BU FBINGIPS CONSTITUTIF DE LA SOCIÉTÉ
un à un avec une parfaite analogie à came, moyen, effet. Efiectivement^ qui àii cause (intelligente)^ dit pouvoir de faire; qui dit pouvoir, dit cause de ce qui est^ puisque la volonté, principe d'action, est une qualité inhérente à la cause (intelligente) comme au pouvoir, et que Tun et l'autre agissent avec volonté pour produire un effet.
Moyen et ministre ne se correspondent pas avec moins d'exactitude> puisqu'on peut dire indifféremment : a La cause ou le v pouvoir agit par un moyen ou le ministère de ses agents, i» et que le moyen est interposé entre la cause et Yeffet, comme le ministre entre le pouvoir et le sujet. Quand on dit : Il n'y a pas &effet sans cause, on pourrait ajouter qu'il n'y a pas de cause et d'effet sans moyen, ni de pouvoir sans ministres. . Enfin effet et sujet sont aussi deux idées semblables, ou plutôt sont une seule et môme idée, puisque l'une et l'autre désignent l'être sans volonté et sans action propre, sujet à la volonté d'un autre, objet de son action, et qui ne fait que recevoir ce qui lui est transmis. Or, dans ce sens, la production de l'homme dans la famille, la conservation de la famille dans l'État, sont des eifets dont la cause est dans le pouvoir domestique ou public.
Le système universel des êtres exprimé par cause, moyen, effet, se retrouve donc, dans le système pai*ticulier de la famille, sous les noms de père, mère, enfants ; et dans le système plus général de la société civile ou publique, sous le nom de roi, de noblesse, de peuple, ou, sous tous autres noms, et dans le système de la société religieuse, comme npus le verrons tout à l'heure, sous les noms de Dieu, de prêtres, de fidèles, etc. Il se retrouve se système universel jusque dans l'homme luimême, intelligence servie par les organes, dont l'intelligence est pouvoir et cause de ses actions libres, dont les organes sont les moyens et comme les ministres, et dont tous les êtres subordonnés qui servent à ses besoins , produits de son travail et de son industrie, sont les sujets ou les effets.
Ainsi l'homme est constitué comme la famille, la famille comme l'État, l'État comme la religion; Thomme, la famille, rÉtat, la religion, comme l'univers; et, si je voulais parlera rimagination, je me représenterais des cercles concentriques qui, conunençant par l'homme, et finissant par l'univers, s'embrassent mutuellement, et sont tous embrassés par le grand cercle sur lequel serait écrit cause, moyen, effet. C'est sans doute par un sentiment confus de cette vérité, que les anciens
SOO DÉMONSTRATION PBTLOSOPHIOUE
philosophes appelaient l'homme un monde en abrégé^ un petit monde.
C'est une harmonie qui constitue l'ordre, « l'ordre, la loi » inviolable des esprits , » a dit Malebranche, et comme le sceau que le régulateur et conservateur de tout ordre, ordre lui-même e&»entiel, a imprimé à ses ouvrages.
Nous n'avons considéré la cotisa, le moyen et Y effet, que dans leur généralité la plus absolue, et nous n'avons rien dit des causes secondes, qui ne sont que des moyens que l'on considère comme cat/5^â, lorsqu'elles agissent par des moy^iustifoit/oRn^s. Ainsi le soleil, qui n'est qu'un effet dans l'univers, est encore le premier moyen de la fécondité de la terre, puisqu'il donne à tous les êtres la chaleur et la vie ; et il peut être considéré comme catae lui-même, si l'on se le représente comme produisant la lumière et élevant les vapeurs et les exhalaisons, qui retombent en pluie, et portent partout la fertilité.
Ainsi, le même homme qui est sujet dans la société, y peut être ministre y s'il remplit des fonctions politiques, et il est pouvoir dans sa famille, et les rois eux-mêmes sufets, comme les autres hommes de la Divinité, ne sont, comme les chefs de la société, que les premiers ministres du pouvoir divin pour faire le bien, minister Dei in bonum, dit l'ApAtre ; et ils sont comme rois, pouvoir dans la société civile, et comme hommes^ pouvoir dans leurs familles.
Ainsi, tout ce qu'il y a de plus général au monde et dans nos idées, est soumis à une combinaison ternaire : trois catégories d'être dans l'univers, cause, moyen, effet ; trois personnes dans la société, pouvoir, ministre, sujet; trois temps dans la durée, passé, présent, futur; trois dimensions dans l'espace, longueur, largeur, profondeur, etc. Cette vérité n'a pas été ignorée des philosophes de l'antiquité, dont le plus célèbre, Platon, parle du nombre trois, comme d'un nombre mystérieux, et qui renferme de grandes vérités.