ARTICLE V
DE L'iMrLDEKCE QUE LA MORT DU COEUR EXERCE SUR LA MORT GÉNÉRALE.
Toutes les fois que le cœur cesse d’agir, la mort générale siuvient de la manière suivante : l’action cérébrale
i42 MOBT GÉNÉRALE
s’anéantit d’abord faute d’excitation; par là même les sensations, la locomotion et la voix, qui sont sous l’immédiate dépendance de l’organe encéphalique, se trouvent interrompues. D’ailleurs, faute d’excitation de la part du sang, les organes de ces fonctions cesseraient d’agir, en supposant que le cerveau resté intact pût encore exercer sur eux son influence ordinaire. Toute la vie animale est donc subitement anéantie. L’homme, à l’instant où son cœur est mort, cesse d’exister pour ce qui l’environne.
L’interruption de la vie organique, qui a commencé par la circulation, s’opère en même temps par la respiration. Plusde phénomènes mécaniques dans le poumon, dès que le cerveau a cessé d’agir, puisque le diaphragme et les intercostaux sont sous sa dépendance. Plus de phénomènes chimiques, dès que le cœur ne peut recevoir ni envoyer les matériaux nécessaires à leur développement; en sorte que, dans les lésions du cœur, ces derniers phénomènes sont interrompus directement et sans intermédiaire, et que les premiers cessent au contraire indirectement et par l’entremise du cœur qui est mort préliminairement.
La mort générale se continue ensuite peu à peu d’une manière graduée, par l’interruption des sécrétions, des exhalations et de la nutrition. Cette dernière finit d’abord dans les organes qui reçoivent habituellement du sang, parce que l’excitation née de l’abord de ce fluide est nécessaire pour l’entretenir dans ses organes, et qu’elle manque alors de ce moyen. Elle ne cesse que consécutivement dans les parties blanches, parce que, moins soumises à l’influence du cœur, elles ressentent plus tard les effets de sa mort.
Dans cette terminaison successive des derniers phénomènes de la vie interne, ses forces subsistent encore quelque temps, lorsque déjà ses fonctions ont cessé : ainsi la sensibilité organique, les contractilités organiques, sensibles et insensibles , survivent-elles aux phénomènes digestifs, sécrétoires, nutritifs, etc.
PAR CELLE DL G(£UR
. Pourquoi les forces vitales sont-elles encore quelque temps permanentes dans la vie interne, tandis que, dans la vie externe, celles qui leur correspondent, savoir l’espèce de sensibilité et de contractilité appartenant à cette vie, se trouvent subitement éteintes ? C’est que l’action de sentir et de se mouvoir organiquement ne suppose point l’existence d’un centre commun ; qu’au contraire, pour se mouvoir et agir animalement, l'inlluence cérébrale est nécessaire. Or, l’énergie du cerveau étant éteinte dès que le cœur n’agit plus , tout sentiment et tout mouvement externes doivent cesser à l’instant même.
C’est dans l’ordre que je viens d’exposer que s’enchaînent les phénomènes de la mort générale qui dépend d’une rupture anévrismale, d’une plaie au cœur ou aux , gros vaisseaux, des polypes formés dans leurs cavités, des ligatures qu’on y applique artificiellement, de la compression trop forte que certaines tumeurs exercent sur eux, des abcès de leurs parois, etc., etc.
C’est encore de cette manière que nous mourons dans les affections vives de l’âme. Un homme expire à la nouvelle d’un événement qui le transporte de joie ou qui le plonge dans une affreuse tristesse, à la vue d’un objet qui le saisit de crainte, d’un ennemi dont la présence l’agite de fureur, d’un rival dont les succès irritent sa jalousie, etc., etc. : eh bien, c’est le cœur qui cesse d’agir le premier dans tous ces cas ; c’est lui dont la mort entraîne successivement celle des autres organes ; la passion a porté spécialement sur lui son influence : par là son mouvement est arrêté ; bientôt toutes les parties deviennent immobiles.
Ceci nous mène à quelques considérations sur la syncope, qui présente en moins le même phénomène qu’offrent en plus ces espèces de morts subites.
Cullcn rapporte à deux chefs généraux les causes de cette affection : les unes existent, selon lui, dans le cerveau, les autres dans le cœur. Il place parmi les premières
i44 - MORT GÉNÉRALE
les vives affections de l’âme, les évacuations diverses, etc. Mais il est facile de prouver que la syncope qui succède aux passions n’aftecte que secondairement le cerveau, et que toujours c’est le cœur qui, s’interrompant le premier, détermine par sa mort momentanée le défaut d’action du cerveau. Les considérations suivantes laisseront, je crois, peu de doutes sur ce point.
1° J’ai prouvé, à l’article des passions, que jamais elles ne portent sur le cerveau leur première influence ; que cet organe n’est qu’accessoirement mis en action par elles; que tout ce qui a rapport à nos aflections morales appartient à la vie organique, etc., etc.
2o Les syncopes que produisent les vives émotions sont , analogues en tout, dans leurs phénomènes, à celles qui naissent des polypes, des hydropisies du -péricarde, etc. Or, dans celles-ci l’affection première est dans le cœur ; elle doit donc l’être aussi dans les autres.
3® A l’instant où la syncope se manifeste, c’est à la région précordiale, et non dans celle du cerveau, que nous éprouvons un saisissement. Voyez l’acteur qui joue sur la scène cette mort momentanée ; c’est sur le cœur, et non sur la tête, qu'il porte sa main en se laissant tomber, pour exprimer le trouble qui l’agite.
4° A la suite des passions vives qui ont produit la syncope, ce ne sont pas des maladies du cerveau, mais bien des affections du cœur, qui se manifestent : rien de plus commun que les vices organiques de ce viscère à la suite des chagrins, etc. Les folies diverses qui sont produites par la même cause ont le plus souvent leur foyer principal dans quelque viscère de l’épigastre profondément affecté, et le cerveau ne cesse plus que par contre-coup d’exercer régulièrement ses fonctions.
5“ Je prouverai plus bas que le système cérébral n’exerce aucune influence directe sur celui de la circulation ; qu’il n’y a point de réciprocité entre ces deux systèmes ; que les altérations du premier n’entrainent point dans le second