‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 25 sur 68 · DES CAUSES FINALES · texte numérisé non relu

DES CAUSES FINALES

dans sa conduite et dans ses travaux, dans le but qu'il se propose et dans les moyens qu'il emploie. Il y a de Tordre partout, puisque Fhomme a la pensée de Tordre dans son esprit , et Fexpreasion d'ordre dans son langage; qu'il juge ce qui s'en écarte et ce qui y est conforme. Or, qu'est-ce que Tordre, si ce s'est les rai^rts des moyens aux fins et des facultés aux fonctions, pour des fins de conservation? Hais ces rapports sont précisément des causes finales ; elles n'existent pas, parce que \ les remarquons, mais nous les remarquons, parce qu'elles Ht. Nous les découvrons, mais nous ne les créons pas, et ^prenons toujours hors de nous les objets de nos pensées les matériaux de nos besoins. Un homme saus doute une application fausse ou hasardée d'un principe léme, et se croire, sans motif suffisant, la fin d'un l^lconque entre les êtres : ainsi un aveugle, qui assis- >ncert, pourrait se croire seul spectateur, et s'iinaconcert ne se donne que pour lui. Hais le genre t entier n'a pu s'égarer sur le principe. Il a dû croire ^ligence avait tout disposé dans T univers pour des [ déterminées, puisque l'intelligence de l'homme :)nnaissance de ces fins, et sa propre industrie, en œuvre cette connaissance , et que, s'il n'y ^hasard dans la disposition de Tunivers, Tintelli-

liomme et son industrie ne seraient rien, ou plutôt

Braient pas. Le savant qui cherche à résoudre un problème de géométrie, l'artiste qui cherche un nouveau procédé dans son art, ne cherchent l'un et l'autre qu'à deviner un secret que le grand fabricateur des mondes a jusque-là dérobé à la connaissance des hommes. Quelquefois leurs efforts les conduisent aune impossibilité démontrée. Alors ils s'arrêtent, ils reculent devant les bornes que l'intelligence suprême s'est imposées à elle-même, et ils essaient une autre route. Hais cette solution négative prouve également Tordre universel et l'éternelle intelligence ; et s'il n*y avait que du hasard dans les rapports des toes, il n'y aurait ni possibilité prévue, ni impossibilité démontrée.

On pense bien que ceux qui rejettent de la contemplation de Tonivers toutes les considérations tirées des causes finales ou de h correspondance des facultés et des fonctions, des moyens et des fins, sont bien plus loin encore d'admettre que l'homme soit la cause finale ou une des causes finales de l'univers, c'est-à-dire que l'univers ait été créé pour être la demeure de

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Ffaomniê^ et servir^ non à son amasement, car rbomnie n'est pue sur la t«rr6 pour s'amuser, mais à ses besoins et à son ntilité.

L'opinion que Tunivers a été fait pour l'homme n'a rien qui étonne une haute philosophie , puisqu'elle nous enseigne que Funivers matériel, avec tout ce qu'il renferme, n'est que le moindre des dons que le Créateur ait faits à l'homme ; maïs eMe paraît le comble de la démence et de l'orgueil à la philosophie des sens, qui, ne Toyant dans l'univers que des matset organisées ou inorganisées, et ne comparant que des poids et des volumes, s'indigne que des atomes qui ne vivent qu'un jour, des animaux qui, l'un portant l'autre, ne pèsent pas cent cinquante livres, osent croire faits pour eux un globe qui a neuf mille lieues de circonférence, et des cieux qui ont des mille millions de diamètre, un univers enfin, dont la durée et Fétendue n'ont de bornes que celles du temps et de Fespace.

Cette philosophie ne sait pas que si l'humilité a été recomnandée à l'individu, la plus haute estime de soi-même, que difr-je? l'orgueil de la domination sur tout ce qui, dans ce BTKMfide, n'est pas l'homme, a été permis ou même prescrit à Fespèce. Or, c'est l'espèce tout entière, c'est le genre humain avec ses générations passées, présentes et futures, qui est la cause finale de l'univers matériel, et non l'individu ; et certes, si l'on peut appeler l'individu un atome, ce serait abuser étran» giement de cette expression que de l'appliquer a« genre humain, dont l'accroissement et la durée sont indéfiftis, ou da moins à l'accroissement et à la durée duquel on ne peut assigner d'autres limites que l'étendue de la terre et la durée en monde.

Ce n'est cependant pas par leur importance physique, <piê ks hommes ont pu se regarder comme la cause finale de Funi^ v<ers matériel; pour se convaincre de leur infériorité sous ce rapport, ils n'ont pas besoin de comparer leur niasse à eeHe da globe terrestre, il leur suffit de se comparer avec les arbrai ou les grands animaux.

C'est donc uniquement par l'intelligence que l'hoomaa est le maître de Funivers physique, et qu'il est sopérieor à tous les objets matériels. « Toute notre diignîté, dit Pascal, consiste a dans la pensée; tfeit de là qt^U faut nom reltner, et mm d» a Fespace oti de la dorée. »

Ainsi, ce n'est pas parce que l'homme habite la terre, et qu'il se nomrit de ses pcodoctioDs, que la terre lui appeitioBt;

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eâr les animaux TiYent aussi de la terre et de ses fruits, mais parce qu'il la cultire par son inteffigence, c^est-à-dire, parce qu'il y multiplie tout ce qui lui est utile ou agréable, qu'il y détruit ou y corrige tout ce qui lui est nuisible ou seulement incommode, et qu'il force, par sa volonté puissante, tout ce qui est sur la terre, minéraux, végétaux, animaux même, à la cultiver pour lui et sous sa direction.

Ce n'est pas parce que l'homme ressent les influences des cieux qu'il est éclairé de leur lumière, qu'il peut croire que ksêieux sont faits pour lui; car les animaux jouissent aussi de la lumière des cieux et en éprouvent l'influence, mais parce qu'il les connaît, qu'ils lui servent à cultiver, mesurer, parcoulir son domaine, à régler ses travaux, à retrouver les époques passées, à connaître même à l'avance les révolutions des temps; et dans ce sens encore, on peut dire que les cieux instruisent la terre.

En vain dirait-on que les corps célestes sont à une distance infinie de l'homme; qu'importe qu'ils soient éloignés de ses yeux, s'il les en rapproche au moyen des instruments que son totelligence a inventes pour suppléer à la faiblesse de ses organes, et qui sont de nouveaux organes qu'elle s'est donnés, et «n quelque sorte plus parfaits que ses organes naturels? ce morde vingt pieds d'épaisseur, dont je suis séparé par un fossé profond, ou par une hauteur inaccessible, je voudrais en vain le détruire ; je ne peux pas même l'atteindre, et quand je le pourrais, je briserais mes mains, si avec mes seules mains j'entreprenais de le renverser. Mais que j'appelle à mon secours les arts, ces autres forces de mon intelligence , ou plutôt ses antres oignes, la chimie, la mélallurgre, la mécanique; que je mette dans un tube de bronze quelques livres de fer sur quelques onces de poudre, et je raserai jusqu'aux fondements cet édifice en bien moins de temps qu'il n'en a fallu pour fêlever. Que sont pour l'intelligence cent mille, un million, mille milKons de lieues, qui nous séparent des corps célestes, lorsque h pensée peut énoncer toutes ces distances avec quelques lettres, les calculer avec quelques chiffres, et les franchir en un instant? S'il était sur la terre d'autres créatures intelligentes que rhomme, la terre serait faite pour elles comme pour nous*. Si les planètes, comme on le suppose gratuitement, étaient babitées par une race intelligente, celle-ci partagerait avec h nôtre l'empire de l'univers. Comme nous, elle se servirait de ee qu'elle connaîtrait du monde matériel, ou elle pourrait se

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servir de ce qu'elle pourrait en connaître^ et elle aurait son univers, comme nous avons le nôtre. Mais cette opinion sur les planètes habitées n'est qu'un rêve qui peut être vrai ou faux, et elle ne mérite pas même le nom d'hypothèse, puisque jamais, sans doute, elle ne peut devenir pour nous une vérité ni une erreur.

Uunivers est donc fait pour l'homme, puisque l'homme, comme être intelligent, se sert de la terre, et que les cieui lui servent; et si la véritable grandeur de l'homme consiste dans le développement de son intelligence, si la science de l'astronomie est un des plus beaux et des plus vastes développements de cette intelligence, les corps célestes, dont la connaissance et les mouvements sont l'objet de l'astronomie, servent donc à la grandeur de l'homme, comme la terre sert à ses besoins.

L'homme est donc supérieur à l'univers matériel, comme la pensée est supérieure au corps; l'esprit de l'homme est 'plus . grand que l'univers, puisqu'il peut penser, nommer, calculer un univers infiniment plus grand que celui que nous habitons; et ces idées sur la supériorité de l'homme, comme être intelligent, nous les retrouvons dans Pascal, qu'on n'accusera pas d'exagérer la grandeur de rhomme. a L'homme, dit-il, n'est B qu'un roseau, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas » que Tunivers s'arme pour l'écraser; une vapeur, une goutte » d'eau suffit pour le tuer. Hais, quand l'univers l'écraserait, » l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce » qu'il sait qu'il meurt; et cet avantage que l'univers a sur lui, » Tunivers n'en sait rien... Tous les corps, le firmament, les » étoiles et tous les royaumes, ne valent pas le moindre des » esprits, car il connaît tout cela et lui-même, et le corps, > rien. »

On semble craindre que les considérations tirées des causes finales ne nuisent au progrès de sciences physiques : nous avons déjà vu que Leibnitz en jugeait bien différemment, et qu'il pensait que l'étude des causes finales servait en physique, même pour connaître les choses et pour les manier.

Hais, si ces considérations n'ont pas empêché Pascal et Newton de faire ces belles et fécondes découvertes de physique qui ont immortalisé leurs noms, pourquoi empÀcheraient^lles nos savants de glaner après eux dans le champ de la science? Les hommes seront-ils moins disposés à étudier le mécanisme de l'univers, parce qu'ils croiront que l'univers

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matériel appartient à leur espèce, ou moins curieux de connaître ce vaste domaine, parce quMIs en ont la possession t Qu'y a-t-il au fond dans Topinion des causes finales, qui empêche d'observer des propriétés, de calculer des mouvements, d'évaluer des forces et des résistances, de découvrir des affinités, de produire des fermentations, d'étudier des instincts, de classer des genres et des espèces? et comment trouveraiton dans Topinion contraire, celle qui fait de l'homme un vil atome que le hasard a jeté dans un coin de l'univers pour y végéter et y finir, des motifs plus pressants d'étudier les propriétés de la nature, ou de plus grandes facilités pour les découvrir.

Concluons. Tout dans l'univers annonce, prouve dessein, intention, intelligence. Nous ne faisons , par nos découvertes successives dans les arts, qu'écarter tous les jours davantage le voile qui couvre ce vaste tableau; et toutes les fois que nous nous servons, pour nos besoins, de quelque objet nouveau, ou, sous un nouveau rapport, d'un objet déjà connu, nous ne faisons que découvrir une nouvelle cause finale, et fortifier, par de nouvelles preuves, l'opinion générale, que l'univers matériel et tout ce qu'il renferme appartient à l'espèce humaine et est fait pour son usage.

Il n'y a donc, dans l'univers, pas plus de hasard qu'il n'y a de destin, o 11 ne tombe pas un seul cheveu de la tête, dit le ]» suprême législateur, sans la permission de Dieu, » parce que tout ce qui arrive, et même la chute d'un cheveu, a sa raison dans les lois générales qui régissent l'univers, a Le ]» hasard, dit Leibnitz, n'est que l'ignorance des causes phy- 9 siques, » et l'on peut dire aussi que ce qu'on appelle destin D'est que l'ignorance des causes morales.

L'auteur des Rapports du physique et du moral a la a mo- B destie de ne pas vouloir, dit-il, résoudre des problèmes in- 9 solubles, B et il se contente d'en proposer. Hais il pense c qu'il est temps de sentir enfin le vide d'une doctrine qui ne » rend véritablement raison de rien, précisément parce que, 9 d'un seul mot (Dieu sans doute), elle s'imagine rendre rai- » son de tout. » Avec le mot Dieu, on ne rend, en physique, raison de rien de particulier, et jamais, que je sache, aucun physicien ne s'en est servi pour expliquer les phénomènes ou faits particuliers. Sans le mot Dieu, on ne rend raison de rien en général, et ce philosophe, qui substitue à ce mot ceux de

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nature^ de matière, d'énergie^ de hasard, de molécules organiques ou inorganiques, et qui s'imagine avec ces mots rendie raison de tout, croirait-il sérieusement donner une saison eatififaisante des faits généraux ou même particuliers, pour ceux qui ne se paient pas de noots?

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