LES FORMES EXTÉRIEURES
du système osseux et de ses dépendances, le larynx et ses accessoires, doubles agents de l’exécution de ces voûtions, ont une régularité, une symétrie, qui ne se trahissent ’amais.
Telle est même la vérité du caractère que j’indique, que les muscles et les nerfscessent de devenir réguliers dès qu’ils n’appartiennent plus à la vie animale. Le cœur, les fibres musculaires des intestins, etc., en sont une preuve pour les muscles ; pour les nerfs, le grand sympathique, partout destiné à la vie intérieure, présente dans la plupart de ses branches une distribution irrégulière; les plexus solaire, mésentérique, hypogastrique, splénique, stomachique, etc., en sont un exemple.
Nous pouvons donc, je crois, conclure d’après la plus évidente inspection, que la symétrie est le caractère essentiel des organes de la vie animale de l’homme.
g II. Irrégularité des formes extéricarei dans la vie organique.
Si nous passons maintenant aux viscères de la vie organique, nous verrons qu’un caractère exactement opposé leur est applicable. Dans le système digestif, l'estomac, les intestins, la rate, le foie, etc., sont tous irrégulièrement disposés.
Dans le système circulatoire, le cœur, les gros vaisseaux, tels que la crosse de l’aorte, des veines caves, l’azygos, la veine .porte, l’artère inuominée, n’olTrent aucune trace de symétrie. Dans les vaisseaux des membres, des variétés continuelles s’observent : et ce qu’il y a de remarquable, c’est que dans ces variétés la disposition d’un côté n’entraîne point celle du côté opposé.
L’appareil respiratoire paraît, au premier coup d’œil, exactement régulier ; cependant, si l’on remarque que la bronche droite est différente de la gauche par sa longueur, son diamètre et sa direction ; que trois lobes composent l’un des poumons, que deux seulement forment l’autre;
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qu’il y a entre ces organes une inégalité manifeste de volume ; que les deux divisions de l’artère pulmonaire ne se ressemblent ni par leur trajet ni parleur diamètre; que le médiastin sur lequel tombe la ligne médiane s’en dévie sensiblement à gauche, nous verrous que la symétrie n’était ici qu’apparente, et que la loi commune ne souftre point d’exception.
Les organes de l’exhalation, de l’absorption, les membranes séreuses, le canal thoracique, le grand vaisseau lymphatique droit, les absorbants secondaires de toutes les parties ont une distribution partout inégale et irrégulière.
Dans le système glanduleux, nous voyons les cryptes ou follicules muqueux partout disséminés sans ordre sous leurs membranes respectives. Le pancréas, le foie, les glandes salivaires même, quoiqu’au premier coup d’œil plus symétriques, ne se trouvent point exactement soumis à la ligne médiane. Les reins diffèrent l’un de l’autre par leur position, le nombre de leurs lobes dans l’enfant, la longueur et la grosseur de leur artère et leur veine, et surtout par leurs fréquentes variétés.
Ces nombreuses considérations nous mènent évidemment à un résultat inverse du précédent, savoir, que l’attribut spécial des organes de la vie intérieure, c’est l’irrégularité de leurs formes extérieures (DJ.
§ III. CoDtéqueaees qui résaltcnt de la différence dei formes extérieures dans les organes des deux xies.
Il résulte de l’aperçu qui vient d’être présenté que la vie animale est pour ainsi dire double ; que ses phénomènes, exécutés en même temps des deux côtés, forment, dans chacun de ces côtés, un système indépendant du système opposé; qu’il y a, si je puis m’exprimer ainsi, une vie droite et une vie gauche ; que l’une peut exister, l’autre cessant son action, et que sans doute même elles sont destinées à se suppléer réciproquement.
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C’est ce qui arrive dans ces affections maladives si communes où la sensibilité et la motilité animale, affaiblies ou même entièrement anéanties dans une des moitiés symétriques du corps, ne se prêtent à aucune relation avec ce qui nous entourne ; où l’homme n’est, d’un côté, guère plus que ce qu’est le végétal, tandis que, de l’autre côté, il conserve tous ses droits à l’animalité, par le sentiment et le mouvement qui lui restent. Certainement ces paralysies partielles, dans lesquelles la ligne médiane est le terme où finit et l’origine où commence la faculté de sentir et de se mouvoir, ne doivent point s’observer avec autant de régularité dans les animaux qui, comme l’huître, ont un extérieur irrégulier.
La vie organique, au contraire, fait un système unique où tout se lie et se coordonne, où les fonctions d’un côté ne peuvent s’interrompre sans que, par une suite nécessaire, celles de l’autre s’éteignent. Le foie malade à gauche influe à droite sur l’état de l’estomac : si le colon d’un côté cesse d’agir, celui du côté opposé ne peut continuer son action ; le même coup qui arrête la circulation dans les gros troncs veineux et la portion droite du cœur, l’anéantit aussi dans la portion gauche et les gros troncs artériels spécialement placés de ce côté, etc. : d’où il suit qu’en supposant que tous les organes de la vie interne placés d’un côté cessent leurs fonctions, ceux du côté opposé restent nécessairement dans l’inaction, et la mort arrive alors.
Au reste, cette assertion est générale ; elle ne porte que sur l’ensemble de la vie organique, et non point sur tous ses phénomènes isolés : quelques-uns, en effet, sont doubles, et peuvent se suppléer , comme le rein et le poumon en offrent un exemple.
Je ne rechercherai point la cause de cette remarquable différence qui, dans l’homme et les animaux voisins de lui, distingue les organes des deux vies ; j’observerai seulement qu’elle entre essentiellement dans l’ordre de leurs phénomènes ; que la perfection des fonctions animales doit
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être liée à la symétrie généralement observée dans leurs organes respectifs ; en sorte que tout ce qui troublera cette symétrie altérera plus ou moins ses fonctions.
C’est de là sans doute que naît cette autre différence entre les organes des deux vies, savoir, que la nature se livre bien plus rarement à des écarts de conformation dans la vie animale que dans la vie organique. Grimaud s’est servi de cette observation, sans indiquer le principe auquel tient le fait qu’elle nous présente.
C’est une remarque qui n’a pu échapper à celui dont les dissections ont été un peu multipliées, que les fréquentes variations de forme , de grandeur, de position , de direction des organes internes, comme la rate, le foie, l’estomac, les reins, les organes salivaires, etc. Telles sont ces variétés dans le système vasculaire, qu’à peine deux sujets offrentils exactement la même disposition au scalpel de l’anatomiste. Qui ne sait que les organes de l’absorption, lesglandes lymphatiques en particulier , se trouvent rarement assujettis, dans deux individus, aux mêmes proportions de nombre, de volume, etc. ? Les glandes muqueuses affectentelles jamais une position fixe et analogue ?
Non-seulement chaque système, isolément examiné, est assujetti ainsi à de fréquentes aberrations, mais l’ensemblo même des organes de la vie interne se trouve quelquefois dans un ordre inverse de celui qui lui est naturel. On apporta, l’an passé, dans mon amphithéâtre , un enfant qui avait vécu plusieurs années avec un bouleversement général des viscères digestifs, circulatoires, respiratoires et sécrétoires. A droite se trouvaient l'estomac, la rate, l’S du colon, la pointe du cœur, l’aorte, le poumon à deux lobes, etc. On voyait à gauche le foie, le cæcum, la base du cœur, les veines caves , l’azygos , le poumon à trois lobes, etc.
Tous les organes placés sous la ligne médiane , tels que le médiastinale mésentère, le duodénum, le pancréas, la division des bronches, a fiectaie nt aussi un ordre renversé.
12 DU MODE d’action
Plusieurs auteurs ont parlé decesdéplacenientsdeviscéres, dont je ne connais pas cependant d’exemple aussi complet-
Jetons maintenant les yeux sur tes organes de la vie animale, sur les sens, les nerfs, le cerveau, les muscles volontaires, le larynx : tout y est exact, précis, rigoureusement déterminé dans la forme, la grandeur et la position. On n’y voit presque jamais de variétés de conformation j s’il en existe, les fonctions sont troublées, anéanties; tandis qu’elles restent les mêmes dans la vie organique, au milieu des altérations diverses des parties.
Cette ditférence entre les organes des deux vies tient évidemment à la symétrie des uns, que le moindre changement de conformation eût troublée , et à l’irrégularité des autres, avec laquelle s’allient très-bien ces divers changements.
Le jeu de chaque organe est immédiatement lié, dans là vie animale, à sa ressemblance avec celui du côté opposé s’il est double , ou à l’uniformité de conformation de ses deux moitiés symétriques s’il est simple. D’après cela, on conçoit l’influence des changements organiques sur le dérangement des fonctions.
Mais ceci deviendra plus sensible quand j’aurai indiqué les rapports qui existent entre la symétrie ou l’irrégularité des organes etl’harmonie ou la discordance des fonctions.