‹ Recherches physiologiques sur la vie et la mort (volume 2)Chapitre 33 sur 63 · DIFFÉRENCES GÉNÉRALES DES DEDX VIES, PAR RAPPORT AUX FORCES VITALES · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCES GÉNÉRALES DES DEDX VIES, PAR RAPPORT AUX FORCES VITALES

La plupart des médecins qui ont écrit sur les propriétés vitales ont commencé par en rechercher le principe ; ils ont voulu descendre de l'étude de sa nature à celle de ses phénomènes, au lieu de remonter de ce que l’observation indique, à ce que la théorie suggère. L’Ame de Stahl, l’archée de Vanhelmont, le principe vital de Barthez, la force vitale de quelques-uns, etc., tour à tour considérés comme centre unique de tous les actes qui portent le caractère de la vitalité, ont été tour à tour la base commune où se sont appuyées, en dernier résultat, toutes les explications

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physiologiques. Chacune de ces bases s’est successivement écroulée, et au milieu de leurs débris sont restés seuls les faits que fournit la rigoureuse expérience sur la sensibilité et la motilité.

Telles sont, en effet, les étroites limites de l’entendement humain, que la connaissance des causes premières lui est presque toujours interdite. Le voile épais qui les couvre enveloppe de ses innombrables replis quiconque tente de le déchirer.

Dans l’étude de la nature, les principes sont, comme l’a observé un philosophe, certains résultats généraux des causes premières, d’où naissent d’innombrables résultats secondaires : l’art de trouver l’enchaînement des premiers avec les seconds est celui de tout esprit judicieux. Chercher la connexion des causes premières avec leurs effets généraux, c'est marcher en aveugle dans un chemin où mille sentiers mènent à l’erreur.

Que nous importe d’ailleurs la connaissance de ces causes ? Est-il besoin de savoir ce que sont la lumière, l’oxygène, le calorique, etc., pour en étudier les phénomènes? De même, ne peut-on, sans connaître le principe de la vie, analyser les propriétés des organes qu’elle anime ? Faisons dans la science des animaux, comme les métaphysiciens modernes dans celle de l’entendement : supposons les causes, et ne nous attachons qu’à leurs grands résultats.

§ I. DifTéreace des forces vitales d'aveo les lois physiques.

En considérant sous ce rapport les lois vitales, le premier aperçu qu’elles nous offrent, c’est la remarquable dif- . férence qui les distingue des lois physiques. Les unes, sans cesse variables dans leur intensité, leur énergie, leur développement, passent souvent avec rapidité du dernier degré de prostration au plus haut point d’exaltation, s’accumulent et s’affaiblissent tour à tour dans les organes, et prennent, sous l’influence des moindres causes, mille mo-

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diflcations diverses. Le sommeil, la veille, l’exercice, le repos, la digestion, la faim, les passions, l’actioxi des corps environnant l’animal, etc., tout les expose à chaque instant à de nombreuses révolutions. Les autres, au contraire, fixes, invariables, constamment les mômes dans tous les temps, sont la source d’une série de phénomènes toujours uniformes. Comparez la faculté vitale de sentir à la faculté physique d’attirer, vous verrez l’attraction être toujours en raison de la masse du corps brut où on l’observe, tandis que la sensibilité change sans cesse de proportion dans la même partie organique et dans la même masse de matière.

L’invariabilité des lois qui président aux phénomènes physiques permet de soumettre au calcul toutes les sciences qui en sont l’objet, tandis qu’appliquées aux actes de la vie, les mathématiques ne peuvent jamais otfrir de formules générales. On calcule le retour d’une comète, les résistances d’un fluide parcourant un canal inerte, la vitesse d’un projectile, etc. ; mais calculer avec Borelli la force d’un muscle, avec Keil la vitesse du sang, avec Jurine, Lavoisier, etc., la quantité d’air entrant dans le poumon, c’est bAtir sur un sable mouvant un édifice solide par lui-même, mais qui tombe bientôt faute de base assurée.

Cette instabilité des forces vitales, cette facilité qu'elles ont de varier à chaque instant en plus ou en moins, impriment à tous les phénomènes vitaux un caractère d’irrégularité qui les distingue des phénomènes physiques, remarquables par leur uniformité: prenons pour exemple les fluides vivants et les fluides inertes. Ceux-ci, toujours les mêmes, sont connus quand ils ont été analysés une fois avec exactitude ; mais qui pourra dire connaître les autres d’après une seule analyse, ou même d’après plusieurs faites dans les mêmes circonstances ? Ou analyse l’urine, la salive, la bile, etc., prises indifféremment sur tel ou tel sujet, et de leur examen résulte la chimie animale : soit.

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mais ce n'est pas là la chimie physiologique; c'est, si je puis parler ainsi, l’anatomie cadavérique des fluides. Leur physiologie se compose de la connaissance des variations sans nombre qu'éprouvent les fluides suivant l’état de leurs organes respectifs.

L’urine n’est point après le repas ce qu’elle est après le sommeil ; elle contient, dans l’hiver, des principes qui lui sont étrangers dans l’été, où les excrétions principales se font par la peau. Le simple passage du chaud au froid peut, en supprimant la sueur, en affaiblissant l’exhalation pulmonaire, faire varier sa composition. Il en est de même des autres fluides : l’état des forces vitales dans les organes qui en sont la source change à chaque instant. Ces organes doivent donc eux-mêmes éprouver des changements continuels dans leur mode d’action, et par conséquent faire varier les substances qu’ils séparent du sang.

Qui osera croire connaître la nature d’un fluide de l’économie vivante, s’il ne l’a analysé dans l’enfant, l’adulte et le vieillard, dans la femme et dans l’homme, dans les saisons diverses, pendant le calme de l’âme et l’orage des passions, qui, comme nous l’avons vu, en influencent si manifestement la nature à l’époque des évacuations menstruelles, etc. ? Que serait-ce, s’il fallait connaître aussi les altérations diverses dont ces fluides sont susceptibles dans les maladies ?

L’instabilité des forces vitales a été l’écueil où sont venus échouer tous.Ies calculs des physiciens médecins du siècle passé. Les variations habituelles des fluides vivants qui dérivent de cette instabilité pourraient bien être un obstacle non moins réel aux analyses des chimistes médecins de celui-ci.

Il est facile de voir, d’après cela, que la science des corps organisés doit être traitée d’une manière toute différente de celles qui ont les corps inorganiques pour objet. Il faudrait, pour ainsi dire, y employer un langage différent; car la plupart des mots que nous transportons des sciences

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physiques dans celle de l’économie animale ou végétale, nous y rappellent sans cesse des idées qui ne s’allient nullement avec les phénomènes de cette science.

Si la physiologie eût été cultivée par les hommes avant la physique, comme celle-ci l’a été avant elle, je suis persuadé qu’ils auraient fait de nonihreuses applications de la première à la seconde; qu’ils auraient vu les fleuves coulant par l’action tonique de leurs rivages, les cristaux se réunissant par l’excitation qu’ils exercent sur leur sensibilité réciproque, les planètes se mouvant parce qu’elles s’irritent réciproquement à de grandes distances, etc. Tout cela paraîtrait bien éloigné de la raison, |à nous qui ne voyous que la pesanteur dans ces phénomènes ; pourquoi ne serions-nous pas aussi voisin du ridicule, lorsque nous arrivons avec cette même pesanteur, avec les aflinités, les compositions chimiques et un langage tout basé sur ces données fondamentales, dans une science où elles n’ont que la plus obscure influence? La physiologie eût fait plus de progrès, si chacun n’y eût pas porté des idées empruntées des séiences que l’on appelle accessoires, mais qui en sont essentiellement différentes,

La physique, la chimie, etc., se touchent, parce que les mêmes lois président à leurs phénomènes ; mais un i/nmense intervalle les sépare de la science des corps organisés, parce qu’une énorme dift’érence existe entre ces lois et celles de la vie. Dire que la physiologie est la physique des animaux, c’est en donner une idée extrêmement inexacte ; j’aimerais autant dire que l’astronomie est la physiologie des astres.

Mais c’est trop s’arrêter à une simple digression ; revenons aux forces vitales, considérées sous le rapport des deux vies de l’animal. [M]

g II. DifTéreoce des propriélés vitales d'avec celles de tissu.

En examinant les prupLiotés du tout organe vivant, on

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peut les distinguer eu deux espèces ; les unes tiennent iminédiatemcnt à la vie, commencent et finissent avec elle, ou plutôt en forment le principe et l’essence ; les autres n’y sont liées qu’ indirectement, et paraissent plutôt dépendre de l’organisation, de la texture des parties.

La faculté de sentir, celle de se contracter spontanément, sont des propriétés vitales. L’extensibilité, la faculté de se resserrer lorsque l’extension cesse, voilà des propriétés de tissu ; celles-ci, il est vrai, empruntent de la vie un surcroît d’énergie ; mais elles restent encore aux organes après qu’elle les a abandonnés, et la décomposition de ces organes est le terme unique de leur existence. .Je vais d’abord examiner les pronriétés vitales.

§111. Des deux espèces de sensibilité, animale et organique.

11 est facile de voir que les propriétés vitales se réduisent à celles de sentir et de se mouvoir : or, chacune d’elles porte dans les deux vies un caractère différent. Dans la vie organique, la sensibilité est la faculté de recevoir une impression ; dans la vie animale, c’est la faculté de recevoir une impression, plus, de la rapporter à un centre commun. L’estomac est sensible à la présence des aliments, le cœur à l’abord du sang, le conduit excréteur au contact du fluide qui lui est propre : mais le terme de cette sensibilité est dans l’organe même ; elle n’en dépasse pas les limites. La peau, les yeux, les oreilles, les membranes du nez, de la bouche, toutes les surfaces muqueuses à leur origine, les nerfs, etc., sentent l’impression (tes corps qui les touchent, et la transmettent ensuite au cerveau, qui est le centre général de la sensibilité de ces divers organes.

Il est donc une sensibilité organique et une sensibilité animale : sur l’une roulent tous les phénomènes de la digestion, de la circulation, de la sécrétion, de l’exhalation, de l’absorption, delà nutrition, etc.; elle est commune à la plante et à l’animal; le zoophyte en jouit comme le

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