‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 41 sur 68 · DU POUVOIR PUBLIC OU POLITIQUE · texte numérisé non relu

DU POUVOIR PUBLIC OU POLITIQUE

La première condition du pouvoir est d'être un; et le pouvoir n'est entre les hommes un si grand sujet de division, que parce qu'il ne peut pas être un objet de partage. C'est la tunique sans couture qnî ne peut être divisée et se tire au sort, et ioth- Jours entre les soldats.

Le pouvoir doit donc être wn, et il est, comme nous le verrons, toujours un, malgré des apparences contraires; caria X>olitique a, comme l'astronomie, ses mouvements réels et ses mouvements apparents.

Les fonctions du pouvoir peuvent être multiples, suivant que son action s'applique à divers objets; mais son essence est d'être un; car deux pouvoirs répondraient à deux sociétés, et de là vient que, partout où le pouvoir est divisé, il se forme

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des partis qui sont plusieurs sociétés dans le même État ; et le grand maître en morale ne nousdit^U pas : aOue tout pouvoir divisé en lui-même sera désolé? »

Le pouvoir est essentiellement indépendant; car un pouvoir dépendant de quelque autre n'est plus un pouvoir.

Summum esse, dit Hobbes^ et aliis subjki, contradietoria suât.

« Etre le premier et le plus haut, et 6tre soumis à quelque » autre, implique contradiction. »

a II faut, dit le célèbre Kant, que celui qui devra limiter le » pouvoir ait un pouvoir plus grand ou du moins égal à celai » qui est limité; mais alors c'est le dernier et non le premier » qui a Tautorité suprême, ce qui implique contradiction. »

Le pouvoir public ne peut être indépendant, sans être propriétaire dans le sol; car, sans propriétés territoriales, il n'y a pas d'indépendance politique, puisque toute autre richesse^ immobilière ou commerciale, dépend des hommes et des événements.

Le pouvoir est définitif, car un pouvoir qui ne peut définitivement exiger Tobéissance n'est pas indépendant, n'est pas le pouvoir, puisqu'il y a un pouvoir plus grand que lui, celui de lui désobéir.

C'est ce pouvoir définitif que des hommes ignorants ou perfides ont voulu rendre odieux en l'appelant absolu , et le confondant avec le pouvoir arbitraire, qui est le moins indépendant, le moins définitif, le moins absolu de tous les pouvoirs, puisque sa volonté est sans règle et son action sans direction, et qu'il est le jouet de ses propres violences, en attendant d'être la victime de ceux qu'il opprime.

Il est bon d'observer que l'Académie française, dans les premières éditions de son Dictionnaire, avait fait (Asolu synonyme d'arbitraire; dans les dernières, elle les a distingués, et depuis que la langue politique a été mieux faite, il n'est permis qu'à des ignorants en grammaire comme en politique, ou à des factieux, do les confondre. Un philosophe qui fait autorité aujourd'hui pour beaucoup de gens, H. Victor Cousin, a dit, daus ses Fragments philosophiques, pag. 153 : a Le contraire ]» de l'arbitraire, logiquement et grammaticalement parlant, » c'bst l'absolu, b

Bossuet définit le pouvoir absoUi ou définitif : a Celui où on » seul agit, mais par des lois fondamentales contre lesquelles » tout ce qu'on fait est mil de soi* » Et la plus fondamentale

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de ces lois est que le pouvoir n'agira pas sans conseil ou sans remontrances qui sont tôt ou tard écoutées. Montesquieu définit le pouvoir arbitraire : a Celui où un seul entraîne tout par 9 sa volonté ou par ses caprices; » mais il avoue lui-même qu'il n'y a pas de pouvoir, pour si absolu qu'il soit, qui ne soit borné pa^ quelque endrmt. Ce pouvoir, qui entraine tout s'il n'est pas, comme en Turquie, borné par la religion , est entraîné lui-même par des révoltes de prétoriens et de janissaires.

Ce n'est pas le pouvoir absolu qui pèse sur les peuples : c'est l'obéissance absolue. Le pouvoir est la théorie, et l'obéissance l'application. L'un est une abstraction dont les peuples ne s'occupent même pas, Tautre est un fait; et je ne crains pas de soutenir que jamais le pouvoir absolu de nos rois n'aurait osé demander aux peuples ce qu'en a obtenu le pouvoir constitutionnel du monarque armé de deux chambres.

La religion chrétienne et les mœurs qu'elle avait formées étaient un frein doux et puissant aux abus ou aux erreurs du pouvoir (cette réflexion est de Montesquieu), et ce n'est que dans le pays où Ton a prétendu la réformer que l'on a vu surgir, dans la personne de Henri VIII, le pouvoir le plus arbitraire, le plus cruel et le plus insensé dont le monde eût entendu parler depuis les Commode et les Héliogabale.

Le pouvoir partout est définitif, ou il n'est pas un pouvoir. Ainsi, dans Tordre domestique, le pouvoir du père sur ses enfants, du maître sur ses serviteurs , du chef d'atelier sur ses ouvriers; ainsi, dans l'État politique , les arrêts des cours de justice, les ordres des chefs militaires, les décrets des assemblées législatives, sont chacun dans leur sphère des pouvoirs définitifs ou absolus, et plus absolus si le pouvoir est collectif ; et, si tous ces pouvoirs ne pouvaient pas exiger l'obéissance, toute société domestique ou politique, même toute association d'intérêts, serait impossible.

Le pouvoir est essentiellement actif, puisqu'en lui réside b volonté générale, principe de toute action politique.

Le pouvoir doit être perpétuel; car la mort ou la suspension du pouvoir serait la fin de la société, puisqu'une société sans pouvoir n'est plus une société. Aussi les rcâs ne meurent pas dans nos monarchies béréditaires.

Le pouvoir, par conséquent, doit être continuellement et réellement présent à la société, pour en régler le mouvement et en diriger l'action; car, comme la société ne peut (

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