‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 58 sur 68 · DE LÀ SOCIÉTÉ JUDAÏQUE · texte numérisé non relu

DE LÀ SOCIÉTÉ JUDAÏQUE

Une vérité aussi fondamentale que Texistence d'an Dieu, aussi nécessaire à la société, ne pouvait périr dans l'univers, et elle y a toujours été, puisqu'elle y est encore.

Par quels moyens s'y est-elle conservée? Par des moyens pris dans l'ordre des choses humaines et de la société; car Dieu ne gouverne les hommes que par des moyens humains, et il s'est fait homme lui-même, quand il a voulu régénérer les sociétés humaines.

Cette vérité, confiée à des familles périssables, aurait pài avec elles; elle fut confiée à un peuple tout entier, et ce peuple fut constitué pour ne jamais périr, et être un témoin toujours vivant de la foi à l'existence de Dieu.

Les familles patriarcales étaient donc devenues un peuple et un grand peuple, et ce peuple, issu de ces familles, et qui en avait reçu la connaissance du vrai Dieu, devint naturellement le dépositaire de cette grande vérité, le plus précieux patrimoine du genre humain. Le peuple juif, pour être capable de cette haute destination, fut séparé des nations toutes idolâtres, par ses lois et par ses mœurs, comme il Tétait déjà par ses croyances; et il reçut une constitution particulière dont nous voyons encore les effets chez ce peuple répandu dans tout l'univers et partout sous nos yeux; une constitution que tant de siècles d'oppression, de dispersion, de persécutions et d'outrages, n'ont pu altérer^ et qui, seule entre toutes les constitutions, dit J.-i. Rousseau, a est à l'épreuve du temps, de la for- D tune et des conquérants, d

Nous retrouvons dans la constitution de cette société tous les caractères que nous avons remarqués dans la société domestique, et bien plus développés, puisqu'elle était une constitution non de famille, mais de nation.

su PBI5CUX CONSTITUTIF DB LA SOCIÉTÉ. 909

Gomine cette société fut constituée sur la religion qui doit être la base et la pierre angulaire de toutes les constitutions même politiques. Dieu en fut le pouvoir suprême* Le pouvoir doit éfre continuellement et réeliement prêtent à la société, qui ne peut, même un instant, subsister sans pouvoir, et cette vé* rite rationnelle reçut son application à la société judaïque à qui, nous disent les Livres saints. Dieu daignait manifester sa présence dans le lieu et le temps qu'il s'était choisis.

Ce pouvoir eut ses ministres. Une hiérarchie de prêtres et de familles sacerdotales, prises dans la nation, mais séparées du reste du peuple, qui priaient pour le peuple et sur le peuple, lui expliquaient la loi, et offraient à la Divinité le sacrifice social, le sacrifice de l'homme et de la propriété; mais le sang de l'homme fut racheté par le sang de l'animal, et jamais il ne souilla les autels du vrai Dieu. Les aînés mâles, rachetés aussi par des animaux innocents, étaient spécialement consacrés au Seigneur, et la plus politique de toutes les lois, celle du droit de primogéniture dans la ligne masculine, fut ainsi consacrée par la religion.

Cette société eut des chefs politiques, d'abord sous le nom de juges, plus tard, sous celui de rois ; car la royauté n'est que la justice personnifiée. Ce pouvoir eut ses ministres, et l'ordre des lévites (qui n'était pas l'ordre sacerdotal), qui tenaient autant à la politique qu'à la religion, héréditaire dans les familles d'une même tribu, fut une sorte de noblesse qui prenait les armes pour défendre ses autels et ses lois.

Tout avait été domestique et intérieur dans la religion patriarcale ; tout fut extérieur et public, ou plutôt national, dans la religion judaïque. L'autel campait avec la nation et se fixa avec elle; et quand Dieu eut son temple, la royauté eut son palais, la nation son territoire, et l'État sa capitale : et la religion et la royauté eurent leur ordre et leur hiérarchie de ministres, pris dans le corps de la nation et séparés du reste du peuple.

Il y eut donc un peuple tout entier monothéiste ou sectateur de l'unité de Dieu, et qui, pour cette raison, mérita d'être appelé le peuple de Dieu, dépositaire de l'antique patrimoine auquel le genre humain était substitué ; il fut élevé comme un signe au milieu des nations pour être, dans ses diverses fortunes, la leçon vivante de tous les gouvernements : heureux et puissant tant qu'il restait fidèle aux lois que Dieu lui avait données, et qui n'étaient que les lois les plus naturelles de la société; malheureux et opprimé jusqu'à devenir la proie det

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mtidnt vêiêmes, lortqu'il méprisait les avi$ de ms prù/Mtes, qu'il prêtait l'trreille à des docteurs de mensonges et â des dottrines étrangères, et qu'il allait chercher chez dm niions «rrompues des exemples et des modèles. Il ne faudrait fMS remonler bien loin dans Phtstoim des sociétés po«rtfOU¥er l'application vivante de ces hautes leçons. Ces cbAtiments n'ont rieitde 'iniraGuleux ; ils ne sent qne la conséquence naturelle des lois générales qui régissent les sociétés. Il faudrait au contraire des miracles pour sauver une société de ses propres désordres, du mépris des lois divines, de Tesprit de révolte et d'impiété, comme il faudrait des miracles pour sauver l'insensé qui se précipiterait dans un brasier ardent ou dans les profondems d'un abtme.

Le peuple juif fut en butte à la haine de toutes les nations^ parce que son exemple et ses lois les condamnaient toutes, et que, possédant seul la vérité, il devait être pereéeuté par toutes les erreurs.

Mais la société judaïque, quoique conquise, sans territoire et sans gouvernement politique, anéantie comme corps d'État, devait survivre à son anéantissement politique, et sans sace^ doce, sans autels et sans temple, conserver ses croyances religieuses; elle devait finir comme elle avait commencé, en état domestique, et se perpétuer en corps de famille partout étrangère et partout vivante, parce qu'elle devait compte à l'univers du gmnd secret dont elle avait reçu la confidence, et qu'elle avait gardé avec une religieuse fidélité.

Ces dernières réflexions nous conduisent à la religion chrétienne.

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