‹ Recherches physiologiques sur l'utilisation des graisses du sangChapitre 21 sur 23 · DR CE · texte numérisé non relu

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30 Nous avons recherché si la diminution de l’alcalinité constatée dans le cas où le mélange contient des microbes serait due à la mise en liberté d'acide oléique par saponification de l'huile de pied de bœuf. Cette recherche nous a paru nécessaire pour dissiper toute l'incertitude des résultats précédents.

Technique : Nous avons employé la méthode bien connue de dosage des acides gras : acidification du mélange (sang, huile et solution de carbonate de soude) par l'acide sulfurique, épuisement par l’éther rigoureusement neutre, enfin dissolution de l'extrait éthéré dans une solution de carbonate de soude et titrage de celle-ci à la phtaléine.

Les résultats indiquent le nombre de centimètres cubes d’une solution d'acide acétique à 1 gr. 8 pour 1000 nécessaires pour saturer à la phtaléine 25 centimètres cubes d’une solution étendue de CO Na? traitée par l'extrait éthéré obtenu comme il a été dit.

Aseptique Infecté après Expériences à Lo DEAR ER d'ituse 48 h. d'étuve Sang de chien en digestion (Fans seuls ne 17,4 - 17,2 Sang de chien en digestion (Canet he) SE MR Er 728 192 18,8

Nous avons donc constaté qu'il n’y a pas d'acides gras combinés au carbonate de soude.

Mais puisque nos expériences nous conduisent à des conclusions qui ne sont pas celles de M. Hanriot, on peut se demander qui a raison de lui ou de nous.

Je crois qu’il est difficile d'admettre que les éxpé-

Tes riences de M. Hanriot soient démonstratives. En effet, au point de vue de l’action du sérum sur les graisses surajoutées, elles se réduisent à une seule que nous avons citée et que nous n’avons pu réussir en nous plaçant dans des conditions correctes. Or, voici ce que M. Hanriot en dit lui-même / Société de Biologie 1902.)

« Dans une expérience récemment publiée, j'ai cru avoir réalisé ce dédoublement. N'ayant pu la répéter avec un autre sérum, il

est probable qu'il y a eu contamination comme l’admettent

MM. Doyon et Morel, »

Et plus loin :

« Quant à la non-saponification des huiles surajoutées, qui est réelle... »

J'espère qu'il est maintenant hors de doute qu’aucune expérience positive n'autorise à conclure que le sang saponifie les huiles surajoutées, puisque M. Hanriot a été obligé de le reconnaître à la suite des critiques que nous lui avons adressées, M. Doyon et moi. (Comptes rendus, Société de Biologie, 1902, page 498 et page 614.)

Ajoutons en outre qu'Arthus, reprenant les expériences de M. Hanriot, en se plaçant « dans des condions ne différant pas essentiellement de celles qu’Hanriot avait adoptées » a obtenu des résultats analogues aux nôtres. (Journal de Physiologie et de Pathologie générales, t. IV, 15 mai 1902.) Voici ce que dit M. Arthus : « Pas plus aujourd’hui qu'autrefois, je ne dis, comme on me l’a fait dire inexactement, que la monotyrinase ne peut dédoubler les graisses neutres ; je dis simplement que je n’ai pu réaliser, dans mes

expériences, les conditions dans lesquelles cette transformation serait possible et que la démonstration qu'en a cru donner M. Hanriot prête trop à la critique pour être considérée comme définitive. »

2° QUESTION. — Existe-t-il dans le sasg un ferment saponifiant les graisses du chyle? — (Société de Biologie, 1902, p. 656.) M. Hanriot dit qu'il a établi que la lipase peut dédoubler les corps gras en solution dans le sang. Mais comment a-t-1l établi cela, par une seule expérience que nous avons citée et dont il n'ose plus se servir depuis que M. Arthus en a fait la critique (Journal de Physiologie et de Pathologie générale, p. 66, 15 janvier r902). «ll n’est pas possible de juger la valeur de celte expérience, car M. Hanriot ne donne aucune indication sur les conditions {asepsie, température, etc.) où elle a été faite, n1 sur les méthodes d'analyse qu'il a employées. Cette unique expérience n'entraine pas, en tout cas, la conviction qu'il s’agit véritablement d’une lipase proprement dite. »

Mais M. Hanriot, n'ayant aucune expérience sans reproche pour démontrer l'existence de son ferment saponifiant des graisses naturelles du sang, entreprend de faire faire la démonstration par nos propres expériences”.

C'est donc qu'il avoue implicitement que son expérience n'était pas sans reproche et que l’on peut avoir confiance dans nos résultats. Nous croyons comme lui à l'exactitude des chiffres que nous avons publiés,

! Biologie, 1902, p. 656 et p. 977.

Ge

M. Doyon et moi, et nous ne différons de M. Hanriot

que par leur interprétation. L'essentiel est que les

expériences soient bien faites, l'interprétation est soumise à la libre discussion.

Voici comment M. Hanriot se sert de nos expé-

riences pour démontrer l’action de la lipasse sur les

graisses du sang ;

« MM. Doyon et Morel ont répété l'expérience, et je rapporte ici les chiffres qu’ils ont publiés (Comptes Rendus, CXXXIV,

p. 622), AC, gras comb. à l'état Ac. gras graisses de savons libres glycérine I. Sang de chien à l'ori-

ZINC PP ES 0e 00 0,081 0,320 néant Après 96 heures d'étuve . 0,70 0,816 0,007 néant IT Sérum de cheval à l'o-

PEER M: 00:00 0,21 0,40 néant Après 144 heures d'étuve. 0,77 0,55 0,98 néant

En sorte que dans la première expérience la diminution des graisses est de 3 gr. 534, tandis que les acides gras tant libres qu'à l'état de savons ont augmenté de 412 milligrammes. Dans la seconde expérience les graisses disparues sont de 2 gr. 28, tandis que les acides gras augmentent de g2 centigrammes.

Donc, les expériences mêmes de MM. Doyon et Morel montrent que 12 pour 100 de la graisse disparue dans le cas du sang, 42 pour 100 dans le cas du sérum, apparaissent sous forme d'acide gras, ce qui confirme ce que J'ai annoncé que les graisses se saponifient dans le sang, Il est à remarquer que d’après leurs expériences mêmes, la saponification est quatre fois plus forte dans le sérum que dans le sang, bien que, dans leurs conclusions, ils énoncent le contraire.

Ils n'ont pu déceler la glycérine dans le sang et invoquent ce

fait comme un argument contre la saponificalion. Or, la quantité

ts de 47 centigrammes d'acides gras qui s'est formée pendant leur expérience correspond à 5t milligrammes de glycérine; ils ont malheureusement négligé de faire connaître la méthode qui leur permet de retrouver avec certitude dans 1 litre de sang 5 centigrammes de glycérine ou même une quantité beaucoup pius grande.

Enfin, MM. Doyon et Morel ont établi que, dans le cas du sang, le dédoublement des éthers n’a pas lieu dans le vide. J'ai montré que les réducteurs détruisaient la lipase: il n’y a donc rien de surprenant à ce que, dans un milieu réducteur comme le sang privé d'oxygène, la lipase ne puisse agir.

in résumé, comme on le voit, les expériences de MM. Doyon et Morel ne fournissent aucun argument contre celles qui m'ont permis d'établir l'existence de la lipase. Elles les confirment même en montrant que 12 pour 100 des graisses du sérum sont dédoublées ainsi que je l'ai annoncé.

Comme nous l'avons dit, M. Hanriot entreprend de demander la preuve de l'existence de sa lipasse, non plus à ses propres expériences, mais aux nôtres.

La tentative est vaine. Elle commence par une équivoque. Elle confond, en effet, deux cas qu'il faut disünguer : le cas du sérum proprement dit, c'est-à-dire débarrassé de globules et le cas du sang ou des sérums plus ou moins chargés de globules.

Dans le cas du sérum vrai, centrifugé, sans globules, notre note à laquelle M. Hanriot se réfère établit qu'iln'y à pas d'action lipasique appréciable. L'extrait éthéré ne varie pour ainsi dire pas, il n’y pas sensiblement d'acide gras mis en liberté; pas de saponification. Les chiffres sont les suivants :

Acides Acides organiques organiques Acides comb. à l’état à l’état de organ.

Extrait éthéré d’éthers selssolubles libres Glycérine

À Vorigine.s : : 3,96 2,99 0,29 0,05 néant.

Après 144 h. à 37°. 3,89 2,78 0,29 0,50 * —

M. Hanriot omet cette expérience qui contredit nettement son assertion relative à l'existence d’une lipase préexistant dans le plasma sanguin.

Dans le cas du sang, M. Hanriot cite comme si elles se complétaient et comme si elles étaient comparables deux autres expériences de la même note qui se rapportent, l’une au sang total du chien, l’autre à un sérum de cheval chargé de globules, ayant séjourné des temps différents à l’étuve. D'ailleurs, il interprète d’une façon tout à fait arbitraire les résultats pour les faire entrer dans sa théorie.

Il se produit dans le sang laissé aseptiquement à l'étuve des réactions que beaucoup de physiologistes tendent à attribuer aux globules, car elles ont lieu dans le sang total, encore dans les sérums chargés de globules ; elles font défaut dans le sérum sans globules.

Parmi ces réactions, 1l y a celles que nous avons indiquées : l'extrait éthéré en général et, en particulier, Les graisses diminuent dans le sang ; 1l n'apparaît pas une quantité d’acides organiques équivalente (libres ou combinés) et encore ces acides ne sont pas nécessairement des acides gras dérivés des graisses, mais ils peuvent être formés en plus ou moins grande partie d'acides dérivés des matières albuminoïdes.

De glycérine, nous n'en trouvons pas. L'action qui a fait disparaître toute cette graisse n’est donc pas une

saponmification. Le processus, dans son ensemble, est certainement autre.

A côté de ce processus, M. Hanriot suppose qu'il en coexiste un second qui serait une véritable saponification portant sur une portion de la graisse disparue (12 pour 100 dans l’un des cas, 42 pour 100 dans l’autre).

Pourquoi? parce qu'il y a une petite proportion d'acides organiques que M. Hanriot suppose être des acides dérivés des graisses. Ÿ a-t-1l une quantité de glycérine correspondante ? M. Hanriot le suppose encore.

C'est aux prix de ces deux suppositions gratuites et de exclusion du sérum. véritable que M. Hanriot fait dire à nos expériences ce qui lui convient relativement à l'existence de sa lipase. ,

Pour plus de sûreté nous avons, M. Doyon et moi, refait des expériences, nous appliquant à recherchersi l'on peut mettre en évidence une saponification des graisses du sang, quand on laisse celui-ci à l’étuve.

. Voici les résultats que nous avons obtenus en prenant toutes les précautions possibles pour éviter. l'infection du sang. Je ne cite ici que les résultats donnés par des échantillons absolument sans microbes.

Sang défibriné provenant d'un chien 6 heares après un repas de graisses.

AC. organ. AC. organ.

comb. à comb. à Ac. organ, Ext. éth. l’êt. d’eth. l’ét. desels libres Glycérine

Imméd. apr. la saignée 6,700 4,982 0,620 0,200 néant.. Apr. 48 h.à l’étuve. 3,800 2,350 0,693 0,290 —

— 192 h. dansle vide 6,010 » » 0,490 . —

RTL

M. Hanriot a de nouveau prétendu trouver dans cette expérience des preuves à l'appui de sa théorie

(Soc. biol., 1902 p. 977):

« MM. Doyon et Morel, dit-il, objectent qu'il ne s'agit pas là d'une saponification, parce qu'ils n’ont pu caractériser la glycérine dans le sang. J'ai déjà fait observer que cet argument est sans valeur, jusqu'au jour où ils auront fait connaître une méthode permettant de retrouver dans le sang des quantités de glycérine aussi faibles que celles qui doivent se produire:

3° J'ai dit qu'il y avait saponification, parce que les acides gras augmentent en même temps que les graisses diminuent. Les expériences de MM. Doyon et Morel confirment le fait. Evidemment la saponification peut n'être pas complète. Mais quelle est donc la réaction totale en chimie biologique?

Le suc pancréatique saponifie bien les graisses. Or, dans l’expérience la plus favorable relatée par Cl. Bernard et Berthelot, avec 15 grammes de graisse mise en œuvre, 65 milligrammes d'acide gras seulement ont apparu, et la glycérine n'a pu être caractérisée, bien que dans ces conditions sa recherche fût singulierement plus facile que dans le sang; de même, dans l'intestin une faible partie seulement de graisses est saponifiée, la majeure partie est absorbée en nature; un phénomène n'a donc pas besoin d'être total pour que son existence soit incontestable.

Du reste, le phénomène de saponification par le sang est loin d'être négligeable.

MM. Doyon et Morel viennent de publier une nouvelle expé-

rience qui leur a fourni les résultats suivants sur le sang défibriné.

Graisses Acides g'as 0/0 disparues et savons apparus

48 premières heures. . . 2,632 0,163 6,2 48 heures suivantes . . . 0,433 0,117 27 48 — DR 0,007 0,19 21 48 — 0.09 0,29 55 A. M. 5

mio

Un phénomène qui atteint 53 pour 100 {est loin d’être négligeable, il est vrai que MM, Doyon et Morel font aujourd'hui des réserves sur leurs propres expériences, déclarant que leurs acides

gras n'en sont peut être pas! »

£xaminons quelle est la valeur des critiques que nous fait M. Hanriot et au prix de quelles hypothèses cet auteur édifie sa théorie :

1° M. Hanriot prétend que l'absence de glycérine dans le sang ayant séjourné à l’étuve n’est pas une preuve qu'il n’y a pas de saponificalion. « Il serait impossible de la mettre en évidence, s'il y en avait, ditil. » Il aurait pu ajouter: « Du reste, la glycérine formée peut disparaître. »

Sur les conseils de M. le professeur Hugounencq, nous avons, M. Doyon et moi, examiné le degré de précision de notre méthode de recherche de la glycérine et cherché si cette substance disparaît dans le sang à l’étuve.

Pour doser la glycérine, nous faisons l'extrait alcoolique du sang (alcool à 95°), nous desséchons cet extrait dans le vide et nous l’épuisons par l’éther absolu qui ne dissout pas la glÿcérine. Nous comptons comme glycérine tout ce qui, dans l'extrait alcoolique ainsi épuisé, après s'être dissous dans le mélange de Pasteur (alcool à 90° ro0 volumes, éther pur 150 vol.) est soluble dans l’eau. De plus, nous caractérisons la glycérine par sa transformation en acroléine.

Il résulte de nos recherches que l’on peut retrouver dans 100 centimètres cubes de sang 2 centigrammes de glycérine pure surajoutés avec des erreurs plus petites que 2 milligrammes.

La sensibilité de la méthode nous permettrait donc de déceler la glycérine qui devrait exister dans le sang, si l'extrait éthéré y disparaissait par un processus de saponification.

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