‹ Recherches physiologiques sur la vie et la mort (volume 2)Chapitre 53 sur 63 · PAR CKI.I.E DU POI'MON · texte numérisé non relu

PAR CKI.I.E DU POI'MON

Mais nqus avons, je crois, assez de faits pour établir avec certitude que le sang resté noir, après l’interruption des phénomènes chimiques du poumon, circule encore quelque temps, pénètre tous les organes, et y retnplace le sang rouge qui en arrosait le tissu.

Cette conséquence nous mène à l’explication d’un phénomène qui frappe sans doute tous ceux qui font des ouvertures de cadavres; savoir, qu’on n’y rencontre jamais que du sang noir, même dans les vaisseaux destinés au sang rouge.

Dans les derniers instants de l’existence, quel que soit le genre de mort, nous verrons que le poumon s’embarrasse presque toujours, et finit ses fonctions avant que le cœur n’ait interrompu les siennes. Le sang fait encore plusieurs fois le tour de son double système, après qu’il a cessé de recevoir l’influence de l’air : il circule donc noir pendant un certain temps, et par conséquent reste tel dans tous les organes, quoique cependant la circulation soit bien moins marquée que dans l’asphyxie, ce qui établit les grandes différences de ce genre de mort ; différence dont nous parlerons. Rien de plus facile, d’après cela, que de concevoir les phénomènes suivants :

1° Lorsque le ventricule et l’oreillette à sang rouge, la crosse de l’aorte, etc., etc., contiennent du sang, c’est toujours du noir, comme le savent très-bien ceux qui ont l’habitude d’injecter souvent. En exerçant les élèves dans la pratique des opérations chirurgicales sur le cadavre, j’ai toujours vu que lorsque les artères ouvertes ne sont pas entièrement vides et qu’elles laissent suinter un peu de sang, ce sang offre constamment la même couleur.

2“ Le corps caverneux est toujours gorgé de cette espèce de fluide, soit qu’il se trouve dans l’état de cette flaccidité habituelle, soit qu’il reste en érection, comme je l’ai vu sur deux sujets apportés à mon amphithéâtre ; l’un s’était pendu, l’autre avait éprouvé une violente commotion, à laquelle il paraissait avoir subitement succombé.

3" On ne trouve presque jamais rouge le sang qui distend plus ou moins la rate des cadavres ; cependant l’extérieur de cet organe, et sa surface concave, présentent quelquefois des taches d’une couleur écarlate très-vive que je ne sais trop à quoi attribuer.

4“ Les membranes muqueuses perdent , à la mort , la rougeur qui les caractérisait pendant la vie ; elles prennent presque toujours une teinte sombre, foncée, etc.

Lorsqu’on examine le sang épanché dans le cerveau des apoplectiques, on le trouve presque constamment noir.

6" Souvent, au lieu de se porter au dedans, c’est au dehors que le sang se dirige. Toute la face, le. cou, quelquefois les épaules, se gonflent alors et s’infiltrent de sang : il est assez commun de voir des cadavres où se rencontre cette disposition que je n’ai encore jamais vue coïncider avec un épanchement interne- Or, examinez alors la couleur de la peau ; elle est violette ou d’un brun très- foncé, signe manifeste de l’espèce de sang qui l’engorge. Ce n’est pas, comme on l’a dit à cause de cette douleur, le reflux du sang veineux qlii produit ce phénomène, mais bien la stase du sang noir qui circule, à l’instant de la mort, dans le système capillaire extérieur, où il trouve un obstacle, et qu’il engorge au lieu de le rompre, d’en briser les parois, et de s’épancher, comme il arrive dans le cerveau. Je présume que cette différence tient à la résistance plus grande , à la texture plus serrée des vaisseaux externes que des internes.

Je ne pousse pas plus loin les conséquences nombreuses du principe établi ci-dessus, savoir de la circulation du sang noir dans le système artériel pendant les derniers moments qui terminent la vie; j’observe seulement que lorsque c’est par la circulation que commence la mort , comme dans une plaie du cœur, etc., les phénomènes précédents ne s’observent pas, ou du moins sont très-peu sensibles.

Passons à l’examen de l’influence que le sang noir exerce sur les organes dont U pénètre le tissu.

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§ lit. Le ïanp noir n’csl point propre à entretenir l'acti»ité et la vie des organes qu’il pénèlre des que les fonctions cbimiques du poun.un ont cessé.

Quelle est l’influence du sang noir abordant aux organes par les artères? Pour le déterminer, remarquons que le premier résultat du contact du sang rouge est d’exciter ces organes , de les stimuler, d’entretenir leur vie , comme le prouvent les observations suivantes :

1° Comparez les tumeurs inflammatoires, l’érysipèle, le phlegmon, etc., à la formation desquels le sang rouge concourt essentiellement, avec les taches scorbutiques, les pétéchies, etc., que le sang noir produit surtout; vous verrez les unes caractérisées par l’exaltation , les autres par la prostration locale des forces de la vie.

2“ Examinez deux hommes , dont l’un , à face rouge, à poitrine large, à surface cutanée, que le moindre exercice colore fortement en rose , etc., annonce la plénitude du développement des fonctions qui changent en ronge le Sang noir, et dont l’autre, à teint blême et livide, à poitrine resserrée, etc., indique, par son extérieur, que ces fonctions languissent chez lui : vous verrez quelle est la différence dans l’énergie de leurs forces respectives.

3“ La plupart des gangrènes séniles commencent par une lividité dans la partie , lividité qui est l’indice évident de l’ahsence ou de la diminution du sang rouge.

4“ La rougeur des branchies est , dans les poissons, le signe auquel on reconnaît leur vigueur.

5° Plus les bourgeons charnus sont rouges, meilleure est leur nature : plus ils sont pâles ou bruns , moins la cicatrice a de la tendance à se faire.

6° La couleur vive de toute la tête , de la face surtout ,

1 ardeur des yeux, etc., coïncident toujours avec l’extrême énergie que prend, dans certains accès fébriles, l’action du cerveau.

. 7“ Plus les animaux ont leur système pulmonaire développé , plus la coloration du sang y est active , par consé-

quent plus la vie générale de leurs organes divers est parfaite et bien développée.

8® La jeunesse, qui est l’âge de la vigueur, est celui où le sang rouge prédomine dans l’économie. Qui ne sait que les vieillards ont, à proportion, et leurs artères plus rétrécies, et leurs veines plus larges que dans les premières an- # nées? Qui ne sait que le rapport des deux systèmes vasculaires est inverse dans les deux âges extrêmes de la vie?

J’ignore comment le sang rouge excite et entretient par sa nature la vie de toutes les parties. Peut-être est-ce par la combinaison des principes qui le colorent, avec les divers organes auxquels il parvient. En effet, voici la différence des phénomènes qu’offrent les deux systèmes capillaires, général et pulmonaire.

Dans le premier, le sang, en changeant de couleur, laisse dans les parties les principes qui le rendent rouge; au lieu que dans le second, les éléments auxquels il doit sa noirceur sont rejetés par l’expiration et par l’exhalation qui. l’accompagnent. Or, cette union des principes colorant le sang artériel avec les organes n’entre-t-elle pas pour beaucoup dans l’excitation habituelle où ils sont entretenus, excitation nécessaire à leur action? Si cela est, on conçoit que le sang noir, ne pouvant offrir les matériaux de cette union , ne saurait agir comme excitant de nos diverses parties.

Du reste, je propose cette idée sans y tenir 'en aucune manière; on peut la mettre à côté de l’action sédative que j’ai dit être peut-être exercée sur les nerfs par le sang noir. Quelque probable que paraisse une opinion, dès que la rigoureuse expérience ne saurait la démontrer, tout eS;prit judicieux ne doit y attacher aucune importance.

Recherchons donc, abstraction faite de tout système, comment le contact du sang noir sur les parties en détermine la mort.

On peut, comme nous l’avons fait en parlant de la mort du cœur, diviser ici les parties en celles qui appartiennent

à la vie animale, et en celles qui concourent aux phénomènes organiques. Voyons comment les unes et les autres finissent alors d’agir.

Tous les organes de la vie animale sont sous la dépendance du cerveau; si ce viscère interrompt ses phénomènes, les leurs cessent alors nécessairement. Or, nous avons vu que le contact du sang noir frappe d’atonie les forces cérébrales, d’une manière presque soudaine. Sous ce premier rapport, les organes locomoteurs, vocaux et sensitifs doivent donc rester dans l’inertie chez les asphyxiés; c’est même la seule cause qui en suspend l’exercice dans les expériences diverses oü l’on pousse du sang noir au cerveau, les autres parties n’en recevant point. Mais lorsque le fluide circule dans tout le système, lorsque tous les organes sont, comme lui, soumis à son influence, deux autres causes se joignent à celle-ci :

1® Les nerfs qui s’en trouvent pénétrés ne sont plus, par là même, susceptibles d’établir des communications entre le cerveau et les sens d’une part, de l’autre entre ce même viscère et les organes locomoteurs ou vocaux.

2“ Le contact du sang noir sur ces organes eux-mêmes y anéantit leur action. Injectez, en effet, dans l’artère crurale d’un animal cette espèce de sang pris dans une de ses veines : vous verrez bientôt ses mouvements s’affaiblir d’une manière sensible, quelquefois même une paralysie momentanée survenir. J’observe que, dans cette expérience, c’est à la partie la plus supérieure de l’artère qu’il faut injecter le fluide, lequel doit être poussé en assez grande abondance. Si on ouvi'ait le vaisseau à sa partie moyenne, les muscles de la cuisse recevant presque tous du sang rouge, continueraient, sans nulle altération, leurs mouvements divers. Cela m’est arrivé dans deux ou trois circonstances.

Je sais qu’on peut dire que la ligature de l’artère, nécessaire dans cette expérience, est seule capable de paralyser le membre. En effet, il m’est arrivé deux lois, sinon

d’anéantir entièrement, au moins d’affaiblir les mouvements par ce seul moyen; mais aussi, souvent j’ai remarqué que son influence était presque nulle, sans doute parce qu’alors les capillaires suppléent, ce qui ne peut arriver dans l’expérience connue de Sténon, où la ligature est appliquée à l’aorte, et où le mouvement est toujours tout de suite intercepté. Cependant le résultat de l’injection du sang noir est presque constamment le même que celui que j’ai indiqué. Je dis presque, car, 1® je l’ai vu manquer une fois, quoique avec les précautions requises; 2® l’affaiblissement des mouvements varie, suivant les animaux, et dans sa durée, et dans 1e degré auquel on l’observe.

Il y a aussi, dans cette expérience, une suspension manifeste du sentiment, laquelle arrive quelquefois plus tard que celle du mouvement, mais qui est toujours réelle, surtout si on a le soin de répéter trois ou quatre fois, et à de légers intervalles, l’injection du sang noir.

On produit un effet analogue, mais plus tardif et plus dillicile, en adaptant à la canule placée dans la crurale un tube déjà fixé dans la carotide d’uii autre animal, dont la trachée-artère est ensuite fermée, de manière que son cœur pousse du sang noir dans la cuisse du premier.

Les organes de la vie interne, indépendants de l’action cérébrale, ne sont point arrêtés, comme ceux de la vie externe, par la suspension de cette action, lorsque le sang , noir circule dans le système artériel ; le seul contact de ce sang est la cause qui en suspend les fonctions. La mort de ces organes a donc un principe de moins que celle des organes Ibcomoteurs, vocaux, etc.

J’ai déjà démontré cette influence du sang noir sur les organes de la circulation ; nous avons vu comment le cœur cesse d’agir dès qu’il en est pénétré; c’est aussi, en partie, parce que ce fluide se répand dans les parois artérielles et veineuses, par les petits vaisseaux qui concourent à lastructure de ces parois, qu’elles s’afl'aiblissent et cessent leurs f'uctions.

PAR CELLE DP POl'MON.

11 sera sans doute toujours difiicile de prouver d’une manière rigoureuse que les sécrétions, l’exhalation, la nutrition, ne sauraient puiser dans le sang noir les matériaux propres à les entretenir; car cette espèce de sang ne circule pas assez longtemps dans les artères pour pouvoir faire des expériences sur ces fonctions.

J’ai voulu cependant tenter quelques essais : ainsi, lo j’ai mis à découvert la surface interne de la vessie d’un animal vivant, après avoir coupé la symphyse et ouvert le bas-ventre : j’ai examiné ensuite le suintement de l’urine par l’orifice des uretères, pendant que j’asphyxiais l’animal en fermant le robinet adapté à sa trachée-artère ; 2“ j’ai coupé le conduit déférent, préliminairement mis à nu, pour voir si, pendant l’asphyxie, la semence coulerait, etc., etc.

En général, j’ai toujours remarqué que, pendant la circulation du sang noir dans les artères, aucun fluide ne paraissait s’écouler des divers organes sécréteurs. Mais j’avoue que, dans toutes ces expériences et dans d’autres analogues que j’ai aussi tentées, l’animal éprouve un trouble trop considérable et par l’asphyxie et par les grandes incisions qu’on lui fait soufifrir, le temps que dure l’expérience est trop court, pour pouvoir en tirer des conséquences de nature à être admises sans méfiance par un esprit méthodique.

C’est donc principalement par l’analogie de ce qui arrive aux autres organes que j’assure que ceux des sécrétions, de l’exhalation et de la nutrition cessent leurs fonctions lorsque le sang noir y aborde.

Cela s’accorde d’ailleurs très-bien avec divers phénomènes des asphyxiés : 1® ainsi le défaut d’exhalation cutanée pendant le temps assez long où le sang noir circule dans les artères avant la mort est-il peut-être une des causes de la permanence de la chaleur animale dans les sujets attaqués de cet accident ; 2“ ainsi j’ai constamment observé sur différents chiens morts lentement d’asphyxie, pendant

la digestion, en leur retranchant peu à peu l’air au moyen du robinet, que les conduits hépatique, cholédoque et le duodénum contiennent beaucoup moins de bile qu’ils n’en présentent ordinairement, lorsqu’à cette époque on met à découvert ces organes sur un animal vivant ; 3° ainsi, comme je l’ai dit, le sang, ne perdant rien par les diverses fonctions indiquées plus haut, s’accumule en grande quantité dans ses vaisseaux. Voilà même pourquoi il est trèsfatigant de disséquer les cadavres de pendus, d’asphyxiés par le charbon, etc. : la fluidité et l’abondance de leur sang embarrasse. Cette abondance, observée par divers auteurs, peut tenir aussi à ce que les absorbants affaiblis ne prennent point, après la mort par asphyxie, la portion séreuse du sang contenu dans les artères, comme il arrive chez presque tous les cadavres où cette portion se sépare du caillot qui reste dans le vaisseau : ici il n’y a ni séparation ni absorption.

, Les excrétions paraissent alors aussi ne point se faire par l’affaiblissement qu’excite dans l’organe excréteur le contact du sang noir ; ainsi a-t-on observé fréquemment la vessie très-distendue chez les asphyxiés, comme le remarque M. Portai. C’est l’urine qui s’y trouvait avant l’accident, et qui n’a pu être évacuée, quoique la vie ait en core duré quelque temps. En général, jamais les asphyxies par le sang noir seul et sans cause délétère ne sont accompagnées de ces contractions si fréquentes à l’instant de plusieurs autres morts, ou quelques instants après, dans le rectum, la vessie, etc., contractions qui vident presque entièrement ces organes de leurs fluides, et qui doivent être bien distinguées du simple relâchement des sphincters, d’où naissent des effets analogues. Toujours les symptômes d’un affaiblissement général dans les parties se manifestent : jamais on ne voit ce surcroît de vie, ce développement de forces, qui marquent si souvent la dernière heure des mourants.

Voilà pourquoi, peut-être, on remarque dans les cada-

PAB CELLE Dü POUMON.

vres des personnes asphyxiées une grande souplesse des membres. La roideur des muscles paraît, en effet, tenir assez souvent à ce que la mort les frappant à l’instant de la contraction, les fibres restent rapprochées et très-cohérentes entre elles. Ici, au contraire, un relâchement général, un défaut d’action universel, existant dans les parties lorsque la vie les abandonne, elles restent en cet état, et cèdent aux impulsions qu’on leur communique.

J’avoue cependant que cette explication présente une difficulté dont je ne puis donner la solution; la voici ; les asphyxiés par les vapeurs méphitiques périssent à peu près de la même manière que les noyés ; ou du moins, si la cause de la mort diffère, le sang noir coule également pendant un temps assez long dans les artères. On peut le voir en ouvrant la carotide sur deux chiens, en même temps que chez l’un on fait parvenir, par un tube adapté à sa trachée-artère, des vapeurs de charbon dans le poumon, et que chez l’autre on pousse dans cet organe une certaine quantité d’eau, que l’on y maintient en fermant le robinet, et qui se trouve bientôt réduite en écume, comme chez les noyés.

Malgré cette analogie des derniers phénomènes de la vie, les membres restent souples et chauds jiendant un certain temps dans le premier ; ils deviennent roides et glacés dans le second, surtout si on plonge son corps dans l’eau pendant l’expérience (car j’ai observé qu’il y a une perte moins prompte du calorique en noyant l’animal par l’eau qu’on injecte, et qui intercepte sa respiration, qu’en le plongeant tout entier dans un fluide). Mais revenons à notre objet.

Nous pouvons conclure, je crois, avec assurance, de tous les faits et de toutes les considérations renfermés dans cet article, 1“ que lorsque les fonctions chimiques du poumon s’interrompent, tous les organes cessent simultanément leurs fonctions, par l’eftét du contact du sang noir, quelle que soit la manière d’agir de ce sang, ce que je

n’examine point ; 2® que Jeur mort coïncide avec celle du cerveau et du cœur, mais qu’elle n’en dérive pas immédiatement ; 3® que s’il était possible à ces deux organes de recevoir du sang rouge pendant que le noir pénétrerait les autres, ceux-ci finiraient leurs fonctions, tandis qu’eux continueraient les leurs ; 4® qu’en un mot l’asphyxie est un phénomène général qui se développe en même temps dans tous les orgànes, et qui n’est prononcé très-spécialement dans aucun.

D’après cette manière d’envisager l’infiiience du sang noir sur les parties, il parait que pour peu que son passage dans les artères se continue, la mort en est bientôt le résultat. Cependant certains vices organiques ont prolongé quelquefois au delà de la naissance le mélange des deux espèces de sang, mélange qui a lieu, comme on sait, chez le fœtus : tel était le vice de conformation de l’aorte naissant par une branche dans chacun des ventricules, chez un enfant dont parle Sandifort; telle paraît être encore, an premier coup d’œil, l’ouverture du trou botal chez l’adulte.

Remarquons cependant que, l’existence de ce trou ne suppose point toujours le passage du sang noir dans l’oreillette à sang rouge, comme tout le monde le croit. En effet, les deux valvules semi-lunaires entre lesquelles il est situé, quand on le rencontre au delà de la naissance, s’appiliquent nécessairement l’une contre l’autre, par la pression que le sang contenu dans les oreillettes exerce sur elles, lors de la contraction simultanée de ces cavités. Le trou est alors nécessairement bouché, et son oblitération est beaucoup plus exacte que celle de l’ouverture des ventricules par les valvules mitrale et tricuspide, ou que celle de l’aorte et de la pulmonaire par les sigmoïdes.

Au reste, il est très-commun de rencontrer ce trou ouvert dans les cadavres; je l’ai déjà vu plusieurs fois. Quand il n’existe pas, rien de plus facile que de détruire l’adhérence, ordinairement très-faible, contractée par les deux

valvules qui le ferment en glissant entre elles le manche du scalpel. Si on examine l’ouverture qui résulte de ce procédé, on voit qu’on n’a produit souvent aucune solution de continuité, et qu’il n’y a qu’un simple décollement.

Le trou botal, ainsi artificiellement pratiqué, présente . la même disposition que celui qu’offrent naturellement certains cadavres. Or, si on examine cette disposition, on verra que lorsque les oreillettes se contractent, nécessairement le sang se forme à lui-même un obstacle, et ne peut passer de l’une dans l’autre. Il est facile même de s’assurer de la réalité du mécanisme dont je parle, par deux injections de couleur différente, faites en même temps des deux côtés du cœur, par les veines caves et par les pulmonaires.

D’après tout ce que nous avons dit, et de l’influence qu’exerçe le sang sur les divers organes, soit par le mouvement dont il est agité, soit par les principes divers qui le constituent, et de la mort qui succède, dans les organes, à l’anéantissement de ces deux modes d’influence, il est évident que les organes blancs où le sang ne pénètre point dans l’état ordinaire, et que le cœur n’a point, par conséquent, directement sous sa dépendance, doivent cesser d’exister différemment que ceux qui y sont immédiatement soumis. L’asphyxie ne peut point tout à coup les atteindre ; ils ne sauraient, comme les autres, cesser presque subitement leurs fonctions dans les plaies du cœur, les syncopes, etc. En un mot, leur vie étant différente, leur mort ne doit point être la même. Or, je ne puis déterminer comme cette mort arrive; car je ne connais point assez la vie qui la précède. Rien encore ne me paraît rigoureusement démontré sur le mode circulatoire de ces organes, sur les fluides qui les pénètrent, sur leurs rapports nutritifs avec ceux où aborde le sang, etc., etc.

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