‹ Recherches physiologiques sur la vie et la mort (volume 2)Chapitre 29 sur 63 · DIFFÉRENCE GÉNÉRALE DES DEUX VIES , PAR RAPPORT AU MODE · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCE GÉNÉRALE DES DEUX VIES , PAR RAPPORT AU MODE

d'action de leurs organes respectifs.

L’harmonie est aux fonctions des organes ce que la symétrie est à leur conformation ; elle suppose une égalité parfaite de force et d’action, comme la symétrie indiqua une exacte analogie dans les formes extérieures et la structure interne. Elle est une conséquence de la symétrie ; car .

DANS LES DBl\ VIES. 13

deux parties csscntielleinoat semblables par leur structure ne sauraient être différentes par leur manière d’agir. Ce simple raisonnement nous mènerait donc à cette donnée générale, savoir : que l’harmonie est le caractère des fonctions extérieures; que la discordance est, au contraire, l’attribut des fonctions organiques. Mais il est nécessaire de se livrer sur ce jxiint à de plus amples détails.

^ I,J)e l'harmonie d'action dans la rie animale.

Nous avons vu que la vie extérieure résultait des actions successives des sens, des nerfs, du cerveau, des organes locomoteurs et vocaux. Considérons l’harmonie d'action dans chacune de ces grandes divisions.

La précision de nos sensations paraît être d’autant plus parfaite, qu’il existe entre les deux impressions dont chacune est l’assemblage une plus exacte ressemblance. Nous voyons mal quand l’un des yeux, mieux constitué, plus fort que l’autre, est plus vivement affecté, et transmet au cerveau une plus forte image. C’est pour éviter cette confusion qu’un œil se ferme quand l’actiou de l’autre est artiticiellement augmentée par un verre convexe r ce verre rompt l’harmonie des deux organes; nous n’usons que d’un seul, pour qu’ils ne soient pas discordants. Ce qu’une lunette produit artificiellement, le strabisme nous l’offre dans l’état naturel. Nous louchons, dit Buffon, parce que nous détournons l’œil le plus faible de l’objet sur lequel le plus fort est fixé, pour éviter la confusion qui naîtrait dans la perception de deux images inégales.

Je sais que beaucoup d’autres causes concourent à produire cette affection, mais la réalité de celle-ci ne peut être mise en doute. Je sais aussi que chaque œil peut isolément agir dans divers animaux ; que deux images diverses sont transmises en même temps par les deux yeux de certaines espèces; mais cela n’empêche pas que lorsque ces organes réunissent leur action sur le même objet, les deux impres-

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sions qu’ils 'transmettent au cerveau ne doivent pas être analogues. Un jugement unique en est, en effet, le résultat : or, comment ce jugement pourra-t-il être porté avec exactitude si le même corps se présente en même temps, etavecdes couleurs vives, et avec un faible coloris, suivant qu'il se peint sur l’une ou l’autre rétine ?

Ce que nous disons de l’œil s’applique exactement à l’oreille. Si dans les deux sensations qui composent l’ouïe, l’une est reçue par un organe plus fort, mieux développé, elle y laissera une impression plus claire, plus distincte ; le cerveau , différemment affecté par chacune, ne sera le siège que d’une perception imparfaite : c’est ce quiconstituel’oreille fausse. Pourquoi tel homme est-il péniblement affecté d’une dissonance, tandis que tel autre ne s’en aperçoit pas ? C’est que chez l’un , les deux perceptions du même son se confondant dans une seule, celle-ci est précise, rigoureuse, et distingue le moindre défaut du chant, tandis que chez l’autre , les deux oreilles offrant des sensations diverses, la perception est habituellement confuse, et ne peut apprécier le défaut d’harmonie des sons. C’est par la même raison que vous voyez tel homme coordonner toujours l’enchaînement de sa danse à la succession des mesures, telautre au contraire allier constamment aux accords de l’orchestre la discordance de ses pas.

Buffon a borné à l’œil et à l’ouïe ses considérations sur l’harmonie d’action ; poursuivuns-en l’examen dans la vie animale.

Il faut dans l’odorat, comme dans les autres sens, distinguer deux impressions : l’une primitive, qui appartient à l’organe ; l’autre consécutive, qui affecte le sensorium : celle-ci peut varier , la première restant la même. Telle .odeur fait fuir certaines personnes du lieu où elle on attire d’autres ; ce n’est pas que l’affection de la pituitaire soit différente, mais c’est que l’amc attache des sentiments divers à une impression identifjiie, en sorte qu’ici hi variété des résultats n’en suppose point dans leurs principes.

DANS r.ES DEÙX VIES.

Mais quelquefois i’impn'ssion née sur la pituitaire diffère réellement de ce qu’elle doit être pour la perfection de la sensation. Deux chiens poursuivent le même gibier : Fun n’en perd jamais la^ trace, fait les mêmes détours et les mêmes circuits ; I autre le suit aussi, mais s’arrête souvent, perd Je pied, comme on le dit, hésite et cherche pour le retrouver, court et s’arrête encore. Le premier de ces deux chiens reçoit une vive impression des émanations odorantes; elles n’affectent que confusément l’organe du second. Or, cette confusion ne tient-elle point à l'inégalité d’action des deux narines, à la supériorité d’organisation de l’une, à la faiblesse de l’autre? Les observationssuivantes paraissent le prouver.

Dans le coryza qui n’affecte qu’une narine, si toutes deux restent ouvertes, l’odorat est confus; formez celle du côté malade, il deviendra distinct. Un polype développé d un côté affaiblit l’action de ta pituitaire correspondante, celle de l’autre restant la même; de là, comme dans lecüs précédent, défaut d’harmonie entre les deux organes, et par là môme, confusion dans la perception des odeurs. La plupart des affections d'une narine isolée ont des résultats analogues et qui peuvent être momentanément corrigés par le moyen que je viens d’indiquer ; pourquoi ? parce qu’en rendant inactive une des pituitaires, on fait cesser sa discordance d'action avec l’autre.

Concluons de ceci que, puisque toute cause accidentelle, qui rompt l’harmonie de fonctions des organes, rend confuse la perception des odeurs, il est probable que quand cette perception est naturellement inexacte, il y a dans les narines une inégalité naturelle de conformation, et par là même de force.

Disons du goût ce que nous avons dit de l’odorat : souvent l’un des côtés de la langue est seul affecté de paralysie, de spasme. La ligne médiane sépare quelquefois une portion insensible de l’autre qui conserve encore toute sa sensibilité. Pourquoi ce qui arrive en plus n’arriverait-il

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piis en moins? Pourquoi Tun des côtés, en conservant la faculté de percevoir les saveurs, n’en jouirait-il pas à un moindre de^é que l'autre? Or, dans ce cas, il est facile de concevoir que le goût serait irrégulier et confus, parce qu’une perception précise ne saurait succéder à deux sensations inégales et qui ont le même objet. Qui ne sait que dans certains corps où quelques-uns ne trouvent que d’obscures saveurs, les autres rencontrent mille causes subtiles de sensations pénibles ou agiéables?

La perfection du toucher est , comme celle des autres sens, essentiellement liée à l’uniformité d’action des deux moitiés symétriques du corps, les deux mains en particulier. Supposons un aveugle naissant avec une main régulièrement organisée, tandis que l’autre, privée des mouvements d’opposition du pouce et de flexion des doigts, formerait une surface roide et immobile; cet aveugle-là n’acquerrait que difficilement les notions de grandeur, de figure, de direction, etc., parce qu’une même sensation ne naîtra pas de l’application successive des deux mains sur le même corps. Que toutes deux touchent une petite sphère, par exemple î l’une , en l’embrassant exactement par l’extrémité de tous ses diamètres, fera naître l’idée de rondeur; l’autre, qui ne sera en contact avec elle que par quelques points, donnera une sensation toute différente. Incertain entre ces deux bases de son jugement, l’aveugle ne saura que difficilement le porter; il pourra même faire correspondre à cette double sensation un jugement double sur la forme extérieure du même corps. Ses idées seraient plus précises s’il condamnait l’une de ses mains à l’inaction, comme celui qui louche détourne de l’objet l’œil le plus faible, pour éviter la confusion, inévitable effet de la diversité des deux sensations. Les mains se suppléent donc réciproquement; l’une confirme les notions que l’autre nous donne : de là, uniformité nécessaire de leur conformation.

Les mains ne sont pas les agents uniques du toucher ;

DANS LES DtlX VIES.

les plis de l’avant-bras, de l’aisselle, de l’aine, la concavité du pied, etc., peuvent, en embrassant les corps, nous fournir aussi des bases réelles, quoique moins parfaites, de nos jugements sur les formes extérieures. Or, supposons l’une des moitiés du corps tout dilféremment disposée que l’autre, la môme incertitude dans la perception en sera le résultat.

Concluons de tout ce qui vient d’étre dit que, dans tout l’appareil du système sensitif extérieur, l'harmonie d’action des deux organes symétriques, ou des deux moitiés semblables du même organe, est une condition essentielle à la perfection des sensations.

Les sens externes sont les excitants naturels du cerveau, dont les fonctions dans la vie animale succèdent constamment aux leurs, et qui languiraient dans une inaction constante s’il ne trouvait en eux le principe de son activité.

Des sensations dérivent immédiatement la perception, la mémoire, l’imagination, et par là même le jugement. Or, il est facile de prouver que ces diverses fonctions, commu- " , '

nément désignées sous le nom de sens internes, suivent, , . dans leur exercice, la môme loi que les sens externes, et que, comme ceux-ci, elles sont d’autant plus voisines de la perfection qu’il y a plus d’harmonie entre les deux portions symétriques de l’organe où elles ont leur siège.

Supposons, en effet, l’un des hémisphères plus forte- . ment organisé que l’autre, mieux développé dans tousses points, susceptible par là d'être plus vivement affecté ; je dis qu’alors la perception sera confuse, car le cerveau est à l’Ame ce que les sens sont au cerveau ; il transmet à l’Ame l’ébranlement venu des sens, comme ceux-ci lui envoient les impressions que font sur eux les corps environnants. Or, si le défaut d’harmonie dans le système sensitif extérieur trouble la perception du cerveau, pourquoi l’Ame ne percevrait-elle pas confusément lorsque les deux hémisphères inégaux en force ne confondent pas en une seule la double impression qu’ils reçoivent ?

i8 Dü MODE D’Acnon

Dans la mémoire, faculté de reproduire d’anciennes sensations; dans l’imagination, faculté d’en créer de nouvelles, chaque hémisphère paraît en reproduire ou en •créer une. Si tous deux ne sont parfaitement semblables, la perception de l’âme qui doit les réunir sera inexacte et irrégulière. Or il y aura inégalité dans les deux sensations s’il en existe dans les deux hémisphères où elles ont leur siège.

La perception, la mémoire et l’imagination, sont les bases ordinaires du jugement. Si les unes sont confuses, comment l’autre pourra-t-il être distinct ?

Nous venons de supposer l’inégalité d’action des hémisphères, de prouver que le défaut de précision dans les . fonctions intellectuelles doit en être le résultat ; mais ce qui n’est encore que supposition devient réalité dans une foule de cas. Quoi de plus commun que de voir coïncider avec la compression de l’hémisphère, d’un côté par le sang, lé plus épanché, un os déprimé, une exostose développée à la face interne du crâne, etc., de nombreuses altérations dans la mémoire, la perception, l’imagination, le jugement?

Lors même que tout signe de compression actuelle a disparu, si, par l’influence de celle qu’il a éprouvée, l’un des côtés du cerveau reste plus faible, ces altérations ne se prolongent-elles pas ? Diverses aliénations n’en sont-elles pas les funestes suites? Si les deux côtés restaient également affectés, le jugement serait plus faible, mais il serait . plus exact. N’est-ce pas ainsi qu’il faut expliquer plusieurs observations souvent r’tées, où un coup porté sur une des régions latérales de la tête a rétabli les fonctions intellectuelles troublées depuis longtemps à la suite d’un autre coup reçu sur la région opposée?

Je crois avoir établi qu’en supposant l’inégalité d’action des hémisphères, les fonctions intellectuelles doivent être troublées. J’ai indiqué ensuite divers cas maladifs où ce trouble est le résultat évident de cette inégalité. Nous voyons ici l’effet et la cause ; mais là où le premier sens

BANS I.ES DEUX VtES.

est apparent, l’analogie ne nous indiqnc-t-elle pas la seconde? Quand habituellement le jugement est inexact, que toutes les'idées manquent de précision, ne sommes-nous pas conduits à croire qu’il y a défaut d’harmonie entre les deux côtés du cerveau? Nous voyons de travers si la nature n’a mis de l’accord dans la force des deux yeux. Nous percevons et nous jugeons de même si les hémisphères sont naturellement discordants : l’esprit le plus juste, le jugement le plus sain, supposent en eux l’harmonie la plus complète. Que de nuances dans les opérations de l’entendement ! Ces nuances ne correspondent-elles point à autant de variétés dans le rapport de forces des deux moitiés du cerveau ? Si nous pouvions loucher de cet organe comme des yeux, c’est-à-dire ne recevoir qu’avec un seul hémisphère les impressions externes, n’employer qu’un seul côté du cerveau à prendre des déterminations, à juger, nous serions maîtres alors de la justesse de nos opérations intellectuelles ; mais une semblable faculté n’existe point.

Poursuivons l’examen de l’harmonie d’action dans le système de la vie animale. Aux fonctions du cerveau succèdent la locomotion et la voix : la première semble, au premier coup d’œil, faire exception à la loi générale de l’harmonie d’action. Considérez, en effet, les deux moitiés verticales du corps, vous verrez l’une constamment supérieure à l’autre par l’étendue, le nombre, la facilité des mouvements qu’elle exécute. C’est, comme on le sait, la portion droite qui l’emporte communément sur la gauche.

Pour comprendre la raison de cette différence, distinguons dans toute espèce de mouvement la force et l’agilité. La force tient à la perfection d’organisation, à l’énergie de nutrition, à la plénitude de vie de chaque muscle; l’agilité est le résultat de l’habitude et du fréquent exercice.

Remarquons maintenant que la discordance des organes locomoteurs porte, non sur la force, mais sur l’agilité des

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mouvements. Tout est égal dans le volume, le nombre des fibres, les nerfs de l’un et l’autre des membres supérieurs ou inférieurs : la différence de leur système vaseulaire est presque nulle. 11 suit de laque cette discordance n’est pas, ou presque pas, dans la nature; elle est la suite manifeste de nos habitudes sociales, qui, en multipliant les mouve- •ments d’un côté, augmentent leur adresse, sans trop ajouter à leur force.

Tels sont, en effet, les besoins de la société, qu’ils nécessitent un certain nombre de mouvements généraux qui doivent être exécutés par tous dans la même direction, afin de pouvoir s’entendre. On est convenu que cette direction serait celle de gauche à droite. Les lettres qui composent l’écriture de la plupart des peuples sont dirigées dans ce sens. Cette circonstance entraîne la nécessité d’employer, pour former ces lettres, la main droite, qui est mieux adaptée que la gauche à ce mode d’écriture, comme celle-ci cx)nviendrait infiniment mieux au mode opposé, ainsi qu’il est facile de s’en convaincre par le moindre essai.

La direction des lettres de gauche à droite impose la loi de les parcourir des yeux de la même manière. De l’habitude de lire ainsi, naît celle d’examiner la plupart des objets suivant le même sens.

La nécessité de l’ensemble dans les combats a déterminé à employer généralement la main droite pour saisir les armes; l’harmonie qui dirige la danse des peuples les plus sauvages exige dans les jambes un accord qu’ils conservent en faisant toujours porter sur la droite leurs mouvements principaux. Je pourrais ajouter à ces divers exemples une foule d’autres analogues.

Ces mouvements généraux, convenus de tous dans l’ordre social, qui rompraient l’harmonie d’une foule d’actes si tout le monde ne les exécutait pas dans le même sens, ces mouvements nous entraînent inévitablement, par l’influence de l’habitude, à employer pour nos mouvements

F AN? I BS DEl'X Vins.

particuliers les lueir.l ros qu’ils mettent en action. Or, ces membres étant cæux placés à droite, il résulte que les membres de ce cAté sont toujours en activité, soit pour les besoins relatifs aux mouvements que nous coordonnons avec ceux des autres individus, soit pour les besoins qui nous sont personnels.

Comme l’habitude d’agir perfectionne l’action, on conçoit la cause de l’excès d’agilité du membre droit sur le gauche. Cet excès n’est presque pas primitif; l’usage l’amène d’une manière insensible.

Cette remarquable différence dans les deux motifs symétriques du corps n’est donc point, dans la nature, une exception de la loi générale de l'harmonie d’action des fonctions externes. Cela est si vrai, que l’ensemble des mouvements exécutés avec tous nos membres est d’autant plus précis qu’il y a moins de différence dans l’agilité des muscles gauches et droits. Pourquoi certains animaux franchissent-ils avec tant d’adresse des rochers où la moindre déviation les entraînerait dans l’abîme, courent-ils avec une admirable précision sur des plans à peine égaux en largeur à l’extrémité de leurs membres ? Pourquoi la marche de ceux qui sont les plus lourds n’est-elle jamais accompagnée de CCS faux pas si communs dans la progression de l’homme ? C’est que chez eux la différence étant presque nulle entre les organes locomoteurs de l’un et l’autre côté, ces organes sont en harmonie constante d’action.

L’homme le plus adroit dans ses mouvements de totalité est celui qui l’est le moins dans les mouvements isolés du membre droit ; car, comme je le prouverai ailleurs, la perfection d’une partie ne s’sicquiert jamais qu’aux dépens de celle de foutes les autres. L’enfant qu’on élèverait à faire un emploi égal de ses quatre membres aurait dans ses mouvements généraux une précision qu’il acquerrait difficilement pour les mouvements particuliers de la main droite, comme pour ceux qu’exigent l’écriture, l’escrime, etc.

nr MODE D’ACTION

Je crois bien que quelques circonslances naUireHes ont influé sur le choix de la direction des mouvements généraux qu’exigent les habitudes sociales ; tels sont le léger excès (le diamètre de la sous-clavière droite, le sentiment de lassitude qui accompagne la digestion, et qui, plus sensible à gauche à cause de l’estomac, nous détermine à agir pendant ce temps du côté opposé ; tel est l’instinct naturel qui, dans les affections vives, nous fait porter la main sur le cœur, où la droite se dirige bien plus facilement que la gauche. Mais ces causes sont presque milles, comparées à la disproportion des moiiwments des deux moitiés symétriques du corps, et sous ce rapport il est toujours vrai de dire que leur discordance est un effet social, et que la nature les a primitivement destinées à l’harmonie d’action.

La voix est, avec la locomotion, le dernier acte delà vie animale dans renchaînement naturel de ses fonctions. Or, la plupart des physiologistes, Haller en particulier, ont indiqué, comme cause de son défaut d’harmonie, la discordance des deux moitiés symétriques du larynx, l’inégalité de force dans les muscles qui meuvent les aryténoïdes, d’action dans les nerfs qui vont de chaque côté de cet organe, de réflexion des sons dans l’iinc et l’autre narine, dans les sinus droits et gauches. Sans doute la voix fausse dépend souvent de l’oreille : quand nous entendons faux, nous chantons de même ; mais quand la justesse de l’ouïe coïncide avec le défaut de précision des sons, la cause en est certainement dans le larynx.

La voix la plus harmonieuse est donc celle que les deux parties du larynx produisent à un degré égal, où les vibrations d’un côté, exactement semblables par leur nombre, leur force, leur durée, à celles du côté opposé, se confondent avec elles pour produire le même son, de même que le chant le plus parfait serait celui que produiraient deux voix exacicment identiques par leur portée, leur timbre et leurs inflexions.

Des nombreuses considérations que je viens de présenter

DANS LES DEUX VIES

découle, je crois, ce résultat général, savoir, qu’un dos principes essentiels de la vie animale est l’harmonie d’action des deux parties analogues, ou des deux côtés de la partie simple qui concourent à un même but. On voit facilement, sans que je l’indique, le rapport qui existe entre cette harmonie d’action, caractère des fonctions, et la symétrie do forme, attribut des organes de la vie animale.

Je préviens, au reste, en finissant ce paragraphe, qu’en y indiquant les dérangements divers qui résultf;nl, dans la vie animale, du défaut d’harmonie des organes, je n’ai prétendu assigner qu’une cause isolée de ces dérangements; je sais, par exemple, que mille circonstances autres que la discordance des deux hémisphères du cerveau peuvent altérer lejugement, la mémoire, etc., etc. [E]

g U. Discordance d'action dans la vie organique.

A côté des phénomènes de la vie externe, plaçons maintenant ceux de la vie organique ; nous verrons que l’harmonie n’a sur eux aucune influence. Qu’un rein plus fort que l’antré sépare plus d’urine; qu’un poumon mieux développé admette, dans un temps donné, plus de sang veineux et renvoie plus de sang artériel ; que moins de force organique distingueJes glandes salivaires gauches d’avec les droites, qu’importe? la fonction unique à laquelle concourt chaque paire d’organes n’est pas moins régulièrement exercée. Qu’un engorgement léger occupe l’un des côtés du foie, de la rate, du pancréas, la portion saine supplée, et la fonction n’est pas troublée. La circulation reste la même au milieu des variétés fréquentes du système vasculaire des deux côtés du corps, soit que ces variétés existent naturellement, soit qu’elles tiennent à quelques oblitérations artificielles de gros vaisseaux, comme dans l’anévrisme.

De là ces nombreuses irrégularités de structure, ces vices de conformation qui, comme je l’ai dit, s’observent

2i m MODE d’action

dans la vie organique, sans qu’il y arrive pour cela discordance des tondions. De là cette succession presque continue de modilicationsqui, agrandissant etrétrécissant tour à tour le cercle de ces l'onctions, ne les laisse presque jamais dans un état fixe. Les forces vitales, et les excitants qui les mettent en jeu, sans cesse variables dans l’estomac, les reins, le foie, les poumons, le cœur, etc., y déterminent une instabilité constante dans les phénomènes. Mille causes peuvent à chaque instant doubler, tripler l’activité de la circulation et de la respiration, accroître ou diminuer la quantité de bile, d’urine, de salive sécrétées, suspendre ou accélérer lanutrition d’une partie; la faim, les aliments, le sommeil, le mouvement, le repos, les passions, etc., impriment à ces fonctions une mobilité telle, qu’elles 'passent chaque jour par cent degrés divers de force ou de faiblesse.

Tout, au contraire, est constant, uniforme, régulier dans la vie animale. Les forces vitales des sens ne peuvent, de même que les forces intérieures, éprouver ces alternatives de modifications, ou du moins à un degré aussi marqué. En efiet, un rapport habituel les unit aux forces physiques qui régissent les corps extérieurs ; or, celles-ci restant les mêmes dans leurs variations, chacune de ces variations anéantirait le rapport, et alors les fonctions cesseraient.

D’ailleurs, si cette mobilité qu| caractérise la vie organique était aussi l’attribut des sensations, elle le serait, par là même, de la perception, de la mémoire, de l’imagination, du jugement, et conséquemment de la volonté. Alors que serait l’homme? Entraîné par mille mouvements opposés, jouet perpétuel de tout ce qui l’entourerait, il verrait son existence, tour à tour voisine de celle des corps bruts, ou supérieure à celle dont il jouit en effet, allier à ce que l’intelligence montre de plus grand ce que la matière nous présente de plus vil [F].

DANS LES DEIX VIES

AKTIC1.E IV.

I) FFÉlîENCES r.KNÉnAI.KS DANS LES UEl'X VIES, l'AR RAPPORT A LA DURÉE DE LEUR ACTION.

Jiî viens d’indiquer un des grands caractères qui distinguent les pliénomènes de la vie animale d’avec ceux delà v ie organique. Celui que je vais examiner n’est pas, je crois, d’une moindre importance; il consiste dans l’intermittence périodique des fonctions externes et la continuité non interrompue des fonctions internes.

§ i. CoiU'miiüé d'actifA dans la vie organique.

La cause qui suspend la respiration et la circulation susivend et môme anéantit la vie, pour peu qu’elle soit prolongée. Toutes les sécrétions s’opèrent sans interruption : et si quelques périodes de rémittence s’y observent, comme dans la bile, hors le temps de la digestion ; dans la salive, hors celui de la mastication, etc., ces périodes ne portent qne sur l’intensité et non sur l’entier exercice de la fonction. L’exhalation et l’absorption se succèdent sans cesse ; jamais la nutrition ne reste inactive ; le double mouvement d’assimilation et de désassimilation dont elle résulte n’a de terme que celui de la vie.

Dans cet enchaînement continu des phénomènes organiques, chaque fonction est dans une dépendance immédiate de celles qui la précèdent. Centre de toutes, la circulation est toujours immédiatement liée à leur exercice ; si elle est troublée, les autres languissent; elles cessent quand le sang est immobile : tels, dans leurs mouvements successifs, les nombreux rouages de l’horloge s’arrêtentils dès que le pendule qui les met tous en jeu estlui-méme arrêté. Non-seulement l’action générale de la vie organique est fiée à l’action particulière du cœur, mais encore

2ü DE LA DIIIÉE d’aCTICM

chaque fonction s’enchfiîne isolément à toutes les autres : sans sécrétion, point de digestion ; sans exhalation, nulle absorption; sans digestion, defaut de nutrition.

Nous pouvons donc, je crois, indiquer comme caractère général des fonctions organiques leur continuité et la mutuelle dénendance où elles sont les unes des autres.

§ II. lutermittence d'action dans la vie animale.

Considérez, au contraire, chaque organe de la vie animale dans l’exercicÆ de ses fonctions, vous y verrez constamment des alternatives d’activité et de repos, des intermittences complètes , et non des rémittences comme celles qu’on remarque dans quelques phénomènes organiques.

Chaque sens, fatigué par de longues sensations, devient momentanément impropre à en recevoir de nouvelles. L’oreille n’est point excitée par les sons, l’œil se ferme à la lumière, les saveurs n’irritent plus la langue, les odeurs trouvent la pituitaire insensible, le toucher devient obtus, par la seule raison que les fonctions respectives de ces divers organes se sont exercées quelque temps.

Fatigué par l’exercice continué de la perception , de l’imagination, de la mémoire ou de la méditation, le cerveau a besoin de reprendre, par une absence d’action proportionnée à la durée d’activité qui a précédé , des forces sans lesquelles il ne pourrait redevenir actif.

Tout muscle qui s’est fortement contracté ne se prête à de nouvelles contractions qu’après être resté un certain temps dans le relâchement. De là les intermittences nécessaires de la locomotion et de la voix.

Tel est donc le caractère propre à chaque organe de la vie animale, qu’il cesse d’agir par là même qu’il s’est exercé, parce qu’alors il se fatigue, et que ses forces épuisées ont besoin de se renouveler.

L’intermittence de la vie a nima le est tantôt partielle,

DANS I.F.S nEFX VIES.

tantôt {générale : elle est partielle quand un orctane isolé a été longtemps en exercice, tes autres restant inactifs. Alors cet organe se relâche ; il dort tandis que tous les autres veillent. Voilà sans doute pourquoi chaque fonction animale n’est pas dans une dépendance immédiate des autres, comme nous l’avons observé dans la vie organique. Les sens étant fermés aux sensations, l’action du cerveau peut subsister encore ; la mémoire, l’imagination, la rétlexion y restent souvent. La locomotion et la voix peuvent alors continuer aussi ; celles-ci étant interrompues, les sens re* çoivcnt également les impressions externes.

L’animal est maître de fatiguer isolément telle ou telle partie. Chacune devait donc pouvoir se relâcher, et par là même réparer ses forces d’une manière isolée ; c’est le sommeil partiel des organes.

§ UI. Application de la loi (l’intermittence d’action A la théorie du «ommcil.

Le sommeil général est l’ensemble des sommeils particuliers ; il dérive de cette loi de la vie animale qui enchaîne constamment, dans ses fonctions, des temps d’intermittence aux périodes d’activité, loi qui la distingue d’une manière spéciale, comme nous l’avons vu, d’avec la vie organique : aussi le sommeil n’a-t-il jamais sur celle-ci qu’une influence indirecte, tandis qu’il porte tout entier sur la première.

De nombreuses variétés se remarquent dans cet état périodique auquel sont soumis tous les animaux. Le sommeil le plus complet est celui où toute la vie externe , les sensations, la perception, l’imagination, la mémoire, le jugement, la locomotion et la voix sont suspendus : le moins parfait n’afl’ecte qu’un organe isolé ; c’est celui dont nous parlions tout à l’heure.

Entre ces deux extrêmes, de nombreux intermédiaires se rencontrent: tantôt les sensations, la perception, la locomotion et la voix, sont seules suspendues, l’imagination,

28 DE LA Dt’RÉE d’aCTION

la mémoire, le jugement restant en exercice ; tantôt à l’exercice de ces facultés qui subsistent se joint aussi l’exercice de la locomotion et de la voix. C’est là le sommeil qu’agitent lesrèves, lesquelsne sont autre chose qu’une portion de la vie animale, échappée à l'engourdissement où l’autre portion est plongée.

Quelquefois même trois ou quatre sens seulement ont cessé leur communication avec les objets extérieurs : telle est cette espèce de somnambulisme où à l’action conservée du cerveau, des muscles et du larynx, s’unit celle souvent très-distincte de l’ouïe et du tact.

N’envisageons donc point le sommeil comme un état constant et invariable dans ses phénomènes. A peine dormons-nous deux fois de suite de la même manière ; une foule de causes le modifient en appliquant à une portion plus ou moins grande de la vie animale la loi générale de l’intermittence d’action. Ses degrés divers doivent se marquer par les fonctions diver^s que cette intermittence frappe.

Le principe est partout le même, depuis le simple relâchement qui, dans un muscle volontaire, succède à la contraction jusqu’à l’entière suspension de la vie animale. Partout le sommeil tient à cette toi générale d’intermittence, caractère exclusif de cette vie ; mais son application aux différentes fonctions externes varie infiniment.

Il y a loin sans doute de ces idées sur le sommeil à tous ces systèmes rétrécis où sa cause, exclusiveiuent placée dans le cerveau, le cœur, les gros vaisseaux, l’estomac, etc. , présente un phénomène isolé, souvent illusoire , comme base d’une des grandes modifications de la vie.

Pourquoi la lumière et les ténèbres sont-elles, dans l’ordre naturel, régulièrement coordonnées à l’activité et à l’intermittence des fonctions externes ? C’est que, pendant le jour, mille moyens d’excitation entourent l’animal , mille causes épuisent les forces de ses organes sensitifs et locomoteurs, déterminent leur lassitude, et préparent un

DANS IKS DEUX VIES

relâchement que la nuit l'avorise par l’ah.^^i-nce de tons les genres de stimulants. Aussi, dans nos mœurs actuelles, où cet ordi-e est en partie interverti, nous rassemblons autour de nous, pendant les ténèbres, divers excitants qui prolongent la veille et font coïncider avec les premières heures de la lumière l’intermittence de la vie animale, que nous favorisons d’ailleurs en éloignant du lieu de notre repos tout moyen propre à faire naître des sensations.

Nous pouvons, pendant un ccu’Iain temps, soustraire les organes de la vie animale à la loi d'intermittence, en niulti|)liant autour d’eux les causes d’excitation; mais enfin ils la subissent, et rien ne peut, aune certaine époque, en suspendre l’influence. Épuist's par une veille prolongée, le soldat dort à côté du canon, l’esclave sous les verges qui le frappent, le criminel au milieu des tourments de la question, etc., etc.

Distinguons bien, au reste, le sommeil naturel, suite de la lassitude des organes, de celui qui est l’effet d’une affection du cerveau, de l’apoplexie ou de la commotion, par exemple. Ici les sens veillent, ils reçoivent les impressions, ils sont affectés comme à l’ordinaire; mais ces impressions ne pouvant être perçues par le cerveau malade, nous ne saurions en avoir la conscience. Au contraire, dans l’état ordinaire, c’est sur les sens, autant et même plus que sur le cerveau, que porte l’intermittence d’action.

11 suit de ce que nous avons dit dans cet article, que, par sa nature, la vie organique dure beaucoup plus que la vie animale. En effcd, la somme des périodes d’întermittejicc de celle-ci est presque à celles de ses temps d’activité dans la pi’oporlion de la moitié ; en sorte que, sous ce rapport, nous vivons au dedans presque le double de ce que nous existons au dehors.

DE l’hABITIDB

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