ARTICLE XI
DE l'influence QUE LA MORT DU CERVEAU EXERCE SUR CELLE DU COEUR.
Nous venons de voir, dans l’article précédent, comment , le cerveau cessant d’agir, le poumon reste inactif. Le même phénomène a lieu aussi dans le cœur : cet organe ne bat plus dès que le cerveau est mort. Recherchons comment cela arrive.
Il est évident que ce phénomène ne peut avoir lieu que 'de deux manières : 1° parce que le cœur est sous l’imméjdiate dépendance du cerveau ; 2° parce qu’il y a entre ces ideux organes un organe intermédiaire qui interrompt d’abord ses fonctions, et qui par là arrête celle du premier.
§ I<^ Détenniner li c'est immédiatement que le coeur cesse d'agir, par l’interruption de l'action cérébrale.
La plupart des médecins partent, en général, d’une manière trop vague de l’influence cérébrale ; ils n’en déterminent pas assez l’étendue et les limites relativement aux di vers organes.
Il est évident que nous aurons répondu à la question proposée dans ce paragraphe, si nous déterminons ce qu’est cette influence par rapport au cœur. Or, tout paraît prou-
ver qu’il n’y a aucune influence directe exercée par le cerveau sur cet organe, lequel, au contraire, tient, connue nous l’avons vu, le cerveau sous son immédiate dépendance, par le mouvement qu’il lui communique.
Cette assertion n’est pas nouvelle : tous les bons physiologistes l’admettent ; mais comme plusieurs opinions de médecine s’appuient sur un principe tout opposé, il n’est pas inutile, je crois, de s’arrêter un peu à bien établir celui-ci. L’observation et les expériences le démontrent également : commençons par la première.
1° Toute ii'ritation un peu violente sur le cerveau, produite soit par une esquille, soit par du sang, soit par toute autre cause, détermin * presque toujours des mouvements convulsifs, partiels ou généraux, dans les muscles de la vie animale. Or, examinez alors ceux de la vie organique, le cœur en particulier : rien n’est troublé dans leur action.
2° Toute compression de la masse cérébrale, soit que du pus, de l’eau et du sang, soit que des os fracturés la déterminent, agit assez ordinairement en sens inverse, c’est-à-dire qu’elle att’ecte de paralysie les muscles volontaires. Or, tant que l’afléction ne s’étend pas aux muscles pectoraux, l’action du cœur n’est nullement diminuée.
3“ L’opium, le vin pris à une certaine dose, diminuent momentanément l’énergie cérébrale, rendent le cerveau impropre aux fonctions qui ont rapport à la vie animale. Or, dans cet affaiblissement instantané, le cœur continue à agir comme à l’ordinaire, quelquefois même son action est accrue.
4" Dans les palpitations, dans les divers mouvements irréguliers du cœur, on n’observe point que le principe de ces dérangements existe au cerveau, qui est alors parfaitement intact, et qui continue son action comme à l’ordinaire. Cullen s’est trompé ici, comme au sujet de la syncope.
5“ Les phénomènes nombreux de l’apoplexie, de l’épilepsie, de la catalepsie, du narcotisme, de la commo-
tion, etc., pûénomènes qui ont leur source principale dans le cerveau, me paraissent jeter un grand jour sur l’indépendance actuelle où le cœur est de cet organe.
6° Tout organe soumis à l’influence directe du cerveau est par là même volontaire. Or, je crois que, malgré l’observation de Stahl, personne ne range plus le cœur parmi ces sortes d’organes. Que serait la vie, si nous pouvions, à notre gré, suspendre le mouvement du viscère qui l’anime? La mort viendrait donc, par une simple volition, en arrêter le cours ?
Je crois que nous pourrions déjà, sans crainte d’erreur, conclure de la simple observation, que ce n’est point immédiatement que le cœur cesse d’agir lorsque les fonctions cérébrales s’interrompent. Mais appuyons sur les expériences cette donnée fondamentale de physiologie et de pathologie.
1“ Si on irrite de différentes manières le cerveau mis à découvert sur un animal, avec des agents mécaniques, chimiques, spécifiques, etc.; si on le comprime, etc., on produit diverses altérations dans les organes de la vie animale; mais le cœur reste constamment dans ses fonctions ordinaires, tant que les muscles pectoraux ne sont pas paralysés.
2® Les expériences diverses faites sur la moelle épinière mise à découvert dans la région du cou présentent un résultat parfaitement analogue.
3° Si l’on irrite les nerfs de la huitième paire, dont plusieurs filets se distribuent au cœur, le mouvement de cet organe ne se précipite pas ; il ne s’arrête point, si on fait la section des deux troncs. Je ne saurais trop recommander à ceux qui répètent ces expériences de bien distinguer ce qui appartient à l’émotion , aux sentiments divers de crainte, de colère, etc., nés dans l’animal qui souffre l’expérience, d’avec ce qui est le résultat de l’irritation ou de la section du nerf.
4® Outre la huitième paire, le tronc nerveux, qu’on
PAn CELLE OU CERVEAU.
nomme qrmd sympathique, fournit au cœur différents rameaux qui se distribuent dans sa substance, et par lesquels le cerveau peut l’influencer, au moins d’après l’opinion commune qui place l’origine de ce nerf dans un de ceux provenant de cette masse médullaire. Mais j’ai déjà dit que le système nerveux du grand sympathique était absolument indéiiendant de celui du cerveau ; qu’il n’y avait même aucun nerf qui méritât ce nom ; que ce qu’orv avait pris pour ce nerf était une suite de communications entre un grand nombre de petits systèmes nerveux, tous indépendants les uns des autres, et qui ont chacun un ganglion pour centre, comme le grand système nerveux de la vie animale a pour centre le cerveau. 11 me semble que cette nmnière de voir le grand sympathique jette quelque jour sur l’indépendance où le cœur est du cerveau. Mais poursuivons l’exposé des expériences propres à constater cette indépendance.
5“ Si on répète sur les filets cardiaques du sympathique, filets qui viennent tous directement ou indirectement des ganglions, les expériences faites précédemment sur le nerf vague ou sur ses diverses branches qui émanent du cerveau, les résultats sont parfaitement analogues. Rien n’est troublé dans les mouvements de l’organe : ces mouvements n’augmentent point lorsqu’on irrite les nerfs ; ils ne diminuent pas lorsqu’on les coupe, comme cela arrive toujours dans les muscles de la vie animale.
Je ne présente point très en détail toutes ces expériences, dont la plupart sont connues, mais que j’ai voulu cependant exactement répéter , parce que tous les auteurs ne s’accordent pas sur les phénomènes qui en résultent.
Il est un autre genre d’expériences analogues à celles-ci, qui peuvent encore éclairer les rapports du cœur et du cerveau : ce sont celles du galvanisme. Je ne négligerai point ce moyen de prouver que le premier de ces organes est toujours actuellement indépendant du second.
J’ai fait ces expériences avec une attention d’autant plus
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scrupuleuse, que plusieurs auteurs très-estimables oot avancé, dans ces derniers temps, une opinion contraire, et ont voulu établir que le cœur et les autres muscles de la vie organif|ue ne diffèrent point, sous le rapport de leur susceptibilité pour riiifluence galvanique, des muscles divers de la vie animale. Je vais d’abord dire ce que j’ai observé sur les animaux à sang rouge et froid.
i° J’ai armé plusieurs fois dans une grenouille, d’une part son cerveau avec du plomb, d’une autre part son cœur et ses muscles des membres inférieurs, avec une longue lame de zinc qui touchait au premier par son extrémité supérieure, et aux seconds par l’inférieure. La communication établie avec de l’argent entre les armatures des muscles et celles du cerveau a déterminé constamment des mouvements dans les menibres ; mais aucune accélération ne m’a paru sensible dans le cœur, lorsqu’il battait encore; aucun mouvement ne s’est manifesté quand il avait cessé d’être en action. Quel que soit le muscle volontaire que l’on arme en même temps que le cœur, pour comparer les phénomènes qu’ils éprouvent lors de la communication métallique, il y a toujours une différence tranchante.
2° J'ai armé sur une autre grenouille, par une tige métallique commune, d’une part la portion cervicale de la moelle épinière dans la région supérieure du cou, afin d’être au-dessus de l’endroit d’où les nerfs qui vont au sympathique, et de là au cœur, tirent leur origine; d’autre part, le cœur et un muscle volontaire quelconque. Toujours j’ai observé un résultat analogue à celui de l’expérience précédente, en établissant la communication. Toujours de violentes agitations dans les muscles volontaires, jointes au défaut de changement manifeste dans les mouvements du cœur, se sont fait apercevoir.
3” J’ai tâché de mettre à découvert les nerfs qui vont an cœur des grenouilles ; plusieurs filets grisâtres à peine sensibles, et dont, à la vérité, je ne puis certitier positivement la nature, ont été armés d’un métal , tandis que le cœur
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rpposift sur un autre. La communication établie par un troisième n’a déterminé aucun ellet sensible.
Il me semble que ces essais, déjà tentés en partie avant moi, sont très-convenables pour déterminer positivement si le cerveau influence directement le cœur, surtout lorsqu’on a soin de les répéter, comme j’ai fait en armant successivement et tour à tour la surface interne, la surface externe, et la substance même de ce dernier organe. Üans tous ces essais, en efl’et, la disposition naturelle est conservée entre les-diverses partiesqui servent à l’unir au cerveau. *
Il est un autre mode d’expériences qui consiste : 1® à détacher le cœur de la poitrine ; 2” à le mettre en contact avec deux métaux différents par deux points de sa surface, ou avec des portions de chair armées de métaux ; 3® à faire communiquer les armatures par un troisième métal : alors Humboldt a vu des mouvements se manifester. J'avoue que souvent, en répétant strictement ces expériences, telles qu’elles sont indiquées , je n’ai rien aperçu de semblable. D’autres fois, cependant, un petit mouvement, très-dillérent de celui qui animait alors le cœur, s’est manifesté, et a paru tenir à l’influence galvanique. J'aurais presque pris œ mouvement pour l’effet de l’irritation mécanique des armatures, sans l’autorité respectable de cet auteur et d’une foule d’autres physiciens très-estimables , qui ont reconnu, dans leurs essais, l'influence du galvanisme sur le cœur, lorsqu’il y est appliqué de cette manière. Je suis loin de prétendre voir dans mes expériences mieux que ceux qui se sont occupés du même objets je dis seulement ce que j'ai observé.
Au reste, les expériences où les armatures ne portent pas, d’un côté , sur une portion du système nerveux, de l’autre sur les fibres charnues du cœur, ne me semblent pas très-concluantes pour décider si l’influence que le cerveau exerce sur cet organe est directe. Uuelle induction rigoureuse peut-on tirer des mouvements pro- ' duits par l’armature de deux portions charnues 1
Je passe maintenant aux expériences faites sur les animaux à sang rouge et ciiaud : elles sont d autant plus nécessaires que le mode de contractilité des animaux à sang rouge et froid diflère essentiellement du leur, comme on le sait :
1® J’eus l’autorisation, dans l’hiver de l’an vu, de faire différents essais sur les cadavres des guillotinés. Je les avais à ma disposition trente à quarante minutes après le supplice. Chez quelques-uns, toute espèce de motilité était éteinte ; chez d’autres, on ranimait cette propriété avec plus ou moins de facilité dans tous les muscles, par les agents ordinaires. On la développait, surtout dans les muscles de la vie animale, par le galvanisme. Or, il m’a toujours été impossible de déterminer le moindre mouvement en armant soit la moelle épinière et le cœur, soit ce dernier organe et les nerfs qu’il reçoit des ganglions par le sympathique, ou du cerveau par la paire vague. Cependant les excitants mécaniques, directement appliqués sur les fibres charnues, en occasionnaient la contraction. Cela tenait-il à l’isolement où étaient depuis quelque temps les filets nerveux du cœur d’avec le cerveau ? Mais alors pourquoi ceux des muscles volontaires, également isolés, se prêtaient-ils aux phénomènes galvaniques ? D’ailleurs les expériences suivantes éclairciront ce doute.
3“ J’ai armé de deux métaux différents, sur des chiens et sur des cochons d’Inde, d’abord le cerveau et le cœur, ensuite le tronc de la moelle épinière et ce dernier organe, enfin ce même organe et le nerf de la paire vague dont il reçoit plusieurs nerfs. Les deux armatures étant mises en communication, aucun résultat sensible n’a été apparent; je n’ai point vu les mouvements se ranimer lorsqu’ils avaient cessé, ou s’accélérer lorsqu’ils continuaient encore.
3“ Des nerfs cardiaques de deux chiens ont été armés, soit dans leurs filets antérieurs, soit dans les postérieurs ; une autre armature a été placée sur le cœur, tantôt à sa
surface interne, tantôt à l’externe, quelquefois dans sou tissu. La communication n’a pas produit non plus des laouvements très-apparents. Dans toutes ces expériences, il ne faut établir cette communication que quelque temps après que l’armature du cœur a été placée, afin de ne point attribuer au galvanisme ce qui n’est que l’effet de l’irritation métallique.
Humboldt dit que, lorsqu’on détache le cwur promptement et avec le soin d’y laisser quelques-uns de scs nerfs isolés, on peut exciter des contractions en armant ceux-ci d’un métal, et en touchant l’armature avec un autre métal: je l’ai inutilement tenté plusieurs fois; cela a parume réussir cependant dans une occasion.
5“ J’ai presque constamment réussi, au contraire, à produire dès contractions sur les animaux à sang rouge et chaud, en leur arrachant le cœur, en le mettant en con- ‘ tact, par deux points différents, avec des métaux, et en établissantla communication. C’est le seul moyen, je crois, de produire sur cet organe, avec eUicacité et évidence, les ])hénomènes galvaniques. Mais ce moyen, constaté déjà* plusieurs fois, et par M. Jadelot en particulier, ne prouve nullement ce que nous recherchons ici, savoir, s’il y a une iniluence directe exercée par le cerveau sur le cœur.
J’ai répété chacune de ces expériences sur le galvanisme, un très-grand nombre de fois, et avec les plus minutieuses précautions. Cependant je ne prétends pas, comme je l’ai dit, jeter des doutes sur la réalité de celles qui ont offert des résultats différents à des physiciens estimables. On sait combien sont variables les effets des expériences qui ont les forces vitales pour objet. Au reste, en admettant même les résultats différents des miens, je ne crois pas qu’on puisse s’empêcher de reconnaître que, sous le rapport de l’excitation galvanique, il y a une différence énorme entre les muscles de la vie animale et ceux de la vie organique. Rien de plus propre à faire reconnaîtra cbtte différence, dans les expériences sur le cœur
et sur les intestins, que d’armer toujours avec le même métal qui sert à l’armature de ces muscles, un de ceux de la vie animale, et d’établir ainsi un parallèle entre eux.
D’ailleurs, en supposant que, les phénomènes galvaniques eussent sur ces deux espèces de muscles une égale influence, que prouverait ce fait ? Rien autre chose, sinon que ces phénomènes suivent, dans leur succession, des lois tout opposées à celles des phénomènes de l’irritation ordinaire des nerfs et des muscles auxquels ces nerfs correspondent.
Voilà, je crois, un nombre assez considérable de preuves tirées soit de l’observation des maladies , soit des expériences, pour répondre à la question proposée dans ce paragraphe, et assurer que le cerveau n’exerce sur le cœur aucune influence directe; que par conséquent, lorsque le premier cesse d’agir, c’est indirectement que le second interrompt ses fonctions.
g U, Uétcrminer si dans les lésions du cerveau la mort du cœur est causée par , celle d’un organe intermédiaire.
Puisque la cessation des fonctions du cœur n’est point directe dans les grandes lésions du cerveau, et que cependant cette cessation arrive alors subitement, il faut bien qu’il y ait un organe intermédiaire, dont l’interruption d’action en soit la cause prochaine. Or, cet organe, c’est le poumon. Voici donc quel est, dans la mort du cœur déterminée parcelle du cerveau, l’enchaînement des phénomènes.
Interruption de l’action cérébrale; 2“ anéantissement de l’action de tous les muscles de la vie animale, des intercostaux et du diaphragme par conséquent ; 3" cessation consécutive des phénomènes mécaniques de la respiration ; 4" suspension des phénomènes chimiques, et conséquemment de la coloration du sang ; 5° pénétration du sang noir dans les fibres du cœur ; 6° affaiblissement et cessation d’action de ces fibres.
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Lft mort qui succ^de aux lésions graves du cerveau a (Jonc beaucoup d’analogie avec celle des différentes asphyxies; elle est seulement plus prompte, parles raisons que j’indiquerai. Les expériences suivantes prouvent évidemment que les phénomènes de cette mort s’enchaînent de la manière que je viens d'indiquer. ' ■
1® J’ai constamment trouvé du sang noir dans le sys'-i .‘ ■ tème à sang rouge de tous les animaux tués par la com- ' motion, la compression cérébrales, etc. ; leur cœur est livide, et toutes les surfaces sont colorées à peu près comme dans l’asphyxie.
2» J’ai ouvert sur un chien l’artère carotide; aussitôt du sang rouge s’est écoulé; l’artère a été liée ensuite, et j’ai assommé l’animal en lui portant un coup violent derrière l'occipital. Â l’instant la vie animale a été anéantie; tout mouvement volontaire a cessé ; les fonctions mécaniques et, par une suite nécessaire, les fonctions chimiques du poumon se sont trouvées arrêtées. L’artère, déliée alors, a versé du sang noir par un jet plus faible qu’à l’ordinaire : ce jet a diminué, s’est ensuite interrompu, et le sang a ' coulé, comme on le dit, en bavant. Enfin le mouvement du cœur a fini au bout de quelques minutes.
3® J’ai toujours obtenu un semblable résultat en ouvrant une art^e sur différents animaux que je faisais périr ensuite, soit par une section de la moelle entre la première vertèbre et l’occipital, soit par une forte compression exercée sur le cerveau préliminairement mis à nu , soit par la destruction de ce viscère, etc. C’est encore ainsi que meurent les animaux par la carotide desquels on pousse au cerveau des substances délétères.
i° Les expériences précédentes expliquent la noirceur du sang qui s’écoule de l’artère ouverte des animaux qu’on saigne dans nos boucheries, après les avoir assommé. Si le coup porté sur la tête a été très-violent, le sang sort presque tel qu’il était dans les veines. S’il a été moms tov* et que l’action du diaphragme et des intercostaux n ail étô
qn’aiïaiblie, au lieu d’avoir subitement cessé; la rougeur du sang n’est qu’obscurcie, etc. En général, il y a un rapport constant entre les degrés divers de cette couleur et ?a force du coup.
On se sert, pour l’usage de nos tables, du sang des animaux. Sans doute que le noir et le rouge diffèrent, que l’un des deux serait préférable dans certains cas. Or, on pourrait k volonté avoir l’un ou l’autre, en saignant les animaux après ou avant de les avoir assommés, parce que, dans le premier cas, la respiration a cessé avant l’hémorrhagie, et que, dans le second, elle continue pendant que le sang coule.
En général, l’état de la respiration, qui est altéré par un grand nombre de causes pendant les grandes hémorrhagies, fait singulièrement varier la couleur du sang qui sort des artères : voilà pourquoi, dans les grandes opérations, dans l’amputation, dans le cancer, le sarcocèle,etc., on trouve tant de nuances au sang artériel. On sait qu’il sort quelquefois très-rouge au commencement, et trèsbrun à la fin de l’opération. Examinez la poitrine pendant ces variétés, vous verrez constamment la respiration se faire exactement lorsqu’il est coloré en rouge, être au contraire embarrassée quand sa couleur s’obscurcit.
En servant d’aide à Desault pendant ses opérations, j’ai eu occasion d’observer plusieurs fois et ces variétés, et leur rapport avec la respiration. Ce rapport m’avait frappé avant même que j’en connusse la raison. Je l’ai constaté depuis par un très-grand nombre d’expériences sur les animaux. Je l’ai vérifié et fait observer dans l’extirpation d’une tumeur cancéreuse des lèvres, que je pratiquai l’an passé.
En général, il est rare que le sang artériel sorte aussi noir que celui des veines dans les opérations; sa couleur devient seulement plus ou moins foncée.
Je n’ai jamais trouvé dans mes expériences de rapport ciifi'c ie brun obscur de cette espèce de sang et la compres-
sion exercée au-dessus de l’artère, comme quelques-uns l’ont assuré. Il en existe bien un entre la couleur et l’impé- ; tuosité du jet, qui s’alFaiblit en général lorsque cette cou-‘ leur a été foncée pendant quelques instants. Maisc’ est dans la respiration qu’est le principe de ce rapport, qu’on expliquera facilement d’après ce que j’ai dit en dillerents endroits de cet ouvrage. Uevenons au point de doctrine quinous occupe, et dont nous nous étions écartés.
Je crois que, d’après toutes les considérations et les expériences contenues dans cet article, la manière dont le cœur cesse d’agir par l’interruption des fonctions cérébrales ne peut plus être révoquée en doute, et que nous pouvons résoudre d’une manière positive la question proposée plus haut, en assurant que, dans cette circonstance, le poumon est l’organe intermédiaire dont la naort entraîne celle du cœur, laquelle ne pourrait alors a'rriver directement.
Il y a donc cette différence entre la mort du cœur par ‘ celle du cerveau et la mort du cerveau par celle du cœur, que, dans le premier cas, la mort de l’un n’est qu’une cause indirecte de celle de l’autre ; que dans le second cas, au contraire, cette cause agit directement, comme nous l’avons vu plus haut. Si quelques hommes ont jamais pu suspendre volontairement les battements de leur cœur, ' cela ne prouve pas, comme le disaient les disciples de Stahl, l’influence de î’âme sur les mouvements de la vie organique, mais seulement sur les phénomènes mécaniques de la respiration, qui dans ce cas ont dû être, ainsi que les phénomènes chimiques, préliminairement arrêtés.
Dans les animaux à sang rouge et froid, dans les reptiles en particulier, la mort du cœur ne succède pas aussi promptement à celle du cerveau que dans les animaux à sang rouge et chaud. La circulation continue encore trèslongtemps dans les grenouilles, dans les salamandres, etc., après que l’on a enlevé leur masse céphalique. Je m’en suis assuré par de fréquentes expériences.
On concevra facilement ce phénomène, si on se rappelle
que la respiration peut être longtemps suspendue chez ces animaux, sans que pour cela le cœur arrête ses mouvements, comme d’ailleurs on peut s’en assurer en les forçant de séjourner sous l’eau plus que de coutume.
En effet, comme, d’après ce que nous avons dit, le cœur ne finit son action, lorsque celle du cerveau est interrompue, que parce qu’alors le poumon meurt préliminairement, il est manifeste qu’il doit exister, entre la mort violente du cerveau et celle du cœur, un intervalle à peu près égal au temps que peut durer, dans l’état naturel, la suspension de la respiration. [Y]