‹ Recherches physiologiques sur la vie et la mort (volume 2)Chapitre 57 sur 63 · ARTICLE XII · texte numérisé non relu

ARTICLE XII

DB l'influence QUE LA MORT DU CERVEAU EXERCE SUR CELLE DE TOCS LES ORGANES.

En rappelant ici la division des organes en deux grandes classes, savoir : en ceux de la vie animale et en ceux de la vie organique, l’on voit d’abord que les fonctions des organes de la première classe doivent s’interrompre à l’instant même où le cerveau meurt. En effet, toutes ces fonctions ont, ou indirectement, ou directement, leur, siège dans cet organe. Celles qui ne lui appartiennent que d’une manière indirecte sont les sensations, la locomotion et la voix, fonctions que d’autres organes exécutent, il est vrai, mais qui, ayant leur centre dans la masse céphalique, ne peuvent continuer dès qu’elle cesse d’agir. D’un autre côté, tout ce qui, dans la vie animale, dépend immédiatement du cwreau, comme l’imagination, la mémoire, le jugement, etc., ne peut évidemment s’exercer que quand cet ^ organe est en activité. La grande difficulté porte donc sur 'les fonctions de la vie organique. Recherchons comment elles finissent dans le cas qui nous occupe.

PAR CELLE Dü CERVEAD.

§ In, — Détermiaer si l'inlerruptioa des fonctions organiques est un effet direct de la cessation de l'action ccicbrale.

L’observation et l’expérience vont nous servir ici, comme dans l’article précédent, à prouver que toutes les fonctions internes sont, de même que l’action du cœur, soustraites à l’empire immédiat du cerveau, et que par conséquent leur interruption ne saurait immédiatement dériver de la mort de cet organe. Je commence par l’observation.

Il est une foule do maladies du cerveau qui, portées au dernier degré, déterminent une suspension presque générale de la vie animale ; qui ne laissent ni sensations, ni mouvements volontaires, si ce n’est de faibles agitations dans les intercostaux et dans le diaphragme, agitations qui seules soutiennent alors la vie générale. Or, dans cet état où l’homme a perdu la moitié de son existence, l’autre moitié que composent les fonctions organiques continue encore souvent très-longtemps avec la même 'énergie. Les sécrétions, les exhalations, la nutrition, etc., 's’opèrent presque comme à l’ordinaire. Chaque jour l’apoplexie, la commotion, les épanchements, l’inllammation cérébrale, etc., etc., nous offrent ces sortes de phénomènes.

2* Dans le sommeil, les sécrétions s’opèrent certainement, quoique Bordeu s’appuie sm* l’opinion contraire pour prouver l’influence des nerfs sur les glandes. La digestion se fait aussi parfaitement bien alors ; toutes les , exhalations, la sueur en particulier, augmentent souvent au delà du degré habituel ; la nutrition continue comme à l’ordinaire, et môme il y a beaucoup de preuves trèssolides en faveur de l’opinion de ceux qui prétendent qu’elle augmente pendant que les animaux dorment. Or, tout le monde sait, et il résulte spécialement de ce que nous avons dit dans la première partie de cet ouvrage, que le sommeil survient parce que le cerveau, affaibli par l’exercice trop soutenu de ses fonctions, est obligé de les

25C DE LA f.IORT DES ORGANES

suspendre durant un certain temps. Donc le relâchement des organes internes n'est pas une suite de celui du cerveau; donc l’influence qu’il exerce sur eux n’est pas directe ; donc, quand il meurt, ce n’est pas immédiatement qu’ils interrompent leur action.

, 3“ Le sommeil des animaux dormeurs fait mieux contraster encore que le sommeil ordinaire l’interruption de la vie animale, des fonctions cérébrales par conséquent, avec la permanence de la vie organique.

4® Dans les paralysies diverses, dans celles, par exemple, qui affectent les membres inférieurs et les viscères du bassin, à la suite d’une commotion ou d’une compression de la partie inférieure de la moelle épinière, la communication des parties paralysées avec le cerveau est ou entièrement rompue, ou au moins très-affaiblie. Elle est rompue quand toute espèce de sentiment et de mouvement a cessé; elle n’est qu’affaiblie quand l’une ou l’autre propriété reste encore. Or, dans ces deux cas, la circulation générale et celle capillaire continuent ; l’exhalation s’opère, comme à l’ordinaire, dans le tissu cellulaire et à la surface cutanée ; l’absorption s’exerce également, puisque sans ellel’hydropisie surviendrait. La sécrétion peut avoir lieu aussi ; rien, en effet, de plus fréquent dans les paralysies complètes de vessie qu’une sécrétion abondante d’humeur muqueuse à la surface interne de cet organe. Quant à la nutrition, il est évident que, si les diverses espèces de paralysies la diminuent un peu, jamais elles ne l’arrêtent entièrement.

5° Les spasmes, les convulsions qui naissent d’une énergie contre nature dans l’action cérébrale, et qui portent d’une manière si visible leur influence sur les fonctions externes, modifient très-faiblement, et souvent pas du tout, les exhalations, les sécrétions, la circulation, la nutrition des parties où ils se développent. Dans ces divers phénomènes maladifs, c’est une chose bien digne de remarque que le calme où se trouve la vie organique.

comparé au trouble, au bouleversement, qui agitent la vie" animale dans le membre ou dans la partie aüectée.

C“ Les fœtus acéphales ont, dans le sein de leur mère, une vie organique tout aussi active que les fœtus bien conformés ; ils sont même quelquefois, en naissant, dans des proportions supérieures à l’accroissement naturel. J’ai eu occasion de m’en assurer sur deux fœtus de cette espèce, apportés l’an passé dans mon amphithéâtre ; non-seulement leur face était plus développée, comme il arrive toujours, parce que le système vasculaire cérébral étant nul, le facial s’accroît à proportion ; mais encore toutes les parties, celles de la génération en particulier, qui, avant la naissance, semblent ordinairement être à peine ébauchées, avaient un développement correspondant. Donc la nutrition, la circulation, etc., sont alors aussi actives qu’à l’ordinaire, quoique l’influence cérébrale manque absolument à ces fonctions.

70 Qui ne sait que dans les animaux sans cerveau, dans ceux mêmes où aucun système nerveux n’est apparent, comme dans les polypes, la circulation capillaire, l’absorption, la nutrition, etc., s’opèrent également bien? Qui ne sait que la plupart des fonctions organiques sont communes à l’animal et au végétal ? que celui-ci vit réellement organiquement, quoique ses fonctions ne soient influencées ni par un cerveau ni par un système nerveux ?

8 ° Si on inédite un peu les diverses preuves que Elordeu donne de l’influence nerveuse sur les sécrétions, on verra qu’aucune n’établit positivement l’action actuelle du cerveau sur cette fonction. 11 n’y en aurait qu’une qui serait tranchante, savoir, l’interruption subite des fluides sécrétés par la section des nerfs des diverses glandes : or, je ne sais qui a pu jamais faire exactement cette section. On parle .beaucoup d’une expérience de celle nature, pratiquée sur les parotides. La disposition des nerfs de cette glande rend cet essai si visiblement impossible, que je n’ai pas même tenté de le répéter ilai’y a guère que le testi-

ïî.

Dir.."."..:; by GoOglc

cule OÙ il est praticable. J’ai donc isolé, dans un chien, le cordon des vaisseaux spermatiques ; les nerfs ont été coupés sans toucher aux vaisseaux. Je n’ai pu juger des effets de cette expérience par rapport à la sécrétion de la semence, parce que l’inflammation est survenue dans le testicule, où s’est ensuite formé un dépôt. Mais cette inflammation même, ainsi que la suppuration, formées sans l’influence nerveuse du cerveau, ne supposent-elles pas la possibilité de la sécrétion, indépendamment de cette influence? On ne peut, dans cette expérience, isoler l’artère spermatique du plexus qu’elle reçoit du grand sympathique, tant est inextricable l’entrelacement de ces nerfs. Mais, au reste, leur section importe assez peu, attendu qu’ils viennent des ganglions : l’essentiel est de rompre toute communication avec le cerveau, en détruisant les filets lombaires.

Je pourrais ajouter une foule d’autres considérations à celle-ci, dont plusieurs ont déjà été indiquées par d’autres auteurs, pour prouver que les fonctions organiques ne sont nullement sous la dépendance actuelle du cerveau ; que par conséquent lorsque celui-ci meurt, ce n’est point directement qu’elles cessent d’être en activité.

C’est ici surtout que la distinction de la sensibilité et de la contractilité, en animales et en organiques, mérite, je crois, d’être attentivement examinée. En effet, l’idée de sensibilité rappelle presque toujours celle des nerfs dans notre manière de voir ordinaire, et l'idée des nerfs amène celle du cerveau ; en sorte qu’on ne sépare guère ces trois choses : cependant il n’y a réellement que dans la -vie animale où l’on doit les réunir ; dans la vie organique elles ne sauraient être associées,' au moins directement.

Je ne dis point que les nerfs cérébraux n’aient pas, sur ^ la sensibilité organique, une influence quelconque^ mais je soutiens, d'après l’observation et l’expérience, que celte influence n‘est point directe, qu’elle n’est point de la nature de celle qu’on obsA-ve dans la sensibilité animale.

Digili' C^I ■■ igU

Plusieurs auteurs ont déjà très-bien vu que l’opinion qui place dans les nerfs le siège exclusif et immédiat du sentiment est sujette à une foule de difficultés ; ils ont même cherché d’autres moyens d’expliquer les phénomènes de cette grande propriété des corps vivants. Mais il en est de la question des agents comme de celle de la nature de la sensibilité : nous nous y égarerons toujours, tant que le fil de la rigoureuse expérience ne nous guidera pas : or, cette question ne me parait guère susceptible de se prêter à ce moyen de certitude.

Contentons-nous donc d’analyser les faits, de bien les recueillir, de les comparer entre eux, de saisir leurs rapports généraux. L’ensemble de ces recherches forme la vraie théorie des forcés vitales; tout le reste n’est que conjecture.

Outre les considérations que je viens de présenter, il en est une autre quf me parait prouver bien manifestement que les fonctions organiques ne sont point sous l’immédiate influence du cerveau : c’est que la plupart des viscères qui servent à ces fonctions ne reçoivent point ou presque point de nerfs cérébraux, mais bien des filets provenant des ganglions.

On observe ce fait anatomique dans le foie, le rein, le ^ pancréas, la rate, les intestins, etc., etc. Dans les organes même de la vie animale, il y a souvent des nerfs qui servent aux fonctions externes, et d’autres aux internes ; alors les uns viennent directement du cerveau, les autres des ganglions. Ainsi les nerfs ciliaires naissant du ganglion ophthalmique président-ils à la nutrition et aux sécrétions de l’œil, tandis que l’optique né du cerveau sert directement à la vision. Ainsi l’olfactif est-il dans la pituitaire l’agent de la perception des odeurs, tandis que les filets du ganglion de Meckel n’ont rapport qu’aux phénomènes organiques de cette membrane, etc.

Or, les nerfs des ganglions ne peuvent transmettre l’action cérébrale ; car nous avons vu que le système nerveux

partant do ces corps doit être considéré comme parfaitement in(iéi)endant du système nerveux cérébral ; que le grand synq)athique ne tire point son origine du cerveau, de la moelle épinière ou des nerfs de la vie animale ; que cette origine est exclusivement dans les ganglions ; que ce nerf n’existe même point, à proprement parler ; qu'il n’est qu’un ensemble d’autant de petits systèmes nerveux qu’il y a de ganglions, lesquels sont des centres particuliers de la vie organique, analogues au grand et unique centre nerveux de la vie animale, qui est le cerveau.

Je pourrais ajouter bien d’autres preuves à celles indiquées plus haut, pour établir que le grand sympathique n’existe réellement pas, et que les communications nerveuses qu’on a prises pour lui ne sont que des choses accessoires aux systèmes de ganglions. Voici quelques-unes de ces preuves : 1° ces communications nerveuses ne se rencontrent point au cou des oiseaux, où, comme l’observe M. Cuvier, on ne trouve entre le ganglion cervical supérieur et le premier thoracique aucune trace du grand sympathique. Le ganglion cervical supérieur est donc, dans les oiseaux, ce que sont dans l’homme l’ophthalmique, le ganglion de Meckel, etc., c’est-à-dire indépendant et isolé des autres petits systèmes nerveux dont chacun 'des ganglions inférieurs forme un centre; cependant, malgré l’absence de communication, les fonctions se font également bien. Cette disposition naturelle aux oiseaux s’accorde très-bien avec celle non ordinaire à l’homme, que j’ai quelquefois observée entre le premier ganglion lombaire et le dernier thoracique, entre les ganglions lombaires mêmes, ainsi qu'entre les sacrés. Souvent il n’y a point de ganglion à l’endroit où le prétendu nerf sympathique communique avec la moelle épinière. Cela est manifeste au cou de l'homme, dans l’abdomen des poissons, etc., etc. Cette disposition prouve-t-elle que l’origine du sympathique est dans la moelle épinière? non ; elle indique seulement une communication moins

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directe que dans les autres parties entre les ganglions et le système nerveux de la vie animale. Voici en' effet comment on doit envisager cette disposition : le ganglion cervical inférieur fournit un gros rameau qui remonte au supérieur, pour établir entre eux une communication directe; mais, en remontant, il distribue diverses branches à chaque paire cervicale, qui forment une communication secondaire. Cette disposition ne change donc rien à notre manière de voir.

Rapprochons maintenant ces considérations de celles exposées dans la note de la page 50 (1), et nous serons de plus en plus convaincus, 1“ que le grand sympathique n'est qu’un assemblage de petits systèmes nerveux, ayant chacun un ganglion pour centre , étant tous indépendants les uns des autres, quoique ordinairement communiquant entre eux et avec la moelle épinière ; 2° que les nerfs appartenant à ces petits systèmes ne sauraient être considérés comme une dépendance du grand système nerveux de la vie animale ; 3° que, par conséquent, les organes pourvus exclusivement dé ces nerfs ne sont point sous l’immédiate dépendance du cerveau.

Il ne faut pas croire, cependant, que tous les organes qui servent à des fonctions internes reçoivent exclusivement leurs nerfs des ganglions. Dans plusieurs, c’est le cerveau qui les fournit ; et cependant les expériences prouvent également, dans ces organes, que leurs fonctions ne sont pas sous l’immédiate influence de l’action cérébrale.

Nous n’avons encore que le raisonnement et l’observation pour base du principe important qui nous occupe; savoir, que ce n’est point directement que les fonctions internes ou organiques cessent par la mort du cerveau. Mais les expériences sur les animaux vivants ne le démontrent pas d’une manière moins évidente.

1® J’ai toujours observé qu’en produisant artificiellement

(l) V. la page 307 et sulv.

des paralysies ou des convulsions dans les nerfs cérébraux des diverses parties, on n’altére d’une manière sensible et subite ni les exhalations, ni l’absorption, ni la nutrition de ces parties.

2° On sait depuis très-longtemps qu’en irritant les nerfs des ganglions qui vont à l’estomac, aux intestins, à la vessie, etc., on ne détermine point de spasme dans les fibres charnues de ces organes, comme on ep produit dans les muscles de la vie animale par l’irritation des nerfs cérébraux qui vont se distribuer à ces muscles.

3“ La section des nerfs des ganglions ne paralyse point subitement les organes creux , dont le mouvement vermiculaire ou de resserrement continue encore plus ou moins longtemps après l’expérience.

4° J’ai répété , par rapport à l’estomac, aux intestins, à la vessie, à la matrice, etc., les expériences galvaniques dont les résultats, par rapport au cœur, ont été exposés. J’ai armé d’abord de deux métaux différents le cerveau et chacun de ces viscères en particulier : aucune contraction n’a été sensible à l’instant de la communication des deux armatures. Chacun de ces viscères a été ensuite armé en même temps que la portion de moelle épinière placée audessus d’eux. Enfin, j’ai armé simultanément et les nerfs que quelques-uns reçoivent de ce prolongement médullaire, et ces organes eux-mêmes : ainsi l’estomac et les nerfs de la paire vague, la vessie et les nerfs qu’elle reçoit des lombaires ont été armés ensemble. Or, dans presque tous ces cas, la communication des deux armatures n’a produit aucun effet bien marqué : seulement dans le dernier, j’ai aperçu deux fois un petit resserrement sur l’estomac et la vessie. Dans ces diverses expériences, je produisais cependant de violentes agitations dans les muscles de la vie animale, que j’armais toujours du même métal que celui dont je me servais pour les muscles de la vie organique, afin d’avoir un terme de comparaison.

5® Dans tous les cas précédents, ce sont les diverses por-

lions du système nerveux cérébral qui ont été armées en même temps que les muscles organiques. J’ai voulu galva- , niser aussi les nerfs des ganglions avec les mômes muscles. La poitrine d’un chien étant ouverte, on trouve sous la plèvre le grand sympathique, qu’il est facile d’armer d’un I métal. Comme, suivant l’opinion commune, ce nerf se distribue dans tout le bas-ventre , en armant d’un autre métal chacun des viscères qui s’y trouvent contenus, et en établissant des communications , je devais espérer d’obtenir des contractions, à peu près comme on en produit en armant le faisceau des nerfs lombaires et les divers muscles de la cuisse. Cependant aucun effet n’a été sensible.

6® Dans notre manière de voir le nerf sympathique, on conçoit ce défaut de résultat. En effet, les ganglions intermédiaires aux organes gastriques et au tronc nerveux de la poitrine ont pu arrêter les phénomènes galvaniques. J’ai donc mis à découvert les nerfs qui partent des ganglions j)our aller directement à l’estomac, au rectum, à la vessie, et j’ai galvanisé par ce moyen ces divers organes : aucune contraction ne m’a paru ordinairement en résulter ; quelquefois un petit serrement s’est fait apercevoir; mais il était bien faible, en comparaison de ces violentes contractions qu’on remarque dans les muscles de la vie animale. Je ne saurais encore trop recommander ici de bien distinguer ce qui appartient au contact mécanique des métaux, d’avec ce qui est l’effet du galvanisme.

7“ Ces expériences sont difficiles sur les intestins, à cause de la ténuité de leurs nerfs. Mais comme ces nerfs forment un plexus très-sensible autour de l’artère mésentérique qui va avec eux se distribuer dans 1e tissu de ces organes, on peut, en mettant cette artère à nu, et en l’entourant d’un métal, tandis qu’un autre est placé sur un point quelconque du tube intestinal, galvaniser également ce tube. Or, dans cette expérience, je n’ai obtenu non plus aueun résultat bien manifeste.

8° Tous les essais précédents ont été faits sur des ani-

maux à sang rouge et chaud; j’en ai tenté aussi d’analogues sur des animaux à sang rouge et froid. Le cerveau et les viscères musculeux de l’abdomen d’une grenouille, les mêmes viscères et la portion cervicale de la moelle épinière, ont été armés en même temps de deux métaux divers. Rien de sensible n’a paru à l’instant de leur communication; et cependant les muscles de la vie animale entraient ordinairement alors en contraction, même sans être armés, et par le seul contact d’un métal sur l’armature du système nerveux. Ce n’est pas faute de multiplier les points de contact sur les viscères gastriques que le succès a pu manquer ; car j’avais soin de passer un fil de plomb dans presque tout le tube intestinal, pour lui servir d’armature.

9® Quant aux nerfs qui vont directement aux fibres charnues des organes gastriques, ils sont si ténus sur la grenouille, qu’il est très-difficile de les armer. M. Jadelot a cependant obtenu, dans une expérience, un resserrement lent des parois de l’estomac, en agissant directement sur les nerfs de ce viscère. Mais certainement ce resserrement, analogue sans doute à ceux que j’ai observés souvent dans d’autres expériences, ne peut être mis en parallèle avec les effets étonnants qu’on obtient dans les muscles volontaires ; et il sera toujours vrai de dire que, sous le rapport des phénomènes galvaniques, comme sous tous les autres, une énorme différence existe entre les muscles de la vie animale et ceux de la vie organique.

Voilà, je crois, une somme de preuves plus que suffisante pour résoudre avec certitude la question proposée dans ce paragraphe, en établissant comme un principe fondamental, 1° que le cerveau n’influence point d’une manière directe les organes et les fonctions de la vie in- ; terne; 2® que, par conséquent, l’interruption de ces fonctions, dans les. grandes lésions du cerveau, n’est point un effet immédiat de ces lésions.

Je suis loin cependant de regarder l’action cérébrale

comme entièrement étrangère à la vie organique; mais je crois être fondé à établir que celte vie n’en emprunte que des secours secondaires indirects, et que nous ne connaissons encore que très-peu.

Si je me suis un peu étendu sur cet objet, c’est que rien n’est plus vague en médecine que le sens qu’on attache communément à ces action nerveuse, action cérébrale, etc. On ne distingue jamais assez ce qui appartient aux forces d’une vie, d’avec ce qui est l’attribut des forces de l’autre. On peut faire, surtout à Cullen, le reproche de trop exagérer l’influence du cerveau.

§ H. — Déterminer >i l’iotemiption det fooctioni de la vie organique ett un effet indirect de la cetsation de l’action cérébrale.

Puisque la vie organique ne cesse pas immédiatement par la cessation de l’action cérébrale, il y a donc des agents intermédiaires qui déterminent, par leur mort, cette cessation. Or, ces agents sont principalement, comme dans la mort du cœur par celle du cerveau, les organes mécaniques de la respiration. Voici la série des phénomènes qui arrivent alors ;

1° Interruption des fonctions cérébrales. 2® Cessation des fonctions mécaniques du poumon. 3° Anéantissement de ses fonctions chimiques. 4° Circulation du sang noir dans toutes les parties. 5° Âfiaiblissement du mouvement du cœur et de l’action de tous les organes. 6® Suspension de ce mouvement et de celte action.

Tous les organes internes meurent donc à peu près comme dans' l’asphyxie, c'est-à-dire t® parce qu’ils sont frappés du contact du sang noir ; 2» parce que la circulation cesse de leur communiquer le mouvement général nécessaire à leur action, mouvement dont l’efiet est indépendant de celui que produit le sang par les principes qu’il contient.

Cependant il y a plusieurs différences entre la mort par l’asphyxie et celle par les grandes lésions du cerveau. 4“ La

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vie animale est assez communément interrompue dans la seconde, à l’instant même du coup ; elle ne l’est dans la première qu’à mesure que le sang noir pénètre le cerveau. 2° La circulation est quelque temps à cesser dans la plupart des asphyxiés, soit parce que la coloration en noir n’est que graduelle, soit parce que l’agitation des membres et de tous les organes à mouvements volontaires l’entretient tant que le cerveau peut encore déterminer ces mouvements. Au contraire, dans les lésions du cerveau, d’un côté l’interruption *de la respiration étant subite, la noirceur du sang ne se fait point par degrés ; d’un autre côté, la vie animale étant tout à coup arrêtée, tous les organes deviennent à l’instant immobiles, et ne peuvent plus favoriser le mouvement du sang. Cette observation est surtout applicable à la poitrine, dont les parois favorisent singulièrement la circulation pulmonaire, et même les mouvements du cœur, par l’élévation et l’abaissement alternatifs dont elles sont le siège. C’est là véritablement l’influence mécanique que la circulation reçoit dans la respiration. Celle née de la dilatation ou du serrement du poumon est absolument illusoire, ainsi que nous l’avons vu.

Au reste, les deux genres de mort, dont l’un commence au poumon et l’autre au cerveau, peuvent s’éloigner ou serapprocher par la manière dont ils arrivent; et il s’en faut de beaucoup que les différences que je viens d’indiquer soient générales. Ainsi , quand l’asphyxie est subite , comme, par exemple, lorsqu’on fait tout à coup le vide dans la trachée-artère, en y pompant l’air avec une seringue, il n’y a ni taches livides ni engorgement du poumon ; la circulation cesse très-vite; cette mort se rapproche de celle où la vie du cerveau est anéantie subitement.

'j Au contraire, si le coup qui frappe ce dernier organe ne fait qu’altérer profondément ses fonctions, et permet encore aux muscles inspirateurs de s’exercer faiblement pendant un certain temps, le système capillaire du pou-

mon peut s’engorger; le système capillaire général peut se pénétrer aussi de sang en diverses parties. La circulation est alors lente à cesser. Cette mort a de l’analogie avec celle de beaucoup d’asphyxies.

On conçoit par là que la mort dont le principe est dans le cerveau et celle qui commence dans le poumon se rapprochent ou s’éloignent l’iine de l’autre, suivant que la cause qui frappe l’un de ces deu.v organes agit avec plus ou moins de promptitude ou de lenteur. L’enchaînement des phénomènes est toujours à peu près le même, surtout lorsque le premier est alfecté : la cause de cet enchaînement ne varie pas, mais les phénomènes eux-mômes présentent de nombreuses variétés.

On a demandé souvent comment mouraient les pendus : les uns ont cru qu’il y avait chez eux luxation aux vertèbres cervicales, compression de la moelle épinière, et par conséquent mort très-analogue à celle qui est l’effet de la commotion, de l’enfoncement des pièces osseuses du crAne, etc. Les autres ont dit que le défaut seul de respiration les faisait périr. J’ai eu occasion de disséquer un pendu où il n’y avait pas luxation, mais fracture de la troisième vertèbre cervicale. J’ai soupçonné, il est vrai, que cette solution de continuité n’était pas arrivée à l’instant de l’accident. La personne s’était elle-même donné la mort: l’agitation du cou ne pouvait donc avoir été trèsconsidérable. C’était sans doute un eliét produit sur le radavre même, dans une chute, dans une fausse position, etc., ce que je ne me rappelle pas cependant avoir observé sur d’autres cadavres. Au reste, que les pendus périssent par conqiression de la moelle, ce qui bien certainement n’arrive pas toujours, ou que chez eux le seul défaut de respiration cause la mort, on voit que l'enchaînement des phénomènes n’est pas très-diftércnt dans l’un et autre cas. Quand il y a luxation, toujours aussi il y a asphyxie simultanée ; et alors cette aflection est produite, d un côté directement, parce que la pression de la corde in-

tercepte le passage de l’air , d’un aulre côté, indirectement, parce que les intercostaux et le diaphragme paralysés ne peuvent plus dilater la poitrine pour recevoir ce fluide.

En général, il y a plus de rapports entre les deux modes par lesquels la mort du cerveau ou celle du poumon produisent la mort des organes, qu’entre un de ces deux premiers modes et celui par lequel, le cœur mourant, toutes les parties meurent aussi.

On pourra facilement, je crois, faire, d’après ce que j’ai dit, la comparaison de ces trois genres de mort ; comparaison qui me parait importante, et dont voici quelq^ues traits :

1° Il y a toujours du sang noir dans le système à sang rouge, quand c’est par le cerveau ou par le poumon que commence la mort ; souvent, au contraire, ce système contient du sang rouge, quand le cœur cesse subitement ses fonctions.

2» La circulation dure encore quelque temps dans les deux premiers cas ; elle est subitement anéantie dans le troisième.

3“ C’est à cause de l’absence de son mouvement général que le sang cesse d’entretenir la vie des organes, lorsque leur mort dépend de celle du cœur : c’est bien en partie de cette manière, mais aussi c’est principalement par la nature des éléments qui composent le sang, que ce fluide ne peut plus animer l’action des mêmes organes, quand leur mort dérive de celle du poumon ou du cerveau, etc., etc.

J’indique seulement le parallèle des phénomènes divers de ce genre de mort ; le lecteur l’achèvera sans peine.

Dans les animaux à sang rouge et froid, la mort de tous les organes succède bien plus lentement à celle du cerveau que dans les animaux à sang rouge et chaud. 11 est assez difficile de rendre raison de ce fait, parce qu’on ne connaît encore bien, chez les animaux, ni la différence du sang artériel avec le sang veineux, ni le rapport qu’a

le contact de chacun de ces deux sangs avec la vie des organes.

Quand les reptiles, la grenouille, par exemple, restent longtemps sous l’eau, est-ce que le sang artériel devient noir faute de respiration? Et cesanimaux ne meurent- ils pas alors, parce que, chez eux, le contact de ce sang est moins funeste aux organes que chez les animaux àsang chaud? ou bien le sang veineux continue-t-il longtemps alors à se rougir, parce que l’air contenu comme un dépôt dans les poumons à grandes vésicules de ces animaux ne peut que lentement s’épuiser, attendu que , chez eux , très-peu de sang passe dans l’artère pulmonaire, qui n’est qu’une branche de l’aorte? L’expérience par laquelle nous avons vu qu’on prolonge la coloration en rouge , par l’injection de beaucoup d’air dans la trachée-artère des chiens et autres animaux à sang chaud, semble confirmer cette dernière opinion : mais ceci a besoin , malgré les essais de Goodwyn, de beaucoup d’expériences ultérieures, comme en général tout ce qui a rapport aux trois grandes fonctions des animaux à sang froid [Z].

ARTICLE XUI.

DB L’iNFLUEnCE QUE LA MORT DU CERVEAU EXERCE SUR LA MORT CÉNÉRALE.

En résumant tout ce qui a été dit dans les articles précédents, rien n’est plus iacile , je crois , que de se former une idée précise de la manière dont s’enchaînent les phénomènes de la mort générale qui commence au cerveau. Voici cet enchaînement :

1“ Anéantissement de l’action cérébrale ; 2“ cessation subite des sensations et de la locomotion volontaire;

3” parai ysie simultanée du diaphragme et des intercostaux ; 4° interruption des phénomènes mécaniques de la respiration, de la voix par conséquent ; 5° annihilation dea

phénomènes chimiques ; 6<> passage du sang noir dans le système à sang rouge ; 7° ralentissement de la circulation par le contact de ce sang sur le cœur et les artères et par l’immobilité absolue où se trouvent toutes les parties, la poitrine en particulier ; 8' mort du cœur et cessation de la * circulation générale ; 9 ° interruption simultanée de la vie organique, surtout dans les parties où pénètre habituellement le sang rouge ; i0° abolition de la chaleur animale qui est le produit de toutes les fonctions; H® terminaison consécutive de l’action des organes blancs, qui sont plus lents à mourir que toutes les autres parties , parce que les sucs qui les nourrissent sont plus indépendants de la grande circulation.

Quoique , dans ce genre de mort comme dans les deux précédents , les fonctions soient anéanties subitement, cependant plusieurs propriétés vitales restent encore aux parties pendant un certain temps ; la sensibilité et la contractilité organiques sont, par exemple , très-manifestes dans les muscles des deux vies ; la susceptibilité galvanique reste très-prononcée dans ceux de la vie animale. -

Cette permanence des propriétés organiques est à peu près la même dans tous les cas ; la seule cause qui y apporte quelque ditférence , c’est la manière plus ou moins lente dont l’animal a péri. Plus la mort a été rapide, plus la contractilité se prononce avec énergie, et plus elle tarde à disparaître. Plus, au contraire, les organes ont fini lentement leurs fonctions, moins cette propriété est susceptible d’être mise en jeu.

Toutes choses étant égales dans la durée des phénomènes qui précèdent la mort générale par celle du cerveau,

' . les expériences sur la contractilité présentent toujours à peu près le même résultat , parce que l’enchaînement de CCS phénomènes et la cause immédiate qui les produit restent toujours aussi à peu près les mêmes. L’apoplexie , la commotion , l’inflammation , la compression violente du cerveau , la section de la moelle épinière sous l’occipital ,

w PAR CELLE DU CERVEAU. 271

la compression par une luxation des vertèbres , etc., sont des causes éloignées très-différentes, mais qui déterminent toutes une cause immédiate constamment uniforme.

Il n’en est pas de même de l’asphyxie par les différents gaz, maladie à la suite de laquelle l’état de la contractilité varie beaucoup, quoique souvent la durée des phénomènes de la mort ait été analogue. Cela tient, comme nous l’avons vu, à la diversité de nature dans les délétères qui sont introduits par les voies aériennes, et portés par la circulation sur les divers organes qu’ils frappent d’un affaiblissement plus ou moins direct.

L’état du poumon varie beaucoup dans les cadavres des personnes dont la mort a eu son principe dans le cerveau. Tantôt gorgé, tantôt vide de sang, il indique en général, suivant ces deux états, si la cessation des fonctions a été graduée, si par conséquent le coup n’a pas subitement anéanti l’action cérébrale, ou bien si la mort générale a été soudaine. Dans les cadavres apportés à mon amphithéâtre, avec des plaies de tête, des épanchements sanguins du cerveau, eft’et de l’apoplexie, etc., à peine ai-je trouvé sur deux le poumon avec la môme disposition. L’état d’engorgement et de lividité des surfaces extérieures, de la peau de la tête, du cou, etc., varie également.

La mort qui succède aux diverses maladies commence beaucoup plus rarement an cerveau qu’au poumon. Cependant, dans certains accès de fièvres aiguës, le sang, violemment porté au cerveau, anéantit quelquefois la vie. Le malade a le transport, comme on le dit vulgairement. Si ce transport est porté au dernier degré, il est mortel, et alors l’enchaînement des phénomènes est le même que celui dont nous venons de parler pour les morts subites.

11 est un grand nombre de cas, autres que celui des fièvres aiguës, où le commencement de la mort peut être au cerveau, quoique cet organe ne soit pas celui qui est, affecté par la maladie.

C’est dans ces cas, surtout, où l’état de plénitude ou de

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