DES CAUSES FINALES
On appelle causes finales le rapport qui existe dans l'univers en général, entre les moyens et les fins, ou dans chaque être en particulier, entre ses facultés et ses fonctions. Ainsi , la lumière et la chaleur, qui donnent le mouvement et la vie à toute la nature, nous paraissent être la fin, la cause finale, ou la raison de l'existence du soleil; la fécondité, la cause finale de la terre qui produit tout ce qui est nécessaire à la subsistance des êtres animés; le service que l'homme retire des animaux, la cause finale de leur existence. Ainsi, la vision est la cause finale de l'organe de la vue, le mouvement la cause finale de l'existence des organes de la locomotion; Thomme lui-même peut être appelé la cause finale de l'existence de l'univers matériel, puisqu'il y règne en maître, et qu'il fait servir à ses besoins tous les êtres qui le composent; Dieu enfin, la cause première de tout, est aussi la cause dernière de tout, ou la raison des êtres , comme dit Leibnitz , puisque tout concourt à faire connaître aux hommes sa puissance et sa bonté.
Les causes finales sont infinies, et les progrès des sciences physiques consistent à en découvrir de nouvelles ou de nouveaux rapports entre les êtres. Les causes finales ont été reconnues et admirées par les meilleurs esprits comme par les hommes étrangers à toute science, et qui n'étaient éclairés que
(1) L^expression de causes finales est consacrée par Tusage, mais celle d'intentions finales serait plus exacte.
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par les lumières de la raison; mais aujourdTiuî on rejette toutes les considérations tirées des causes finales^ parce que Ton trouve qu'elles ne prouvent pas assez en physique^ et peut-être parce qu'elles prouvent trop en morale. Effectivement^ on ne saurait admettre des rapports entre les facultés et les fonctions, les moyens et les fins, sans croire à une intelligence qui, agissant avec intention , a créé les facultés, et les t ordonnées pour certaines fonctions^ et disposé les moyens pour conduire à certaines fins. Cette doctrine est absolument incompatible avec Topinion qui attribue au hasard, ou à Ténergie d'une matière aveugle et insensible, l'organisation des êtres animés^ puisque les rapports que nous croyons apercevoir dans Tunivers entre les moyens et les fins^ loin d'être prévus et ordonnés avec intention et sagesse, ne peuvent étre^ dans le système des matérialistes, que des rencontres fortuites, et une des infinies combinaisons possibles qui résultent à la longue de la disposition des molécules organiques.
Ainsi, au lieu de penser avec le genre humain que Toeil est fait pour voir et l'oreille pour entendre^ et d'admirer dans l'organisation des animaux celui qui en a disposé les organes pour des fins si merveilleuses, les matérialistes disent avec Lucrèce :
Neve putes oculorum clara creata
Vlvideanti sed quod natum 6«(, id procréât u$um.
a Ne pensez pas que nos yeux aient été faits pour voir les 9 objets; mais leur existence telle qu'elle est a produit l'usage 9 auquel nous les employons, o Ainsi , nous n'avons pas reçu des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ; mais nous voyons et nous entendons parce que nous nous trouvons par hasard des yeux et des oreilles : subtilité misérable, et tout à fait dans le genre de cette philosophie épicurienne qu'on s'efforce de renouveler parmi nous.
Les causes finales sont, il est vrai, comme tous les rapports entre les êtres, des aperçus ou des jugements de notre esprit; mais l'objet de ces jugements a toute la réalité que peuvent avoir les objets les plus distincts de nos perceptions les plus certaines, puisque les rapports entre les êtres qui nous paraisseol la cause finale, ou une des causes finales de leur existence^ sont le fondement de la vie^ et le fondement même
906 OW CAC8B8 nsxoBê*
de ft soeiété^ et (fue nous ne pouvons omTir les y^ux pour voir, les oreilles pour enteiMlre, i« boaclie pour perler, si employer à notre utilité les êtres qui nous emoitrent, et qui sorti à la disposition de noire indaetrie, sans oonnaltre, par soie ex^ périence de totis les instants, que bm organes sont propres aux fonctions cpie nous le«r demandons et les êtres afiatériels aux services que nous en attemlofis. Ainsi, nous avons à k foisy et la eoiHiaisSBnee rationnetle , et la certitude phyrique d'un grand noaibrer de caiiises finale»; elles soai un fait pour BOUS comaie pour ik>s adversaires, qui en jouissent comme BOUS, mais qui s'obstinent à attribuer au hasard ce que dois regardons comme Teffet d'une intelligence supérieure. Cepci>> dant c'est parce qoe ces rapports sont ordonnés et disposés par une istelligence et avec intention, que nous les cfaerciMnB avec intention, et que nous les découvrons par notre kntell^ gence; qpae s'ils n'étaient que l'efiet &m hasard, noua ne po\tt^ rions les connaître que par hasard, ni nous les rappeler que psr hasard, puisqu'il n'y aurait pas, dans cette hypothèse, des rapports plus suivis et pins constants entre notre in teUigeûct), el ces rapports entre les êtres que nous appelons les csuees finales , qu'il n'y en aurait entre les êtres eux-mêmes. Le hasard serait partout, et tout serait hasard; et notre vie, qui ne subsiste que par la connaissance et Tusage des rapports entre les êtres et nous, ou entre les êtres autres que nous, serait à tout instant compromise.
Au reste , l'opinion que Pœîl n'a pas été fait pour voir, ni l'oreille pour entendre , que la lumière n'a pas été créée pour éclairer l'homniC) ni la terre pour fournir à ses besoins, n'est qu'une manière indirecte et détournée de nier la Divinité^et sans l'athéisme qui en fait le fonds , on peut assurer que cette opinion ne serait que ridicule. Le grand reproche que k$ savants HKKlernes font aux causes finales est de ne servir de rien pour l'étude des choses physiques,, et ils citent à ce sujcl^ at comme autorité, le mot de Bacon : « Les causes finales^ sotfl D comme les vierges consacrées au service des autela qui n'etik a fantent pas; » comparaison tirée de bien loin, et dont il ne serait pas difficile de faire voir le peu de justesse; mais, puisqu'il est que^tion'd'aotorité,. nous pouvona opposer, sur cette malièr6> à celle de Bacon l'autorité de dauM philosophe», Leibaita ei Newtoa, dont le premier est au moins Fég2rtde Bacoo ea connaissances morale», et dent le second lut est de baaueoup supérieur à&M les* sciences pbysiqueSi.
DIS tjmxM riNALl»^ Ml
c Let prineipek qtt'a ^OBés l'abbé ¥ufi\%, édrit Leibnîtz^ nhnt^ fermewl de» eofrâèquênees étranges iiiiitqiielles on ne pMtid p«6 assea gnde. Après avoir di^.toumé leîi phtloêophés de Ifl reckerdie des eaiiees finales, en, œ qmtH la même eime^ de lu cofisidénilioa de ki sagesse cKrine dsAs fèrrfiPe des cbosesyçvi^ à fmm mi$y dêit être h plus grand but de i^phSo^^ Sophie, H en Ml entrevoir ki raison' dans wn endroit de ses ptrncipes, od, voulant s'exctiser (fe ce cfafil semble sftoif attribué à la matière certaines llgiires et certains monvemenl^ f( dit qu^il a le droit de le fa«re^ parce qne la matière prend successif ement toutes les formes possibles^ et qu'ainsi il a faHn qu'elle «oit enfin venue à celle qn'il a supposée. Mais si ce (fn'U dit est vrai, si tout le possible devt arriver, et s'il n'y a pas de fietion» qndque absorde et indigne qu'elle soit^ qui n'arrive en quelque temps o» en quelque lieu de l'unie vers > il s'ensuit qo'il n'y a ni hberté ni Providence , cpie ce qui n'arrive point est impossible , et que ce qui arrive est nécessaire , jfnstement comme Hobbe et Spinosa le disent en termes plus eknrs. Si Wen est auteur des cheses , et s'H est souverainement sage, on ne saurait bien raisonner sm la structure de l'iniivers sans y faire entrer les vies de sa sagesse y comme on ne saurait bieu raisooneF sur un bâtiment sans entrer dans les fins de Tafebitecte. J'ai allégué ailleurs un excellent fnssage du Phédon de Pfcaton, oà le philosophe Anaii'miandre ^ qni a\ait posé deux principes , un esprit intelKgent et la matiète^ est M&mé poenr n'avoir point cmp*ey6 cette intelligence dans les progrès de son onvrage , s'éiant contenté des figures et des mouvements de la matière; et c'est justement le cês de nos pkUôsopkn modernes trop mutériedistes.
D Mats, dit-on 9 en physique on ne demande pas ponrqnoi les choses sont , m»8 comment elles sont» Je réponds qtse l'on y demande l'un et rendre y souvent par la fin on pesit mkux juger desnnjem : outre que, pour expliquer «ne ma^ chine y on ne saurait mieux faire que de proposer son lMft> et de montrer comment toutes les pièces y servent, eela peut même être utile à trouver l'origine de l'inventaon* M voudreàs qi/on se servit de cette méthode , même dans kl mé^ deeine* Le corps de raninnl est une machine en même temps hydraulique , pneumatique et pyroboWquey doua le but est d'entretenir un certain mouvement; et en monarant ee ^i sert à ce but, et ce qui y Mût, un fevaii oounaMra
aOO BXS GAUSS8 PUTAU».
B tant la physiologie que la thérapeutique. Ainsi, on voit que » les causes finales servent en physique , non-seulement pour B admirer la sagesse de Dieu, ce qui est le principal, mais
B encore pour connaître les choses et pour les manier
B H. Holineux a fort approuvé la remarque que j'avais faite, à » Toccasion de la dioptrique de H. Descartes , du bel usage » des causes finales qui nous élèvent à la considération de la » souveraine sagesse » en nous faisant connaître en même D temps les lois de la nature qui en sont la suite. Comme l'un B des meilleurs usages de la philosophie, et particulièrement B de la physique , est de nourrir la piété et de nous élever à » Dieu, je ne sais pas mauvais gré à ceux qui m'ont donné » cette occasion de m'expliquer d'une manière qui pourra B donner de bonnes impressions à quelques-uns. » ( Tom. II, Lettres, pag. 245, 251, 252.)
Voilà ce que Leibnitz pensait des causes finales; écoutcms à présent Newton.
o Telle était, dit M. Haùy dans son introduction du TraUi » élémentaire de physique, telle était la disposition où se trou- B vait le grand Newton, lorsqu'oprès avoir considéré lesrap- B ports qui lient partout les effets à leurs causes , et font con- B courir tous les détails à l'économie de l'ensemble, il s'élevait B jusqu'à l'idée d'un créateur et d'un premier moteur de la B matière, en se demandant à lui-même pourquoi la nature ne B fait rien en vain; d'où vient que le soleil et les corps plané* B taires gravitent les uns vers les autres sans aucune matière B dense intermédiaire ; comment il serait possible que l'œil B eût été construit sans la science de l'optique, et l'organe de B Touîe sans l'intelligence des sons, b Et H. Haûy remarque ailleurs que l'on trouve dans tous les ouvrages de la nature ce qu'on pourrait appeler sa devise familière : a économie et B simplicité dans les moyens , richesse et variété inépuisable B dans les effets. » Nous pourrions encore citer Voltaire , partisan décidé des causes finales, si Voltaire faisait autorité en philosophie, même aux yeux de ses admirateurs.
a Les observateurs de la nature, répond à cela l'auteur des B Rapports , qui n'ont pas toujours été des raisonneurs bien B sévères, et dont il est d'ailleurs si simple que l'imagination B soit frappée et subjuguée par la grandeur du spectacle qu'ils B ont sous les yeux, n'ont pas eu de peine à remarquer cette B correspondance parfaite des facultés et des fonctions, ou, B selon leur langage , des moyens et du but^ coordonnés avec
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i intention et dans un sage dessein : ils se sont attachés à la i montrer dans des tableaux auxquels l'éloquence et la poésie » venaient si naturellement prêter leur charme, d
Il est donc tout simple d'admirer dans Tunivers la corres* pondance des moyens et des fins^ des facultés et des fonctions, et tout à fait naturel de la célébrer avec toute la magnificence de Tart oratoire ou poétique : elles sont donc très-philosophiques, les considérations tirées des causes finales; car, qu'y a-t-ii de plus philosophique que ce qui est si simple et si naturel? et quelle philosophie que celle qui veut nous écarter des voies simples et droites de la nature, pour nous jeter dans les sentiers difficiles et détournés des opinions humaines !
a Hais une seule réflexion suffit pour rendre ici la cause finale beaucoup moins frappante. »
Je prie le lecteur de rassembler toutes les forces de son esprit pour bien saisir cette réflexion.
« C'est que les facultés et les fonctions dépendant également i de l'organisation, et découlant de la même source, il faut i absolument qu'elles soient liées par d'étroits rapports. » Si l'auteur de ce raisonnement avait daigné nous le faire cornprendre par un exemple, une similitude, il aurait épargné à ses lecteurs la peine d'y chercher un sens. Essayons cependant de Tanalyser. L'œil peut voir, l'oreille peut entendre, les organes vocaux peuvent articuler : voilà les facultés ; l'œil regarde et voit, l'oreille écoute et entend, les organes vocaux articulent et perlent, c'est-à-dire expriment les pensées : voilà les fondions, liais il faut autre chose que mes organes ou que mon organisation, pour que ces facultés deviennent des fonctions ou exécutent leurs fonctions. L'œil regarde sans la lumière , mais il ne voit ni ne peut voir sans le moyen de la lumière. L'oreille écoute même lorsque l'air ne lui transmet aucun son ; mais elle n'entend que par le moyen de l'air qui lui apporte des sons. Les organes vocaux peuvent articuler des sons; mais il fout quelque autre chose pour prononcer des paroles, et des sons, des sons même articulés peuvent ne pas être des expressions d'idées. Ici j'aperçois l'existence et la nécessité de nouveaux moyens ou agents extérieurs à mon organisation^ et qui n'en font point partie , et sans lesquels cependant mes facultés sont sans exercice, et leurs fonctions impossibles. Ces moyens étrangers, l'air et la lumière, dépendent-ils aussi de mon organisation, découlent-ils de la même source que mes organes ou mes facultés? sont-ils une des facultés de mon
lot MA «AtSBB n^ALO.
organisation , on une fonction de mes facultés? Non assuré* ment^ el cependant tes rapports étroits qui les unissent et les assimilent à mes organes , et sMs tesipiels mon organisiitiDa eUe^méme tout entière serarf sans acfHrîlé et mes facultés sans fonctions, ne sont'-ils pas la preme'^^d'ane t nfealeon qtn a foof* émné ensemble, et dans im rapport sî mervefNefix , les nmyem intérieurs, ou les organes ou les moyens extérienrs, et le bat auquel ils tendent les uns et les autres? car l'oett ne toit pas la lumière, et il voit au moyen, ou par le moyen de la lumière; ToreiHe n'entend pas Ifarr, et elle entend par le nw^ên de l'air.
Si l'œil et Foreîlle ont besom de la lumière et de Vait pour tecevoif des images ao des sons, les organes Tocaux ont besoin de la société des autres hommes pour en recevoir le sens des mots qu'il)» arHculient , ce sens , faute darquei les organes ne produiraient que des sons. Il a donc fallu établir entre tous les bommes des rapports d'un autre genre, des rapporta de pensées, pour qu'il y eût efntre eux confennité de langage ; et sr la société n'était pas nécessaire à Thomme, si la sociabilité n'était pas son attribut essentiel et caractérfstiqne , si l'homme enlla trouvait tout Indépendamment de la société dama sa seule org»nisation , et la faculté qui pense et la faculté qui parle , loat homme, à cause du rapport de ces ietn facultés, troarveraifea lui seul et la pensée et l'expression ; il ain*ait de Ini-nudme et en lui-même, et les mots de toutes ses pensées, et les pensées de tons ses mots. Loin que la société ftlrt nécessaire; elle eit été impossible , et chacun naturellement aumft créé sa pn^pn langue, anssitôt que les organes auraient pu artiruler, eomme chacun crée son mouvement aussitôt qu'il peirt marcher et agir, et sana attendre cfi'on lui donne l'impulsion. Coimnefit peut-on encore s'écrier k l'exemple de Newton, le meneilleat appareil des organes de la voix a*t-!t élé constroil dans la con^ nafissance des rapports qui forment le tangage, et comment FhomtYve lui-même a-i^il été créé avec la faculté d'expriroef iea peMséeset de les eomnmniquer, ssMs la science et àa prévis lion de la siociété?
Ainsi, Ce n'eat pas tmrqwemeni dans ma «snte organmtloii qu'il me faut admirer fat correspondante parfaite des faMiiéa et des fonctions, des moyens et du haï, mars encore daai ySsnsemète de l'organisation génémle de f univwa physique tt tnorat^ dont les agents les phis puissants, l^r, la Imnièfë, l'homme anfia^ et la société, août Mspar des rapports tf
-MlS câjostê nvÂLtSé an
étroits et 81 néeessahn» avx faculté» ei aire loiieticfin de mm «rgmiîsaliofi ]MrtîciHière ; ce qui) ccr me seiviMe y étend FeiApire des cannes ftmie» , at» lîea de le resMrrtf^ eomme 1& ptétend routeur du système qne je eombott^
ff Les taalîstesy dil^i4> seront donc obligés de temonter phte » liaut : ils se pnmdtont ûwtl merreilles de l'oi^ntenlîon elle- » métiie; maiîs sur ce dernier poiwl «fie logknae sévère mt » peut pas davantage s'accommoder de leurs Sfrppôsiirone* Les » merreriles de In uatifre en génétaly et celles en parlicnïier » cpif sont reteirves à la sitructore et mix fonctions ûê» «ùi^ » mdBX mériteAi Men sans doute Tadmiretion des esprit» réh 9 flérhi»; mnis eile$ sont toutes don» lei faits. On pevt le» y » reeomnattre^ on pentméme les célébrer 9\et. tonte la magns- » ficen^e d« langage ^ sans étns forcé d'admettre dans les 1 f^ses rien d'étrsragcr aux conditions nécessaires de chaque » existence : d» moins on est fondé ^ d'après fanakvgie des i firits qui 9^e!<frpHqaent maruOenant ^ de penser que tons ceux » dont les» causes peuiefrt être constatées s'expliqueront par It » suite de la même manière, et que TempirB des couses fincdw^ i déjà Sf resserré par les précédentes découvertes, se res- )» serrera chaque jour davantage à mesure qne les prophètes » et l'enchaînement des phénomènes seront mieux conuns. s 0» composerait dMicilement un raisonnement aussi pem coiieluant.
Qne \'ent dire en effet Fauteur, (|uând il prétend qv'oin pétft admirer le» merveilles de la nature en général, et celles en pnrticfilier de l'organisation des corps animés ; mais qu'il fa«t prendre garde que ces merveilles sont toutes dans les faits, $t pt'am petti les f reconnaître f et même les célébrer f sans être fweé d'admettre dans la cause rien d'étrùnger mtx cùnditiam nécessaires de ehaçne existence P Eh bien, j'admireraif doUc l'existence avec toutes ses condKions, avee PorgaHisatioft ^i lui est propre, et avec lesf icultés et 1^ fonctions qui déeovlent de cette organisation. «Mais ce sont des tant», » dites-vous; et ce sent précisément les fait» que j'admire, et qne pontons noos admirer que les fait» que nous avons sons les yeux ) ot qaand jadmire «n tableau, un édifice ^ un onvrage KMiéraiiO^ blânnffez-vous mon admiration, parce que ce sent des faits? El vou», qui voules que le» merveiHee de cette organisatiofl^ deeôs fecultés, de ces fonctions, Kéeis entre elles par une corrpSfyondftnce si parfaite^ soient l'oovtage du hasvd el éb h reneontm des molécule» qui se meuvent ea tons sens^
304 DES CAUSES FINALIS.*
TOUS méprenez étrangement lorsque vous dites qu'elles mé- Htent l'admiration des esprits réfléchis : c'est Vétonnement que ▼ous voulez dire; et. quoi de plus étonnant en effet pour des esprits réfléchis qu'un hasard si sage^ si régulier, si bien ordonné , une disposition si merveilleuse sans intention et sans intelligence , et que dans vos inintelligibles abstractions, vous croyez expliquer en l'appelant un fait et tme condition nécessaire d'existence?
Un enfant admirel e fait d'une montre qui marque les divisions du temps : N'admirez pas, lui dis-je, ouvrez la botte, et vous verrez les ressorts qui produisent cet effet que vous trouvez si merveilleux. « Hais cet appareil de ressorts et de rouages » qui s'engrènent les uns dans les autres , et qui marchent à 9 vitesses inégales , et avec tant de précision, est bien ingé- 9 nieux, et suppose une rare industrie, n Point du tout, ce qui vous parait si merveilleux n'est qu'un fait et la condition néeessaire de l'existence de la montre, et sans ces rouages et ces ressorts, la montre n'indiquerait pas les heures, et il n'y aurait pas môme de montre,
a Les merveilles de la nature en général, et en particulier B celles qui sont relatives à la structure et à l'organisation des » animaux, sont toutes dans les faits : » donc elles ne peuvent conduire à Tidée d'une cause intelligente! Hais où veut-on que se trouvent les merveilles de la nature , qui elle-même est un fait, sinon dans des faits? L'heureuse issue d'une négociation, le gain d'une bataille, la beauté d'un édifice, sont des faits; donc on ne peut en conclure l'adresse du négociateur, Thabileté du général, les talents de l'architecte ! a lorganisation est la con- B ditiqn nécessaire de chaque existence ; » soit , elle en est même le moyen : donc en ne peut rien admettre d*étranger dans la cause de cette organisation et de cet existence. Qu'estce que cela veut dire ? Si l'organisation est la condition nécessaire de l'existence des êtres animés, leur existence n'est-elle pas une suite nécessaire de leur organisation ? S'ils ne peuvent exister sans être organisés, peuvent-ils être organisés sans exister ? et la merveille ou de l'organisation, condition nécessaire de leurexistence,ou de leur existence, suite nécessaire de ^o^ ganisation, est-elle moins digne de notre admiration, et rega^ xlerons-nous cette organisation comme moins parfaite, parce qu'elle est une condition nécessaire de l'existence , ou Fexistence comme moins étonnante, parce qu'elle résulte de l'orpinisationT Quelle philosophie que celle qui veut^ à force d'esprit,
DES GÀrSfiS FINALES.
élouSer les lumières du boa sens^ qui a dit à tous les hommes que, partout où ils découvraient une correspondance parfaite entre les moyens et les fins, ils devaient croire à l'intelligence et à la sagesse de la cause qui a établi sur cette idée fondamentale le système du langage^ le système de la société > le système même de la vie ! Je le demande : si Tauteur^ pour faire comprendre sa pensée^ était obligé d'en faire quelque applica* tion, et de chercher au dehors , dans les choses existantes, quelque exemple qui pût en faciliter Tintelligence^ lui serait-il possible de trouver dans Thomme^ dans la société^ même dans le monde entier, quelque chose de semblable à des principes et à des raisonnements qui contrarient toutes les idées, toutes les expressions et tous les rapports qui nous sont connus? Prodigieux effet de la prévention ! Tordre merveilleux qui règne dans Tunivers frappe les esprits les moins attentifs, comme il est l'entretien des esprits les plus éclairés, et l'objet même de toutes les sciences physiques; mais cet ordre, parce qu'il consiste en faits et en faits positifs^ ne prouve rien pourTexistence d'une cause intelligente, tandis que les désordres que Ton croit apercevoir dans l'univers prouvent tous contre cette mêmecause^ quoiqu'ils soient un sujet de dispute, et qu'ils ne nous paraissent même des désordres que parce que^ du point où nous sommes placés^ nous ne pouvons embrasser dans son ensemble le vaste plan de la création^ et cela s'appelle de la philosophie !
Aussi L'auteur se met bientôt en contradiction avec luimême ; il convient que a l'éloquence et la poésie viennent, no- » turellement prêter leur charme au tableau de cette correspon- » dance parfaite des moyens et du but. d II ne sait pas que si Ton peut faire des phrases^ et même, des vers sur les erreurs les plus tristes^ l'éloquence et la poésie ne peuvent naturelle-' ment prêter leurs charmes qu'à la vérité; ou plutôt n^empruntent leur charme que de la vérité; et Lucrèce lui-même^ si obscur et si froid, lorsqu'il fait des vers sur son triste système, n'est éloquent et véritablement poète que lorsqu'il peint les rapports des êtres animés, et les effets de cette correspondance parfaite des facultés et des fonctions, a Quand une lecture vous élève D l'esprit, dit La Bruyère à propos de Corneille^ et qu'elle B vous inspire des sentiments nobles et courageux^ ne cherches » pas une autre règle pour juger de l'ouvrage ; il est bon et » fait de main d'ouvrier. » Hais on peut retourner cette pensée, et dire que la beauté et l'élévation du sujet,, qui ne sont autre
JOM «ArSEft fI9ALE8«
0pm aa iféntéfé^entl'e%pni ei lui i«spîre»iaalMPeUaiiwtt«8i ientivients noblei'qiii sont Tâme de U poésie ei de i'éioqaeoce. B «si curieux da voir l'auteur des /Upportê grêler lui-fuéroe UA nouvel appui à la doctrine des causée fmaUi , et parier le langage de aea advereairea. Il n'y a qu'i substituer, dama le passage que nous allons citer, au mU nature le nom de son auteur, ou à lui dooner son véritaUe sens, et le finaliste le plus décidé ne s'exprimerait pas autrenu^nt. « L* ordre établi » aur ce po'uit ^t eitrômoment Cavonible k ia coBservatton et » au bieo^tj>e des aairaaui. La nature s'est exclueiv^ffueot réa aervé les opérationa lea plus délicates, les plus compliquées, a les plus uécesaaires, etc. Dans le système de Tunlvera, toutes » les parties se rappoiient lea unes aux autre», Umis les mou-
I yeneiitasoat coordonnés, tous Les phénomènes s'enchalneot, a se balancent ou ae nécessitent mutuellement. Ce mécaDisme a si régulier, cet ordre, cet enebalnemeot, ce rapport* oat dà » frapper de bonne heure les esprits asaex éelaiunés pour ks » saisir et les reoonnattie. Rien n'était plus oapaMe de fiier a l'attention dea ofaservateura, de frapper d'étoanement lu a imaginations vives et fortes, d'exciter TenifaouaiNaroe des a âmes aensibles, et rien n'est ^ effet plus digne d'adn)ii*atiûn. a Qui n'a pas payé mille fois ee juMe tribut à la uatâire? Qui » fK)urrait dinûeuner iusenaibie et froid À Taspect de tant de s beautés qu'elle déploia aaaa cesse à nos yeux, qu'elle «erse D autour de nous avec une si sage profusion? » Aprëe avoir in ee passage, on' se rappelle iovolootairement ce mol de Montesquieu : « Ceux qui ont dit qu'une fatalité aveugle a produit » tous lea effets qv£ nom v^f<mê dà»$ ce wumdf ont dit une » grande absurdité ; car quelle plus grande absurdité qu'^une s fatalité aveugle qui aurait produit dea êtres ifiteiiigcÎHsÎD
II est vrai que l'auteur dea fiapporit noua a dit plus haut que eea observateurs de la nature n'oot pas toniours été de$ rai* sonneurs bien exacts, lorsque , $ubjuguéi par la grandeur au $pectacle qu'Us avaient nous Us ymx , frappés de ee laécanimne si régulier y de cet ordre, de cet enehainêmmt H de mauoememt et de phénomènes , plus eapailes que toute autre chose au monde, de fixer leur atteniitm, et d'exoiter leur entàousiasme , Ha mU eélébré avec itmie la magnificence de l'élaqueuce et de la poésie, fui venaient si naturellement prêter leurs charmée à tant de 9èerveiilê$, U oauae intelligente de tant de pbénonèaea sièie» ordonnée, la oauaa puissante de tant de prodiges, la cause bonne et aage de tant de bienfaita. Si ceux qui ont caisonné
ma B'onl cm ftMijoim été de$ ^b$frv^mir0 bit» et)«e/«9 to faute enesiàla nature elle->n>éfpe» ^i> an doDimut à l'homme un esprit et «m oœur iovÂii/ciblemeiiài «délemûné^ à chercher b» causes de iouis le» dfels^ les piioeipes dk lU>uias les co»sé- ^pienoes^ et des motifs à toutes sos «ffeciiotts , lui teûdait m piège, et Tatiteur lui-iBénne y est to«^. «Je rc^ande, 4it-d> tt la fibiloâophie des osAises filiales couMne fitériie; fioais j'ai B meoQim ttillours qu'U était bie« diflicÂle i l'honurae le plus I réservé de n'y avoir jamais recours dans ses explioatioiis. p Tant il eai difl^cile è^ Thomme de se défeudpe de la venté fii le pouissukii , tafijt il faut de réserve et 4'aMefiiion stir luiiaétte , pour na pas (M^vrir les yetux à la bmiièpe ^ui Te»viEoaoe!
L'auteur des UapparU ajoute ^ue « l'eupira des eauses I finales f déjà si resserré par les préoédetttes déeouv<ertes, B ^ ressernera chaque jour dav^antage à me^wre is^ les pro- » priâtes de la uaiure et reochaiuement d«s phioomènes iseoant mieux coimus,.a Jiais^jaous ferons observer <)u'il est étraafe aasurénaent que les sublimes déeoiJtvcries d'uu Pascd et d'un Mewtou ^ur les premiers et les fMÛssatftts agents de la ooasen^on du moïKle physique^ Taii*^ le cuQViv^iio»e0t et la lumière^ les aieat eonduito à recoxMaattriB la cause iiotelli-, iante de Tiuaivera, let que réqwvoque déooiuy^rte de quelq^ies a^nts secondaires, de quelque sel ou de quelque i;aa, puisae eopdttire ieurs diaeifles à une oûocIushm Août opposéeu l\ ^eoiUe, au oontraire» que de nouvelles découvertes fourauxiiftt de nouveaux motifs de croire à cette camuse suppéi»e» eu nous taisant connaître de nouveaux rai^ort^ «n^e les éU'es 4|«'eUe a enéés ; et soit qu'on découvre de nouveaux agents» sqit qu'on généralise les faits observés , et qu'on les rapporte h des lois phis simples^ «t, s'il s^ pouvait^ à une loi upiqia^, on aura toujouns de nouveaux motifs d'admirer dans ses ouvrages (1) Xécmomie et Iq smptkité des moj^rkSj la ricAessie et lu variété ia^uisable des effets.
La cause piemière s^ trouvera toujoiu*» au delà de tous les laits^ le légidateur au delà de toutes les loifi> i âtre<àkctkf et in-* teilis^ent avant l'être .passif et matériel; vct os^ecait-on 4iref sans Qboqufttf les premières règles du hou se<^, qMe yim on r^on^ aaU de perfectiou Aans radministration 4'un J^t» moins on dipit admettie d^ sagesse et^'intuUigence dans \e conseil dM
(i) V. Haâjr, TraiU éUmemIaàte ^ ph^fmquê.
308 BBS CAXJSEB FINALES.
souverain ; que plus on découvre d'ordre , moins on doit supposer un ordonnateur ; enfin que plus la disposition est sage, plus la formation première a été aveugle et fortuite!
Il y aurait en effet bien peu de philosophie à nier que l'homme lût été fait avec intention et par une intelligence, lorsque luimême il fait tout avec intention et par son intelligence. L'homme intelligent ne peut rien faire qu'à son image, conrune il est fait lui-même à l'image d*un être intelligent , et ce n'est qu'en luimême qu'il prend les idées qu'il réalise au dehors et dans les productions de son industrie. C'est parce que l'homme n'est que causes finales dans son organisation, et rapports de moyens aux fins, et qu'il est lui-même ,' dans un autre sens, la cause finale de l'univers matériel et le centre de tous les rapports, que son esprit ne pense, qu'il n'exécute, par l'action de ces organes, que causes finales, et qu'il est toute la vie occupé à chercher à établir de nouveaux rapports avec tout ce qui Tenvironne, et à se créer de nouveaux moyens, et en quelque sorte de nouveaux organes pour de nouvelles fins. On veut que l'homme n'ait des yeux que par hasard, et son intelligence lui a donné des télescopes pour suppléer à la faiblesse de ses yeux; ses mains n'ont pas été faites pour saisir et manier les objets, et il imagine tous les jours des instruments plus ingénieux les uns que les autres pour multiplier l'action de ses mains. Le cours des astres n'a aucun rapport avec la vie et les travaux de l'homme, et l'homme a inventé des mécaniques portatives qui indiquent à tout moment les plus petites fractions de la durée, et lui servent à régler ses occupations sur le temps qui lui a été mesuré. Certes , ce serait une étrange contradiction dans les objets de nos pensées, et dans nos pensées elles-mêmes, que l'univers moral et physique, où tout est rapports et relations, qui [n'est tout entier qu'une combinaison de facultés et de fonctions , de moyens et de fins coordonnés les uns pour les autres, que causes, moyens et effets, n'eût été cependant, dans sa formation primitive et son développement successif , que hasard aveugle et rencontre fortuite des parties matérielles formées sans intention, disposées sans ordre, conduites sans intelligence ! Il y a de l'ordre dans l'univers, c'est-à-dire, des choses évidemment disposées pour des tins de conservation des espèces ; de l'ordre dans les Etats, ou des choses disposées pour la conservation des familles; de l'ordre dans les familles, ou des choses disposées pour des fins de production et de conservation des individus. Il y a de l'ordre dans l'homme,