BX LA PHYSIOLOGIE
la médecine les causes qui troublent F«xercice de ses fonctions^ ou les moyens qui les rétablissent, môme de la mécanique les lois de quelques-uns de ses mouvements : de Tautre, elle peut fournir à la morale quelques lumières sur Tunion de l'être pensant et de rétre matériel, et sur Tinfluence qu'ils exercent Fun sur l'autre dans les déterminations de Tâme et les mouvements du corps.
Les organes de nos sens transmettent au cerveau, par le moyen des nerfs qui y aboutissent, les impressions qu'ils reç(n^ tent des objets extérieurs, La pensée se montre, la volonté naît, et elle transmet à son tour aux organes , par le ministère des nerfs gui rayonnent du cerveau, les déterminations prises à Poccasion de ces impressions.
Là, ce me semble, est le principe général, le point fondamental de toute la physiologie, en tant qu'elle considère les rapports réciproques du physique et du moral de Thomme. Ce principe est reconnu par tous les physiologistes, depuis Descartes jusqu'au docteur Gall, et n'est pas contesté par les moralistes. J'en citerai deux qui peuvent me dispenser d'en citer d'autres. « L'empire si libre que j'exerce sur mes membres, 1» dit M. Bossuet dans le Traité sur la connaissance de Dieu et i de soi-même, me fait voh* que je tiens le cerveau en mon
> pouvoir, et que dest là le siège principal de Pâme; d et ailleurs : o Le cerveau est le siège principal de l'ftme, et c'est de » là qu'elle préside à tous les mouvements du corps. »
« Le tempérament du cerveau des enfants, dit Fénelon dans » son Traité sur l'éducation des filles, leur donne une admi- » rable facilité pour l'expression de toutes les images; la sub* i stance de leur cerveau est molle , et elle se durcit tous les 1» jours. Pour leur esprit , il ne sait rien , et tout leur est nou- » veau. Cette mollesse du cerveau fait que tout s'y empreint
> facilement.... 11 est vrai aussi que cette mollesse et cette hu- B midité du cerveau, jointes à une très-grande chaleur, leur ^ donnent un mouvement facile et continuel, a
Il faut distinguer, dans ce passage, le principe général de la coopératiou du cerveau à l'opération intellectuelle reconnue par Fénelon de l'application qu'il en fait, et qui est purement imaginaire. La physiologie ignore quelles sont les qualités requises dans cet organe pour qu'il remplisse ses fonctions; s'il doit être sec ou humide , dur ou mou : elle ne sait pas môme si ^intégrité du cerveau est nécessaire.
Nous dbtinguerons aiUeui*s, pour plus d'exactitude, les or-
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gUMB, ou appareib d'orgttues, qni ne fiaiiimetteiit pas «u cer- Teau; au moins immédiatement, les impressions qa'iîsreçmveai des objets extérieurs, et qui ne reçoivent pas immédiatemeni de la volonté la détermination de leurs mouvements, tels que les organes qui servent à la vie purement physique; et nous verrons que leurs fonctions rentrent aussi, quoique d'une ma* nière plus générale et moins directe, sous Tempire de la volonté. On peut même déjà remarquer que les organes les plus indépendants de la volonté sont les plus soumis à Tinfluence de l'imagination : ainsi Tétre pensant est toujours, par quelqu'une de ses facultés, à la tète de tous les mouvements de l'étra matériel.
Hais du principe que nous venons d'exposer naissent deux systèmes opposés de physiologie , comme deux branches du même tronc; et c'est ici que la physiologie entre sur les terres de la morale, et devient philosophique; seul rapport sous lequel nous la considérons dans cet écrit.
Tous les physiologistes admettent donc la coopération du cerveau pour la production de la pensée; mais les uns veulent que l'organisation en général, et celle du cerveau en particulier^ soit la cause productive de la pensée; les autres, que le cerveau ne soit, pour cette production intellectuelle, que le moyen opératoire de l'âme, ou son instrument. Ceux-ci soutiennent que l'ftme, tant qu'elle est unie au corps, se sert de l'organe cérébral pour penser, comme elle se sert des autres organes pour voir, pour entendre, pour toucher, etc. Ceux-là veulent que la pensée soit le produit du cerveau qui reçoit les sensations, les digère, et en fait la pensée par sécrétion , précisément comme l'estomac reçoit les aliments, les digère, et en fait le chyle , le sang et les autres humeurs; et dans l'analyse d'un ouvrage moderne de {diysiologie (i), que j'aurai souvent occasion de citer, on appelle le cerveau le digetteur spécial, l'organe sécréteur de la pensée.
Ainsi, parmi les physiologistes, les uns , et ce sont les plus nombreux et môme les plus célèbres, ont reconnu dans l'homme un principe spirituel distinct des organes corporels, et qui leur est supérieur, puisque les organes sont ses moyens et ses instruments^ et que l'organe cérébral lui-même n'est, en quelque sorte, que son premier ministre. L'âme, dans ce système, pense par le moyen ou le ministère du cerveau, comme elle regarde
(1) Rapports du physique et du moral de VKommej par M. Gsbanls.
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par le moyen des yeux, écoute par le moyen des oreilles, palpe par le moyen des mains, etc. Au nombre des défenseurs de ce système, on peut compter Descartes, Malebranohe, Haller, Ch. Bonnet, Stahl surtout, plus ancien que ces derniers (1), et qui, portant au plus loin, et sans doute jusqu'à Fexcès, les conséquences de ce principe , attribue à l'âme généralement tout œ qui se passe dans le corps, et jusqu'à ses maladies qu'il croyait a produites par des mouvements que T&me excite et » dirige en se proposant d'agir comme une nature prévoyante » et conservatrice. » Tantum abesi, dit Stabl, ut corpus qnoqmmodo suijuris Ht , vt potiùs mauifestissimè alterius sUjuris^ aûmœ inçuam, etc. ; loin que le corps ait quelque empire sur lui-même, il dépend évidemment tout entier d'un autre agent, je veux dire de Tàme, etc.
Enfin, OD peut dire que cette opinion est celle du genre hu<^ main, qui partout a admis dans l'homme un principe de pensée et de mouvement distinct des organes, en même temps qu'il a rapporté au cerveau la production de la pensée comme au sM^en par lequel die se manifeste; et l'on en trouve la fleuve dans des locutions communes à toutes les langues, et même dans quelques gestes ou habitudes familières à tous les hommes.
D'autres physiologistes, venus principalement dans ces derniers temps, ne remontent pas plus haut que le cerveau et l'organisation en général, pour trouver le principe même de nos déterminations. Ils regardent la pensée, ainsi que toutes les autres fonctions productives du corps humain comme une faculté dérivée de la seule organisation matérielle. Ce qu'on a toujours appelé dans l'homme le moral n'est à leurs yeux que le physique, observé sous un rapport particulier; mais en considérant l'intelligence comme le produit final de l'organisation, ils ont été conduits pour ainsi dire malgré eux-mêmes, à reconnaître de l'intelligence partout où ils voyaient une organisation.
(1) On permeUra h l'amiUé de citer, après les noms de ces hommes célèbres, celui d'un jeune homme qui aurait marché sur leurs traces , de M. Buisson, parent et élève de M. Bichat, et qui avait partagé le premier prix de TËcole de médecine en 1802. Au sortir de Técole, il se livra k un travail forcé, et périt bientôt victime de ses devoirs. Cet excellent jeune homme réunissait, au talent le plus décidé pour sa proression, toutes les qualités aimables, toutes les vertus religieuses et civiles. Sa mort prématurée a laissé de longs regrets k une famille respectable, et de nombreux amis. Son ouvrage de la Division la pltu naturelle des phénomèneê physiologiques présente les vues les plus saines sur les quesUons que nous traitons ici» et sur raccord de la physiologie et de la ûorale.
Ainsi^ ib ont attribué des facultés ou des affections qui supposent de l'intelligence à l'animal, et peut-être au végétal; peu s'en faut même qu'ils n'en aperçoivent jusque dans l'organisation artificielle des mécaniques qui sont l'ouvrage de Thommc, et l'auteur du Traité de physiologie déjà cité observe des traces d'une faculté de contracter des habitudes dans la plus grande facilité de jeu et de mouvement que les machines reçoivent de l'usage, et de la répétition fréquente des mêmes opérations.
Dans cette hypothèse, l'homme n'est l'être le plus intelligent que parce qu'il est le mieux organisé , et s'il a plus d'intelligence que la brute, il n'a pas une intelligence d'une autre espèce.
Au reste, il faut remarquer que ces deux hypothèses, en nous indiquant le point de communication (au moins apparent) de l'ftme et du corps, ne nous apprennent rien sur le mode de leur action réciproque. La première n'explique pas et ne prétend pas expliquer la manière dont l'âme reçoit des impressions de la part des organes^ et agit à son tour sur eux pour les faire servir à ses volontés ; la seconde explique encore moins comment l'organisation toute seule devient âme et pensée; et cette dernière opinion, qui ruine la morale sans utilité pour la phy- ' sique, ne peut profiter qu'à l'athéisme.
Ainsi , et pour résumer tout ce que nous venons de dire, les deux systèmes opposés de physiologie philosophipue, réduits à leur plus simple expression , peuvent être représentés par ces deux définitions qu'on a données de l'homme :
a L'homme est une intelligence servie par des organes. »
a L'homme est une masse organisée et sensible qui reçoit 9 l'esprit de tout ce qui l'environne et de ses besoins. »
Le développement de ces deux définitions opposées précédera ce que nous avons à dire sur le fond de la question qui nous occupe.