X AVANT-PROPOS
trouver, soigner, tromper, ôter, trancher, tresser, trousser, trouer, heurter, moquer, sortir, trotter, souhait, joli, mauvais, trop, tôt, mot, sot, maint, gai, guère, vite, air (au sens de ' apparence '), hêche, fou. On devine pourquoi j'ai choisi ces mots : le français n'en a pas de plus usités, ni partant de plus importants ; ils pouvaient avoir de précieux secrets à nous révéler sur l'évolution de la langue. Quelques-uns d'entre eux ont suscité des controverses philologiques acharnées ; jamais étymologie ne fut aussi débattue que celle à'aîler. On a proposé pour plusieurs une origine qu'approuvent des romanistes éminents, mais à laquelle, malgré tout le respect que je porte à l'opinion de ces derniers, il m'est impossible de croire : l'étymologie ne satisfait pas aux critériums dont j'ai parlé et fait presque toujours violence aux lois de la phonétique.
Donc, il s'agissait de trouver l'origine des mots que je viens de citer ^ Elle était quelquefois aisée à découvrir. Dans les autres cas, elle a exigé des recherches plus longues, car elle dépend de nouvelles lois phonétiques. Ces lois m'ont mis sur la voie d'une soixantaine d'autres étymologies, qui en établissent l'existence ; c'est par là que j'ai appris le mot de l'énigme que présentaient les formes aise, hère, hardes, fardeau, houille, rêche, tirer, trafiquer, troquer, souiller, humer, ahaner, ahurir, hanter, harnais, etc. C'est un peu par passe-temps que je donne l'étymologie des mots saugrenu, baliverne et billevesée. Pourvu qu'on n'ait pas besoin d'appliquer ces termes à mes autres étymologies !
Je fais suivre ces. recherches étymologiques de deux essais destinés à éclaircir des passages très controversés des plus anciens documents français. Le premier de ces articles, écrit, en 19 13, pour la Zeitschrift fur romanische Philologie, a déjà paru dans cette revue ; le second est imprimé ici pour la première fois.
Eloigné comme je le suis des grandes bibliothèques d'Europe, et ne pouvant les visiter qu'à de rares intervalles, il m'a été impossible de consulter certains livres qui auraient pu m'être utiles ; même je me suis trouvé obligé parfois de reproduire des citations d'un ouvrage qui ne m'était pas accessible. J'aime à croire, cependant, qu'en dépit de ces désavantages, je n'ai rien négligé d'essentiel.
Ce m'est un devoir d'exprimer mes remerciements d'abord à M. le
I. Il y en avait d'autres qui ne sont guère moins importants et dont je réserve l'étymologie à un second volume d'essais.