CHAPITRE VI
ûftPIKITIOM DE L^HOMMK
l de les JbesoiAt. (Caiéchi$me philosophique de SaintrLambert.)
La définition de Tboomie : a Une masse oiganisée et sen^ » «Ue qui reçoit req>rit de tout ce qui l'environne et de mb > besoins, » est prise du Catéchisme philosophique de M. de Ssint-Lambert; et quoiqu'elle ne se trouve (las teiUielleme^t 4uiê \6A Rapporté du physique et dumorol, dont t'auteur, aprte avoir défiguré Hicmiaie, n'a pas osé le définir, elle résulte évidemment de son système. D'ailleurs, cet écrivain se l'est en quelque sorte ^>propiiée parles éloges exagérés qu'il a donnés au CaiichùmepÙlosophique, dans lequel il loue et le style, et lesprincipes, et a les exemples par lesquels l'auteur les aff^- 9 que, et les règles de conduite qu'il en a déduites (i). n
11 n'est personne qui ne reconnaisse l'homme et l'homme seul dans une intelligence servie par des organes, paece qu'il n'est personne qui nesache, par le témoignage de sa raison et de ses sens, et par le sens intime, qu'il a une inlelligenoe (quel qu'en soit d'ailleurs le principe) ; qu'il a des organes, #t que rmteUigeace fait servir las mganes k ses déteanîBatkos;
(1) Le Catéchisme phUosophique^ ni même les Rapports du physiifÊK 4t du moralf de Cabanis, n^ont plus de lecteurs ; mais les doctrifies mstérialistes ont des partisans , et ce sont les doctrines et non les avtews
4S6 DÉFi5inoN DE l'homms.
mais la définition opposée : une masie organiêie et sensMe qui reçoit l'esprit de tout ce qui F environne et de ses besoins, est une véritable énigme que les uns peuvent entendre de lliomme^ les autres de Tanimal et même du végétal; masses aussi ou portions de matière^ masses organisées et même sensibles, puisque ranimai est certainement doué de sensibilité, et que Ton donne le nom de sensibilité élective à certaines propriétés des végétaux^soit lorsqu'ils s'assimilent les sucs qui leur sont propres à Texclusion de tous les autres, soit lorsqu'ils montrent de la contractilité et de l'irritabilté, comme les sensitives, ou qu'ils affectent certaines positions cpmme les plantes appelées solaires. Il est vrai que cette sensibilité végétale est purement physique; mais la sensibilité humaine n'est pas autre chose suivant les nouveaux moralistes, et l'auteur des Rapports dit expressément : « Nous ne sommes pas sans doute réduits à » prouver que la sensibilité physique est la source de toutes les » idées et de toutes les habitudes qui constituent l'existence » morale de l'homme. x>
Hais, à ne considérer cette définition que sous le rapport de l'expression, est-il d'une saine logique de définir un objet par les qualités qui lui sont communes avec mille autres objets, plutôt que par celles qui sont propres à lui seul, et qui mettent entre cet objet et les autres une distinction marquée? Ceux qui définissent l'homme : Une masse organisée et sensible qui reçoit resprit de tout ce qui F environne et de ses besoins, croiraient-ils définir une production littéraire, le Télémaque parexemple,en l'appelant une masse de papier imprimé oh il y a des aventures? et cette définition ridicule, mais au fond aussi juste que celle de l'homme, ne conviendniit^elle pas aussi bien au conte de Peau d'âne qu'à l'immortel ou>Tage de Fénelon ? Cette définition ne convient-elle pas aux animaux comme à l'homme? et en considérant l'industrie native avec laquelle ils savent pourvoir à leurs besoins, et ce qu'ils peuvent apprendre de l'art que nous employons à les dresser pour nos usages, ne pourraiton pas les appeler aussi des masses organisées et sensibles qui reçoivent Pesprit de tout ce qui les environne et de leurs besoins ? Mais peut-être le premier mérite de cette définition, aux yeux de quelques personnes, est de pouvoir convenir aux bétes comme aux hommes, et sans doute son auteur s'est applaudi d'avoir pu confondre ainsi l'intelligence de l'homme et l'instinct de la brute.
Ce qui met une opposition totale entre les deux définitions
bAfinition de l'homme. 1K7
de l'homme^ c*e8t qae^ dans la première^ rhomine e$i intelligence, et il a des organes pour la servir; et que dans la seconde, il est masse ou matière organisée, et il a par acquisition ou reçoit Tintelligence. Ainsi, dans Tune, Vêire propre essentiel de rhonune, est Tàme on l'esprit, et les organes ne sont qae Yavoir ou l'attribut ; et dans l'autre, la matière ou les organes sont Vétre, et l'esprit est Vavoir, ou l'attribut acquis ou adventif : car ces deux expressions être et avoir présentent les deax idées les plus générales sous lesquelles on puisse concevoir Tétre, et tout ce qu'on peut lui attribuer; et c'est l'unique raison de l'emploi que toutes les langues font d*étre et avoir comme auxiliaires, exprimés ou sous-entendus, de tous les vetbes qui désignent les divers états ou modifications de l'être.
Ces deux définitions sont donc les deux extrêmes de la science de l'homme ; elles difièrent l'une de l'autre comme tout ce qu'il y a de plus opposé dans nos idées, et pour s'en convaincre, on n'a qu'à les réduire l'une et l'autre à leur expression la plus simple, et l'on trouvera que, dans Tune, l'homme est un esprit qui a reçu des organes, et dans l'autre, des organes qui reçoivent de l'esprit.
Mais quand il serait vrai que le besoin de la fakn et de la soif et la vue des aliments eussent pu donner à l'homme, sans aucune autre leçon , Vesprit de manger et de boire, quoique ce même besoin tout seul n'éclaire pas Thomme, comme il éclaire la brute, même la plus stupide, sur le choix des aliments qui lui sont propres ; quand il serait vrai que le besoin de se défendre des injures de l'air eût pu donner à l'homme l'esprit de se retirer sous un arbre ou dans une grotte; quand le besoin du repos lui aurait donné Tesprit de dormir,;^et le besoin de fuir, l'e^t de courir, ces besoins natifs, les premiers et même les seuls nécessaires au soutien de la vie physique, une fois satisfaits, l'esprit reçu de ces besoins n'eût pas dû s'étendre au delà de ces mêmes besoins; et le luxe, qui n'est qu'un sentiment eonftts et déréglé de perfection, n'est pas un besoin qui ait pu donner l'esprit d'inventer les agréments, les superfluités, même les commodités de la vie, qui ne sont des besoins qu'après que Tesprit les a connus et que le corps les a goûtés. Combien y a-tril de peuples dont l'esprit est encore renfermé dans le cer^ de étroit des premiers besoins, et à qui le besoin de se préserver du froid n'a pas donné l'esprit de se faire des vêtements, pas même, si Ton en croit quelques voyageurs, l'esprit d'allumer du feu I Mais où est le besoin de Tordre corinUiien, pour
158 D^Fimno!! m L'sôxirE.
qne rhommeait reçu Tesprit d'en inventer les béHes propoi^ fions? et croit-<m que, si le sciilptefir à qui le hasard ofrit m tase entonré d'une tige d'acanthe n'eM pas en <hns Fespriti antérienrement à cette Tue, le sentiment dn bean, et ces idén de proportions et de rapports entre les objets qnt eonstitoeiit proprement Fesprit, il e(kt eu tout à conp^ et par le seul elRit de eette image, la pensée de faire d'un vase orné de feniRages le chapiteau de sa colonne? Oà est le besoin de Ilmprimerie, pour que l'homme en ait reçu Tesprit d'imaginer les procédés compliqués de cet art ingénieux? Où est le besoin des habKs magnifiques, des mets recherchés, pour que niomme en ait reçu l'esprit de fabriquer des étoffes, o« de combiner des sarenrs? Où est le besoin des tragédies en cinq ades et des épopées en vingt chants, pour que llionmie en ait reçu l'esprit d*ourdir la feUe d'un poème, et d'en disposer les diffifirentes parties ? Où est même le besoin dn langage, pour que rhomme, qui peut vivre sans parler, ait reçu de ce besoin l'esprit, le prodigieux esprit d'inventer le miracle toujours subsistant de la parole, et de ses incompréhensibles combinaisons qui emtr tituent le langage humain t Et les systèmes de movule <A de métaphysiqtie, idbus de l'esprit, si nos philosophes le veuleat ainsi, mais qui sont de l'esprit enftn, à quel bêmn faudra-t-l les rapporter? Mais cette moue or^amsée ne reçoit pas seide* ment Ye»prxt de an hernns; eHe le reç^ encore é& tm» te ébjetsquiVewrirmmenty c'est-k-dire que l'homme, né sans es* prit au sein des forêts, au nnlieu de toutes les producfiem brutes de la nature animée cm inanimée, air, eau, plantes, pienres, métaux, animaux, etc., a reçu de tous ces objets It connaissance des rapports qu'ils ont les uns avec les autres, el quêtons ont avec ses besoins; l'esprit de fondre les métaux, de tailler la pierre, de façonner le bm, d'ourdô* la laine et te Im, de dompter les animaux; le génie enfin de se servir de tous ces objets pour élever des palais, construire des vaisseaux, cultiver la terre, parcourir les mers, mesurer les cievx, et ftnre servir toute la nature à ses nsages? Combien est plossîmph, plus naturel, plus facile, plus conforme, en un mot, i l'ordre de nos idées les phis communes, de nos habitudes les plus familières, à l'opinion même du genre hunuôn, te senti» ment de ceux qui croient l'homme né avec une intéHigeaee qm n'attend pour s'exercer que des organes capat)les de la se^ vir; une intelligence éclairée cher tes premiers humains psr edié qni^ ayant placé l'homme sur la tcme, et l'ayant i
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nsiifrtiîtier tmirersel de ce ^*n5te domaine^ a éh lui dmmer^ dès les premîerâ moments de son existence^ les moyens d'y TÎrre, et de faire servir la nature à ses besoins ! Ainsi, à quelque époque qne chaque génération hamame ait stiecessr?ement paru sur la terre, elle y a trouvé déjà répandue h connais* sance des arts utiles, cette connaissance que Vidée du beau et dn bon, caractère spécial d'nne intelligence raisonnaMe, a perfectionnée lentement, et qu'elle perfectionne tous les jocrs par l'effet de la communication des esprits et de la communauté des travaux entre tous tes hommes,réunîs par le lien d n langage.
a Avec le genre humain, dît Bossuet, dans gon Discours sur » Fhistoire universelle, se conservèrent (après le déluge) les » arts, tant ceux qui servaient de fondements à la vie humaine, 0 et que les hommes savaient dès leur origine, que ceux qu*ib » avaient inventés depuis. Ces premiers arts, qne les hommes » apprirent d'abord, et apparemment de leur Créateur, sont » Pagricullure, l'art pastoral, celui de se vêtir, et peut-être » celui de se loger (!) : aussi ne voyons-nous pas le commen- » cemettl de tous les arts en Orient, vers ces lieux d'où le » genre humain s'est répandu? »
La fable, en racontant les origines de ces choses, a défiguré les noms, altéré les circonstances, et confondu, dans l'hîstoh^ particulière de quelques peuples, les Keux, les hommes et les temps ; mais elle n'a pu effacer la trace des faits généraux de l'histoire même du genre humain, et ces traditions primitives, conser\'ées chez tous les peuples qui ont des souvenirs. Elle
(1) Genèse, clfea4>. m et iv. De tous les arU, le plus ioUmemeat Ué 2i U dviiisaUon des peuples parait être Tart de fondre et de travailler les métan, pufsqne cet art fournit Si tous les autres leurs instruments, et que» uns lui, M ne pe«t cmiceToir, chez «a peuple polîoé, ni la ptiv« nf li W^m^ m la coltiMde la tflne, vi la défense delà loclâtè. €oii««Ml« pu être ioTOBlé cet art» d4wt les matériaux, eafiMÛs dans les entrailles de la terre, et mêlés, sout une forme souvent imperceptible, k des substances terreuses, ne peuvent en être dégagés que par les combinaisons tes piM savantes, et li TMt des sgeiils les plus pnlssmlst Cependiiit M le RÉfonve dsos rkistoÉre, aossitAt qu^on j apeiçsit de» ■odétén; «1 IVmime même sauvage en saisit si immédiatement rotllilé, 4|uHl donna tout ce qu*il possède pour une bâche ou quelques duus. U est digne dt remarquer qne c'est avec des métaux que la fabte a désigné les premières époques du monde et les Avers états de cfvHhatfon « et qv*elle leur fl même aiiiibné des iivportn amc Ica signes eétenies, snns dnnte pnnn quedesUftdilioBSiannéflMMMas&iBaienidecttail, Kepiemiereileptnf nécessaire de tous pour l*bomme en société, ua bienfait des deux plutdt <ni^e invemtOQ des %ommes.
100 niFINlTION DE l'HOMIQ.
nous montre également la naissance de tous les arts à c6ié du berceau des sociétés, les hommes instruits par les dieux dans la science de la vie, et toutes les connaissances venues primitivement de TAsie et des lieux les premiers habités. C'est aux Phéniciens, voisins des Hébreux, et qu'elle confondait avec eux, que l'antiquité fabuleuse attribuait l'invention de récriture ; et a les histoires grecques , nous dit Bossuet, font foi que » la philosophie du théisme venait d'Orient, et des endroits où » les Juifs avaient été dispersés. »
Ainsi le Créateur, en instruisant les premiers hommes dans l'art de vivre, qui comprend toutes les sciences physiques, et dans la religion, qui comprend toutes les sciences morales, a donné, dans leur personne, au genre humain les éléments de toutes les connaissances physiques et morales, qui ont été développées plutôt qu'inventées dans chaque société, à mesure de son âge et de ses progrès, et qui se développeront successivement tant qu'il existera des hommes et des sociétés ; car, même dans les arts, le luxe, comme nous l'avons déjà fait observer, n'est qu'une recherche continuelle, et quelquefois inquiète de perfection ; et, loin que l'homme reçoive l^esprit de tout ce qui V environne et de ses besoins^ il reçoit de son esprit les moyens de faire servir tout ce qui l'environne à satisfaire ses besoins, et même on peut dire qu'il reçoit de l'inépuisable activité de son esprit de nouveaux besoins, et des moyens toujours nouveaux de le satisfaire.
Mais nous-mêmes, nous portons nos arts aux sauvages, peuples, qu'on y prenne garde, non pas naissants et primitifs, mais dégénérés; aussi anciens que les autres, mais qui, sortis trop jeunes de la famille, séparés de la branche aînée qui avait conservé, qui avait maintenu autour d'elle la connaissance des vérités primitives, relégués aux extrémités de l'univers, et sans communication avec les peuples civilisés, ont oublié ce que les autres ont retenu, et perdu successivement jusqu'aux plus nobles traits de la figure humaine. Une intelligence obscurcie n'anime plus leurs yeux; l'humanité ne met plus le sourire sur leurs lèvres, ni la pudeur, la rongeur sur leurs fronts, et ils n'ont conservé de leur antique patrimoine que le sentiment confus de quelque être supérieur à l'homme et de l'existence des esprits, et une langue grossièrement articulée, type indélébile de la nature humaine, et le seul titre qui leur soit resté pour se faire reconnaître de leurs frères, et revendiquer un jour leurs dix)its à l'héritage commun. Et ce-
sÉnmnoN db l'hoiims* 16i
pendant n^oni-ils pas des besoins^ ces peuples vains^ cupides et intempérants? N'ont-ils pas des passions? Ne sentais pas environnés de tous les objets de la nature^ et même d*une nature plus grande, plus riche et plus majestueuse que la nôtre? El comment, depuis tant de siècles, ces masses organisées, et même puissamment organisées, sensibles aussi et jusqu'à la fureur, n'ont-elles pu recevoir de leurs besoins, ou des objets qui les environnent, l'esprit d'inventer, pas même l'esprit d'imiter de leur commerce avec nous, de la vue de notre industrie, de la possession des produits de nos arts que nous leur portons en échange des productions de leur nature? Pourquoi tant de génie à un bout de l'univers et si peu à l'autre? Pourquoi toutes les inventions à une extrémité du globe, et à l'extrémité opposée une si profonde stupidité? Et toutefois, remarquez, à l'honneur de l'intelligence humaine, que même au milieu de l'abrutissement où ils sont tombés, les sauvages ont retenu quelque vestige des arts de la pensée, tandis qu'ils ont oublié tous les autres et même les plus nécessaires à la vie! Ainsi, lorsqu'ils sont agités par de grands intérêts ou de violentes passions, ils s*énoncent avec force, avec élévation, même avec emphase; ils ont des chants d'amour et de guerre, et ils n'ont pas des vêtements, et ils ne savent pas cultiver la terre, ni à peine se construire un frêle abri. Et que sont après tout ces inventions dont nous sommes si fiers, qu'un hasard heureux, ou plutôt une révélation subite faite le plus souvent à des ignorants, comme si la Divinité se plaisait, au physique ainsi qu'au moral, à révéler aux simples ce qu'elle cache à l'orgueil des savants? Une fois l'art découvert, les savants s'en emparent et le développent à force da tâtonnements et d'es^ sais. C'est un diamant trouvé par un manœuvre, et qu'un lapidaire taille à facettes. Hélas ! et les plus grandes découvertes q^ii appartiennent à l'homme, puisqu'on peut en nommer les auteurs et en assigner l'époque, l'imprimerie, la boussole, la poudre à canon, un nouveau monde tout entier, on dispute encore, et Ton disputera longtemps, pour savoir si elles ont été plus utiles que funestes, et le problème devient tous les jours plus difficile à résoudre.
Nous avons momré dans le chapitre précédent que la définition : Une intelligence servie par des organes, pouvait s'appliquer à la constitution de la société et même à celle de l'univers comme à celle de l'homme, et que l'on retrouvait partout cette grande idée d'une intelligence servie par des organes, et d*tm
16S PÉFUflTlON B£ L'HOMUE*
pouvoir nervi par dtê miniitres. Daas le système ofpùsé^ nous refrouvoDs aussi une sorte d'analogie entre rhomme , telle qu'une certaine philosophie le conçoit; la société, telle qu^elIe la constitue^ et l'univers méme^ tel qu'elle Timagine ; et la définition de llionmie : « Une masse organisée et sensible^ qui 9 reçoit Tesprit de tout ce qui Tenvironne et de ses besoins, a peut, sans lui faire trop de violence^ convenir à la société des matérialistes et même à leur univers. En effet, dans leur système favori de société^ le système populaire, le pouvoir, le souveram est aussi la masse du peuple, organisée en un nombre infini d'autorités et de fonctions; masse sensible aussi, ou, ce qui est la même chose, douée d'une extrême irritabilité, masse qui reçoit l'esprit de tout ce qui l'environne, et qui, par elleméote inerte et passive, reçoit le mouvement et la direction de la part de ceux qui la font vouloir à son insu^ pour la faire agir à leur profit; masse aussi qui reçoit l'esprit de ses besoins : car ce n'est jamais que ses besoins ou des plaisirs devenus pour lui des besoins, du pain et des s^ieclades, et tout ce qui y s^t, le commerce, l'agriculture, les arts, la physique enfin, et jamais la morale, que le peuple voit dans l'administration, toutes les fois que, pour son malheui^, il fait irruption dans le gouvernement; et^ce sont aussi les sciences physiques qui prospèrent le plus dans un État populaire. L*univers lui-même n'est, suivant la même doctrine, qu'une masse organisée en animal, en végétal, en minéral, etc. ; masse douée aussi de sensibilité ; car si elle peut recevon* L'esprit de ce qui l'environne, puisque hors d'elle il n'y a rien, elle retrouve dans sa propre énergie et dans ses seules forces, non-seulement la puissance qui pi'oduit, mais l'intelligence qui dispose, et la Providence qui conserve.
C'est donc une vérité fondamentale de la première de toutes les sciences, la science de Tétre morale que cet enchaînement nécessaire dans tous les systèmes entre toutes les vérités, même entre toutes les erreurs : d'un côté entre le spiritualisme de l'homme, le monarchisme de la société, le théisme de l'univers; de l'autre, entre le matérialisme, le popularisme et l'athéisme. Le premier des deux systèmes a régné exclusivement en Europe depuis la naissduce du christianisme, défendu par la religion chrétienne. Le second, introduit dans la chrétienté depuis près de trois siècles, a pris dans ces derniers temps une grande prépondérance, sijutenu par la phiiosopliie moderne. La postérité en recueillera les derniers fruits. Ainsi,
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à coosidérar c« xknûer «ystàme, non dans ks opinions indé<cises de quelques savants, pas même dans la marche souvent contrainte^ de telle ou telle société, mais dans Tensemble des sociétés civilisées ou dans TEurope chrétienne^ on ne peut assurer qu'un système faux sur l'homme amènerait à la longue un système correspondant sur la société et même sur Tordre universel des êtres, si le christianisme, qui seul peut conserver la croyance de la Divinité et de la spiritualité de nos âmes, et la connaissance même du vrai pouvoir de la société, venait jamais à s'affaiblir et à s'éteindre. C'est même un nouveau motif de croire à Texistence de Dieu et à celle de nos âmes, que cette disposition naturelle à nos esprits de réduire en système ses opinions même les plus fausses. L'esprit de l'homme, fait à l'image de la suprême intelligence et de la raison essentielle, ne saurait entièrement en effacer les traits, et il ne peut s'empêcher d'être conséquent, même lorsqu'il peut cesser d'être raisonnable.
Non, ce n'est pas un philosophe qui appelle Hioiaoïe une motte erganisée qtd reçoit fttprit».,. de set betoiffts, c'eti encoro moinaun poëte; et <|uoique l'auteur qiû a dégradé à ce point h mtope humaine ak rimé agréablement quelques idées eûm^' aiiuies sur les saitom , jamaÎB rhonime inspiré n'aurait conçu^ jamais Vot magma sonatumm n'ancait proféré de ai tristes, de li abidctes erreurs.
Après avoir jNrésenté sous un point de vue général les deux systèmes de phy»ologie philosophique exprimés dans les deux définitons opposées de l'homme, il convient d'enitrer dans ime discnssioo plus ap^ofondie sur la nature et les fonctions de noire iatellâgence, et de montrer qu'une maste orgwmée, ou, pour parler avec Tautenr des Bapportt du phytique et du mord de V homme, que Torganifiation ne peut être la cause productive de la pensée.