DU SACRIFICE
Le sacrifice est le don de soi que le ministre fait au pouvoir, au nom et dans l'intérêt des sujets , et par lequel il offre la société tout entière, en offrant l'homme et la propriété, qui composent toute la société.
Ce don de soi existe dans la société domestique, où la femme se donne corps et biens à son époux, pour ne faire qu'un avec lui, et être, comme disent les Livres saints, « Tos de ses os, et la chair de sa chair; » et, chez tous les peuples, le don de la virginité s'est appelé sacrifice, et en a eu le mérite lorsqu'il a élé fait à la Divinité.
Ce don de soi existe dans la société politique ou le corps
(1) M. le comte de MaisU^, mon illustre ami, a dit de très-belles choses sur le sacrifice. Uû jounial m'a fait Tbonneur de m*appeler son disciple : je n'ai été ni son disciple, ni son maître. Nous ne nous sommes jamais TUS ; mais je le regarde comme un de nos plus beaux génies, et m*honore de Tamitié qu*il m*accordait, et de la conformité de nos opinions. Il m*écriYait, peu aTant sa mort : c Je n'ai rien pensé que tous ne Payes » écrit; je n*ai rien écrit que vous ne Tayei pensé. » L'asserUon*, si flatteuse pour moi, souffre cependant de part et d'autre quelques excej^ tions.
MB nftMONST&ATION TmVÛSOTmQUE
tles firiimtMs , où la noblesse se donne corps et biens au pourm, éans ^intérêt de la défense de la société. « La noblesse anglaise, dit M. de Hontesqnien, s'ensevelit sons les débris dn » trône. » Et sir Thomas Windham disait à cinq fîls, en raonrant : aVes enfants^ je vons recommande de ne jamais aban- » donner la couronne ^ quand même elle pendrait d'an x> buisson. »
La noblesse française a toujours défendu le trône de ses rois de son corps et de ses biens , et elle a tout perdu ou tout compromis par son émigration^ sacrifice ou dévouement , le plus mémorable et le plus étendu dont Thistoire fasse mention.
Et n'était-ce pas encore un sacrifice que la vie austère et occupée de nos anciens magistrats^ qui consumaient leur vie et leur fortune dans les fonctions ingrates et pénibles, et dont ITionneur était la seule récompense ?
Le sacrifice existe surtout dans la société religieuse ; et sans parler encore du grand sacrifice de la religion chrétienne, qu'est-ce, je le demande, que ce renoncement aux douceurs de la vie domestique et aux soins lucratifs des affaires temporelles que s'imposent les ministres de la religion, pour s'occuper exclusivement de l'instruction des peuples et du service des autels? Que s^^nt les austérités des cénobites, le dévouement des saintes filles au soulagement des pauvres et des malades^ et à l'éducation de l'enfance? Que sont les travaux des missionnaires; que sont même dans les fausses religions les cruautés qu'exercent sur eux-mêmes les bonzes et les faquTTs ; qu'est-ce autre chose que le don de soi et de véritables sacrifices?
S'il avait manqué quelque chose en France aux sacrifices de la noblesse et du clergé, les déportations, la ruine , le bannissement et la mort d'un si grand nombre de prêtres et de nobles, tristes fruits de la révolution, n'y auraient-ils pas abondamment suppléé?
En effet, la société une fois convaincue de l'existence d'un Être suprême, arbitre souverain des événements, dispensateur équitable des biens et des maux, des récompenses et des châ* timents , que pouvait-elle faire autre chose pour reconnaître son souverain domaine, mériter ses bienfaits ou fléchir sa justice ? Que pouvait-elle donner au maître souverain de tous les hommes et de tous les biens qu'elle-même tout entière, c'està-dire l'homme et la propriété? Et effectivement, nous voyons
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dans toutes les sociétés y sous une forme ou sous une autre^ Toffrande de l'homme et de la propriété ; et je le demande^ si cette grande idée du sacrifice y fondée sur Tinébranlable con« viction de Texistence de la Divinité et de sa toute-puissance^ n'eût pas été si fortement enracinée dans Tesprit des hommes^ quelle est l'imposture^ la séduction ou Téloquence^ qui eût pu faire violence aux sentiments de la nature^ au point de persuader aux mères'de foire brûler leurs enJhnts dans les bras d'airain d'une horrible idole; et de quel malheur plus grand que celui de perdre ainsi les doux fruits de leur tendresse voulaient-elles se préserver ? Quel est le délire qui dévouerait les prêtres indiens à des pénitences barbares^ pires que la mort^ et que la justice n'oserait pas infliger à des malfaiteurs; ou pousserait les Japonais à se faire écraser sous les roues des chars qui portent leurs fausses divinités^ et les Chinois à sacrifier leurs enflants à YE$prit du fleuve? Et cependant ces détestables sacrifices ont été ou s<»t encore pratiqués partout où le vrai Dieu n'a pas été connu; ils le furent même chez les Romains et jusque dans les derniers temps de l'Empire. Hélaa ! ils l'ont été chez nous-mêmes^ et il entrait aussi des idées de sacrifice dans les nombreuses exécutions faites au pied de la fitatue de la liberté^ et Ton en a vu la preuve dans les discours et les écrits du temps. Non, l'imposture et Thypocrisie ne vont pas jusque-là, et les erreurs ne sont jamais que des vérités défigurées.
Il était donc dans la nature de rhonune et de la société, le sacrifice de l'homme et de la propriété. Le raisonnement en donne le motif, l'histoire en constate le fait. Mais il était aussi dans la nature de la Divinité que l'homme fût ofiert et ne fût pas immolé, et la {«euve de cette vérité philosophique se trouve dans les Livres saiuts, où Dieu exige de la société domestique, représentée par Abraham, le sacrifice de son fiU, et, satisfait de son obéissance, ne permet pas qu'il soit consommé, et agrée le sang de l'animal à la phice de celui de l'homme.
C'est oe sacrifice que nous allons retrouver dans la société judaïque, et que les Turcs, dans leur religion échappée du judaïsme, ont retenu sous le nom de corban.
SOS DÉMOnSTRATIOIf PHILOSOPHIOUB