DE LA VIE ORGANIQUE
sont alors ajoutées ; celles qui existaient s’agrandissent. Or, dans cette révolution remarquable, on observe une’ loi tout opposée à celle qui préside au développement de la vie animale.
Les organes internes qui entrent alors en exercice, ou qui accroissent beaucoup leur action, n’ont besoin d’aucune éducation ; ils atteignent tout à coup une perfection à laquelle ceux de la vie animale ne parviennent que par l’habitude d’agir souvent. Un coup d’œil rapide sur le développement de cette vie suffira pour nous en convaincre.
A la naissance, la digestion, la respiration, etc., une grande partie des exhalations et des absorptions commencent tout à coup à s’exercer ; or, après les premières inspirations etexpirations, après l’élaboration dans l’estomac, du premier lait sucé par l’enfant, après que les exhalants du poumon et de la peau ont rejeté quelques portions de leurs fluides respectifs, les organes respiratoires, digestifs, exhalants, jouent avec une facilité égale à celle qu’ils auront toujours.
Alors toutes les glandes qui dormaient, pour ainsi dire, qui ne versaient qu’une quantité très-petite de fluide, sont réveillées de leur assoupissement au moyen de l'excitation portée par difiérents corps à l’extrémité de leurs conduits excréteurs. Le passage du lait à l’extrémité des canaux de Sténon et de Warton, du chyme au bout du cholédoque et du pancréatique, le contact de l’air sur l’oritice de l’urètre, etc., éveillent les glandes salivaires, le foie, le pancréas, le rein, etc. L’air sur la surface interne de la trachée-artère et des narines, les aliments sur celle des voies digestives, etc., agacent dans ces différentes parties les glandes muqueuses, qui entrent en action.
Alors aussi commencent les excrétions qui jusque-là avaient été suspendues par le peu de fluide séparé par les glandes. Or, observez ces divers phénomènes, et vous les verrez s’exécuter tout de suite avec précision j vous verrez
les divers organes qui y concourent n’avoir besoin d’aucune espèce d’éducation^
Pourquoi cette différence dans le développement des deux vies? Je ne le rechercherai pas : j’observerai seulement que, par la même raison qu’à l’époque de leur développement, les organes de la vie interne ne se perfectionnent point par l’exercice et l’habitude ; qu’ils atteignent, en entrant en activité, le degré de précision qu’ils auront toujours; chacun n’est point, par la suite, susceptible d’acquérir sur les autres un degré de supériorité, comme nous l’avons observé dans la vie animale.
Cependant, rien de plus commun que la prédominance d’un système de la vie organif]ue sur les autres systèmes : tantôt c’est l’appareil vasculaire, tantôt le pulmonaire, souvent l’ensemble des organes gastriques, le foie surtout, qui sont supérieurs aux autres pour leur action, et qui impriment même par là un caractère particulier au tempérament de l’individu. Mais ceci tient à une autre cause : c’est de l’organisation primitive, de la structure des parties, de leur contormation, que naît cette supériorité : elle n’est point le produit de l’exercice, comme dans la vie animale. Le tœtus dans le sein de sa mère, l’enfant en voyant le jour, présentent ce phénomène à un degré aussi réel, quoique moins apparent, que dans les âges suivants.
De môme l’affaiblissement d’un système des fonctions internes tient toujours ou à la constitution originaire, ou à quelques vices causés accidentellement par une affection morbifique qui use les ressorts organiques de ce système, ceux des autres restant intacts. *
Telle est donc la grande différence des deux vies de l’animal, par rapport à l’inégalité de perfection de divers systèmes de fonctions dont chacune résulte; savoir, que dans Tune la prédominance ou l’infériorité d’un système relativement aux autres tient presque toujours à l’activité ou à l’inertie plus grande de ce système, à l’habitude d’agir ou de ne pas agir; que dans l’autre, au contraire,