‹ Recherches physiologiques sur la vie et la mort (volume 2)Chapitre 54 sur 63 · ARTICLE IX · texte numérisé non relu

ARTICLE IX

DE l’iNFLDENCE QUE U MORT DU POUMON EXERCE SUR LA MORT

En résumant ce qui a été dit dans les articles précédents, de l’influence qu’exerce le poumon sur le cœur, sur le cerveau et sur tous les organes, il est facile de se former une idée de la termmaison successive de toutes les fonctions, lorsque les phénomènes respiratoires sont interrompus, tant dans leur portion mécanique que dans leur portion chimique.

Voici comment la mort arrive si les phénomènes mécaniques du poumon cessent, soit par les diverses causes exposées dans l’article v^, soit par d’autres analogues, comme par une rupture du diaphragme survenue à la suite d’une oJiute sur l’abdomen, dont les viscères ont été refoulés supérieurement, ainsi que j’ai déjà eu deux fois occasion de l’observer (1), par la fracture simultanée d’un grand nombre de côtes, par l’écrasement du sternum, etc., etc.

Plus de phénomènes mécaniques ; 2® plus de phénomènes chimiques , faute d’air qui les entretienne ; 3® plus d’action cérébrale , faute de sang rouge qui excite le cerveau ; 4” plus de vie animale, de sensation, de locomotion et de voix, faute d’excitation dans les organes de ces fonc-

(1) Lorsque le diaphragme se rompt, une cessation subite des fonctions n’est pas-toujours le résultat de cet accident. Il est différentes observations où l’on a vu les malades survivre plusieurs jours àieur chute ; ce n’est que l’ouverture du cadavre qui a pu faire connaître la cause de la mort.

Les muscles intercostaux sont, dans ce cas, les seuls agents de la respiration, qui devient presque analogue à celle des oiseaux ou à celle des animaux à sang rouge et froid, qui sont privés de la cloison intermédiaire à la poitrine et à l’abdomen.

Lieutaud cite diverses ruptures du diaphragme, déterminées par des causes autres que des lésions externes. Diemerbrœck a vu ce muscle manquer chez un enfant qui vécut cependant sept années.

PAR CELLE nr PO^MO^.

lions, par l’action cérébrale et par le sang rouge ; 5® plus de circulation générale; 6° plus de circulation capillaire, de sécrétion, d’absorption, d’exhalation, faute d’action exercée par le sang rouge sur les organes de ces fonctions ; 7® plus de digestion, faute de sécrétion et d’excitation des organes digestifs, etc., etc.

Les phénomènes de la mort s’enchaînent différemment lorsque les fonctions chimiques du poumon sont interrompues, ce qui arrive, 1“ dans la machine du vide ; 2“ lors de l’oblitération de la trachée-artère par un robinet adapté artificiellement à ce canal, par un corps étranger qui y est tombé, par un autre qui fait saillie à la partie antérieure de l’œsophage , par la strangulation , par un polype , par des matières muqueuses amassées dans les cavités aériennes, etc. ; 3® dans les différentes affections inflammatoires, squirrheuses et autres, de la bouche, du gosier, du larynx, etc. ; 4“ dans la submersion ; 5® lors d’un séjour sur le sommet des plus hautes* montagnes; 6® dans l’introduction accidentelle des différents gaz non respirables, tels que les gaz acide carbonique, azote, hydrogène, muriatique oxygéné, ammoniac, etc., etc. ; 7® lors d’une respiration trop prolongée dans l’air ordinaire, dans l’oxygène, etc., etc... Dans tous ces cas la mort survient de la manière suivante :

1® Interruption des phénomènes chimiques ; 2® suspension nécessairement subséquente de l’action cérébrale; 3° cessation des sensations , de la locomotion volontaire, par la même raison, de la voix et des phénomènes mécaniques de la respiration, phénomènes dont les mouvements sont les mêmes que ceux de la locomotion volontaire ; 4“ anéantissement de l’action du cœur et de la circulation générale ; 5® terminaison de la circulation capillaire , des sécrétions, de l’exhalation, de l’absorption, et consécutivement de la digestion ; 6® cessation de la chaleur animale qui est le résultat de toutes les fonctions, et qui n’abandonne le corps que lorsque tout a cessé d’y être en activité.

912 DK i.A Mort des organes

Quelle que soit la fonction par laquelle comnaence la mort, c’est toujours par celle-ci qu’elle s’achève.

§ I. Hcmarques sur les differeDces que présentent les diverses asphyxies.

Quoique dans le double genre de mort dont je viens d’exposer l’enchaînement successif, le sang noir influe toujours spécialement, par son contact, sur l’affaiblissement et l’interruption de l’action des organes, il ne faut pas croire cependant que cette cause soit constamment la seule. Si cela était, toutes les asphyxies se ressembleraient par leurs phénomènes, comme le prouvent les considérations suivantes ;

D’un côté, il y a, dans toutes ces affections, interruption de la coloration du sang noir, et par conséquent circulation de cette espèce de sang dans le système artériel ; d’un autre côté, le sang ne présente aucune nuance particulière à chaque asphyxie ; dans toutes il est le même, c’est-à-dire qu’il passe dans l’appareil vasculaire à sang rouge, tel qu’il était dans l’appareil opposé. J’ai eu occasion de m’assurer très-souvent de ce fait. Quelle que soit la manière dont j’ai essayé de faire cesser les fonctions chimiques du poumon, dans mes expériences, la noirceur m’a toujours paru à peu près uniforme.

Malgré cette uniformité relative aux phénomènes de la coloration du sang dans les asphyxies , rien n’est plus varié que leurs symptômes et que la marche des accidents qu’elles occasionnent. Leurs différences ont rapport, tantôt au temps que la mort reste à s’opérer, tantôt aux phénomènes qui se développent dans les derniers instants , tantôt à l’état des organes , à la somme des forces qu’ils conservent après que la vie les a abandonnés, etc.

1® L’asphyxie varie par rapport à sa durée : elle est prompte dans les gaz hydrogène sulfuré, nitreux, dans certaines vapeurs qui s’élèvent des fosses d’aisances, etc.; elle est plus lente dans les gaz acides carbonique , azote ,

dans l’air épuisé par la respiration, dans l’hydrogène pur, dans l’eau, dans le vide, etc.

2° Elle varie par les phénomènes qui l’accompagnent : tantôt l’animal s’agite avec violence, est pris de convulsions subites, finit sa vie dans une agitation extrême; tantôt il semble tranquillement voir ses forces lui échapper, passer d’abord de la vie au sommeil, et ensuite du sommeil à la mort. Lorsqu’on compare les nombreux effets du plomt des fosses d’aisances , des vapeurs du charbon , des diftérents gaz, de la submersion, etc., sur l’économie animale, on voit que chacune de ces causes l’influence d’une manière très-différente et souvent opposée.

3“ Enfin les phénomènes qui suivent l’asphyxie sont aussi très-variables. Comparez le cadavre toujours froid d’un noyé aux restes longtemps chauds d’un homme suffoqué par les vapeurs du charbon ; lisez le résultat de diverses expériences exposées dans le rapport des commissaires de l’Institut, sur l’influence que le galvanisme reçoit des diverses asphyxies; parcourez l’exposé des symptômes qui accompagnent le méphitisme des fosses d’aisances, symptômes développés dans un ouvrage de . M. llallé, qui a aussi spécialement concouru au rapport dont je viens de parler ; rapprochez les nombreuses observations éparses dans les ouvrages de différents autre; médecins, de M. Portai, de Louis, de Haller, de Troja, . de Pechlin, de Bartholin, de Morgagni, etc., etc. ; faites les expériences les plus ordinaires, les plus faciles à répéter sur la submersion, sur la strangulation, sur la suffocation par les divers gaz: vous verrez partout des différences très-remarquables dans toutes ces espèces d’asphyxies; vous observerez que chacune est presque caractérisée par un état différent dans les cadavres des animaux qui y ont été exposés.

Pour rechercher la cause de ces différences, distinguons d’abord les asphyxies en deux classes : en celles qui

surviennent par le simple défaut d’air respirable ; 2° en

celles où, à celle première cause se joint l’introduction dans le poumon d’un fluide délétère.

Lorsque le simple défaut d’air respirable occasionne l’asphyxie, comme dans celles produites par le vide, par la strangulation, par le séjour trop prolongé dans un air qui ne peut se renouveler, etc., par un corps étranger dans la trachée-artère, etc., etc., alors la cause immédiate de la mort me parait être uniquement le contact du sang noir sur toutes les parties, comme je l’ai exposé très en détail dans le cours de cet ouvrage.

L’etfet général de ce contact est toujours le même, quelle que soit l’espèce d’accident qui le produise : aussi les symptômes concomitants et les résultats secondaires de tous ces genres de morts présentent-ils en général peu de. différence entre eux. Leur durée est la même ; si elle varie, cela ne dépend que de l’interruption plus ou moins prompte de l’air, qui est tantôt suhitement arrêté comme dans la strangulation, et qui tantôt n’est qu’en partie intercepté, comme lorsque les corps étrangers ne bouchent qu’inexadenient la glotte. "

Cette variété dans la durée et dans l’intensité de la cause asphyxiante peut bien en déterminer quelqu’une dans certains symptômes ; tels sont la lividité et le gonflement plus ou moins grands de la face, l'embarras plus ou moinsconsidérable du poumon, etc., le trouble plus ou moins marqué dans les fonctions de la vie animale, l’irrégularité plus ou moins sensible du pouls, etc. Mais toutes ces différences ne supposent point de diversité de nature dans la cause qui interrompt les phénomènes chimiques ; elles n’indiquent que des modifications diverses de cette même cause. Voilà, par exemple, 1“ comment un pendu ne meurt point de même qu’un homme suffoqué par une tumeur inflammatoire, de même que celui dans la trachée-artère duquel est tombée une fève, un pois, etc. ; 2® comment, si on fait périr un anitnàl sous une cloche pleine d’air atmosphéri- * que, il restera bien plus longtemps à s’asphysiet'’que si

on bouche la trachée-artère avec un robinet, et bien moins que si la cloche contient de l’oxygène ; 3“ comment les symptômesde l’asphyxie, à une hauteur de l’atmosphère où l’air trop raréfié n’oifre pas assez d’aliment à la vie, dans une chaleur étouffante qui produit sur ce fluide le même effet, diffèrent beaucoup ?n apparence de l'asphyxie que déterminent l’ouverture subite de la poitrine, une compression très-forte de cette cavité, en un mot toutes les causes qui font commencer la mort par les phénomènes mécaniques.

Dans tous ces cas, il n’y a qu’un principe unique de la mort, savoir, l’absence du saug rouge dans le système artériel ; mais suivant que le sang noir passe tout de suite dans ce système tel qu’il était dans les veines, ou qu’il * puise encore quelque chose dans le poumon, les phénomènes qui ^ manifestent pendant les derniers instants, et même après la mort, varient singulièrement. Je dis après la mort, car j’ai constamment observé que dans toutes les asphyxies produites par le simple défaut d’air respiruble, plus la vie tarde à se terminer, et plus par conséquent l’état d’angoisses et de malaise qui la sépare de la mort est prolongé par un peu d’air que reçoivent encore les poumons, moins l’irritabilité et même la susceptibilité galvanique se montrent avec énergie dans les expériences consécutives.

Mais si dans l’asphyxie l’introduction d’un fluide aéri- ' forme étranger dans les bronches se joint au défaut d’air respirable, alors la variété des symptômes ne tient plus à la variété des modiflc'ations de la cause asphyxiante, mais bien à la différence de sa nature.

Cette cause est, en effet, double dans le cas qui nous occupe. 4“ Le sang resté noir faute des éléments qui le colorent, et porté dans tous les organes à travers le système artériel, comme dans le cas précédent, détermine également l’affaiblissement et la mort de ces organes, ou plutôt ne peut entretenir leur action j 2® des principes per-

PE r.A MOUT DES ORGANES

nicieux introduits dans le poumon avec les gaz auxquels ils sont unis agissent directement sur les forces de la vie, et les frappent de prostration et d’anéantissement. 11 y a donc ici absence d’un excitant propre à entretenir l’énergie vitale, et présence d’un délétère qui détruit cette énergie.

J’observe cependant, que tous les gaz n’agissent pas de cette manière : il parait que plusieurs ne font périr les animaux'que parce qu’ils ne sont point respirables, que parce qu’ils ne contiennent point les principes qui colorent le sang. Tel est, par exemple, l’hydrogène pur, où l’asphyxie s’opère à peu près de la môme manière que loreque la trachée-artère est simplement oblitérée, que lorsque l’air de la respiration a été tout épuisé, etc., et où, comme l’observent les commissaires de l’Institut, elle est beaucoup plus lente à s’effectuer que dans les autres fluides aériformes.

Mais lorsque, par les exhalaisons qui s’élèvent à l’air libre, d’une fosse d’aisances, d’un caveau, d’un cloaque où des matières putrides se sont amassées, un homme tombe asphyxié à l’instant même où il les respire, et avec des mouvements convulsifs, des agitations extrêmes, etc., alors certainement il y a plus que l’interruption des phénomènes chimiques, et par conséquent que la non-cbloratiou en rouge du sang noir.

En effet, 1“ il entre encore dans le poumon assez d’air respirable avec les vapeurs méphitiques dont cet air est le véhicule, pour entretenir pendant un certain temps la vie et ses diverses fonctions ; 2“ en supposant que la quantité des vapeurs méphitiques fût telle qu’aucune place ne restât pour l’air respirable, la mort ne devrait venir que par gradation, sans des secousses violentes et subites; elle devrait être, en un mot, telle qu’elle est produite par la simple privation de cet air : or, la manière toute différente dentelle survient indique qu’il y a ici, outre le contact du-

sang noir, l’action d’une substance délétère dans l’économie animale. ^ .

Ces deux causes agissent donc simultanément dans l’asphyxie par les différents gaz. Tantôt l’une prédomine, tantôt leur action est égale. Si le délétère est très-violent, il tue souvent l’animal avant que le sang noir ait pu produire beaucoup d’eftét; s’il l’est moins, la vie s’éteint sous l’influence de ce dernier autant que sous celle du premier; s’il est faible, c’est principalement le sang noir qui suffoque.

Les asphyxies par les gaz ou les vapeurs méphitiques se ressemblent donc toutes par l’affaiblissement qu’éprouvent les organes de la part du sang noir; c’est sous ce rapport aussi qu’elles sont analogues à celles que détermine la simple privation de l’air respirable. Elles diffèrent par la nature du délétère; cette nature varie à l’infini ; on croit la connaître dans quelques fluides aériformes, mais dans le plus grand nombre nous l’ignorons encore presque entièrement : elle nous est surtout peu connue dans les vapeurs qui s’élèvent des inatièi’es fécales longtemps retenues, des égouts, etc.

D'après cela, je ferai abstraction de la nature spéciale des différentes espèces de délétères, et de la variété des symptômes qui peuvent naître de l’action de chacune en particulier : je n’aurai égard qu’aux effets qui résultent de cette action considérée d’une manière générale.

Je remarque aussi que la variété de ces effets peut beaucoup dépendre l’éftat dans lequel se trouve l’individu, en sorte que le même délétère produira des symptômes divers suivant le tempérament, l’âge, la disposition du poumon, celle du cerveau, etc., etc. Mais, en général, ces variétés portent plus sur l’intensité, sur la force ou la faiblesse des symptômes, que sur leur nature, qui reste assez constamment la même.

Comment les différentes substances délétères qui sont introduites dans le poumon, avec les vapeurs méphitiques qu’elles composent en partie, agissent-elles sur l’écono-

by Coogl

mie? Ce ne peut être que de deux manières : 1» en affectant les nerfs du poumon, qui réagissent ensuite sympathiquement sur le cerveau ; S" en passant dans le sang, et en allant directement porter, par la circulation, leur influence sur cet organe, et en général sur tous ceux de l’économie animale.

Je crois bien que la simple action d’une substance délétère sur les nerfs du poumon peut avoir un effet très-marqué dans l’économie, qu’elle est même capable d’en troubler les fonctions d’une manière très-sensible ; à peu près comme une odeur, en frappant simplement la pituitaire, agit sympathiquement sur 1e cœur, et détermine la syncope ; comme la vue d’un objet hideux produit le même effet, comme un lavement irritant réveille presque tout à coup et momentanément les forces de la vie ; comme la va- ' peur du vinaigre, le jus d’oignon, portés sur la conjonctive pendant la syncope, suffisent quelquefois pour réveiller tous les organes ; comme l’introduction de certaines substances dans l’estomac se fait subitement ressentir dans toute l’économie, avant que ces substances aient eu le temps de passer dans le torrent circulatoire, etc.

On rencontre, à chaque instant, de ces exemples où le simple contact d’un corps sur les surfaces muqueuses produit tout h coup une réaction sympathique sur les divers organes, et occasionne des phénomènes très-remarquables dans tout le corps.

Nous ne pouvons donc rejeter ce mode d’action des substances délétères qui s’introduisent dans le poumon. Mais la même raison qui nous porte à l’admettre dans plusieurs cas nous engage à ne pas en exagérer l’influence.

Je ne connais point, en effet, d’exemple où le simple contact d’un corps délétère sur une surface muqueuse produise subitement la mort. Il peut l’amener au bout d’un certain temps, mais jamais la déterminer dans l’instant qui suit celui où il agit.

Cependant, dans l’asphyxie des vapeurs méphitiques,

telle est souvent la rapidité avec laquelle survient la mort, qu’à peine le sang noir a-t-il eu le temps d’exercer son influence, et que, bien manifestement, la cause principale de la cessation des fonctions est l’action des substances délétères.

Celte considération nous porte donc à croire que ces substances passent dans le sang à travers le poumon, et que, circulant avec ce fluide, elles vont porter à tous les organes, et principalement au cerveau, la cause immédiate de leur mort. Plusieurs médecins ont déjà soupçonné et même admis, mais sans beaucoup de preuves, ce passage dans le sang des substances délétères introduites par la respiration des vapeurs méphitiques. Voici un très-grand nombre de considérations qui me paraissent l’établir d’une manière indubitable :

■1“ On ne peut douter, je crois, que le poison de la vi- • ’ père, que celui de plusieurs animaux venimeux, que celui de la rage même, ne s’introduisent dans le système sanguin, soit par les veines, soit par les lymphatiques, et qu’ils ne déterminent, par leur circulation avec le sang, les funestes effets qui en résultent. Pourquoi des ettéts plus funestes encore, et surtout plus subits, ne seraient-ils pas produits de la même manière dans les asphyxies par les vapeurs méphitiques?

2“ Il paraît très-certain qu’une portion de l’air qu’on respire passe dans le sang, et que, se combinant avec lui, il sert à la coloration. Ce passage se fait à travers la membrane muqueuse même, et non par le système absorbant, comme le prouve, dans mes expériences, la promptitude de cette coloration. Or, qui empêche que les vapeurs méphitiques ne suivent la même route que la portion respirable de l’air ? Je sais que la sensibiUlé propre du poumon peut le mettre en rapport avec cette portion respirable, et non avec ces vapeurs ; qu’il peut, par conséquent, admettre l’une et refuser les autres : voilà même, sans doute, pourquoi, dans l’état ordinaire, les principes constitutifs

de l’air atmosphérique, autres que celui qui sert à la vie, ne traversent point ordinairement le poumon et ne se mêlent pas au sang. Mais connaissons-nous les limites précises des rapports de la sensibilité du poumon avec toutes les substances ? ne peut-il pas laisser passer les unes, quoique délétères, et s’opposer à l’introduction des autres ?

3° La respiration d’un air chargé des exhalaisons qui s’élèvent de l’huile de térébenthine donne aux urines une odeur particulière. C’est ainsi que le séjour dans une chambre nouvellement vernissée influe d’une manière si remarquable sur ce fluide. Dans ce cas, c’est bien évidemment parle poumon, au moins en partie, que le principe odorant passe dans le sang, pour se porter de là sur le rein. En eflét, je me suis plusieurs fois assuré qu’en respirant dans un grand bocal, et au moyen d’un tube, l’air chargé de ce principe, qui ne saurait alors agir sur la surface cutanée, l’odeur de l’urine est toujours notablement changée. Si donc le poumon peut laisser pénétrer diverses substances étrangères à l’air respirable, pourquoi n’admettrait- il pas aussi les vapeurs méphitiques des mines, des lieux souterrains, etc. ?

4“ On connaît l’influence de la respiration d’un air humide sur la production des hydropisies. Plusieurs médecins ont exagéré cette influence, qui n’est point aussi étendue qu’ils l’ont dit, mais qui cependant, très-réelle, prouve et le passage d’un fluide aqueux dans le sang avec l’air de la respiration, et, par analogie, la possibilité du passage de toute autre substance différente de l’air respirable.

5« Si on asphyxie un animal dans le gaz hydrogène sulfuré, et que, quelque temps après sa mort, on place sous un de ses organes, sous un muscle, par exemple, une plaque de métal, la surface de cette plaque contiguë à l’organe devient sensiblement sulfurée. Donc le principe étranger qui ici est uni à l’hydrogène s’est introduit dans la circulation par le poumon, a pénétré avec le sang toutes les

parties, que probablement il a concouru à affaiblir, et même à interrompre dans leurs fonctions. Les commissaires de l’Institut ont observé dans leurs expériences ce phénomène, qui prouve manifestement et directement le mélange immédiat des vapeurs méphitiques avec le sang, ainsi que leur action sur les organes. J’ai fait une observation analogue, dans l’asphyxie, avec le gaz nitreux. On connaît les phénomènes de même nature qui accompagnent l’usage du mercure, pris intérieurement ou extérieurement.

Je crois que nous sommes presque déjà en droit de conclure, d’après les phénomènes que je viens d’exposer, et d’après les réflexions qui les accompagnent, que les substances délétères dont les diflerents gaz sont le véhicule passent dans le sang à travers le poumon, et que, portées par la circulation aux divers organes, elles vont les frapper de leur mortelle influence. Mais poursuivons nos recherches sur cet objet, et lâchons d’accumuler d’autres preuves sur les premières.

Je me suis assuré par un grand nombre d’expériences qu’on peut, sur un animal vivant, faire passer dans le sang, par la voie du poumon, l’air atmosphérique en nature, ou tout autre fluide aériforme.

Coupez la trachée-artère d’un chien, pour y adapter un robinet; poussez par ce moyen, et avec une seringue, une quantité de gaz plus considérable que celle que le pounion contient dans une inspiration ordinaire ; retenez le gaz dans les bronches en fermant le robinet : aussitôt l’animal s’agite, se débat, fait de grands efforts avec les muscles pec- * toraux. Ouvrez alors une des artères, même parmi celles qui sont les plus éloignées du cœur, comme à la jambe, • au pied, le sang jaillit aussitôt écumeux, et présente une grande quantité de bulles d’air.

Si c’est du gaz hydrogène que vous avez employé, vous vous assurerez qu’il a passé en nature dans le sang, en approchant de ces bulles une bougie allumée, qui les enflammera.

Je fais ordinairement l’expérience de celte mauière-là.

222 MORT GÉRÉRALB

Quand le sang a coulé écumeux pendant trente secondes, et même moins, la vie animale s’interrompt ; le chien tombe avec tous les symptômes de la mort qui succède à l’insutllation de l’air dans le système vasculaire à sang noir. Il périt bientôt, quoiqu’on donne accès à l’air en ouvrant le robinet, et en rétablissant ainsi la respiration.

En général, dès que le sang s’est écoulé de l’artère, mêlé avec des bulles d’air, déjà il a porté son influence funeste au cerveau ; et on peut assurer que, quelque moyen qu’on emploie, la mort est inévitable.

On voit qu’ici les causes qui déterminent la mort sont les mêmes que celles qui naissent de l’insufflation de l’air dans une veine. Toute la différence est que dans le premier cas l'air passe du poumon dans le système artériel, et que dans le second c’est du système veineux et à travers le poumon qu’il se glisse dans les artères.

Dans l’ouverture cadavérique des animaux morts à la suite de ces expériences, on trouve tout l’appareil vasculaire à sang rouge, en commençant par l’oreillette et le ventricule aortiques, plein de bulles d’air plus ou moins importantes. Dans quelques circonstances, le sang passe aussi en cet état par le système capillaire général, et tout l’appareil vasculaire à sang noir est également rempli d’un fluide écumeux. D’autres fois, les capillaires de tout le (xnrps sont le terme où s’arrête l’air mêlé au sang; et alors, quoique la circulation ait encore continué quelque temps après l’interruption de la vie animale, cependant le sang * noir ne présente pas la moindre bulle aérienne, tandis que le rouge en est surnagé.

Je n’ai jamais observé dans ces e;i(périences, qui ont été très-souvent répétées, que les bronches aient éprouvé la moindre déchirure : cependant j’avoue qu’il est difficile de s’en assurer dans leurs dernières ramifications ; seulement voici un phénomène qui peut jeter quelque jour sur cet objet : toutes les fois qu’on pousse l’air avec une trop grande impétuosité dans le poumon, on produit, outre le

passage de ce fluide dans le sang, son infiltration dans le tissu cellulaire, où il se propage de proche en proche, et détermine par là l’emphysème de la poitrine, du cou, etc. Mais si l’impulsion est modérée, et que seulement la quantité d’air soit augmentée au delà de la mesure d’une grande Xispiration, il n’y a que le passage de l’air en nature dans le sang, et jamais riufiitration cellulaire (1 ) .

(I) Ce fait, pluiieurs foi; constaté dans mes expériences, n’est pas toujours de même chez l’homme. Souvent on voit des emphysèmes produits pai des cfTorts violents de la respiration, efforts qui ont poussé dans l’organe cellulaire l’air contenu dans ic poumon. Or, si le passage de l’air dans le sang précédait ou même accompagnait toujours son introduction dans les cellules voisines des bronches, tousces emphysèmes seraient nécessairement mortels, et même d'une manière subite, puisque, d’après ce qui a été dit plus haut, le contact de l’air sur le cerveau, où le porte la circulation, interrompt Inévitablement les fonctions de cet organe.

Cependant on observe que souvent les emphysèmes ou se guérissent ou n’occasionnent la mort qu’après un temps assez long. J’ai vu, à l’Hôtel-Dieu , une tumeur aérienne se développer subitement sous l’aisselle, pendant que Desault réduisait une ancienne luxation, par les efforts violents du malade pour retenir la respiration. Au bout de quelques jours, cette lumeurdi.'îparut sans avoir nullement incommodé. On trouve dans les Mémoires de l’Académie de chirurgie, dans les Traités d’opérations, etc., divers exemples d’empliysèmes produits par les vives agitations du thorax, à la suite de l’introduction d’un corps étranger dans la trachée-artère, emphysèmes avec lesquels les malades ont vécu plusieurs jours, et auxquels même ils ont échappé.

Il est donc hors de doute que souvent chez l’homme l’air passe du poumon dans le tissu cellulaire, sans pénétrer dans le tissu ailéricl. Mes expériences faites sur les animaux n’ont point été exactement analogues à ce qui arrive dans l’introduction d’un corps étranger, où une partie de l’air entre et sort encore. 11 est donc probable que d’une cause exactement semblable pourrait naître aussi le même effet chez les animaux. . .

Réciproquement, le passage de l’air dans les vaisseaux sanguins arrive quelquefois chez l’homme, sans que l’infillration de l’organe cellulaire ait lieu ; alors la mort est subite.

Un pécheur sujet è des coliques venteuses en est affecté tout à coup dans sa barque : le ventre se gonfle, la respiration devient pénible ; le malade meurt presque à l’instant. Molgagni l’ouvre le lendemain.

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Les expériences dont je viens de donner le détail présentent des phénomènes qui se passent dans un état différent de l’inspiration ordinaire : je sens bien, par conséquent, qu’on ne peut en tirer une rigoureuse induction pour le passage des substances délétères dans la masse du sang ; mais cependant je crois qu’elles en confirment beaucoup la possibilité, qui d’ailleurs est démontrée par plusieurs des remarques précédentes.

D’après tout ce qui a été dit ci-dessus, je ne pense pas qu’on puisse refuser d’admettre ce passage. En effet,

et trouve ses vaisseaux remplis d’air. Pechiin dit avoir vu également périr un homme subitement dans les angoisses d’une respiration précipitée, et avoir trouvé ensuite beaucoup d’air dans le cœur et dans les gros vaisseaux.

J’ai déjà eu occasion de disséquer plusieurs cadavres dont la mort avait été précédée d’une congestion sanguine dans le système capillaire extérieur de la face, du cou et même de la poitrine. Ce système présentait un engorgement et une lividité remarquables dans toutes ses parties, et j’ai trouvé en ouvrant les artères et les veines, dans celles du cou et de la tête spécialement, un sang écumeux et mêlé de beaucoup de bulles d’air. J’ai appris que l’un. de ces sujets avait péri subitement dans une affection convulsive des muscles pectoraux ; je n’ai pu avoir de renseignements sur les autres. Au reste, tous ceux qui ont quelque habitude des amphithéâtres doivent avoir observé ces sortes de cadavres, qui se putréfient très-promptement et avec une odeur insuppoi table. Ils ont remarqué aussi que l’air, dans les vaisseaux, préexistait à la putréfaction.

Je soupçonne que, dans tous ces cas, la mort a été produite par le passage subit de l’air du poumon dans le sang, qui l’a ensuite porté au cerveau ; à peu près comme j’ai dit qu’elle survient lorsque, dans un animal vivant, on pousse beaucoup d’air vers le poumon, et qu’on fait ainsi passer ce fluide dans le système vasculaire.

En rapprochant CCS phénomènes des considérations présentées plus haut sur la mort par l’injection de l’air dans les veines, on sera, je crois, fort porté à admettre i’opinion que j’avance, et qui, d’ailleurs, a été celle de plusieurs médecins. On a déjà fait sur le cadavre divers essais relatifs à ce point. Morgagnl en présente le détail; maisc’est sur l’individu vivant que l’on doit observer le passage de l’air dans le sang, pour en déduire des conséquences sur l’objet qui nous occupe. On sait en effet quelle est l’influence de la mort sur lu perméabilité des pallies, '

io nous avons vu que la seule transmission du sang noir dans les artères ne sufiisait pas pour rendre raison d’une fouie de phénomènes infiniment variés que présentent les diverses asphyxies ; 2“ que le simple contact, sur les nerfs pulmonaires, des substances délétères qui forment certaines vapeurs méphitiques, ne pouvait produire une mort aussi rapide que celle observée quelquefois dans ces accidents ; 3° que nous étions conduits conséquemment à soupçonner, d’après le défaut d’autres causes, celle du passage de ces substances délétères dans le sang ; 4“ qu’une foule de considérations établissait positivement ce passage, qui se trouve ainsi prouvé, et par voie indirecte et par voie directe.

Ce principe étant une fois établi, voyons quelles conséquences en résultent. La première de ces conséquences est le mode d’action qu’exercent les substances délétères sur les divers organes où les porte le torrent de la circulation.

Rechercher le mécanisme précis de cette action, ce se- • rait quitter la voie de l’expérience pour entrer dans celle des conjectures. Je ne m’en occuperai pas plus que je ne me suis occupé à trouver comment le sang noir agit précisément sur les organes dont il interrompt l’action.

Je me borne donc à examiner sur quel système se porte principalement l’influence des substances délétères mêlées avec le sang dans diverses espèces d’asphyxies. Or, tout nous annonce, i" que c’est en général sur le système nerveux, sur celui surtout qui préside aux parties de la vie animale, car les fonctions organiques ne sont troublées que consécutivement ; 2“ que dans le système nerveux animal ; c’est le cerveau qui se trouve spécialement affecté ;

3” que, sous ce rapport, M. Pinel a eu raison de classer parmi les névroses différentes asphyxies, celles surtout dans lesquelles il y a, outre le contact du sang noir, la présence d’un délétère. Voici différentes considérations qui me paraissent laisser peu de doutes sur cet objet :

4« Dans toutes les asphyxies où l’on ne peut révoquer

eiï doute la présence d’un délétère, comme, par exemple, dans celles produites par le plomb, les symptômes se rapportent presque toujours à deux phénomènes généraux et opposés; savoir, au spasme, à celui surtout des muscles à mouvement volontaire, ou a une torpeur, à un engourdissement analogues aux affections soporeuses. Deux ouvriers sortent d’une fosse d’aisances de la rue Saint-André-des-Arts, frappés des vapeurs du plomb : l’un s’assied sur une borne, s’endort, et tombe asphyxié ; l’autre s’enfuit en sautant convulsivement jusqu’à la rue du Battoir, et tombe également asphyxié. Le sieur Verville s’approche d’un ouvrier tué par le plomb ; il respire l’air qui s’exhale de sa bouche : soudain il est renversé sans connaissance, et bientôt il est pris de fortes convulsions. La vapeur du charbon enivre souvent, comme on le dit. J’ai vu périr les animaux asphyxiés par d’autres gaz, avec une roideur des membres qui indique le plus violent spasme. Le centre de tous ces symptômes, l’organe spécialement affecté dont ils émanent est, sans contredit, le cerveau. 11 arrive alors ce qui survient quand on met cet organe à découvert, et qu’on l’irrite ou qu’on le comprime d’une manière quelconque l’irritation ou la compression donne lieu tantôt à l’assoupissement, tantôt aux convulsions, suivant leurs degrés, et quelquefois suivant la disposition du sujet. Ici il n’y a point de compression, mais l’irritant est le délétère apporté au cerveau par la circulation.

' 2" La vie animale est toujours subitement interrrompue avant l'organique, dans le cas où l’asphyxie a été telle qu’on ne peut soupçonner le contact du sang noir de l’ar voir seul produite. Or, le centre de celte vie est le cerveau ; c’est lui auquel se rapportent les sen^tioqs et d’où partent les voûtions. Tout doit donc être anéanti dans les phénomènes de nos rapports avec les êtres voisins, lorsque l’action cérébrale a cessé. ^

3° J’ai prouvé que lorsque le sang noir tue seul l’animal, le cerveau se trouve d’abord spécialement aflecté par

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PAR CELLE Dü POrMOW. 227

son contact. Pourquoi les substances délétères qui, dans l’asphyxie, sont apportées comme le sang par les artères céphaliques, n’agiraient-elles pas de la même manière sur la pulpe cérébrale ?

4° J’ai poussé par la carotide différents gaz délétères, l’hydrogène sulfuré, par exemple ; j’ai fait parvenir au cerveau quelques-unes des substances connues qui vicient la nature de ces gaz, en les mêlant avec des liquides ; et toujours l’animal a péri asphyxié, soit avec les symptômes de spasme, soit avec ceux de torpeur indiqués plus haut. En général, rien de plus semblable aux asphyxies des différents gaz délétères que la mort déterminée par les substances nuisibles, quelle que soit leur nature, qu’on introduit artificiellement dans la carotide, pour les faire parvenir au cerveau. J’ai exposé dans un des articles prudents plusieurs expériences relatives à cet objet.

5® Tous les accidents qu’entraînent après elles ces sortes d’asphyxies, lorsque le malade revient à la vie, supposent une lésion, un trouble dans le système nerveux, dans celui surtout dont le cerveau est le centre. Ce sont des paralysies, des tremblements, des douleurs vagues, des dérangements dans l’appareil sensitif extérieur, etc., etc.

Concluons, des considérations précédentes, que c’est sur le cerveau, sur le système nerveux cérébral, et par conséquent sur tous les organes de la vie animale qui en sont dépendants, que les principes délétères introduits dans la grande circulation par les asphyxies portent leur première et leur principale influence, et que c’est de la mort de ces parties que dérive spécialement celle des autres. Les divers organes sont sans doute aussi frappés et affaiblis directement dans ce cas ; ils peuvent même mourir par le contact immédiat des principes qui y abordent avec le sang ; et, sous ce rapport, leur action est analoguo à celle que nous avons dit être produite par le contact du sang noir. Mais tous ces phénomènes sont eonstam* ment bien plus marqués dans la vie animale que dans

l’orgaoique, où ils se développent sans doute, comme noug avons dit que cela arrive par le contact du sang noir.

Au reste, n’oublions jamais d’associer dans la cause de ces sortes de mort l’influence de ce sang noir à celle des délétères, quoique nous ayons fait ici abstraction de cette influence. Elle est d’autant plus marquée que la circulation a continué plus longtemps après la première invasion des symptômes, parce que le sang noir a eu plus le temps de pénétrer les organes.

D’après ce que nous avons dit de l’introduction des délétères dans le sang, et de leur action sur les diverses parties, on se fera aisément, je pense, une idée de toutes les différences indiquées plus haut dans les asphyxies qu’ils produisent. La nature infiniment variée de ces délétères doit produire, en effet, des symptômes très-différents par leur intensité, par leur rapidité, par les traces qu’ils laissent et dans la vie des organes de celui qui échappe à l’asphyxie, et dans les cadavres de ceux qui y succombent.

Au resté, ces différences tiennent beaucoup aussi à la disposition du sujet : le même délétère peut, comme je l’ai dit, produire, suivant cette disposition, des effets trèsdivers, et quelquefois opposés en apparence.

§ II. Dans le plus grand nombre des maladies, la mort commence par le poumon.

Je viens de parler des morts subites ; disons un mot de celles qui succèdentlentement aux diverses maladies. Pour peu qu’on ait observé d’agonies, on s’estj je crois, facilement persuadé que le plus grand nombre termine la vie par une affection du poumon. Quel que soit le siège de la maladie principale, que ce soit un vice organique ou une lésion générale des fonctions, telle qu’une fièvre, etc., presque toujours, dans les derniers instants de l’existence, le poumon s’embarrasse ; la respiration devient pénible, l’air sort et entre avec peine ; la coloration du sang ne sç

fait que très-diüicilement : il passe presque noir dans les artères.

Les organes, déjà affaiblis généralement par la maladie, reçoivent bien plus tacilement alors rinffuonce funeste du contact de ce sang que dans les asphyxies, où ces organes sont intacts. La perte des sensations et des fonctions intellectuelles, bientôt celle des mouvements volontaires, succèdent à l’embarras du poumon. L’homme n’a plus de rapport avec ce qui l’entoure ; toute sa vie animale s’interrompt, parce que le cerveau, pénétré par le sang noir, cesse ses fonctions, qui, comme on sait, président à celte vie.

Peu à peu le ( œur et tous les organes de la vie interne, se pénétrant de ce sang, finissent aussi leurs mouvements. C’est donc ici le sang noir qui arrête tout à fait le mouvement vital que la maladie a déjà singulièrement affaibli. En général, il est très-rare que cet affaiblissement, né de la maladie, amène la mort d'une manière immédiate : il la prépare, il rend les organes entièrement susceptibles d’être influencés par la moindre altération du sang rouge ; mais c’est presque toujours cette altération qui finit la vie. La cause de la maladie n’est alors qu’une cause indirecte de la mort générale, elle détermine celle du poumon, laquelle entraîne ensuite celle de tous les organes.

ün conçoit très-bien, d’après cela, comment le peu de sang contenu dans le système artériel des cadavres est presque toujours noir, ainsi que nous l'avons déjà dit. En effet, 1" le plus grand nombre des morts commencent par le poumon ; 2° nous verrons que celles qui ont leur principe dans le cerveau doivent présenter aussi ce phénomène. Donc il n’y a que celles, assez rares, où le cœur cesse subitement d’agir, à la suite desquelles le sang rouge peut se trouver dans l’oreillette et le ventricule aortiques, ou dans les artères. En général, on ne fait guère une semblable observation que dans le cœur des animaux qui ont péri subitement d’une grande hémorrhagie, dans

celui des guillotinés, etc., quelquefois dans les cadavres de ceux qui ont fini par une syncope, circonstance où cependant cela n’arrive pas toujours.

D’après la fréquence des morts qui commencent par un embarras du poumon, on conçoit aussi comment cet organe se trouve presque toujours gorgé de sang dans les cadavres. En général, il est d’autant plus gros, plus pesant, que l’agonie a été plus longue.

Quand ces deux choses, 1® la présence du sang noir dans le système vasculaire à sang rouge, 2“ l’engorgement du poumon par ce sang noir, se trouvent réunies, on peut dire que la mort a commencé chez le sujet par le poumon, quelle qu’ait été d’ailleurs sa maladie. En eifet, la mort n’enchaîne jamais ses phénomènes immédiats (je ne parle pasdes phénomèneséloignésjquede l’un des trois organes pulmonaire, céphalique ou cardiaque, à tous les autres. Or, nous avons déjà vu, d’un côté, que si elle a son prin-' cipe dans le cœur, il y a vacuité presque entière des vaisseaux pulmonaires, et ordinairement présence du sang rouge dans le ventricule aortique ; d’un autre côté, nous verrons que, si la mort frappe d’abord le cerveau, on observe, il est vrai, du sang noir dans l’appareil à sang rouge, .mais aussi nécessairement le poumon se trouve alors vide, à moins qu’une affection antécédente et étrangère aux phénomènes de la mort ne l’ait engorgé. Donc, le signe que j’indique ici dénote que les premiers phénomènes de la MKiV(..so sont d’abord développés dans le poumon.

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