‹ Recherches physiologiques sur la vie et la mort (volume 2)Chapitre 46 sur 63 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

DE l’influence ÜUE LA MORT DU COEÜR EXERCE SUR CEI.LE DES POUMONS.

Le poumon est le siège de deux especes très-différentes de phénomènes. Les premiers, entièrement mécaniques, sont relatifs aux mouvements d’élévation ou d’abaissement des côtes et du diaphragme, à la dilatation ou au resserrement des vésicules aériennes, à l’entrée ou à la sortie de l’air, effet de ces mouvements. Les seconds , purement chimiques, se rapportent aux altérations diverses qu’éprouve l’air, aux changements de composition du sang, etc.

Ces deux espèces de phénomènes sont dans une dépendance mutuelle. L’instant où les uns s’interrompent est toujours voisin de celui où les autres cessent de se développer. Sans les chimiques, les mécaniques, manquant de matériaux, ne sauraient s’exercer. Au défaut de ces derniers, le sang cessant, comme nous le verrons, d’être un excitant pour le cerveau, celui-ci ne pourrait porter son influence sur les intercostaux et le diaphragme ; ces muscles deviendraient inactifs, et par là même les phénomènes mécaniques seraient anéantis.

La mort du cœur ne termine pas de la même manière ces deux espèces de phénomènes. Suivant qu’elle naît d’une lésion du côté à sang noir ou des gros troncs veineux, d’une affection du côté à sang rouge ou des grosses artères, elle frappe différemment le poumon.

§ [. Déterminer comment le cœur à sang noir cessant d'agir, l'action du poumon est interrompue.

Le cœur à sang noir n’a visiblement aucune influence

sur les phénomènes mécaniques du poumon ; mais il concourt essentiellement à produire les chimiques, en envoyant à cet organe le fluide qui doit puiser dans l’air de nouveaux principes, et lui communiquer ceux qui le surchargent.

Lors donc que le ventricule et l’oreillette du système à sang noir, ou quelques-uns des gros vaisseaux veineux qui concourent à former ce système, interrompent leurs ionctions, comme il arrive pur une plaie, par une ligature faite dans les expériences, etc., etc., alors les phénomènes chimiques sont tout à coup anéantis; mais l’air entre encore dans le poumon par la dilatation et le resserrement de la poitrine.

Cependant rien n’arrive au ventricule à sang rouge : si un peu de sang y pénètre pendant quelques instants, il est noir, n’ayant subi aucune altération. Sa quantité est insuflisante pour produire le mouvement cérébral , qui cesse alors faute d’agent d’impulsion. Les fonctions du cerveau sont par là même suspendues, d’après ce qui a été dit ci-dessus ; par conséquent, plus d’action sur les intercostaux ni sur le diaphragme, qui restent en repos, et laissent sans exercice les phénomènes mécaniques.

Voilà donc comment arrive la mort du poumon, lorsque le cœur à sang noir meurt lui-même. Elle succède d’une manière inverse à la mort du cœur à sang rouge.

§ II. Déterminer comment le coeur à sang rouge cessant d'agir, l'aclion du poumon est interrompue.

Lorsqu’une plaie intéresse le ventricule ou l’oreillette à sang rouge, l’aorte ou ses grandes divisions; lorsqu’une ligature est appliquée artificiellement à celles-ci; lorsqu’un anévrisme dont elles sont le siège se rompt, etc., le poumon cesse ses fonctions dans l’ordre suivant :

1° Plus d’impulsion reçue par le cerveau ; 2° plus de mouvement de cet organe ; 3* plus d’action exercée sur les muscles ; 4* plus de contraction des intercostaux et

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du diaphragme ; 3” plus de phénomènes mécaniques. Or, sans ceux-ci, les chimiques ne peuvent avoir lieu; ils s’interrompent dans le cas précédent, faute de sang : c’est le délaut d’air qui les arrête dans celui-ci ; car ces deux choses leur sont également nécessaires : sans l’une, l’autre est inutile pour eux.

Telle est donc la différence de la mort du poumon à la suite des lésions du cœur, que si c’est le côté à sang noir qui est aftecté, les phénomènes chimiques cessent d’abord, puis les mécaniques finissent; que si l’aflection existe au contraire dans le côté à sang rouge, les premiers terminent, et les derniers commencent la mort. Comme la circulation est très-rapide, un très-court intervalle existe dans l’interruption des uns et des autres.

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