DÉFINITION DB LHOMME
Une intelligence servie par des organes.
Cette définition de Thomme^ que Tauteur de cet écrit a donnée ailleurs (i)^ peut être considérée comme l'extrait du ' système de physiologie qui fait de Vkme une substance distincte des organes. Gicéron exprime en d'autres termes la même pensée : Ipsum autem hominem eadem natura non solùm celéritate mentis omavity sed etiam senstts attribuit tanquam satelliies et nuntios; la nature non-seulement a doué l'homme d'un esprit vif et pénétrant^ mais elle lui a donné des sens qui lui servent de ministres et comme de courriers ; double expression, par laquelle ce premier des philosophes comme des ora<teurs romains rend avec justesse et précision la double fonction des organes d'avertir l'ftme^e ce qu'il lui importe de savoir et d'exécuter ses ordres, satellites et nuntios.
Le plus beau génie de l'école animiste, Stahl , a renfermé le même sens sous une expression moins oratoire, lorsqu'il a dit : Anima per se nihil agere potest et sine corporeorum orga^ norum ministerio... Anima sensoriis organis activé excubias agit^ L'âme ne peut rien faire par elle-même et indépendamment du ministère des organes corporels... L'âme veille comme une sentinelle attentive par le moyen des organes des sens.
(1) Discours préliminaire da Divorce considéré au dix-nêutUm» sièoU.
146 PÉnNmoN de l'hoioie.
S'il était permis de rendre témoignage à la vérité de ses propres pensées, j'oserais dire que la définition de l'homme, une intelligence servie par des organes^ présente le premier des êtres créés sous le rapport à la fois le plus noble, le plus simple et le plus étendu, et qu'elle réduit à la concision et à la généralité d'un axiome la science de tout ce que l'homme est par sa nature, et de tout ce qu'il doit être par sa raison. Je vais plus loin, et je ne crains pas d'avancer que cette définition renferme tout ce qu'il suflSrait à l'homme, et plus encore à la société, de savoir des rapports du moral et du physique de Thomme, si nous étions encore à cet âge heureux de la vie sociale où l'homme, modéré même dans ses désirs de connaître, satisfait de savoir les choses utiles, ne cherche pas les choses curieuses, et n'abandonne pas des vérités simples et éprouvées pour courir après un vain luxe d'opinions nouvelles : semblable à ces jeunes dissipateurs qui se défont des meubles antiques et d'un bon usage qu'ils ont trouvés dans la succession de leurs pères, pour s'entourer de superfluités ruineuses et incommodes. Reprenons les termes de cette définition.
Après avoir supposé pour le philosophe spéculatif l'existence simultanée, mais distincte, des deux substances dont l'être humain est composé, l'âme et le corps, l'esprit et la matière, et même le rapport qui les unit, cette définition indique à la philosophie pratique ou à la morale les fonctions respectives de ces deux substances et même la nature du lien« qui les assemble> car on peut remarquer, comme une preuve du rapport que le seul arrangement des mots a, dans an« langue telle que la nôtre, avec l'ordre des idées, que le mot ^rvir est ici, dans la construction grammaticale la plus simple et la plus correcte, le lien ou la copule des deux membres de ht phrase, parce que l'idée que ce mot présente fait aussi le Ken des deux parties de notre être. Ainsi, cette définition exprime à la fois la prééminence absolue de l'écrit et infériorité de la matière, la supériorité relative de rintelligence sur les organes, et la dépendance des organes à l'égard do intelligence, ta défhiition qui appelle l'homme un animal raisonnable ne distingue plus assez cette noble créature, dans un temps où l'on fait de tous les animaux des êtres doué» dltttelligence et de raison : elle nenverse Tordre de nos facultés en nommant la partie qui reçoit le mouvement avant celie qui le communique ; elle renverse l'ordre étemel des êtres en plaçant ki matière avant Fespnt. La définition de Fhomme,
sÉnsfinoN ]»s l'boioêm^ M7
Mie intelligence tervie par des organes, nomme d'abord llntel* Dgence^ et désigne l'homme par la partie la plus noble de soa être : elle fait de l'intelligence le mattre^ et des organes les^ senriteurs^ et elle dit à l'homme tout à la fois qu'il doit culti- Ter son intelligence pour lui conserver sa supériorité naturellesur les organes destinés à la servir^ et qu'il doit conserver les oiganes^ et même les exercer par le travail pour les renctee capables de servir l'intelligence; et qu'il ne peut enfin^ sans détruire la moralité de son être^ et renoncer en quelque sorte à sa propre nature, souffrir que les sens et leurs organes, comme une populace mutinée^ usurpent le pouvoir qui appartient de droit à l'intelligence.
Cette définition n'est pas moins exacte en physiologie qu*en
morale^ car soit que les organes transmettent à Vkme les tm*
pressions d'où naissent les images, ou les expressions qui nous
révèlent nos propres idées ^ soit qu'ils exécutent sous ses
orires les actions qui suivent les déterminations de la volonté,
que l'homme parle ou écoute, regarde ou parie, quil goûte,
qu'il odore, qu'il marche ou se repose, l'homme est toujours,
et dans toutes ses fonctions, une intelligence servie par des
organes. Mais cette définition ne peut, ne doit même convenir
qu'à l'homme Kbre dans Texereice de ses facultés morales et
physiques, le seul qui soit homme dans toute détendue de
cette expression; car, dans Tétat de non liberté morale ou
physique, c'est-à-dm, de débilité corporelle ou d-aliénatioii'
mentale, l'intelligence ne peut gouverner les organes, ou les^^
organes ne peuvent servir ^intelligence; et tantôt des organes
viciés ne rapportent à l'ftme que des impressions fausses.
qu'elle ne peut redresser, parce qu'ils s'accordent tous à la
tromper; et tantôt l'âme ne peut se faire obéir d'organes:
impuisBants, et même en leur communiquant quelque mouve^
ment, elle ne peut leur imprimer aucune direction. Dans cet
état, les organes, loin de servh* l'intelligence, semblent Ten-
tratner elle-même et la faire servir à l'iiTégularité de leurs
mouvements. Td un souverain, abusé par des ministres coi^
rompus, et dans les comptes qu'ils lui rendent, et dans l'exéoiK
tion des ordres qu'ils en reçoivent, semble goovwner par lui»
même, lorsqu'il ne fait qu'obéir aux passions de tout ce qai
l'entoure.
J'arrête ici un moment le lecteur pour lui fsm nemarqner la force et le motif des expressions oliinatàon et absencesy par kaqudles notM langue déngne cet étal de l'homme
us DÉFINITION AE l'HOIOIB.
lequel la raison ne dirige plus les mouvements du corps. Ces expressions prouvent^ ce me semble^ mieux que ipui ce qu'on pourrait dire, la croyance universelle que la substance qui pense en nous est autre^ alia, que la substance qui agit; car soit qu'on prenne aliénation au sens physique^ et pour transport de propriétés d'une personne à une autre^ soit qu'on l'entende dans un sens moral, et pour division entre les coeurs, soit enfin qu'il signifie démence et dérèglement de la faculté intelligente, aliénation, qui vient d'alius, alienus, supoose toujours deux êtres distincts entre lesquels il y a séparation d'opérations et cessation de concert. Le mot absencei présente une idée semblable ; il exprime que Tàme doit être présente au corps pour en diriger les mouvements, et le corps présent à rame pour en recevoir la direction. Les lois, qui ne sont que la raison générale, ont consacré cette signification, puisque, dans une accusation de crime ou de désordre dans les actions, elles ont partout admis Tftme à prouver, en quelque sorte, son alU>i du corps qu'elle anime, et^ par cette raison, déchargé l'homme en état de démence, ou seulement de non intention prouvée, de toute responsabilité. Il semble que jamais de pareilles expressions ne se seraient introduites dans le langage universel, si l'ftme n*eût été que Torganisation corporelle, si penser n'eût été autre chose que sentir y et que le moral n'eût été, comme le dit à toutes les pages de son livre l'auteur des Rapports, etc., que le physique considéré sous un autre aspect Cette autre manière d'être aurait produit d*autres pensées qui se seraient manifestées par d'autres locutions, parce que la pensée est l'expression de l'être, et le langage l'expression de la pensée ; et si le langage lui-même, dans ses éléments les plus familiers et ses locutions les plus générales, pouvait n'être pas vrai, le monde ne serait tout entier qu'une grande illusion, et la société même n'aurait pu se former.
Les organes de la vie purement physique ou animale, tels que ceux de la respiration, de la circulation, de la digestion, etc., etc., qui semblent soustraits aux déterminations de la volonté, rentrent néanmoins sous son empire d'une manière indirecte et générale, puisqu'elle peut refuser à l'estomac les aliments dont il a besoin, ou aux autres organes les objets qui sont la matière de leurs fonctions, et même terminer la fonction de tous les organes, et arrêter pour toujours Texercice de tous les mouvements vitaux par le plus grand acte, lacté suprême de la puissance de Tftme sur le corps, la mort voion-
taire. Hais cett6 indépendance^ dans laquelle les oi^[anes de la vie sont à Tégard de Vkme, fait que l'abandon de la vie^ même kffsqull est le plus volontaire^ ne peut s'accomplir par un simple acte de la volonté. Il parait d'abord contraire à la constitution morale de Thomme et à la prééminence incontestable de rame sur le corps^ que Tàme ne puisse exercer sur les organes de la vie physique Tempire absolu, la souveraineté immédiate qu'elle exerce sur les organes plus nobles de la vie morale, et empêcher^ par un acte intérieur de la volonté^ Tes^ tomac de digérer ou le sang de circuler^ comme elle empêche l'organe cérébral de coopérer à la pensée, ou la langue d'en produire Texpression. Mais^ en y réfléchissant, on voit que la soeiété, pour laquelle Thomme est évidemment fait, n'aurait pu subsister avec cette faculté, et que Thomme n'avait pas assez de pouvoir sur ses passions pour qu'il eût un pouvoir si absolu sur sa propre vie, et qu'il lui fût permis d'en disposer à si peu de frais, et comme d'une chose indifférente. En eSet^ comme dans cette hypothèse, la mort n'eût été qu'une volonté de ne plus vivre, qui se serait accomplie sans aucune action extérieure, et sans le secours d'aucun agent étranger, toutes les petites colères de l'enfance, tous les dépits amoureux de la jeunesse, tous les chagrins cuisants de l'âge mûr, auraient fini par le suicide chez les sujets naturellement emportés ou affligés d'une excessive sensibilité, et les premiers mouvements de nos passions auraient été presque toujours les derniers moments de notre vie. La tendresse paternelle aurait été sans fermeté, Tamour conjugal sans support et sans patience, les lois sans force, les fautes sans repentir et sans réparation. Ainsi, celui qui a formé Thomme pour la société lui a refusé sur les fonctions de ses organes qui l'égalent aux animaux^ l'empire qu'il lui a accordé sur celles qui le rapprochent de la Divinité même. En même temps qu'il lui a laissé la triste faculté de fermer les yeux au spectacle des œuvres de son Créateur, l'oreille à la vérité, le coeur même à la bienfaisance, il n'a pas voulu qu'il pût arrêter à son gré les digestions et les sécrétions, et il lui a interdit sur ses mouvements le pouvoir qu'il lui a donné sur ses actions. Ainsi l'homme qui veut rejeter le fardeau de la vie est obligé d'armer son corps contre lui-même, comme contre un ennemi étranger. Ainsi il est averti, par cet effort même, qu'il n'est pas plus le maître de sa propre vie que de la vie des autres , mais que la vie de tous appartient à la société; et, lorsqu'elle en réclame le sacriGce,
190 UÉI'IMIIOK K L'BAMUB.
Fabandon Tolontane qu^l en fait, loin d'être imexeèsde^lè- Ih^d^ne pasBîon exaltée, ne peut être l'effort le ptoshéKâqae de la tertu qa'autant qu'H est l'acte le ploB léMchi de it raison.
le reriem à la définition de Hiomme. '
Ce qui me confirme dans la pensée que cette déftaitkm rewr ferme nne profonde Térité, c'est l'analogie évidente qs'eHe présente entre la constitution naturelle de l'homme et la coastitmion naturelle^ et la seule naturelle de la société.
En effet, si Itiomme^est une intelligence servie par dn or- Sfones pour des fins de production et de conser^rotioni la société domestique ou publique, religieuse ou politique , n'est pu autre chose qu'un pouvoir servi pot des minisires pour des fins de production et de conservation. Cette analogie n'a psi échappé à Cicéron : Anifmts eorpori dicùur mperore ut rex eiviius, oui parens liber is; l'esprit commande au corps coame «n roi à ses sujets ou un père à ses enfants. La raison de cette analogie est sensible. Dans l'homme, l'intelligenoe ou l'iine est le pouvoir, et les organes sont les mmistres. Dans la société, le pouvoir est rintelligence , TAme, la raison du coq» social, et les ministre» (1) ou agents en sont les organes. Le pouvoir de la société est averti par ses agents de tout ce qsi îasporle au bonheur de la société ou menace sa sftrcAé, et il accomplit, par leur ministère, son action conservsftrioe da corps social. Dans Tbomme, l'&me est avertie aussi par le rapport des organes de tout ce qui peut être utile ou nuisible sa corps, et elle exécute aussi, par leur moyen, ses fooctioos productives et conservatrices. Selon que Tftme est bien oa mal senie par les organes, la volonté s'exeroe au dehors avec plus ou moins de force et de rectitude; et même tout exercice de la volonté cesse à Textérieur, et l'Âme, même lorsqu'elle est encore présente, n'est plus sensible, si les organes sont entièrement hors d'état de la servir, comme, par exemple, dans l'homme aveugle, sourd, muet et perclus. Ainsi, selon que le pouvoir social est bien servi par les ministres de ses voloDtés, son action stn* la société est forte ou faible^ réglée ou déso^
(i) ie do» arerfir, vue fois pour tontes, que, dans les matières politiques, le mot miniêlre we s^enlend pas au sens rcstreisC, ^ui sissifie m homaie ohargé d'une partie quelconque d'administration ; mats dans te sens absolu, qui signifie membre du corps dévoué aux fonctions publiques, dans les Étals où il y en a un de ce genre qu'on appelle la mbksse.
doiiBée; et celle action cesserait tout à fait, et le pouvoir, méioe présent, ne serait plus sensible, si l'on pouvait le sup* poser eatièr^raent privé d'agents ou de ministres pouréelailer ses volontés et exécuter ses ordres. Nous avons remarqué dans l'homme des appareils particuliers d'organes destinés à la K^ioduction ou k Teotretlen de la vie physique, qui, ayant en eux-mêmes le principe et le moyen de leurs fonctions, ne sont que médiateinent soumis à l'empire de la volonté, senibieat ne dépendre de Tâme que par les rapports généraux d'organisation qui les imissent au reste dm corps, et dont elle D6 pourrait interrompre les fonctions que par Tacte violent ei dérég^ du suicide. Dussé-je être accusé de pousser trop loin le parallèle entre rhomme et la société, je ferai observer qu'il j a aussi dans la société publique ou l'État des sociétés portacttlières ou domestiques qui servent aussi à Tentretien et au renouvellement du corps physique de l'État, sociétés qui ont en elles, et dans le pouvoir paternel ou domestique, la raison ei les moyens de leur existence; sociétés aussi qui ne dé« pendent du pouvoir public que médiatement, et par des rapports généraux de subordination commune^ et dont il ne pourrait troubler les fonctions et détruire la liberté que par une action désordonnée et oppressive qui serait un véritable sui*» cide politique : car le pouvoir public n'a de droit sur la famille que pour en protéger l'existence et en faciliter le dévebppement.
L'homme considéré en lui-même et dans sa constitution naturelle, est donc une vraie monarchie, comme la société; une monarchie qui a aussi son j^uvoir, ses ministres, ses ngets, et dans laquelle, comme dans toute autre, la partie qui doit obéir, la piàrtie sujette et animale , fait un continuel effort pour usurper le pouvoir sur la raison, égarer les sens pour qu'ils la trompent, et établir dans l'homme la domination exclusive des besoins physiques et la souveraineté des passions. Si le pouvoir, dans cette monarcliie, doit veiller à la conservai» tion de la partie subordonnée» celle-ci, k son tour, ne doit agir que sous les ordres du pouvoir, et pour assurer le libre exercice de ses fonctions. Si le pouvoir se retire, le sujet périt : mais, pour compléter Tanalogie entre l'homme et la société, même en cessant d'animer le corps auquel elle est unie, l'àme ne cesse pas de vivre. Le roi ue meurt pas dans la monarchie de l'homme, pas plus que dans la momirchie de la société. Ainsi nous retrouvons le dogme religieux de l'immortaUté de
152 DÉFINITION DE L'HOMUS.
ràme^ marchant, pour ainsi dire, parallèlement dans la société avec le dogme politique de la perpétuité du pouvoir public, et nous voyons aussi les mêmes systèmes j^ilosophiques nier à la fois la vérité de l'immortalité de Tâme et la nécessité de l'hérédité dn pouvoir.
Le parallèle entre Thomme et la société, suivi jusque dans les derniers détails, serait toujours également juste, parce que les rapports sur lesquels il est fondé sont constamment vrais. Aussi cette analogie a-t-elle été reconnue ou plutôt soupçonnée, et même dès la plus haute antiquité. C'est uniquement dans les rapports qu'elle présente qu'il faut chercher l'explication de cette maxime célèbre chez les anciens, que l'homme est un petit monde, c'est-à-dire, une petite société, non égale, mais semblable en tout à la grande société; et l'univers luimême ou le grand monde, qui comprend l'homme et la société, est-il autre chose aux yeux d'une véritable philosophie, dans sa constitution et l'ordre admirable qui préside à sa durée qu'une intelligence servie par des organes pour l'ordre physique, et un pouvoir servi par des ministres pour Tordre moral , soit que l'on considère les phénomènes généraux de la nature matérielle, le feu, Tair, la lumière, comme les agents matériels, les organes ou les instruments dont l'intelligence suprême se sert pour entretenir la vie dans toutes les substances qui composent le monde physique; soit que Ton regarde les créatures intelligentes comme les causes secondes, ou les ministres du pouvoir suprême pour transmettre la connaissance des lois morales qui règlent la société, et en assurer l'exécution.
Cette analogie parfaite entre la nature de l'homme et la nature de la société, je la propose avec confiance comme une preuve de la vérité de la définition que j'ai donnée de Thomme, parce que cette analogie suppose la plus grande simplicité de moyens avec la plus vaste étendue de plan ; caractère que les philosophes de tous les temps et même du nôtre, attribuent à la puissance qui a formé et ordonné l'univers, soit qu'ils reconnaissent cette puissance dans une intelligence suprême, ou qu'ils la placent dans l'énergie de la matière et les seules forces de la nature. Si, dans les sciences physiques on cherche à simplifier l'étude de la nature par la découverte de lois de plus en plus générales qui puissent expliquer un plus grand nombre de faits pailiculiers; si c'est avec raison que Ton croirait avoir atteint le dernier terme des progrès de ces sciences, en ramenant à une seule loi, à un seul principe tous les phénomènes
DÉnNmON DE t'HOMHE. 153
qu'elles présentent, pourrait-on ne pas reconnaître un grand principe de la science morale ou sociale, et un progrès réel des connaissances philosophiques dans cette définition si simple, qui, s'appliquant avec la môme justesse à toutes les natures, explique à la fois Thomme, la société, Tunivers?
Je ne crains pas d'avancer qu'un esprit exercé à considérer, dans toute sa généralité, le système entier des êtres moraux, en rapprochant cette définition des croyances immémoriales de tous les peuples, premier fondement de toute certitude morale, y verra peut-être quelque chose de plus qu'une simple thèse philosophique. Je crois même qu'il jugera que cette harmonie entre la constitution de lliomme, la constitution de la société^ la constitution même de l'univers, manifestée par une définition identique, tme intelligence servie par des organes, ou un pouvoir servi par des ministres, est toute seule une preuve de la vérité des rapports dont cette définition est Texpression, et qu'il est impossible qu'une erreur, c'est-à-dire, une chose sans léalité, eût pu être représentée à l'esprit par une expression si simple, si élevée et si générale.
« L'univers, a dit d'Alembert, pour qui saurait Fembrasser » d'un seul point de vue, ne serait qu'un fait unique et une I grande vérité, o
Peut-être la définition qui fait de Thonime tme intelligence servie par des organes paraîtra à quelques esprits donner une idée trop relevée de notre faible nature ; c'est un effet inévitable des opinions populaires, partout où elles se répandent, que tout ce qui est noble, même dans la doctrine, paraisse sur spect. Mais si une haute philosophie recommande à chaque homme en particulier de s'estimer peu lui-même, elle inspire à tous les hommes la plus haute idée de la dignité de l'espèce humaine, bien différente de ces opinions désolantes qui font de la raison de chaque homme une puissance indépendante, et du genre humain tout entier une espèce de Tanimalité.
Ainsi, pour résumer tout ce qui a été dit dans le chapitre qu'on vient de lire, l'homme est une intelligence servie par des organes: servie par l'organe du cerveau pour les opérations de f intelligence, c'est-à-dire, la perception des images, ou la conception des idées; servie par les organes de la vue, de l'ouïe, du tact, de la voix, de la locomotion, etc., pour la transmission au dehors des impressions qui forment les images, ou des expressions par lesquelles se manifestent les idées, pour l'exécution, sous les ordres de la volonté, des divers mouve-
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ments nécessaires à la consen^ation de nos coq>s, à raccoo»* plissement de nos devoirs^ à nos comnranications avec nos semblables; senrîe par les organes de la sensibilité^ on phitAt par la sensibilité répandue dans tous les organes^ poor trans^ mettre à Tâme les sensations de donleur et de {riaisîr; servie enAn^ quoique d'âne manière moins directe et plus indépendante^ par les organes de la respiration^ de la nutrition et les autres^ dont la fonetioû est d'entretenir la vie ou de la communiquer; organes qnij considérés dans leurs rapports généraux avec la volonté, et dans leur destination particulière, sont plutôt les stgeti de Fintelligence que ses ministres, et trâvanl* lant au soutien de Pétre physique pour le rendre capable de serrir l'être moral ; hnage virante de la société, où des classes nrfépîeures, sujettes et non ministres, exclusivement occupées tfe soins domestiques, de travaux manuels, d'arts mécaniques, enfin de tout ce qui est nécessaire à Tentretien physique âa wrp» social, donnent aux classes les plus élevées te temps et les moyens de vaquer s<ans distraction aux soins plus uoUes et plus importants de la vie publique.