesuns étaient du volume d’un pois, d’autres du volume et de la forme d’un gros haricot.

La portion ulcérée de l'intestin se faisait remarquer à un pouce de distance de l’ombilic.

La substance du foie était diversement colorée, et beaucoup plus molle que dans Fétat naturel, comme on le remarque dans tous les cas où la membrane qui lé récouvre est affectée. Malgré é les ravages de cette maladie, les reins et la rate étaient dans l’état naturel; les organes thoraciques n’élaient point affectés comme dans les autres cas ; l’action morbide ne s’étendait pas à la plèvre; il n’y avait point de tubercules dans les poumons; les glandes de ce viscère n’étaient point augmentées de volume. Si le diagnostic que nous avons porté dans quelques-uns des cas précédens est exact, 1l est probable que les circonstances qui les ont accompagnés avaient

ht quelque rapport avec l’abcès qui s’est formé au nombril. s

J'ai vu le cas suivant avec M. Sweeting, chirurgien de Stroud, le ro janvier 1818.

Mistriss Boarvainis, âgée de quarante ans, avait l'abdomen développé, tendu, douloureux et dur au toucher. Elle était agitée, éprouvait un malaise général, de la chaleur à l’intérieur: nausées , vomissement de toutes les substances ingérées. Quelques jours après, vomissemens d’une grande quantité de matières fécales, qui avaient été précédés de longs et continuels efforts; dépérissement. :

Chez cette malade, la langue est d’un rouge foncé, les lèvres sèches , la soif ardente, qu elle n’ose apaiser , a cause rim souffrances qu’elle éprouve après avoir bu; le pouls, trés-petit, est à cent; sueurs froides.

Cette femme, pendant plusieurs années, avait . porté une hernie fémorale du côté droit, qui vint à s’étrangler. Six jours se passerent depaie l'accident sans qu’il se fit d’évacuations. L’opération fut pratiquée par M. Sweeting, le 17 octobre 1817. En ouvrant le sac herniaire il s’en échappa environ deux onces de fluide noiratre, d’une odeur extrêmement pénétrante. La portion d’intestin engagée était également trèsnoire, cependant on la réduisit : ; les résultats

furent plus satisfaisans qu'on n’osait S'y attendre.

La plaie extérieure présentait un aspect favorable; mais la première selle ne vint que trois jours après l'opération. Cet événement donna quelque espoir pour une heureuse terminaison. Les fonctions des intestins se faisaient assez régulièrement et la plaie était presque cicatrisée. Tel était l’état de la malade trois semaines après l'opération; mais alors les choses changerent bien de face : le ventre devint excessivement douloureux ; la plaie s’ouvrit en partie ; une matiere stercoriforme s’en écoula pendant trois jours ; cependant les selles continuaient par l'anus. /

La plaie enfin fut entiérement cicatrisée vers le milieu de décembre; mais alors la tuméfaction, la sensibilité du ventre reviennent; les évacuations alvines ; trés-irrégulières, sont suIvies de vomissemens et de tous les autres symptomes qui s'étaient déjà manifestes.

Cet état se prolongea sans interruption ; ce ne fut que quatre jours avant la mort que les vomissemens cessèrent, qu'il survint de la diarrhée, et que la bouche se remplit d’aphthes. Cette femme mourut le 3 janvier.

M. Sweeting fit l'examen du cadavre le jour suivant. Après avoir incisé les muscles de l’ab-

domen, il fut fort étonné de n’avoir point penétré dans la cavité; mais lorsqu'il eut détruit les épaisses adhérences du péritoine il trouva les intestins agglomérés en masse, n’offrant guere plus de volume que le poing. Dans la fosse iliaque droite, il y avait une certaine quantité de matières stercorales , près de l’endroit où la portion d’intestin n’était point adherente ; les feces s'étaient fait jour à travers la paroi de l'intestin, à environ un pouce audessus de la portion étranglée. C’est à ce dernier point que les parois intestinales s'étaient épaissies et resserrées de manière à oblitérer ce canal , et à intercepter toute communication entre le colon et le rectum.

Les différentes phases de la maladie de cette femme sont tres-remarquables : il paraitrait que l'intestin s’est sphacelé peu de temps après l'opération , comme l’indiquerait la nature des matières qui s’écoulaient par la plaie. L’adherence ultérieure de cette portion du tube alimentaire semble avoir occasionné la marche rapide de l'affection du péritoine , les vomissemens de “matières stercorales, enfin la rupture de I’ intesfin et ’épanchement dans l'abdomen.

Le péritoine avait acquis une épaisseur con.

sidérable par le grand nombre de tubercules qui s'y étaient développés dans toute l'étendue

de sa surface. M. Sweeting n’eut point la hberté d’ouvrir le thorax : il est donc incertain que la maladie se soit étendue jusque sur la plèvre et dans les poumons.

Le cas suivant était accompagné de circonstances qu'il est important de faire connaitre.

Elisabeth Sunnock , agée de vingt-quatre ans, fut recue à l’infirmerie, le 22 février 1816.

Tel était son état : toux oppressive et fréquente ; nausées suivies de vomissemens ; douleurs et pesanteur vers lhypochondre droit ; tuméfaction de l'abdomen Quoique tres-maigres, les joues étaient fortement colorées, les lèvres sèches , la langue rouge, le pouls tres-petit et fréquent ; la peau sèche et chaude ; l'appétit très-mauvais ; évacuations alvines irrégulières ; la constipation est l’état le plus ordinaire de la malade ; l'abdomen, exploré avec soin, est dur, tendu , mais il ne s’y fait point remarquer de fluctuation.

IL y avait a-peu-pres trois mois: que la maladie s’était annoncée par de vives et fréquentes douleurs dans le ventre, accompagnées de nausées et de vomissemens ; ces douleurs ne se faisant sentir que par accès , la malade ne cessa pas de se livrer à ses occupations ordinaires. Plus tard, on remarqua qu'il s'était fait

un épanchement dans l’abdomen, on fit la ponction : on en obtint a-peu-pres huit quarts de sérum :( quatre litres ). Il en résulta du soulagement , mais la maladie ne laissa pas de continuer sa marche. Peu de temps après, il survint de la toux ; les douleurs et l’irrégularité des évacuations persisterent ; le ventre se développa de nouveau ; mais au lieu de fluctuation , on n’y découvrait, en le palpant, iad une tumeur solide.

Toutes ces circonstances suflisaient pour m’éclairer sur la nature de la maladie, que des remarques subséquentes vinrent confirmer.

On appliqua sur l’abdomen des sangsues et des vésicatôires ; on eut recours aux calmans pour apaiser la toux et l’irritation de lestomac , et, comme chez les autres malades, on fit usage des purgatifs ou des astringens, selon que l’un ou l’autre de ces moyens devenait nécessaire; le pouls, rarement au-dessous de cent vingt, était le plus souvent à cent trente; la toux était devenue très-fatigante ; la malade souffrait beaucoup de la soif , des nausées et des vomissemens ; mais sa vie se prolongea jusqu’au dernier état de marasme : elle mourut le 6 avril. |

Le corps fut examiné le lendemain. Je trouvai dans Pabdomen les adhérences tubercu-

leuses du péritoine aussi étendues que dans les cas précédens. La poche qui avait contenu le fluide était oblitérée ; le foie , d’un jaune cuivré, d’une texture molle, était tres—volumineux ; la plèvre était adhérente.et granulée ; les poumons contenaient des tubercules, les uns solides, d’autres en suppuration.

J'ai accompagné le docteur Jenner dans le traitement du sujet de l'observation suivante. C’est de lui-même que je tiens les détails des premiers symptômes de la maladie.

Apres une campagne pénible en Irlande en 1816, W. F. Shrapnell , écuyer, chirurgien du régiment de la milice royale de Gloucester , revint en Angleterre très-affaibli des suites d’une dysenterie ; cependant il ne laissa pas que de continuer ses occupations ordinaires.

Les maux de tête auxquels il était sujet depuis plusieurs années se renouvelaient plus souvent , ils devinrent aussi plus violens , sur— tout apres quelques écarts de régime, Il avait perdu, et repris alternativement, son embonpoint jusqu'au 29 janvier 1817, qu'il vint me consulter. Ilse plaignait alors d’une douleur dans Vhypochondre droit, qui semblait se diverger en deux points: l’un, vers le creux de l'esto-

mac , et l'autre vers la colonne épinière.

Soupconnant un état morbide du foie, apres avoir examiné le malade avec attention, je découvris un peu de sensibilité vers le lobe gauche : je lui donnai le conseil de faire un léger traitement mercuriel pendant quelques semaines ; mais comme l’état du malade resta a-peu-près stationnaire, il n’en fit rien.

Il prit alors la détermination de mettre ses forces à de nouvelles épreuves, pour s'assurer sil pourrait ou non continuer l'exercice pénible de sa profession. Il entreprit une longue course à pied pour aller voir un malade qui demeurait à douze milles de chez lui: à son retour , je le rencontrai par hasard chez un ami; il était las, mais non épuisé de fatigue. Je le pris dans ma voiture ; je remarquai que chaque cahot lui occasionnait de la douleur dans différens points de l'abdomen, particulièrement dans l’hypochondre droit : il changeait souvent de place avec moi, mais il n’en trouvait aucune de commode. Depuis cette époque, la maladie marcha rapidement : dans l'intervalle des douleurs, iléprouvait une sensation de resserrement dans le ventre, comme si les parties eussent été comprimées fortement avec un bandage; mais ces intervalles de douleurs étaient de courte durée. Cependant, un jour, apres avoir eu une évacuation abondante,

il se trouva si bien, que le soir, en societé d’amis, il dansa plusieurs heures de suite. J’allai lui faire une visite ce même soir , lorsqu'il vint me dire a loreille qu'il se portait toutà-fait bien, et que ses souffrances n'avaient sans doute été occasionnées que par des matières solides trop long-temps retenues dans le colon.

C'était le 2 mai qu'il s'était si bien trouvé : le 5, il dina chez M. Jenner ; le 7, quoique fort gai,ilse plaignait de son malaise ; le 8, les douleurs devinrent si fortes qu'il en fut frappe : c était ce jour-là que M. Jenner m'écrivit pour venir Voir son ami; mais je ne pus me rendre aupres de lui que le 15.

Les symptômes présentaient tous les caracteres que j'ai déjà décrits. Le ventre développé, sensible; le côté droit était le siege d'une douleur aiguë que l’on augmentait encore par la compression. La physionomie exprimait la douleur, l'anxiété, occasionnées par les souffrances intérieures; le malade se plaignait d’une sensation de pesanteur dans labdomen qu'à des époques différentes il avait exprimée dans les termes que nous avons rapportés lors de la description des symptômes. Les fonctions des intestins se faisaient irrégulierement , l’appetit etait presque nul, la soif pressante ; l’in-

gestion de quelque substance que ce füt était suivie de beaucoup de malaise ; le pouls était a-peu-pres à l’état normal; mais il devint beaucoup plus fréquent vers la fin de la maladie.

On avait précédemment fait plusieurs saignées du bras, et réitéré l'application de sangsues sur l'abdomen : le sang présentait un caractère inflammatoire ; chaque saignée avait apporté du soulagement; mais laffection résistait à tous les moyens. Il fut décidé que l’on renouvellerait la saignéé. La marche de cette maladie étant pour moi d’un intérêt tout particulier, je la suivis dans tous ses détails, autant d’après ma propre observation que d’apres les rapports du docteur Jenner et M. Shrapnell , fils du malade.

Le 10, le docteur Jenner me communiqua les remarques suivantes : |

« La douleur de l'abdomen du pauvre Shrapnell parait ne vouloir pas quitter son siége ; on a réitéré les saignées du bras, Papplication de sangsues depuis votre départ; chaque fois qu'on a eu recours à l’un de ces moyens, les douleurs ont cédé, sur-tout apres la saignée ; mais bientôt elles reparaissaient , et avec toutes les souffrances qui accompagnent ce facheux état. Pour le malade, toute attitude, toute

position est accompagnée de souffrances et d’anxiété. Ce matin, il s’est rasé lui-même , et aussitôt apres il eut une faiblesse qui dura près d’une heure. La tuméfaction générale du ventre me parait augmentée : on dirait, au premier coup-d’ceil, qu'il s’y est fait un épanchement qui en distend les parois ; mais, d’après l'examen attentif que j'en ai fait ce matin , je n’y ai point remarqué de fluctuation. La compression exercée sur lesdifférens points de la surface abdominale donne plutôt la sensation d’une masse solile, ou au moins d’un empatement général. Le malade ne paraît pas s’affaiblir; vous trouveriez son teint meilleur que la dernière fois que vous l’avez vu. Le ventre est assez libre ; les selles passent avec cette espèce de difficulté qui dépend moins, je crois, du défaut d'action musculaire pour les expulser que de ces espèces de bandes dont la nature aurait entoure les intestins. »

Le 20 mai, de M. Shrapnell fils :

« Mon pere s'est trouvé tres-soulage , jeudi, de l’usage des purgatifs ; mais, vers le soir, le ventre était tres-distendu par des flatuosités. Nous répétames Vhyosciamus et l'extrait de pavot ; la nuit fut très- mauvaise. Le malade, très-agité, demandait à chaque instant . quelque close pour le faire évacuer. On donna

un purgatif semblable au premier , et pour en seconder l’action un lavement avec infusion de séné et de sel. Il fut beaucoup plus calme apres ; il n’éprouvait plus, disait-il , que la douleur occasionnée par la distension de l'abdomen.

» Depuis cette époque, on employa alter nativement, et selon les circonstanees, les bains chauds , les frictions sur abdomen avec l’onguent mercuriel et les purgatifs.

» Le 27, il fut bien toute la journée ; il dina | d’un très-bon appétit ; mais environ une heure après , les douleurs revinrent et durèrent toute la nuit: Il prit un peu de décoction de cusparea ( angusteræ cortex) avec le carbonate de potasse ; ce qui augmenta de beaucoup les souffrances. Apres plusieurs évacuations successives, le ventre parut diminuer de volume. Le bain protura une sorte de bien-être, mais de peu de durée : mon père se trouvait mieux apres les frictions mercurielles, mais pendant plusieurs heures seulement. q

»Le 28, il put se tenir couché sur le côté gauche , le corps a demi fléchi ; mais de fois a autre, la douleur était trés-forte dans les lombes et sur les côtés de abdomen : c’est à cette époque qu'il commenca à exprimer l’idée que ses intestins étaient en masse ; qu'il se plaignait d’une chaleur brülante dans l’estomac ;

le pouls se conservait à quatre-vingts. Les purgatifs produisaient leur effet; mais leur action sur les intestins était accompagnée de douleurs. Les bains chauds procuraient le plus grand bien; après en être sorti, le malade restait calme pendant plusieurs heures; hier il en prit deux. Pendant qu’il était dans le bain, il se plaignit d’une sensation de compression de dedans en dehors. | |

-» Le 30 , les forces s’épuisent rapidement, le malade a des défaillances; l'abdomen reste distendu et devient plus douloureux; les bains chauds ne produisent plus de soulagement. Les mouvemens qu'il est obligé de faire pour se mettre dans la baignoire fatiguent tant le malade qu'il préfère y renoncer.Ce jour-là, on substitua l'eau artificielle de Cheltenham aux pilules aloétiques, qu'il avait prises jusque-lapour exciter les évacuations.

» À peine l’eau était-elle avalée qu’il éprouva une grande distension de l'estomac, accornpagnée de douleur. Les muscles de la face s’affaissent ; la région des tempes se déprime; la langue est d’un rouge vif; le pouls varie de quatre-vingts a quatre-vingt-quinze. Le malade se plaint de temps à autre d’une douleur dans le côté gauche, qui suit le trajet de la courbure du colon ; au-dessous de ce point, se fait

sentir un rebord dur, le» sous le doigt. »

J appris, par une lettre du docteur Jenner, du * 4 juin, que, pour la première fois, on avait

acquis la certitude qu’il y avait épanchement dans l'abdomen. |

Voici ce qu'il écrivait : «Le pauvre Sie nell est à-peu-près dans l’état où vous l'avez laissé : depuis quelques jours, j'avais cru remarquer de la fluctuation dans Saag ce matin, jen ai acquis la certitude. »

Je vis le malade le 6. M. Fry, ite Dursley Git la ponction. Le soulagement était manifeste pendant l'écoulement du fluide ; le malade espérait que son état allait prendre un cours favorable. Le bord dur que l’on distinguait audessous de l'arc du colon était beaucoup plus -sallant depuis la ponction; il offrait, àl’examen, une tumeur d’une forme irrégulière. Quoiqu’on eût Uré par la ponction deux gallons (huit pintes de Paris , ou trois litres cing quarts ) de sérum jaunatre , tous les symptômes revinrent promptement. La sensation de pesanteur était tout aussi fatigante qu'auparavant , et la douleur, la sensibilité générale étaient augmentées; les traits portaient l'empreinte de l'abattement et.de l’anxiété; le pouls était à cent; la soif pressante. |

On lui conseilla de prendre des bains nitromuriatiques, et de faire usage des acides a Pintévieur. U comparait les effets que produisait sur sa bouche cette espèce de bain au dégagement du fluide galvanique lorsque la langue fait partie du cercle. Quelque moyen que Von essayat pour diminuer ses souffrances, on n'en obtint que peu d'avantage.

La douleur continua, et augmenta au point que , deux jours après la ponction, elle devint atroce; il semblait, disait le malade, qu'on lui grattait les entrailles avec un peigne de fer. L'action des intestins était si douloureuse qu’elle lui arrachait des cris. Les selles avaient une apparence gélatineuse.

Nous ne ferons point mention des symptomes subséquens ; ce serait répéter tout ce que nous avons dit des autres cas. Un nouvel épanchement eut lieu; on fitla paracenthèse le 16 juin. Le fluide était plus coloré que la première fois, et moindre en quantité d'environ deux tiers.

Le 17, le malade eut un désir irrésistible de quitter Berkeley pour aller à lac ampagne , sur les bords du Severn. Le fils du malade m éerivit, le 18, « que rien n'avait pu le détourner de son entreprise ; qu'il n'avait point paru fatigue de la route, et s'était trouvé beaucoup mieux à

son arrivée qu’à son départ ; il continua de vomir une matière visqueuse mêlée de bile. Maintenant l'estomac rejette presque aussitôt tout ce qui est admis dans sa cavité; la douleur, l’oppression augmentent; le pouls est faible, languissant ; les forces décroissent ; les chairs continuent de s’affaisser ; la voix, qui était faible, aiguë , il y a quelque temps, est devenue font, profonde et rauque : ce changement s’est opéré Pavant-derniere nuit. »

Le 21, la mort vint mettre un terme aux souffrances du malade. Le jour suivant, le corps fut ouvert en présence du docteur Jenner, de M. Fry, de Dursley, et de moi.

A l’ouverture de l’abdomen, on trouva environ trois pintes de fluide qui s'était formé depuis la dernière ponction; on ne remarquait pas d’épiploon; les intestins étaient plus r rouges qu'à l'ordinaire; le tissu du péritoine plus épais et rempli de tubercules. Cependant les adhérences qui retenaient les intestins n'étaient pas aussi épaisses , aussi consistantes que celles que J'avais vues en d’autres occasions; mais la portion de péritoine qui tapisse les parois abdominales se présentait dans l’état morbide le plus complet; il était extrêmement épais; tuberculeux: Dans plusieurs points, les tubercules étaient tres-distincts , leur forme bien arré-

tée; on remarquait entre eux des fascicules de vaisseaux a l’état de turgescence ; dans d’autres points, on ne distinguait pas la forme des tubercules, parce qu'ils étaient affaissés : ce qui donnait à la surface un aspect rugueux, parsemé de petites éminences de différens volumes.

En cherchant l’épiploon, on trouva une grosse masse tuberculée, de forme irrégulière, occupant une partie en l’épigastre et de Phypochondre gauche. On avait pris d’abord ce POFPS pour la rate malade ; mais on ne tarda pas à s’apercevoir de la méprise, et de reconnaître dans cette masse l’épiploon lui-même. La tunique péritonéale de l'estomac, des intestins, était beaucoup plus épaisse, et lagelutination des parties contigués était aussi plus forte. ( Cette masse était celle que l’on sentait avant, etmieux encore apres la ponction, et qui était si dure au toucher, ). | |

Les tubercules que lon remarquait sur la courbure de l'estomac étaient tres-gros et très nombreux ; ; ils se trouvaient tout pres du lieu où était attaché lépiploon, qui, en cet endroit, avait près d’un pouce et demi d’épaisseur ; partie du colon était confondue avec cette dernière substance; les tranches de son tissu présentaient une texture caseuse : ; quelquesunes offraient des cavités nee ; tubifor-

mes, correspondant aux inégalités de la face extérieure; elles étaient de couleur de crème; le reste du tissu pouvait se comparer à celui de la rate.

Le mésentère et le mésocolon, tres-malades, avaient la consistance d’un cuir épais; ils étaient couverts de tubercules; toutes leurs glandes étaient engorgées ; le péritoine diaphragmatique était épais d’un pouce et demi; la cavité de la vésicule biliaire complétementoccupée par deux gros calculs ; le tissu extérieur affecté comme le reste; le foie était d’une consistance molle et de couleur cuivrée; la rate, les reins et le pancréas étaient dans l’état naturel.

Excepté quelques anciennes adhérences, la plèvre et les poumons étaient sains.

J'ai vu deux exemples de cette maladie sur deux enfans de la même famille : l’un était âgé de deux ans, il est mort la quatrième semaine après que les premiers symptômes se furent annoncés ; chez l’autre, qui était plus jeune, la mort arriva dans la neuvième semaine. Ils avaient eu, l’un et l’autre, une dentition laborieuse, et avaient été simultanément affectés d’une espèce de porrigo.

Chez l’un et l’autre, l'affection paraissait avoir commencé par le mésentère : il n’y avait certainement jamais eu d’inflammation; la douleur

n'avait pas été tres-forte ; il n’existait qu’une sensation de pesanteur, que les petits malades avaient exprimée de la manière que nous avons dit précédemment.

J'ai rapporté les faits les plus importans de ceux que j'ai observés sur cette terrible maladie; j'y joindrai quelques extraits d'ouvrages de différens écrivains qui viennent à l'appui de mes observations , et qui m'ont paru propres à éclairer la question que nous nous proposons de traiter dans le chapitre suivant. sde

Chez quelques anciens écrivains, on trouve bien des détails qui ont rapport à cette maladie: mais l’histoire de ses symptômes est tout-à-fait fautive.

Bonetus, d’après P. Barbette, donne l’observation suivante : |

In hydropicis peritonæi tunice valde incrassescunt; imo successutemporis cartilagineam duritiem acquirunt, quod in paracentesi abdominis scire necessarium est (1).

La remarque pratique qui termine cette citation est tres-importante : le cas était d’une nature complexe, peut-être semblable à ceux d’Élias, de Sunnock et de Shrapnell, cas, par conséquent, dans lequel on ne pouvait raison- Le ST AE RE à un

(1) Bonetus, vol. Il, P. 1147.

nablement espérer aucun succès de la ponction.

La section du Sepulchretum, De adstrictione alvi, page 882, contient le récit d’un autre cas tout-à-fait Mois à la maladie que jai décrite. fl est d'autant plus remarquable, que l’observateur, en voyant sa malade, avait eu, sur la nature de l'affection, la même idée que n’avait fait naître, en la voyant, la femme qui fait le sujet de la première observation.

Virgini cachecticæ per tres dies ante mortem alvus adstricta fuit, etc. Omentum erat inCrASsatum, et i fere coriaceum. cer nebatur, quod omnia prope viscera sua latitudine adeo arcte complectebatur, ut intestina quast conglutinata à a sein vicem ceegre separart possent.

On voit que sous les rapports des symptomes, ces détails sont presque nuls ; mais que, du reste, ils justifient pleinement mon opinion quant ala nature de la maladie. L’observation suivante de Haller s’applique, sans doute, pour la marche, a une affection différente de celle en question ; elle semble appartenir à une inflammation aigue, a laquelle les membranes séreuses sont su-

Jjettes : Viscera abdominis, dit-il, omnia inter se connata, hepar, ventriculum , jejunum, ileurn, ipse in purulento vidi.

De Haën a rapporté un grand nombre de cas

de maladies de la plèvre et du poumon. Il est

facheux qu'il ne se soit occupé de cet objet que pour réfuter la doctrine de Haller sur Virritabilité et la sensibilité ; car tous les écrits de cet auteur annoncent un homme capable, par sa pénétration et sa bonne foi, d’étendre les bornes de la science. Dans ses Problemata et difficultates, le sixieme Cas, qui a rapport aux adhérences de la plevre, et le dixième, à une affection du péritoine, ont, je trouve, beaucoup de ressemblance avec ceux qui font l’objet de mes recherches.

Aperto abdomine, peritoneum hic lineam, ibi tres quatuorve crassum, ceeterum album, granulosum, tuberosum ubique. Omentum non inveniebamus. An ideo tam crassum periteneum, quod omentum a nexu suo cum colo et ventriculo solutum, in unam informem membranam cum illo degeneraverit ? Quidquam tamen omento simile, veluti extensum, atque connatum cum intestinis apparuit nobis, verum minime omentum fuit, eum marsupii instar æque tegeret intestina ad dorsum quam ad anterioray arcte cum illis ubique coéens. Probe autem et lente producto examine, vidimus clare externam omnium intestinorum tunicam ab intestinis omnibus secessisse, et cum vicini intestini unica secedente coaluisse. Érat autem tunice externce secessus in toto intestint cu-

7h jusque ambitu. Quando enim uno in loco perscideram hance extimam tunicam, digito sub illa potui perambulare circum totum intestinum, ipsiusque intestini ex hac vagina educti portionem adtrahens , evaginavi omnia intestina ex sua tunica externa, sine vel minima laceratione, etc.

Toutes les particularités de l’autopsie, excepté la dernière, se rapportentavec celles que j'ai ren- | contrées; ce n’est jamais sans difficulté que j ai pu séparer les intestinsles uns des autres, et jal toujours remarqué del’altération dans leur tissu. Ces symptômes, présentés par deHaén, sont sans doute très-imparfaits ; mais ils sont exacts et conformes a ceux que j'ai rencontrés dans le dernier stage de la maladie : Dextro latere doluit, difficulter animam duxit; tussim frequentem habuit, pulsumque celerem ac debilem sitibundus alvo obstructus, etc.

Dans l Historia anatomico-medica de Lieutaud, ouvrage très-remarquable par le nombre, autant que pour l'exactitude des faits qu’il contient, se trouvent plusieurs cas qui méritent d’être cités.

il paraitrait que ni cet auteur, ni ceux d’apres lesquels il rapporte ces cas, n’en ont pas très-bien compris la nature ; cependant ils présentent des exemples frappans de la maladie

qui m'occupe ; les symptômes , aussi exacts . qu’ils puissent l'être, s'accordent avec ceux que jai observés.

Puer tredecim annorum, longa et non satis intellecta ægritudine confectus , tandem ad extremam maciem redactus, ad plures migravit. |

Exenterato cadavere, omnia patent viscera, hepar scilicet, lien, ventriculus et intestina, ita invicem connexa et conglutinata, ut nulla arte integræ separari possent. Hepar grandissimum erat et schirrhosum. Lien putris et fere absumptus conspiciebatur, sicut et epiploon. Mesenteterium variis steatomatibus erat refertum.

Pulmo dexter, semiputridus, costis pertinaciter adhærebat (1).

Puer quatuordecim annorum jam pridem patiebatur tormina, cum ventris tumore, et per vices ingenti diarrhea. Sæviebat tussis cum febre, lenta et macie, quibus tandem persistentibus, fatiscunt vires et accedit mors.

Flatus cum ichore recondebat abdomen.

Omentum erat putridum, intestina admodum involuta et invicem adnata. Occurrebant glandulæ intestinorum majuscule, duriuscule et nigricantes. Hepar etiam conspiciebatur puru—

(1) Obs. 1595, p. 381.

lentum; pancreas schirrhosum , renes corrupti, ac demum pulmones putridi (x).

Jen’ai pas besoin de faire remarquer le vague qui règne dans l’expression des extraits précédens : ce vague nuit plus qu'il ne sert au témoignage de l’auteur. Si ce point essentiel n'était appuyé par les remarques des autres, il ne vaudrait pas la peine d’être cité. L’ouvrage est rempli de descriptions semblables , auxquelles on ne saurait ajouter foi qu'avec beaucoup de circonspection.

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